MARCELLIN BOULE
n'y avait pas plus de raison pour la rattacher à un continent qu'à un autre. Les botanistes affirment que les quatre cinquièmes des végétaux de l'île lui sont particuliers et les malacologistes s'expriment de la même façon au sujet des Mollusques. La (léologie et la Paléontologie expliquent ces hypothèses en les complétant.
Il parait bien certain, en effet, que Madagascar a eu des relations étroites à la fois avec rAfri(jue et av€^ l'Inde pendant l'époque du Trias. On ne saurait expliquer autrement les ressemblances vraiment extraordinaires que nous avons constatées entre les animaux terrestres et les plantes fossiles des deux continents que sépare aujourd'hui toute l'étendue de l'Océan Indien. Mais ces relations, contrairement aux idées répandues jusqu'à ce jour par les travaux de savants géologues allemands, ne s'imposent plus au Jurassique et nous savons, par la très importante découverte du gisement crétacé de Fanivelona, sur la côte orientale, (jue vers la lin des temps secondaires tout au moins, Madagascar devait être une île.
Une nouvelle jonction a pourtant dû s'établir après les premiers temps tertiaires, car non-seulement l'île parait être dépourvue de dépôts marins plus récents que l'Eocène, mais encore il faut expliquer le passage des Mammifères oligocènes, parculièrement des Lémuriens qui ne peuvent être que les descendants des Lémuriens de nos gisements tertiaires d'Europe. A quelle époque s'est faite la nouvelle rupture? Nous ne le savons pas et nous ne pourrons le savoir que lorsque de nouvelles découvertes paléontologiques nous auront appris si les formes des Mammif&res tertiaires ou quaternaires de Madagascar ont des rapports avec les faunes de l'Afrique, de l'Inde, d'Australie. Nous pouvons toutefois noter, d'ores et déjà, que la présence de types aussi spécialisés que l'Hippopotame et le Chacal tendrait à prouver que la dernière rupture est assez récente.
Vous le voyez, il y a beaucoup à étudier, beaucoup à chercher, beaucoup à trouver à Madagascar. La géologie et la paléontologie sont vraiment trop délaissées par les voyageurs. Certes les observations sur la flore ou la faune ont des côtés plus attrayants, plus sportifs, et je comprends qu'elles séduisent davantage les explorateurs qui n'ont pas de connaissances spéciales. Mais les recherches géologiques présentent bien des avantages : on est toujours sûr, avec elles, de faire des découvertes intéressantes, de rapporter de l'inédit. La moindre observation
GÉOLO(;iR 63
peut avoir une grande importance pour l'histoire naturelle générale de rile. Or, les recherches géologiques ne sont pas plus difficiles que d*autres; ellespeuventse réduire, pour les voyageurs non spécialistes et doués cependant de bonne volonté, à la récolte d'échantillons de roches ou de fossiles, avec l'indication aussi exacte et aussi précise que possible des lieux de gisements.
Je voudrais espérer, messieurs, que Texposé que je viens de faire de rétat actuel de nos connaissances géologiques sur Madagascar disposera quelques-uns d'entre vous à tourner de ce côté leurs projets de voyage ou leurs investigations.
PAR
Professeur au Muséum d'Histoire naturelle
Pendant plus de demu siècles, Madagascar a été pour les minéralogistes une terre pleine de mystérieuses promesses. C'est en eifet de Vohémar, sur sa cote Nord-Est, que les navigateurs rapportaient en Europe ces cristaux de quartz aux formes colossales, tels que ceux de la collection du Muséum, donnés en 1776 au Jardin du Roi par Rochon, ou ces masses limpides comme le plus pur cristal, qui sont depuis longtemps employées par les lapidaires et les opticiens : en 1788, Rome de Tlsle discute déjà leur origine (1), s'efforçant de démontrer qu'elles constituent des fragments d'énormes cristaux et non des débris de montagnes de cristal de roche.
Les voyageurs qui s'étaient aventurés le long des fleuves de Tile racontaient que leurs eaux roulaient de Tor et des gemmes (2); les difficultés de tout genre rencontrées à chaque pas ajoutaient encore au merveilleux de ces récits.
Depuis quelques dix ans, de hardis voyageurs, au premier rang desquels se place M. Alfred Grandidier, ont pénétré dans Madagascar, l'ont sillonné de leurs itinéraires et nous ont apporté quelques notions sur sa constitution minéralogique.
Aujourd'hui, Madagascar est terre française; le voile de mystère qui l'entourait jusqu'ici est déchiré. La grande île a-t-elle tenu ses promesses minéralogiques? Telle est la question à laquelle cette conférence doit répondre.
(1) Cristallographie, H, 429.
(2) YalmoDt de Bomare cite {Minéralogie, II) déjà en 1774. VAigtie marine et la Tourmaline (schorl) de Madagascar; en 1763, E. Bertrand, Dictionnaire uni' versel des Fossiles, 199, parle de sa richesse en cristal de roche.
MADAOAA0A&. 6
bb A. LACROIX
Je vous avouerai 'que la connaissance de la minéralogie de Madagascar est loin d'être aussi avancée que celle des autres branches de son histoire naturelle. A part le R. Baron qui a publié (1) trois notes sommaires sur les roches recueillies au cours de ses explorations, aucun minéralogiste n'a jusqu'à ce jour étudié sur place la question, et les ingénieurs qui ont prospecté les mines d'or se sont surtout attachés à l'étude industrielle des gisements visités. Aussi, les très nombreux documents médits que j'ai entre les mains ont-ils été généralement recueillis par les voyageurs pour eux-mêmes, sans préoccupation des conditions de leur gisement.
