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Fig. 49. — Carte de la distribution des pierres et des métaux précieux à Madagascar.
Hi \. LAaiof\
p\W passe par Amboasar\. rAmbondrombé. Itaolana. ValokiaDJa. etc. Depuis quelques mois, de riches gisements ont été découverts dans le distrirt d'Ambohimanfja dejf Tamila : les prospecteurs ont d'abord lait des reclierches dans les allurions de TAmpasary. affluent de gauche de la Mananjarv. et dans tous les ruisseaux descendant vers l'Ouest de la chaîne Nord-Sud. parallèle à la côte et à l'Ampasarj. Ces alluvions renferment rré<|uemment de 7 à 8 grammes d'or à la tonne, et la teneur a atteint, dit-on. jusqu'à 30 grammes. Cette région, très fiévreuse, parait actuellement en partie délaissée pour le versant oriental de la même chaîne de montagnes, à l'origine des vallées de la Sakaleony et de la Fanantara qui seraient plus riches encore. Le voisinage de la côte orientale et du port de Mananjarv permettra peut-être d'y établir de grandes exploitations. On parle de âOO kilogrammes par mois pour la production actuelle de ce district aurifère.
Quant aux gisements signalés dans les provinces de Fénérive. de Tamatave et d'Andevoranto. ils n'ont pas été. jusqu'à présent explorés d'une façon suffisante.
fl me reste à rechercher quelle est l'origine première de l'or des alluvions. Dans la plupart des districts aurifères disséminés dans le monde entier, l'or provient de filons de quartz. Nous sommes mal renseignés au sujet de l'importance que peuvent avoir de pareils filons à Madagascar. Beaucoup d'explorateurs (M. Chauveau) ont insisté sur leur rareté dans plusieurs des régions aurifères de l'ile et notamment dans le Betsileo: d'autres, au contraire, en ont signalé de nombreux gisements, mais en général trop pauvres pour pouvoir être exploités.
Le seul fait bien positif que je puisse citer à cet égard, consiste dans l'existence certaine, dans le voisinage de Mevatanaua. des filons de Ranomangatsiaka. de Nandrojia et d'Andriamparany. exploités ou reconnus par M. Suberbie avant la conquête. La collection du Muséum renferme quelques échantillons de quartz blanc rosé provenant de ces gisements et renfermant de petits nids d'or visibles à l'œil nu.
Quoiqu'il en soit des filons quartzeuxde Madagascar, il me parait probable qu'une partie au moins de l'or alluvionnaire de la grande ile n'est pas d'origine filonienne et provient des schistes cristallins. Je puis apporter à Tappui de cette opinion quelques observations précises.
On sait que le lavage des terres rouges de la région de Mevatanaua. résultant sans doute possible de la décomposition sur place des gneiss let autres roches éruptives), donne parfois de l'or non seulement
MiNÉRALOUlK 8S
en paillettes, mais encore en pépites (environs de Mevatanana); quelques-unes d'entre-elles atteignaient 450 grammes : l'une d'elles donnée à la collection du Muséum par M. Suberbie pèse environ 53 grammes. Ces pépites, auxquelles est parfois adhérent un peu de quartz encroûté d'oxyde de fer, sont remarquables en ce qu'elles n'ont incontestablement pas été roulées.
Mais ce n'est pas tout; à ces indications que je n'ai pas personnellement vérifiées sur place, viennent se joindre (1) des documents que je puis mettre sous vos yeux. La vallée de la Mandraty, affluent de rikopa, a fourni en effet deux échantillons donnés au Muséum par M. Suberbie, qui présentent le plus haut intérêt.
L'un d'eux est constitué par un quartzite à magnétite, semblable à ceux qui ont été décrits plus haut; il est rempli de grains et de cristaux d'or natif, qui jouent dans la roche le même rôle structural que la magnétite, et sont, par suite, du même âge.
Le second échantillon est plus intéressant encore; c'est un gneiss très feldspathique, formé par des alternances de lits essentiellement constitués par des feldspaths (orthose et oligoclase) et par du quartz, et d'autres ayant la même composition, mais très riches en mica noir (biotite). L'or natif en cristaux et en grenailles, est également réparti dans toute la roche. L'étude microscopique fait voir que le métal précieux est inclus aussi bien dans le mica et le feldspath que dans le quartz; il y forme de gros grains et des myriades de petits cristaux, ayant souvent moins d'un millième de millimètre. Il est incontestable qu'il constitue l'un des minéraux les plus anciens de la roche et qu'il est un des éléments constitutifs de celle-ci.
