‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 92 sur 274 · CHAPITRE XXXVIII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII. i

on notera seulement les noms des interlocuteurs, et l'on mettra dans leur bouche les paroles qu'ils ont prononcées. En conséquence il fait parler successivement d'abord Cosme et Fabrice. Cosme demande à Fabrice quels usages des anciens il voudrait introduire. Fabrice s'empresse de répondre :

« Honorer et récompenser la vertu , ne pas mépriser la pauvreté , respecter le mode et les ordres de la discipline militaire, forcer les citoyens à s'aimer les uns et les autres, vivre sans partis , estimer moins le bien privé que le bien public , et autres choses qui pourraient aussi accompagner les temps présents. Ces modes divers ne sont pas difficiles à établir quand on y réfléchit beaucoup. On y entre par des moyens convenables: leur vérité est si saillante, que lesprit le plus commun les comprend. Quiconque ordonne de pareilles choses , plante des arbres sous Tombre desquels on est plus heureux et plus gai que sous celle-ci. »

Cosme est amené ainsi à interroger Fabrice sur l'art de la guerre, et Fabrice développe tous les principes militaires des anciens, et les principes à peu près semblables qu'il voudrait adopter de son temps. Il désire que les soldats appartiennent. à l'état. 11 aimerait 1525. mieux qu'ils fussent campagnards que citadins. Le service commencerait à 17 ans (nous sommes en Italie), et continuerait jusqu'à quarante. 11 aimerait qu'il se trouvât dans la troupe des forgerons, des bûcherons, des maréchaux-ferrants , des maçons, parce que leur profession est souvent utile, et qu'ainsi un soldat rend un service double. Quand il faut ime armée d'élite, les bons soldats se connaissent par l'expérience, ou par les conjectures. Si le soldat a servi, son mérite est connu; si le soldat n'a pas servi, on conjecture par son âge, par le métier qu'il a exercé, et par sa taille. Pyrrhus voulait les soldats grands; César les choisissait

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à la force seule, à la figure. Cette force du corps et de l'âme se devine à la proportion des membres, et à la grâce de la physionomie. Enfin, ceux qui ont écrit le plus sur cette matière veulent, dit toujours Fabrice , que le soldat ait les yeux viÉs et gais , le cou nerveux, la poitrine large, les bras muscuîeux^ les doigts longs, le ventre plat, les flancs arrondis, les jambes et les pieds fins. Tout cela réuni rend l'homme fort et agile. Fabrice continue son entretien. U faut surveiller les mœurs du soldat ; il faut qu'il y ait en lui honnêteté et vergogne, autrement, on choisit un instrument de scandale, et un principe de corruption. Fabrice veut que le soldat apprenne à nager. Chaque nation a établi dans son armée un mode de distribution d*hommes particulière. Les Romains ont appelé la leur, légion , les Grecs , phalange , les Français , caterva ( bataillon ). U propose d'adopter un système à peu près semblable à celui des légions. 11 appellerait sa légion bataillon. Chaque bataillon serait composé de six mille hommes, divisés en dix battailles {batta^lié)^ chacune de quatre cent cinquante hommes. Pour compléter le nombre de six mille, on ajouterait quinze cents hommes de pied , dont mille armés de piques, et cinq cents armés à la légère. Dans cet endroit de l'ouvrage se trouve une gravure qui représente une battaillcj et ensuite une armée en marche de guerre ; une autre gravure offre une battaille^ marchant en colonne, et qui tout-à-coup est obligée de combattre en flanc. Un des principaux dogmes du second livre est celuici. Les trois principales opérations d'une armée sont de marcher j de combattre j et de loger (Yalloggiare)} cette dernière opération se divise naturellement en campement et en cantonnement.

Dans le livre Iir, la question de l'artillerie est trai-

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