Je vais essayer de grouper ces matériaux épars, en m'excusant de l'aridité forcée d'un semblable exposé et des incertitudes qu'il n'a pas dépendu de moi de faire disparaître.
Ce m'est un très agréable devoir de remercier tout d'abord MM. Ardouin, Bing, de Bouvié, Camus, Catat, Chauveau, Grillo, Huet, Huré, Prince, Thomas, et surtout MM. Alfred et Guillaume Grandidier, E. Gautier, Suberbie et Villiaume, à la générosité desquels la collection minéralogique du Muséum doit les nombreux minéraux de Madagascar qui ornent ses galeries, et dont Tétude me permet de vous donner quelques renseignements nouveaux sur la question qui vous réunit dans cet amphithéâtre.
Enfin, je ne veux pas oublier M. le général Gallieni, qui a bien voulu s'intére,8ser à mes rechercher et les faciliter dans une très large mesure.
CONSTITUTION MINERALOGIQUE
Près des trois quarts de l'île sont constitués par des schistes cristallins et des roches éruptives anciennes. Ces formations s'observent du nord au sud de l'ile et surtout dans sa partie orientale et centrale. Elles se prolongent sur la côte occidentale dans l'Ambongo, divisant ainsi les formations sédimentaires qui s'appuient sur elles en deux bassins distincts dont l'étude a fait plus particulièrement l'objet de la conférence précédente.
Des éruptions volcaniques d'âge varié, mais souvent récentes,
(1) Quarterly Journal ofthe Geological Society, London, XLV, 305, 1889 (avec une noU pètrographique par Hatch. id. p. 340) et LV, 57, 1895, et The Antananarivo Annttal, VI- 356, 1899.
sont venues recouvrir de leurs produits, ,non seulement le massif cristallin, mais encore de nombreuses régions des zones sédimentaires.
Les formations sédimentaires de Madagascar, dans Tétat actuel de nos connaissances, ne fournissent qu'un très petit nombre de minéraux dignes d'étude ou susceptibles d'utilisation pratique. Aussi, est-ce des roches éruptives de tout genre et de l'arête gneissique, occupant toute la région montagneuse de l'île, dont je vais avoir à peu près exclusivement à m'occuper, à cause de leur constitution minéralogique et de leurs très nombreuses richesses minéralogiques utilisables. Je me propose d'insister surtout sur ces dernières.
Schistes cristallins. — Dans tous les pays du monde, les formations sédimentaires reposent sur des assises de roches très cristallines, schisteuses ou rubanées, désignées sous le nom de schistes cristallins. Ceux-ci sont à leur base constitués par des gneiss, roches ayant une composition minéralogique voisine de celle du granité, dont elles diffèrent toutefois par leur structure (alignement des éléments suivant des directions parallèles); ces gneiss, au milieu desquels sont intercalées des roches de composition variée, sont surmontés par des micaschistes, roches plus schisteuses, très micacées; elles sont dépourvues de feldspaths, et souvent riches en minéraux accessoires. Ces micaschistes passent par l'intermédiaire de schistes de moins en moins cristallins aux roches dans lesquelles l'origine sédimentaire est évidente.
L'influence des roches éruptives, et notamment du granité, est souvent extrêmement nette dans cette série de gneiss, dont certains termes peuvent n'être autre chose que de véritables roches sédimentaires métamorphisées par elles, alors que d'autres sont très vraisemblablement de véritables roches éruptives, devant leur structure rubanée à des phénomènes qui ont accompagné ou suivi leur consolidation. A Madagascar, cette influence du granité est tellement grande, que, dans bien des cas, il est de toute impossibilité d'établir une distinction» pour un échantillon déterminé, entre un gneiss et un granité. M. Baron, qui a visité beaucoup de gisements de ces roches, a déjà insisté sur le même fait.
Le type moyen du gneiss de Madagascar paraît être une roche rubanée, relativement pauvre en mica noir (biotite); le mica blanc (moscovite) y est à peu près absent; l'amphibole hornblende et un pyroxène accompagnent très fréquemment le mica (Tananarive) et oeuvent même complètement le remplacer, donnant ainsi naissance à
b8 A. LACROIX
des gneiss amphiboliques et pyroxéniques (Monts Vavavato; S.-O. de Tananarive ; route de Tananarive à Andevoranto). Les feldspaths de ces gneiss sont variés; Torthose et le microcline (avec inclusions de quartz vermiculé) sont les plus fréquents et sont souvent associés à des plagioclases.
Tous ces gneiss sont riches en quartz et possèdent la structure granulitique qui les rapproche de ceux de Ceylan. Ils contiennent souvent une grande quantité de grenats dont les débris abondent dans les sables des rivières de l'île.
n y a lieu de signaler aussi, parmi ces gneiss, d'intéressants accidents minéralogiques tels que les leptynites^ roches rubanées dépourvues de mica, très riches en grenat, avec petits cristaux de rutile et parfois de graphite (Mahafaly), ou encore des lits de sillimanite; ceux-ci sont parfois riches en quartz ou en grenat, en rutile, etc. (Mont Ambohimanoa; Mont Ambohimiangara, au Nord du lac Itasy; Marotandrano); ils deviennent très épais dans quelques localités et donnent alors des roches ressemblant beaucoup à la fibrolite qui, dans le Massif Central de la France, a été utilisée par les peuplades préhistoriques pour la labrication des haches [environs de Miandrivazo (Betsiriry)].
