CHAPITRE XXXVII
Il loue ensuite à la fois messer Cosimo de' Pazzi , et messerFrancescoPépi, jurisconsulte, et enfin François Valori : ces trois derniers portraits sont écrits avec une expression toute particulière de franchise. 11 n'y a pas de doute qu'il doit exister beaucoup d'autres morceaux de Machiavel qui appartiennent à cette époque de sa vie. Je reste toujours dans la même conviction relativement aux communications que Nicolas a du Êaire à Guicciardini de quelques-uns des matériaux qui pouvaient servir à la continuation de l'Histoire Florentine, au-delà de il\gut. Ces deux caractères énergiques et généreux avaient dû s'apprécier réciproquement. Il est aisé de reconnaître dans Guicciardini qu'il n'a pas dédaigné de puiser dans les ouvrages de Comines : on retrouve plus d'une tmce d'emprunts faits à l'historien français. Espérons que peut-être la vérité sera connue quelque jour. A tout instant, on publie des morceaux inédits du secrétaire; M. Lamprédi en a importé un à Paris qui a été publié en français ', avec l'original, uniquement dans l'édition de M. Périès, et qui se rapporte pour les faits aux premiers temps delà vie politique de Machiavel. J'ai une propension à croire que ce morceau doit faire particde ce que l'on appelle i/rammenti storici;\estyleestdes bons temps de Machiavel; c'est l'historien consommé qui a encadré si ingénieusement ses arguments : plus jeune, l'auteur encore secrétaire n'écrivait pas aussi hardiment. J'imagine aussi que ce discours devait être mis dans la bouche de quelqu'un des Signori du temps , qui aurait ainsi gourmande l'indolence de la république.
' Aucane édition italienne ne Ta encore publié, je ne sais ponr qaelle raison. M. Mollni ni*a assuré qnc Toriginal , delà main de Nicolas, existe réellement à Florence , dans les papiers de la famille Ricci , héritière des biens et des écrits de Machiavel.
On remarque dans ce discours les passages suivants : le publiciste, toujours dans les mêmes principes pour Alexandre VI, mais amendé pour Valentinois, s'exprime ainsi :
« Pensons au pape (Alexandre VI) et à son Duc. Cette partie na pas besoin de commentaire. Tout homme sait quel est leur naturel , quel est leur désir et quelle foi on peut leur donner et en recevoir. »
v( Il ne faut pas toujours porter la main à 1 epée des autres : il est bien d en avoir une près de soi , et de la ceindre déjà, même quand Tennemi est encore loin. »
Machiavel, ou celui qu'il fait parler dans cette circonstance (François Vettori, peut-être), finit par dire aux Signorij qu'en révolution, pour ne pas payer, à propos , vingt ducats , on s'en voit enlever deux cents , et qu'on p'en paie pas moins les vingt qu'on a d'abord refusés.
Le ton général de ce discorso est absolument celui des Philippiques de Démosthène. Même feu, même verve, conseils quelquefois minutieux, avec, il me semble, de plus, une teinte de mépris pour son auditoire. Enfin la grande et immense démonstration que reproduit l'auteur est ce précepte plutôt de fatalisme, que de politique : Les cieux ne veulent pas ou ne peuvent pas soutenir une chose qui, à toute force, veut inexorablement se perdre.