‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 88 sur 274 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Les Histoires Florentines de Machiavel finissent à Fan i49î^- U paraît qu'il avait l'intention de les continuer; on a trouvé après sa mort des /rammenti s toricij tout écrits de sa main, qui embrassent les événements arrivés en Italie, de 1694 à 1699. C'est une série non interrompue des faits qui se sont passés alors. On voit qu'il recueillait des matériaux pour construire un édifice plus élevé. Cette production incomplète ne contient ni ces réflexions ordinaires à l'auteur, ni ces discours qu'il prête à ses personnages: à la rapidité du récit, à la concision du trait, on reconnaît seulement Machiavel. Il est inutile de donner ici une analyse de cesframmenti. Les principaux faits qui pourraient intéresser le lecteur ont été rapportés successivement dans le cours de cet ouvrage'.

On donne encore à la même époque de très-courtes \ 525. notices intitulées : Nature di uomini FiorentinL

Le premier portrait est celui de Pierre de Gino Capponi. C'est le même qu'on a déjà vu faisant tête à Charles VIII lors de son passage à Florence.

« On peut entre autres lui donner cette louange , que lui

* Dans rédition de M. CUrdetti on nomme encore fragment» hUtoriqoet des pièces appelées estratio di Uttere ai diecidi Baliaf dans rédition Passigli, volume tmico. Ce titre de fragments historiques est pins convenable qne celai qui a été préféré dans cette dernière édition.

seul conduisit ce que les autres avaient abandonné, quand, en présence du roi , il déchira ces traités qui étaient la liberté à sa patrie. Il ne fut effrayé ni de Tinsolence, ni de la puissance des Français , ni de la vileté de ses concitoyens. C*est à lui seul qu'on dut que Florence ne fût pas esclave des Français, comme Rome dut à Camille de ne pas être rachetée par les mêmes, v

Les Gaulois sont toujours appelés les Français par Machiavel. Il n'a jamais voulu les nommer autrement. Est-ce pour confondre dans un même sentiment deux nations qu'il n'aimait pas ?

1525. Le second portrait est celui d'Antoine Giacomini. Il le loue surtout pour ses qualités militaires.

« Antoine était plus qu'aucun autre citoyen florentin , très-habile dans l'art de la guerre, prudent quand il fallait prendre un parti, prompt dans l'exécution. Ennemi des méchants et des poltrons, il aimait et récompensait les hommes bons et courageux. Il se montrait sévère pour conserver la majesté publique y et, ce qui est admirable et rare, libéral du sien, il était avare de ce qui appartenait aux autres. Quand il était commis au commandement d'une armée ou d'une province , il ne voulait de ses subordonnés que l'obéissance, et il n'avait aucun ménagement pour les désobéissants. Redevenu particulier, il n'était pour aucun parti, ne manifestait aucune ambition. Homme public, il ne voulait que le bien et la gloire de la patrie. Ces qualités firent qu'en peu de temps, le peuple de Florence ne croyait pas pouvoir, sous une autre autorité, attaquer les ennemis ni s'en défendre. Aucune entreprise forte, terrible ou dangereuse^ n'était confiée qu'à lui, et personne ne l'acceptait plus volontiers. Aussi son nom se répandit, non-seulement dans la ville, mais dans toute la Toscane, et ainsi Antoine, d'abord obscur et inconnu, acquit une réputation à Florence, là où tant de citoyens élevés et réputés grands l'avaient perdue. »

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