Au milieu de cette formation gneissique, on rencontre en très grande abondance des roches schisteuses ou rubanées basiques, constituées par des gneiss amphiboligties et pyroxéniqties^ qui se différencient de ceux dont j'ai parlé plus haut par l'absence habituelle du quartz et par des passages progressifs (par disparition des feldspaths) à des amphibolites et des pyroxénites. Les gneiss pyroxéniqvss de cette série sont particulièrement remarquables par leur analogie avec ceux qui abondent dans certaines régions de la Bretagne, des Pyrénées, etc. ; ils possèdent une structure granulitique des plus nettes et sont souvent très riches en minéraux intéressants (scapolite, wollastonite, grenats, sphène), et peuvent même à l'occasion renfermer du quartz. On les trouve disséminés dans un grand nombre de gisements de l'Imerina, du Betsiriry, des environs de Fort-Dauphin (col de Helakelaka), dans le pays Mahafaly, etc. Rs sont fréquemment associés à des cipolins.
Les cipolins ou calcaires cristallins ont, à Madagascar, un grand
(1) C'est peut-être h ce groupe de roches qu'il y & lieu de rapporter les schistes h hypersthène, olivine, mica, quartz, décrits par M. Baron sous le nom de norii-schisis et que je n'ai pu étudier moi-même, & moins qu'ils ne constituent une variéié schisteuse des norites éniptives t
MINÉEALOGIE 69
intérêt minéralogique ; ils sont, en eifet, riches en minéraux variés (dîopside incolore, trémolite, actinote, phlogopite, spînelle, chondrodite, humite, scapolite, graphite, etc.) [Environs de Tananarive; Mont Karaoka^ près Yombohitra ; Ambatondrazaka (dans FAntsihanaka); N.-O. de Mandritsara; vallée de la Kiromena (Betsiriry), etc.], mais ils ont surtout un grand intérêt économique dans une région comme celle du Massif central, dont le sol est en moyenne extrément pauvre en chaux. Ils peuvent, en effet, constituer pour l'agriculture, un amendement précieux, sans parler de leur usage pour la construction, l'ornementation et peut-être la statuaire (marbre blanc de la Kiromena dans le Betsiriry).
Parmi les roches remarquables de la série gneissique. il faut enfin citer des quartzites, roches exclusivement constituées de quartz, et surtout les quartzites à magnétite, très développés dans l'île (notamment dans rimerina, le Betsileo) et qui fournissent un excellent minerai de fer. La magnétite est, du reste, très abondante dans toutes les roches de la série gneissique, où on la trouve fréquemment en magnifiques octaèdres réguliers (fig. 20).
L'intérêt minéralogique des micaschistes est moindre. Ceux-ci renferment cependant quelques minéraux intéressants : grenats, sillimanite, rutile, longs cristaux de disthène bleu (Ivongo). Ces micaschistes contiennent par places des intercalations d'épidotites (Ivongo).
Enfin, pour terminer cette longue énumération, il me faut signaler à l'Est d'Ambositra, près d'Ambatofangehana, de vastes gisements de schistes, associés à des calcaires et utilisés comme ardoises : je n'ai pu qu'effleurer leur étude minéralogique qui, plus tard, permettra sans doute de montrer qu'une partie au moins des micaschistes et peut-être des gneiss très micacés de Madagascar, ne sont autre chose que des schistes paléozoïques mélamorphisés par le granité. A cet égard, je rappellerai que M. Baron a signalé un échantillon de schiste à chiastolite^ l'un des types les plus fréquents de transformation des sédiments schisteux au contact des roches éruptives, entre Mahalevona et Andranovelona (district d*Anomby, au fond de la baie d'Antongil).
Roches éruptives non volcaniques. — Nous n'avons que peu de renseignements géologiques sur les conditions de gisement des roches éruptives de Madagascar. Elles paraissent aussi nombreuses que variées. Je vais les passer très rapidement en revue.
Les plus importantes sont les granitée normaux.
Les granités de Madagascar se rapportent à plusieurs types dont une partie correspond aux diverses variétés de gneiss dont j'ai parlé plus haut. Il est difficile de les en distinguer d'après des échantillons de petite taille. De même que dans les gneiss, le type normal (granité à biotite) renferme souvent une quantité plus ou moins grande de hornblende ou de diopside (E. de Tananarive); il est parfois porphyroïde (0. d'Andranomafana, entre Tananarive et Andevoranto).
Les granités (granulites) à deux micas et les aplites paraissent peu abondantes (Mont Vombohitra; Mont Famoizankova (Imerina), etc.), mais on rencontre un très grand nombre de filons de pegmatites, de composition assez variée. Les pegmatites sont, on le sait, des roches à grands éléments, remarquables souvent par la taille énorme des minéraux qui les constituent et par leur richesse en minéraux accessoires. On verra plus loin qu'elles constituent le gisement originel de plusieurs des pierres précieuses de Madagascar, et particulièrement des tourmalines, d'une partie du quartz. Ce sont elles qui contiennent, près du lac Itasy, aux environs d'Ambatofangehana, etc., de belles lames vertes de microcline amazonite qui y remplace les feldspaths (microcline et orthose) blancs ou rosés des autres gisements de File. Dans d'autres localités se rencontrent de très grandes lames de mica (muscovite et biotite) atteignant un décimètre |de côté.