C'est je crois, avec l'observation faite par M. Orville Derby dans la province de Minas Geraes (Brésil), le seul exemple connu d'or natif jouant le rôle d'élément normal dans une roche gneissique. On peut chercher à expliquer ce curieux mode de gisement à l'aide de quelques faits observés dans d'autres régions.
Des échantillons de granité renfermant de l'or natif primaire ont été trouvés dans la Sonora (Mexique), à Broken Hill (Australie). On sait d'autre part que l'or natif existe parfois en petite quantité dans les filons stanniR'res (notamment dans ceux du Limousin), qui sont le résultat d'émanations du magma granitique. Enfin, la collection du Muséum
(1) A. Lacroix. Bull. Soe. franc, de minéral., XXIII, i43. lUOO.
possède un échantillon de gneiss granulitique des environs de Nantes, renfermant une géode tapissée de cristaux de quartz, d'apatite et de lamelles d'or natif. Il est donc évident que Tor est un élément possible, quoique rare, des magmas granitiques et il n'est pas étonnant, d' s lors, de le voir exceptionnellement apparaître en plus grande abondance dans certains schistes cristallins, tels que ceux de Madagascar, au milieu desquels Tinfluence du granité éruptif se fait sentir à chaque pas. Peut-être même les filons de quartz aurifère dont il a été
(Cliché Trîana).
Fig. 50. — Lavage è. la bâtée à Tainangidina.
question plus haut sont-ils eux-mêmes en relation avec le magma granitique.
L'intérêt théorique de cette question, malgré toute son importance, ne doit pas faire perdre de vue son côté pratique. Il est probable que les faits observés dans la région de Mevatanana ne sont pas isolés. M. G. Grandidier m'a dit avoir vu dans le Betsileo, entre Ambositra et Fianarantsoa, des paillettes d'or brillant au milieu d'un gneiss qui formait la pierre principale d'un tombeau malgache. J'ai cru comprendre en outre, de récits que m'ont fait divers prospecteurs ayant parcouru le Betsileo et le Betsiriry, que les roches désignées par eux comme alluvions anciennes aurifères, sont en réalité, dans bien des cas, des terres rouges en place.
Je ne donne ces indications à distance que pour ce qu'elles valent, il faut toujours, en pareil cas, n'accepter les théories qu'après une sévère
UINÉRALOGIE
discussion sur le terrain, basée sur de nombreux faits d'observation, mais, néanmoins, il me semble résulter nettement des faits exposés plus haut, que Tor existe dans les gneiss de quelques régions de Madagascar et précisément ^ans celles où les gisements alluvionnaires sont particulièrement riches en or. Il est donc logique de supposer que c'est en partie, sinon en totalité, à ces gneiss que Tor alluvionnaire a été arraché; l'altération superficielle si fréquente de ces gneiss facilitera certainement les recherches ultérieures.
Voyons maintenant quels sont les procédés d'exploitation usités à Madagascar. Les filons de Mevatanana n'étant plus exploités actuellement, nous pouvons les laisser de côté pour ne nous occuper que de l'or alluvionnaire.
Trois procédés ont été employés\ La méthode hydraulique, autrefois utilisée en Californie et consistant à abattre, avec un violent courant d'eau, une grande masse d'alluvions, a été essayée à l'origine près Mevatanana, où la quantité de stérile est très considérable et atteint jusqu'à 18 mètres. Cette méthode est abandonnée aujourd'hui. Restent donc le procédé de la bâtée et celui des sluicen.
Le procédé de la bâtée est le plus rudimentaire de tous, celui qui a été utilisé le premier dans tous les pays du monde et qui est d'un emploi le plus général dans la grande ile.
La bâtée consiste à Madagascar en un récipient conique à section circulaire, taillé dans un seul bloc de bois blanc de figuier voara; elle a de 50 à 60 centimètres de diamètre, l'angle au sommet de sa section est très obtus (150 à lOO»).
