CHAPITRE XXXVIII
naturelle , ni cette révérence pour les rois ; il a été nécessaire d adopter la discipline, qui est d'une si grande force, que le petit nombre a vaincu la furie et Tobstination du grand nombre. Quant à moi , je tous dis que , voulant imiter les Romains et les Grecs, il ne faut pas qu'une armée excède cinquante mille hommes; au contraire, il en faut même un peu moins : le grand nombre apporte la confusion , et ne laisse observer ni la discipline ni les mouvements auxquels on a été formé. »
Il y a loin de ces principes à ceux du grand général du siècle : mais il a lui-même commencé ainsi, et il a continué de même en Egypte , et même à Marengo. Si depuis, un pouvoir immense et sans bornes lui a permis de réunir sous ses ordres immédiats , dans un espace peu étendu, jusqu'à aoo,ooo hommes, il est bien difficile que de pareilles circonstances de confiance, de calcul, de mauvaise administration civile, et de despotisme militaire, puissent se renouveler, et jeter, sous le râteau d'un joueur aussi effréné, des trésors de population précieuse, et des générations entières d'hommes que la patrie avait produites pour d'autres destinées. De pareils développements de torrents de guerre ont amené l'occupation de presque toutes les capitales de l'Europe, et comme on a opposé à ces torrents, successivement vaincus, un système égal d'inondations, le grand capitaine a fini par perdre lui-mêmes sa capitale, sa puissance, sa liberté, et la vie.
Fabrice recommande le secret dans les opérations.
« Si mon vêtement savait mon secret, dit Métellus en Espagne , je le brûlerais. Marcus Crassus dit à un indiscret , qui lui demandait quand il mettrait larmée en mouvement : « Crois-tu que tu seras le seul à ne pas entendre les trompettes? »
« Un capitaine doit tenir ses soldats punis et payés. Quand manque le paiement , manque la punition. Tu ne peux châtier un soldat qui vole, si tu ne le paies pas, et celui-ci alors, Toulant vivre , ne peut s'abstenir de voler. »
On a reproché à Machiavel d'avoir reproduit quelques-uns de ses anciens principes dans ce livre VI*, parce que Fabrice parle ainsi :
« Beaucoup ont vaincu Tennemi en lui donnant la facilité de boire et de manger outre mesure, en feignant d avoir peur et d abandonner des campements remplis de vins , de troupeaux; et quand Tennemi a eu le temps de s*en rassasier immodérément, ils Vont attaqué et vaincu. Ainsi fit Thomyris contre Cyrus, et Tibérius Gracchus contre les Espagnols : quelques-uns ont empoisonné les vins et les autres nourritures pour pouvoir vaincre plus facilement. »
Uauteur n'ajoute rien de plus. Il eût pu certainement laisser tomber deux ou trois paroles de mépris et d'horreur sur ce moyen de vaincre. Qu'on remarque cependant qull s'exprime de cette manière : « Beaucoup ont fait ainsi. » Ce que les premiers ont fait , de laisser un camp rempli de vivres pour attirer un ennemi affamé, n'est pas de mauvaise guerre. Il dit ensuite : « Quelques autres ont empoisonné la nourriture qu'ils abandonnaient. » Il rappelle le fait historique , et suivant sa manière habituelle , dont il s'écarte rarement, il n'ajoute rien.
Je citerai ici sans réflexion le passage suivant de Guillaume du Bellay. Il raconte les opérations de l'armée française qui s'opposait à l'invasion de Charles- Quint , en Provence ( 1 536).
« Par quoi Bonneval , voyant la chose requérir diligence, depeschea le capitaine Miolans , avec les gens qu'il avait de la compagnie du comte de Tende et deux mille hommes de pied , pour aller, le chemin de France, rompre tous les fours.