J'appellerai l'attention d'une façon toute spéciale sur le mont Bity, dans le voisinage de Betafo, qui, d'après les échantillons que je dois à l'obligeance de MM. Grandidier et de M. Villiaume, constitue certainement l'un des gisements minéralogiques les plus remarquables de la grande lie. Il y existe, en effet, non seulement une très grande quantité de tourmalines de couleur variée, mais encore un phosphate d'alumine et de magnésie d'un bleu intense, la klaprothine^ et un minéral jaune, à éclat gras, titanotantalate de terres rares, qui semble voisin de la fergusonite. L'existence de ce minéral à Madagascar offre un certain intérêt, aujourd'hui que les terres rares sont recherchées pour les nouveaux procédés d'éclairage. On sait, en effet, que dans les gisements norvégiens où se trouve la thorite, la fergusonite est Tun de ses satellites habituels. '
Le groupe des microgranites n'est guère connu jusqu'à présent à Madagascar que par quelques roches de l'Ambongo, de Vohimarina près Manambato, et de la région du sud entre Tamotamo et Tsivory
HINÉRALOGIE 71
(micropegmatite). Enfin, je citerai ici, à cause de leur composition minéralogique, bien qu'il faille les considérer comme de très anciennes roches volcaniques, des porphyres pétrosilicetix, accompagnés de brèches, qui ont été signalés sur la côte Nord-Est et Est, mais sur le gisement desquels je n'ai pas de renseignements précis.
Les roches éruptives les plus remarquables de Madagascar sont certainement les granités et les syénites à œgyrine et à ri^eckite, des hauteurs dominant au Sud la baie d'Ampasindava (les Deux-Sœurs), les syénites à barkevicite de Lokobé (dans la partie méridionale de Nosi-bé), accompagnées à Nosy Komba et aux Deux-Sœurs de syénites néphéliniques, de teschénite, d'essexite, etc., que j'ai pu étudier récemment grâce à M. Villiaume (1). Cette série sodique se trouve à une distance peu considérable du Mont Bezavona, où M. Baron a signalé une syénite néphélinique et des phonolites.
J'ai trouvé, en outre, des granités à œgyrine et des syénites à rieàieckite et cenigmatite, parmi les roches recueillies par M. Gautier au Mont Ambohitsosy dans TAmbongo, des syénites à riebeckite dans celles rapportées par M. Catat de la vallée du Mangoro.
Des syénites normales ont été indiquées par M. Baron aux environs d'Andongoza(près de Maroantsetra) et des syénites à augite et grenat au Nord-Ouest de Mahanoro, sur la côte Est.
Des diorites, avec ou sans mica, sont signalées par le même géologue dans deux points de la côte Est (environs de Vatomandry) et vis-à-vis l'île Sainte-Marie; leur distinction avec les types schisteux de la série gneissique demanderait à être précisée.
Le groupe des gabbros est représenté par divers types pétrographiques. Un gabbro à olivine noir, identique à celui du Pallet, en Vendée, se trouve dans la chaîne du Bongolava (Betsiriry) et à Fonjay (Ambongo) ; dans ce dernier gisement, il est accompagné d'une troctolite^ roche formée d'anorthite et d'olivine, qui à l'œil nu, ressemble à un calcaire cristallin blanc, tacheté de jaune. Des échantillons isolés de diallage atteignant plusieurs centimètres de plus grande dimension ont été rapportés par M. Huré du Bongolava; ils y dénotent l'existence de gabbros à énormes éléments.
M. Baron a signalé des norites, c'est-à-dire des gabbros à hypersthène, très variés de composition, les uns quartzifferes, les autres riches
(1) A. Lacroix. Comptes rendus de V Académie des sciences, 1900.
en amphibole ou en olivine, dans la région du lac Alaotra. Des roches analogues à très grands éléments doivent exister dans le Sud-Ouest (Mahafaly), d'où provient un très gros échantillon d'hypersthène remarquablement plissé, que m'a communiqué M. Boule.
Enfin, c'est sans doute, associées à des gabbros que se rencontrent les diallagites, constituées par du diallage, de Thypersthène et parfois de Tolivine, indiquées par M. Baron, dans le voisinage du lac Alaotra, au Mont Ambiniviny, etc., les hypersthénites du mont Ankitsika dans la même région.
Des diabases souvent ophitiques, en filons, traversant le granité et le gneiss, se rencontrent surtout sur la côte Est (Baie d'Antongil; de Foulpointe à Ngontsy, etc.); elles sont souvent riches en micropegmatite.
Les syénites sodiques de Nosy Komba sont apparentées à une remarquable série de roches à barkévicite de plus en plus basiques, qui oscillent entre des teschénites riches en néphéline et des gabbros à barkévicite et olivine (essexite) (1). M. Villiaume qui m'a remis ces roches a trouvé également à l'Ouest de la Jangoa de nombreux dykes, des amas, des filons minces de teschénites à barkévicite, passant à des types microlitiques et peut-être à des camptonites.