Pour utiliser la bâtée, l'ouvrier la remplit aux 2/3 du gravier aurifère, la plonge dans l'eau et en délaye avec la main le contenu afin de mettre en suspension les matières les plus menues. Ce premier résultat obtenu, il immerge la bâtée, tenue avec les deux mains, en la laissant au voisinage de la surface de l'eau, puis il lui imprime un mouvement giratoire en l'inclinant un peu en avant de façon à permettre aux matériaux légers de s'écouler. Lorsque ceux-ci ont complètement disparu.
(Cliché 6. Graadidier).
Fig. 51. — Lavage è. la bâtée à Itaolana (pays Betsileo).
(Cliché Tinayre).
Fig. 52. — Lavage à la bâtée à Fandravazana.
Teau devient limpide, l'ouvrier alors enlève à la main les gros graviers, en regardant s'ils ne contiennent pas de Tor visible. Il ne reste plus au fond de la bâtée que Tor, accompagné d'autres minéraux lourds,
essentiellement constitués par de la magnétite ou du fer titane et parfois quelques pierres précieuses.
Vn tour de main facile à acquérir permet d'éliminer peu à peu tous les minéraux inutiles, en ne conservant que Tor.
On estime qu'à Madagascar la bâtée ne permet guère d'extraire que 50 0/0 de l'or contenu dans les alluvions.
Le procédé des sluices est un peu moins primitif et diminue beaucoup la maind'œuvre. Les sluices consistent en longs canaux emboités les uns dans les autres et formés par trois planches clouées à angle droit. Chaque compartiment (box) des sluices est garni d'un fond mobile constitué par de petites baguettes de bois entrecroisées (rifles).
L'inclinaison des sluices est calculée d'après la vitesse du courant d'eau que comporte la nature de l'alluvion à traiter. L'appareil est chargé à la pelle à sa tête; le courant d'eau |débourbe le minerai, entraîne les parties légères, alors que l'or et les minéraux lourds tombent entre le fond de la boîte et ses rifles; il y rencontre du mercure qui amalgame l'or. On estime que 65 à 70 mètres de sluices sont sufiisants pour débourber
entièrement une alluvion; l'appareil est toujours plus long afin de retenir le plus d'or fin possible. Quand on juge que la quantité d'or est suffisante, on soulève les rifles des premi>res boîtes en maintenant le courant d'eau et en faisant tomber les cailloux qu'ils supportent sur les rifles suivants, et ainsi de suite. 11 suffit alors de recueillir l'amalgame d'or, de le filtrer par torsion sur une peau de chamois ou dans un torchon et de retirer l'or par distillation.
(Cliché G. Grandidier.)
[Fig. 53. — Lavage aux sluices k Itaolana.
Le temps me manque pour faire Thistorique de la découverte, de Texploitation et de la législation minière de Tor à Madagascar. M. G. Grandidier a publié sur ce sujet une intéressante étude à laquelle je vous renvoie (1).
Je rappellerai seulement que sous le régime malgache, Tor appartenait au souverain, qui le faisait exploiter à l'aide de la corvée; une loi, édictée par Ranavalona II, punissait de vingt ans de fer tout prospecteur d'or ou de pierres précieuses. Ce fut M. Suberbie qui en 1885 obtint la première concession et étdblit la première exploitation méthodique. Depuis que Madagascar est terre française, les recherches se sontmultipliées, elles soAt réglementées par un décret du 17 juillet 1896, complété par un arrêté local du Général Gallieni, dont voici les principales dispositions :
I. Sont admis à la recherche et à l'exploitation des mines, les Français {k l'exclusion des fonctionnaires), les étrangers (à l'exclusion des Asiatiques et des Africains) et les indigènes qui sont employés par les Européens.
L'exploitation n'en peut être faite que dans les centres déclarés ouverts k l'exploitation publique.
