‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 10 sur 67 · MARCELLIN BOULE · texte numérisé non relu

MARCELLIN BOULE

OÙ certaines assises géologiques, se poursiiiTant sur plusieurs centaines de railles de longueur, renferment partout des os de Dinosauriens.

Parmi les matériaux que nous possédons déjà, les uns sont jurassiques, les autres crétacés. Certains dénotent des Dinosauriens carnivores, semblables à nos Mégalosaures européens; le plus grand nombre se rapportent à des formes géantes, à des Dinosauriens herbivores

Fig. 41. — Vertèbres et extrémité d'un fémur de Dinosauriens ( Bothrio^pondylus) de Madagascar. On a placé à côté, pour permettre d'évaluer les dimensions de ces débris, un fémur entier et quelques vertèbres d'un Crocodile actuel.

rappelant les Brontosauiws dont je vous parlais tout à Theure et auxquelles on a donné le nom de Bothriospondylm madagajscariemsis, La photographie de quelques-unes de ces pièces (fig. 41) vous donnera une idée des dimensions de ce Reptile, car à côté d'une base de fémur de Bothrmpondyliis/j''àï fait représenter, à la même échelle, un fémur de Crocodile actuel.

Il y a tout lieu d'espérer que les explorations futures enrichiront nos musées d'histoire naturelle de squelettes complets de ces créatures étonnantes de l'époque secondaire.

Terrains tertiaires. — Nos connaissances sur les terrains tertiaires de Madagascar se réduisent à peu de chose.

En 1855, Herland, faisant la géologie de Nosi-Bé, découvrit, sur la côte Nord-Ouest de Tile, un calcaire à Nummulites formant le plateau de Tafiambity.

En 1870, M. Grandidier rapporta des montagnes qui dominent la baie de Saint-Augustin, aux environs de Tuléar, une collection de fossiles éocènes qui furent étudiés par le D^ Fischer. C'étaient des Alvéolines, des Orbitoïdes et autres Foraminifpres identiques aux espèces du terrain nummulitique d'Europe ou du Calcaire grossiei' des environs de Paris.

En 1889, Newton décrivit, de la région située au Nord de la baie de Mahajamba , un grand nombre de Nummulites et d'autres Foraminift?res. Enfin nous -même avons reçu de M. Coridon, trésorier-payeur à

Diego-Suarez, un très bel échantillon de calcaires à Nummulites, présentant de bonnes sections de diverses espèces de Foraminifères (fig. W). Ces divers gisements sont très éloignés les uns des autres, comme vous pouvez le voir sur la carte et, par suite, ils nous portent à croire que les terrains secondaires de Madagascar sont bordés d'une ceinture plus ou moins continue de terrain nummulitique, en retrait sur les précédents, suivant la loi générale que nous avons indiquée, et allant jusqu'aux bords de la mer.

Nous ne savons rien des terrains situés au-dessus de l'Éocène, c'est-à-dire de YOligocène, du Miocène, du Pliocène^ et cette ignorance est très fâcheuse à divers égards; c'est quand nous connaîtrons la faune et la flore malgaches des temps tertiaires que nous aurons des idées très précises sur les affinités de l'île avec les continents voisins et que nous pourrons comprendre les caractères de sa flore et de sa faune

Fig. 42. — Calcaire h Nunimulites des environs de Diego-Suarez.

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actuelles. Pour ne citer qu'un exemple, je suis convaincu que c'est par la paléontologie que nous apprendrons quand et comment les Lémuriens, ces animaux si particuliers qui habitaient la France dans la première moitié des temps tertiaires, sont arrivés à Madagascar. Malgré toutes les apparences, cette île ne saurait être leur patrie d'origine.

Or, je ne doute pas qu'on trouvera un jour à Madagascar des gisements de fossiles tertiaires. Il y a peut-être des dépôts formés dans des lacs. M. Gautier a cru retrouver, dans la partie moyenne de l'île, entre le Bongolava et la chaîne de Bemaraha, une vaste étendue de terrains de cette nature, qu'il a fort judicieusement comparés à ceux de la Li magne d'Auvei^ne. Il est probable que les plateaux calcaires ou émisses de la colonie présentent, comme ceux de la métropole, des excavations ou des grottes riches en ossements fossiles. Nous savons aussi, par l'exemple de nos volcans de l'Auvergne, que les tufs ou projections volcaniques renferment souvent des empreintes de plantes et des dépouilles d'animaux. Il y a certainement de ce côté de nombreuses découvertes à faire et je me permets de les signaler à l'attention de nos vaillants explorateurs.

Les dépôts récents de Madagascar sont nombreux et ont des origines variées. Nous avons d'abord, autour de l'île, une ceinture à peu près continue de récifs de Polypiers et, sur certains points, des plages soulevées témoignent de légères transgressions marines de date récente. Ailleurs, comme autour de Sainte-Marie, et sur la côte orientale, il y a des dunes qui ont amené la formation de lagunes.

Il est probable qu'il faut aussi considérer, comme remontant à une époque peu éloignée, la disparition des grands lacs dont on retrouve des traces si nombreuses et si grandioses un peu partout dans l'île. Je citerai, par exemple, le lac qui occupait la plus grande partie de la vallée du Mangoro et dont le lac Alaotra actuel représente les derniers restes; au-dessus des marais qui bordent le lac actuel, on voit des lignes de terrasses et des cordons de galets jusqu'à près de 400 mètres au-dessus des eaux actuelles. On peut comparer ces phénomènes à ceux que nous connaissons depuis longtemps en Amérique.

C'est dans des lacs et des marais qu'on recueille, sur un grand nombre de points et notamment à Antsirabé, les ossements d'un grand

nombre d'animaux éteints récemment et dont l'ensemble forme une faune si curieuse. Je ne veux pas m'étendre sur ce sujet qui sera développé devant vous avec beaucoup de compétence par M. G. Grandidier, mais je dois cependant vous énumérer les principaux éléments de cette faune. Elle comprend : des Tortues, des Crocodiles, 12 espèces de ces grands Oiseaux qu'on appelle des Mpyoïi^is^ d'autres Oiseaux géants mais plus grêles qu'on appelle des Mulleromis. des Hippopotames de petite taille, un Carnassier voisin du Chacal, des Lémuriens et, parmi eux, une forme gigantesque, le M egaladapk ei smiowi le Peloriadapis, et enfin FHomme lui-même.

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