Enfin, le gisement nickelifère de Valojoro, près Ambositra, dont je parlerai tout à l'heure, se trouve dans une serpentine, résultant de l'altération d'une Iherzolite; M. Baron a signalé des serpentines près de Mandritsara, dans l'Ansihanaka, etc.
Avant d'aborder l'examen des roches volcaniques, je ferai remarquer qu'un caractère commun à presque toutes les roches qui viennent d'être passées en revue (y compris les gneiss), tient à la nature de leurs produits d'altération superficielle. Sous l'influence des agents atmosphériques, en eifet, toutes les roches de Madagascar, comme celles des autres pays chauds, se transforment sur place en une terre rouge désignée sous le nom de latérite. Celle-ci n'est pas essentiellement constituée, comme dans les pays tempérés, par des argiles, c'està-dire par des silicates d'alumine et de fer, mais par des hydrates d'alumine et de fer analogues à la bauxite. On sait que celle-ci est le minerai servant à la fabrication de l'aluminium; peut-être pourra-t-on un jour utiliser pour le même objet les variétés pauvres en fer de la latérite de Madagascar.
0) Â. Lacroix. Comptes rendus, 18 février 1901.
MINERALOGIE
Cette transformation en latérite de toutes les roches feldspathiques donne au paysage un cachet tout spécial. Elle fait disparaître les profils anguleux des granités et des gneiss intacts. Dans un stade moins avancé d'altération, le granité présente souvent la décomposition en boule, si fréquente dans les régions granitiques de notre pays.
La plupart de ces roches éruptives, et particulièrement le gneiss et le granité quand ils sont intacts, constituent d'excellents matériaux
(Cliché Orandidier).
Fig. 44. — Porte monumentale eu pierre (granité ou gneiss) ; entrée de Tananarive.
de construction. Mais jusqu'à présent,Mes Malgaches [ne se sont guère servi de pierres pour la construction de leurs habitations. Ils les utilisaient seulement comme pierres de clôture ou surtout de tombeaux, sachant à l'aide du feu en extraire des dalles de très grandes dimensions (fig. 44).
Roches YOlcaniques. — J'ai indiqué plus haut que Madagascar est extrêmement riche en formations volcaniques, qui ont recouvert de leurs produits, non seulement les schistes cristallins et les rodies
éruptives anciennes, mais encore les régions sédimentaires. Parmi les volcans, les plus anciens, dont Tàge n'est pas encore déterminé, sont en ruines par suite de l'érosion de leurs appareils cratériformes. Tel est le cas de ceux qui constituent la plus grande partie du massif d'Ankaratra et en particulier ses sommets les plus élevés (Mont Tsiafajavona, par exemple). Les autres, d'âge probablement quaternaire ou plus récent, ont conservé leurs cônes de scories et leurs coulées de lave avec leur fraîcheur originelle; ils rappellent, à cet égard, la chaîne des Puys, en Auvergne (lac Itasy, environs de Betafo, de Mandridrano, Nosibé, etc»).
Les roches volcaniques les plus communes à Madagascar sont les roches basaltiques, noires et denses. On trouve d'abord les basaltes feldspathique^i, avec tous leurs types de structure, depuis le basalte compact, à éléments extrêmement petits (Tritriva par exemple), jusqu'à la dolérite ophitique, rappelant par sa cristallinité les diabases et même parfois les gabbros grenus (Diego Soarez, etc.).
Des basaltes porphyroid^s, à grands cristaux d'olivine et d'augite, se trouvent dans le massif d'Ankaratra; des basaltes à grands cristaux de
hornblende et de biotite, à l'Est du lac Itasy (iig. 45). Des basaltes à microlites de hornblende forment des filons dans les formations sédimentaires de la baie d'Ampasindava.
On peut citer de nombreux gisements de labradorites ou basaltes sans olivine (Ambavatoby, sur la côte Nord- Ouest; Falaises rouges sur la rivière ^S;;;;^^™^ Saint-Augustin ; Ambongo, etc.), renfer- Fig. 45. — Le lac d'itasy. "1^*^^ parfois de grands cristaux de horn-
blende (volcan Kasigé, Ouest du lac Itasy.) D'après les roches que m'h. .apportées M. Villiaume, les téphrites à olivine, qui renferment du feldspath comme les basaltes, associés à de la néphéline semblable à celle des néphélinites, paraissent très développées parmi les roches volcaniques de Nosi-bé; il y existe aussi (région occidentale) des leucitites à olivine, ainsi qu'à Ambato, sur la grande terre, au Sud de Nosi-bé.
Des néphélinites à olivine se rencontrent au Mont Tsiafajavona (avec leucite), à Nosi-bé et sans doute dans beaucoup d'autres localités.
OÙ elles possèdent les mêmes caractères extérieurs que les basaltes feldspathiques.
Enfin, une mélilitite à olivine (basalte à mélilite), vient d'être signalée par M. Prior à Amparafaravola (!).
Toutes ces roches basiques noires renferment dans certains gisements de nombreux minéraux produits par leur décomposition. A cet égard, le basalte très altéré qui, sur les bords du Bekiady (Mahavavj), renferme du cuivre natif, mérite une mention toute spéciale. Il constitue un gisement destiné à devenir classique, riche en zéolites les plus variées : gmélinite, analcime, mésotype, heulandite, etc. Les labradorites d'Ambavatoby renferment en abondance de la heulandite, de la mésolite, du quartz prase, etc.
