‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 94 sur 274 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

tout de tactique! la partie morale de la guerre, qui en occupe une grande portion, y est traitée avec un rare talent , et une profonde connaissance de l'homme en face d'un ennemi. L'ouvrage est aussi un mémorial inépuisable des usages militaires de tous les anciens. On voit comment ils distribuaient leurs éclaireurs : ils ne pensaient pas à des provisions de vin , et c'était avoir de moins un embarras énorme aujourd'hui. Il recommande d'examiner quelquefois le vol des oiseaux : leur effroi annonce souvent l'ennemi. Il conseille de se fournir de plans exacts pour bien connaître le pays.

Je reviens à ces interruptions qui sont fort piquantes. Zanobi arrête tout-à-coup Fabrice.

« Nous avons vaincu lennemi en campagne; nous avons marché sur ses pays. La raison veut que nous ayons fait du butin , imposé les terres , arrêté des prisonniers. Je voudrais savoir comment les anciens se conduisaient dans ces circonstances. »

Fabrice continue ses développements.

Le tiers de la solde était remis dans les haltes, à chaque paiement, à celui qui était chargé de porter le drapeau; aussi y en avait il qui suivaient le drapeau, même sans courage.

La question des campements est traitée à fond, mais suivant le système de guerre du temps. Cependant une grande partie des précautions que nous ordonnons sur notre front de bandière est indiquée déjà à cette époque. Les lois de la discipline militaire étaient autrefois terribles et despotiques. On frémit en lisant qu'un prévenu amené devant le tribun ou le consul était interrogé, et que, lorsque le juge étant convaincu, touchait légèrement le coupable avec une baguette, dès ce moment, il était permis à celui-ci de

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fuir avec toute célérité , mais en même temps il était permis à tout soldat de le frapper de dards , de pierres, et même de ses armes, en sorte qu'un bien petit nombre de ces condamnés parvenait à s'échapper. Avec une chance de supplice si effroyable, ceux qui ne perdaient pas la vie , retournaient chez eux couverts de blessures, et ne pouvaient plus paraître en public.

Les Romains défendaient les femmes et le jeu.

« Les soldats étaient tellement occupés à des exercices multipliés, qu'ils n'avaient pas le temps de penser à Vénus , ni à des jeux , ni à tout ce que font des soldats séditieux et oisifs. »

C'est Baptiste délia Palla qui est actuellement l'interrogateur. 11 presse Fabrice de nouvelles questions. Il veut tout savoir de ce vieux général, d'un homme aussi savant dans la connaissance des anciens usages militaires.

Fabrice répond à tout , quelquefois même avec un peu d'humeur. Il fait très-bien remarquer qu'il a déjà répondu à ce qu'on lui demande une seconde fois. Ces petits mouvements de pétulance. d'une part, et de gravité de vieillard de l'autre, rendent le dialogue moins monotone.

« Les Romains ont résisté , avec vingt-quatre mille hommes, à deux cent mille Français qui les assaillaient après la première guerre carthaginoise. Ils nopposèrent que ce nombre à Annibal. Vous avez à noter que les Romains et les Grecs ont fait la guerre avec le petit nombre, fortifiés par Tordre et par la science. Les Orientaux et les Occidentaux ont fait la guerre avec la multitude. L'une de ces nations se sert de sa furie naturelle, comme font les Occidentaux ( il s*agitde nous ) ; les autres, de la grande obéissance qu'ils témoignent à leurs rois. En Italie et en Grèce , il n'y avait ni cette iurie

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