PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES
La coupe schématique de Madagascar que j'ai placée sous vos yeux ^ïig. 43) montre l'importance que nous croyons devoir faire jouer aux
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Fig. 43. — Coupe géologique et schématique de Madagascar, de l'Ouest à l'Est.
grandes cassures ou failles dans Texplication de l'orographie et, comme on dit aujourd'hui, de la tectonique de l'île.
C'est à la faveur de ces failles et, probablement, à des époques diverses qu'on ne saurait actuellement préciser, que des volcans se sont établis partout le long de ces cassures, aussi bien dans la région cristalline que dans la région sédimentaire. Les roches volcaniques les plus répandues sont des basaltes qui, en se désagrégeant, donnent des sols très fertiles. Il y a aussi des trachytes et des phonolites; les andésites paraissent être peu répandues.
HARGELLIN BOULE
A l'extrémité Nord de l'île, la montagne d'Ambre est un grand volcan, dont le sommet est* occupé par deux crat^res-lacs et dont les flancs sont parsemés de cônes parasites. Llle de Nosi-Bé, presqu entièrement volcanique, a aussi des lacs logés dans d'anciens cratères et habités^ Ipar de gros crocodiles. De grands épanchements balsatiques régnent tout le long de la côte orientale, dans le Nord de l'île, de la baie d'Antongil jusqu'à la baie de Vohémar.
Je vous ai déjà dit que le massif d'Ankajratra, qui porte au centre même de l'île son sommet le plus élevé, leTsiafajavona, à 2.680 mètres d'altitude, représente "un énorme volcan, analogue, aussi bien par ses dimensions que par la nature de ses laves qui comprennent à la fois des trachytes, des andésites, des basaltes, à nos géants de la France centrale, le Cantal ou le Mont-Dore. Et, comme pour conlirmer la comparaison en la complétant, le massif d'Ankaratra est flanqué au Nord-Ouest, d'une véritable chaîne de cônes ou de volcans isolés, absolument comme le Mont-Dore est accompagné, en Auvergne, par la chaîne des Puys. Dans cette région centrale de Flmerina, comme dans toutes les régions disloquées, les sources thermales sont fréquentes et il est permis de croire que plusieurs d'entre elles seront un jour des stations à la mode.
Les roches volcaniques ne sont pas moins abondantes dans la région sédimentaire que dans la région>ristalline. D'après les quelques renseignements que l'on peut tirer des récits des voyageurs, ces roches forment des traînées alignées parallèlement à la direction générale de l'île, qui est aussi celle des grandes cassures. Enfin, dans le Sud, le mont Ivohitsombé, d'après M. Gautier, commanderait un vaste plateau basaltique se signalant de loin par des formes topographiques indiquant nettement son origine.
Telle est, dans l'état actuel de nos connaissances, la constitution géologique de Madagascar. En résumé, nous avons : un 1» grand massif de roches cristallines; 2<> une bande de terrains sédimentaires à l'Ouest de ce massif; 3® des volcans semés un peu partout, dans des directions sensiblement parallèles à la direction.générale de l'Ile.
Il est probable que les terrains cristallins ont joué, dans l'architecture de l'île, le rôle de masse solide, de pilier résistant, de horst, comme disent les géologues allemands, par rapport aux contrées voisines et que tout s'est efibndré autour d'eux. Ainsi s'expliquent
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(voy. fig. W) les traits les plus caractéristiques de l'orographie de Madagascar : la dissyinétrie de la chaîne centrale, par suite de Teffondrement plus brusque de la partie occidentale le long de Tënorme cassure du Bongolava; la disposition ëtagée du versant oriental qui a été remarquée de tous les géographes et qui a frappé tous les voyageurs; la présence de grandes vallées longitudinales, comme celle du Mangoro, laquelle est un compartiment' de la chaîne cristalline effondré entre deux compartiments exhaussés ou restés en place. Dans la région occidentale, au contraire, la chaîne du Bemaraha représente, au moins d'après ce qu'il nous est permis de supposer, une longue bande restée en place ou surélevée par rapport aux plaines voisines effondrées.
Ainsi que Ta déjà fait remarquer M. Stanislas Meunier, cette disposition rappelle dans son ensemble, d'une manière vraiment curieuse, celle du Massif central de la France. Ici, de hauts plateaux granitiques ou schisteux, surmontés des masses volcaniques de l'Auverçne et du Velay, dominent les territoires sédimentaires effondrés qui constituent le bassin de Paris d*un côté, le bassin de la Garonne et surtout le bassin du Rhône de l'autre. De ce côté notamment les falaises cévenoles rappellent bien les falaises du Bongolava.
Les données géologiques que je viens d'exposer ne sont pas seulement intéressantes en elles-mêmes ou au point de vue des applications pratiques, elles le sont aussi à un point de vue plus élevé, spéculatif, qu'il ne faut jamais perdre de vue dans un enseignement donné au Muséum.
Plus tard surtout, devenues plus nombreuses, elles seront du plus grand secours pour la solution de certains problèmes soulevés depuis longtemps par les naturalistes au sujet des affinités de Madagascar et dés continents voisins.
On a fait à ce sujet beaucoup d'hypothèses : les uns ont prétendu (jne Madagascar se rattache à l'Afrique ; d'autres à Tlnde. En réalité, d'après les êtres actuels, il est bien difficile de se prononcer. Déjà Commerson, qui avait fait le tour du monde avec Bougainville, avait dit : c( La nature semble s'être retirée à Madagascar, comme dans un sanctuaire, pour y travailler sur d'autres modèles que ceux auxquels elle s'est asservie ailleurs. » A. Milne-Edwards, qui connaissait si bien la faime de l'île, prétendait que « Madagascar est elle-même » et qu'il