On verra plus loin que c'est dans ces mêmes conditions que se rencontrent souvent l'améthyste, la calcédoine et les nombreuses variétés d*agate.
Les roches volcaniques de couleur claire sont moins abondantes que les précédentes, mais elles ne sont pas moins variées.
Des andésites (2) d'un gris clair ont été découvertes par M. Baron au Mont Andranonatoa et à l'Ouest du lac Itasy.
Des trachytes blancs, âpres au toucher, renfermant de grands cristaux de sanidine, se trouvent près d'Antsirabé et au voisinage du lac Itasy; ils constituent le pic d'Ambohitrakoholahy dans le massif d'Ankaratra; des roches analogues ont été observées dans le Nord-Ouest, à Mahitsihazo (au nord d'Andranosamonta).
La collection rapportée par M. Catat renferme des trachytes phonolitique^s œgyriniqties, sonores et fissiles comme des phonolites, recueillis au Mont Vontovorona et au Mont lankiana; ils constituent des montagnes (fig. 46) rappelant par leur forme les pics phonolitiques du Velay.
Enfin, des pAono/t£e$, renfermant de la néphéline existent aux environs de Diego-Soarez (tinguaïte?); dans le voisinage de la baie d'Ampasindava (au Nord d'Ankaramy), et plus au Nord-Ouest dans l'ilôt d'Antsoha, près d'Ambavatoby; au Sud du Mont Bezavona (à Ankitsika); dans TAmbongo, etc.
(1) Miner. Magaz., ziii. 89, 4901.
<2) Sur beaucoup de points de la côte orientale de Madagascar, on trouve des poncef €mdé$itiques blanches: elles ne sont pas indigènes, elles datent de la grande éruption du Rrakatau (1883), et ont été apportées par les courants marins.
De remarquables obsidiennes perlitiques, jaunes ou rouges, m'ont été rapportées par M. Gautier du gué du Manambaho, sur la route de Tambohorano (Ambongo).
Sources thermales. — Il n'existe plus, à Madagascar, de volcans en activité. De même qu'en Auvergne, les dernières manifestations éruptives consistent en sources thermales, pour la plupart bicarbonatées
(Cliché Caut).
Fig. 46. — Pic de Vontovorona (trachyle phonolitique) oflrant une grande ressemblance de forme avec le pic phonolitique du Gerbier des Joncs (Mezenc).
sodiques. Celles d'Antsirabé (Source de lu Reine) paraissent être les plus importantes. Leur débit est assez faible, mais il pourrait être sans doute augmenté et régularisé par un captage approprié. Leur température est de 36 à kSfi C. Deux analyses en ont été faites et indiquent l'une 4 gr., 667 et l'autre environ 2,6 de bicarbonate de soude par litre. A peine est-il besoin d'insister sur les avantages de tous genres qui pourraient résulter de la mise en valeur à Madagascar de sources thermales dont la composition chimique et les propriétés thérapeutiques rappellent celles des eaux de Vichy.
La fig. 47 représente la Source de la Reine; on y voit une crête rocheuse constituée par un travertin calcaire, très analogue à celui du rocher des Célestins à Vichy, et qui, comme celui-ci, est un dépôt de la source. Ce travertin a été exploité comme pierre de construction.
Des formations analogues se rencontrent au point d'émergence des autres sources bicarbonatées de l'Ile : parmi les produits de ce genre venant de Ngiloby, au Nord du lac Itasy, se trouvent des pisolites de ctypéite^ cette nouvelle forme de carbonate de chaux, que j'ai découverte parmi les produits des sources de Carlsbad, en Bohème, et de Hammam Meskoutine, en Algérie.
Enfin, pour terminer, je signalerai des dépôts de sources thermales englobant des plantes et formés, comme ceux de Saint-Nectaire dans le
(Cliché G. Grandidier).
Fig. 47. — La Source de la Reine à Antsirabé. Entre les deux maisons, se voit la butte constituée par le travertin calcaire.
Puy-de-Dôme, par des produits siliceux et notamment de Topale. On les a particulièrement trouvés à Ambohidratrimo et à Analasoamaso, au Nord d'Ambatobé.
GISEMENTS DINTÉRÊT ÉCONOMIQUE
Je viens d'exposer Tétat actuel de nos connaissances sur les roches éruptives et métamorphiques de Madagascar. Quels sont maintenant les produits utiles qu'elles renferment? (1)
(1) Pour les gisements, voir: Guide de l'immigrant à Madagascar (Paris, Arm. Colin, 3 volumes avec nombreuses figures, 1899, t. II, p. 137-190), et pour leur étude minéralogique : A. Lacroix, Minéralogie de la France et de ses colonies (Paris, Baudry, édit., 4893-1901).
Comme dans toutes les régions nouvelles où se rencontrent des gisements aurifères, Madagascar est surtout connu pour ses mines d'or ; c'est sur elles que s'est jetée la spéculation et que se sont concentrées les recherches des prospecteurs, aussi n'avons-nous que fort peu de renseignements sur les gisements minéraux d'une autre nature. Il me semble peu vraisemblable cependant qu'une aussi vaste étendue de roches anciennes, soit relativement aussi pauvre en gîtes métallifères et nous avons des indices permettant de supposer que l'étude méthodique du pays conduira à des découvertes nombreuses dans cet ordre de faits.
Nous avons à considérer les métaux et les produits divers suivants, énumérés dans leur ordre d'importance actuelle. Or^ auquel je ^oindrai les pierres précieuses qui l'accompagnent parfois, fer, cuivre, plomb, zinc, argent, nickel, manganèse, étain, antimoine, mercure, etc.
Or. — La presque totalité de 1 or actuellement extrait à Madagascar provient d'alluvions. Aussi, bien que les gisements en place du métal précieux aient un intérêt scientifique capital et qu'ils soient peut-être appelés à un avenir industriel, je m'occuperai tout d'abord des alluvions aurifères.
En quoi consiste la formation des dépôts d'alluvions? Ils résultent d'une véritable préparation mécanique effectuée par les agents naturels, suivant des procédés que l'homme emploie à son tour pour en extraire les produits précieux ; elle a pour résultat de classer les minéraux à la fois d'après leur densité et leur dureté.
Les éléments des roches en place sont attaqués par les agents atmosphériques, l'action des eaux superficielles leur fait perdre leur cohésion, puis les entraine dans les ruisseaux et les rivières. Minéraux isolés et fragments de roches charriés par les courants frottent les uns contre les autres et sont soumis à une usure d'autant plus énergique que leur dureté est moindre et le courant plus rapide. Les minéraux à la fois altérables, tendres et légers ou facilement flottables, tels que les feldspaths, le quartz, les micas, disparaissent les premiers, usés ou entraînés par le courant. Les minéraux plus lourds et plus résistants à l'usure, au contraire, tels que le platine, l'or, la cassitérite, la magnétite, l'ilménite, les gemmes (diamant, corindon, grenat, zircon, topaze, tourmaline, etc.), se réunissent et se concentrent partout où un coude, un barrage, un trou profond de la rivière, une fissure du sol ou une
cause quelconque déterminent une diminution locale du courant et des remous.
En raison de leur densité, ces minéraux lourds s'accumulent dans les parties profondes des rivières au contact de la roche en place (bed rock) et sont souvent arrêtés par les anfractuosités de celle-ci, surtout si elle est schisteuse et si ses strates ne sont pas horizontales. On les trouve mélangés avec des débris roulés de toutes les roches rencontrées par 1q cours d'eau en amont du point obsen^é et ce sont ces derniers qui constituent la grande masse stérile des alluvions.
Les minéraux des alluvions se trouvent en fragments d'autant plus petits qu'ils sont recueillis plus loin de leur gisement originel. Les grains et les pépites d'or ont souvent conservé des formes anguleuses, des arêtes vives, attestant ainsi que leur gisement originel n'est pas éloigné des points où on les recueille, alors que les paillettes du même métal entraînées fort loin, sont souvent tout à fait arrondies et parfois extrêmement minces.
A Madagascar, comme partout ailleurs, il existe plusieurs catégories d'alluvions aurifères, correspondant aux diverses phases du creusement d^ vallées. Les alluvions anciennes, situées à des hauteurs variées sur le flanc des vallées sont les témoins érodés d'une époque où celles-ci étaient moins profondes et plus étalées. Il ne faut pas confondre ces dépôts de transport avec les terres rouges qui sont le résultat de lai tération sur place, sans remaniement, des roches gneissiques et granitiques.
Les alluvions modernes, au contraire, sont limitées aux vallées actuelles et ne dépassent piasle lit majeur du cours d*eau qui les irrigue, c'est-à-dire le lit occupé par les plus hautes eaux.
A Madagascar, la puissance des couches aurifères est très variable, mais parait osciller entre 0™20 et !"»20, elles sont généralement très quartzeuses, remplies de fragments de toutes les roches du Massif ancien. L'or y est d'ordinaire en paillettes très fines, rarement en pépites (on en a cité cependant de 77 gr. dans le Betsileo); il y est associé à beaucoup de magnétite et aux diverses pierres précieuses dont il sera question plus loin.
L'épaisseur des matériaux stériles recouvrant la couche aurifère n'est pas moins variable. En effet, dans certains points du Betsileo, cette dernière est directement surmontée par une zone de tourbe de moins d'un mètre, alors que dans d'autres régions et, notamment près de Meva-
tanana, il est souvent nécessaire de traverser jusqu'à 18 mètres d'alluvions, de graviere, pour atteindre la zone productive (fig. 48).
Il n'est pas davantage possible d'établir de règles fixes pour la teneur en or des alluvions ; beaucoup d'entre elles sont insuffisantes
(Uicbé Triana).
Fig. 48. — Tranchées faites dans la rivière Belambo (exploitatoins Suberbie) pour atteindre la zone aurifère, située k 18 mètres de la surface, au contact du Bed rock. Le gravier aurifère est transporté dans le voisinage et lavé è. la bâtée dans les petites mares adjacentes, formées par l'eau extraite du fond des fouilles.
pour être exploitées productîvement. Parmi celles qui ont été Tobjet de prospection sérieuse ou d'exploitation, je citerai les chiffres suivants : Dans la région de Mevatanana, la teneur en or parait être en moyenne supérieure à 1 gramme par mètre cube; elle a parfois exceptionnellement atteint (Belambo) 100 grammes; elle est de 1 à 4 grammes en moyenne dans le Betsileo. On verra plus loin que, d'après les dernières nouvelles, on vient de découvrir récemment, dans la région de l'Ampa-
sary, des alluvions dans lesquelles la teneur atteint, en moyenne, de 7 à 8 grammes à la tonne, avec parfois des quantités bien plus considérables.
La distribution géographique des alluvions aurifères à Madagascar est extrêmement grande. On peut dire qu'on les trouve sur presque toute l'étendue de la région gneissique et qu'elles n'existent que là ou à son voisinage immédiat, mais les gisements actuellement reconnus sont concentrés dans le Massif central. Si l'extrémité Nord et l'extrémité Sud de l'île n'en sont pas entièrement dépourvues, du moins les gisements explorés n'ont pas grande importance; ce sont, dans la province de Diego-Suarez, les affluents du Sahanambo, la région irriguée par les rivières Manambero, Manambato, Manankolana, Ankaramy; dans la province de Maroantsetra^ les rivières Antanambalana et son affluent de droite, la Yohimarina.
Les renseignements que l'on possède actuellement sur la richesse des diverses régions aurifères du Massif central exploitées, ou seulement explorées, sont si contradictoires, que je me contenterai d'énumérer rapidement les principales d'entre elles, en commençant par le Nord, afin de donner une idée de leur distribution géographique.
Les plus septentrionaux des gisements du Massif central paraissent peu importants, au moins jusqu'à présent; ils se trouvent dans le cours moyen de la Mahajamba (notamment à Maroadabo), et de ses affluents de droite, le Menaomby et le Tsilaninarivo (province de Majunga)^ ainsi que dans le cours supérieur de Bemarivo et de ceux des affluents qui irriguent le plateaudeTampoketsaetde ses alentours (Miarinarivo, Antsevakely, etc.) [cercle d'Ambatondrazaka],
L'un des districts aurifères les plus connus de l'ile est celui qui constitue les concessions de Suberbie, dont le centre est Mevatanana. Il comprend le cours inférieur de l'Ikopa et celui de ses affluents de gauche (Menavava), celui de la Betsiboka, entre son confluent avec rikopa et Tainangidina, ainsi que l'espace compris entre la Betsiboka et l'Ikopa.
Dans la vallée de la Betsiboka (cercle d'Ankazobé)^ des gisements aurifères ont été signalés dans le territoire d'Antsatrana (Andriamena, Ambatomainty, Ambatomborona, Manisibato); ils se trouvent en partie sur le versant Nord séparant les vallées de la Betsiboka et celles des affluents de gauche de la Mahajamba; ces deux derniers points auraient, parait-il, fourni d'assez grosses pépites aux indigènes; dans la
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haute vallée de Tlkopa, Kinajy, Maharidaza ; les hautes vallées de rOnibé et de la Katsaoka (affluents de gauche de Tlkopa).
Quelques gisements aurifères ont été exploités par les Malgaches dans le cercle d'Anjozorobé^ et surtout dans celui de Maramanga (vallée du Mangoro); les endroits à citer dans cette région sontAntsonjorano, à 1 kilomètre Nord-Est de Beparasy, Ambohibary, dans la vallée du Sahanaka, etc.
Dans le secteur de Tsiafahy, d'assez nombreux gisements ont été activement exploités avant la conquête, notamment dans le Maroan, driana (Hiaranandriana, Ambohimarony).
Enfin, dans le secteur de Tsinjoariro il faut citer les alluvions du Yoromahery et de TOnivé (Analamasina, Ambatomiranty, Sarobaratra, etc.).
Dans le ceixle de Betafo, dans les vallées des affluents supérieurs du Mahajilo, le Kitsamby (le Valabetokana et le Sahaomby) quelques exploitations peu actives sont à signaler. Plus importantes sont celles du Betsiriry, elles sont surtout limitées au Nord par le Mahajilo et au Sud par la Mania, à l'Ouest par la chaîne de Beraaraha. Les vallées du Kiranomena et du Dabolava (affluents du Mahajilo), ont été particulièrement exploitées : à Ankarongana près Analaidirano, 200 ouvriers travaillaient en 1897.
Le Betsileo est particulièrement riches en alluvions aurifères; beaucoup d'entre elles sont recouvertes de rizières, ce qui, à tous points de vue, complique singulièremant les recherches et l'exploitation (1).
Quelques-uns des gisements explorés se trouvent sur les affluents supérieurs de la Mania, mais le plus grand nombre sont situés sur le cours supérieur d'aflluents de la Matsiatra (gisements de Tsarafidy, de Horaraika) ou sur le versant occidental de la chaîne centrale, sur des affluents de Mananjary (la Yoanana et la Sahanonoka). Un autre groupe de gisements se trouve à l'origine de la Manantanana ou de ses principaux aflluents.Tels sont, au Sud d'Ambohimandroso, les gisements d'Ambohimalaza, de Sahavorona, d'Ambatoharana, qui ont été exploités avec une très grande activité par le gouvernement malgache.
Une région très importante au point de vue auriière s'étend à l'Est de la précédente, depuis Vinanitelo au Nord, jusqu'au Mont Andringitra au Sud, formant une large bande, à TOuest de la grande forêt;
(1) Chauveau, Génie civil, 1897.