II. — Toute personne qui veut entreprendre des recherches doit demander des permis de prospection, du prix de 25 francs l'un et valables pour un an, soit au service dps mines h. Tananarive, soit au résident local. Une môme personne ne peut prendre plus de 10 permis. Chaque permis donne le droit de planter un signal de recherches ou poteau haut de 2 mètres avec une affiche indiquant le nom de l'explorateur, la date des permis et l'objet des recherches, et de faire la prospection dans un cercle de 2 kilom. 500 de rayon autour de ce signal, après en avoir avisé le service des mines. L'inventeur a seul le droit de faire des recherches dans ce périmètre pendant deux ans; passé ce délai, il devra exploiter ou abandonner le terrain. Les signaux établis par un môme explorateur doivent étrt' éloignés les uns des autres d'au moins 25 kilomètres, et aucun signal ne peutétn' placé k moins de 5 kilomètres de tout signal déjà établi.
Il est interdit de faire des fouilles dans les propriétés closes de murs et dans une zone de 50 mètres autour des maisons, routes, travaux d'art, tombeaux. En propriété non close, si le propriétaire du sol s'oppose aux fouilles, elles ne peuvent être entreprises qu'après autorisation du résident de la province qui décidera s'il y a lieu k indemnité. L'explorateur paiera une indemnité double du préjudice causé pour tout dommage temporaire ou permanent subi par les propriétés ou cultures du fait de fouilles.
III. — Chaque province placée sous l'autorité d'un résident forme un centre minier déclaré, et qui veut l'exploiter, doit adresser une demande au service des mines k Tananarive qui, après enquête, décidera s'il y a lieu d'ouvrir un nouveau centre minier ou de rattacher le gisement découvert k des centres déjà déclarés, Dès que le centre minier est ouvert, les inventeurs ont le droit de marquer autour de chacun des signaux qu'ils ont établis un nombre de lots qui ne peut dépasser
(1) Bulletin du Comité de Madagascar, 3« année (1897), n* 4. page 145.
80, et dont la plus petite dimension du terrain total ne doit pas être inférieure à un cinquième de la plus grande.
On distingue deux catégories de lots : l» les alluvions où le lot est un rectangle de 200 mètres sur 1 kilomètre ; 2<» les filons et les diamants en roches où le lot est un rectangle de 400 mètres sur 500 mètres. Les prix de location par an et par lot, sont pour les vingt premiers, 300 francs ; 350 francs par lot pour les vingt suivants, 400 francs par lot pour les vingt suivants et 450 francs pour chacun des lots, de 60 k 80. Cette redevance n'est payable que le jour où commence l'exploitation, sans que ce délai puisse dépasser une année, k partir du jour de l'attribution des lots.
Les parties du centre minier qui ne sont pas piquetées restent ouvertes à la prospection publique.
Tout lot ou groupe de lots appartenant k la même personne doit être délimité par des piquets, hauts au moins d'un mètre, à une distance de 100 mètres les uns des autres; les piquets d'angle, hauts de 2 mètres, doivent porter une affiche indiquant le nom de l'occupant, le nombre et la date de la prise de possession.
Le commissaire des mines statue sur les compétitions qui peuvent se produire entre les mineurs.
Lorsqu'un détenteur de lots ne paiera pas la taxe annuelle correspondante, le commissaire des mines les vend aux enchères. Tout lot, du reste, est cessible moyennant un droit de mutation de 4 0/0 du prix.
Tout exploitant peut faire enregistrer ses lots, après une enquête, moyennant un droit de 100 francs l'un. Les lots enregistrés sont des immeubles et peuvent être hypothéqués.
Les sociétés constituées pour l'exploitation des mines peuvent obtenir des concessions de 2.000 heclares et les faire enregistrer; il leur est permis d'opter entre la taxe établie pour les lots et une taxe annuelle de cinq francs par hectare à dater du jour où commence l'exploitation, qui doit avoir lieu dans l'année de la concession, et un droit de 5 0/0 sur les matières extraites.
La propriété des mines est distincte de celle de la surface ; les exploitants ont le droit d'établir des chemins, des canalisations d'eau, d'abattre des bois et d'occuper des terrains en dedans et en dehors de leurs lots ou de leurs concessions,*moyennant des indemnités doubles du préjudice causé.
Le commerce des métaux précieux ne peut être fait que moyennant le paiement d'un droit de patente hors classe de 1.800 francs par an pour la maison principale et de 400 francs pour les succursales, sauf pour les exploitants qui vendent les produits de leurs mines. Toute quantité de métaux précieux sortant de la colonie devra, quelle que soit sa destination, être accompagnée d'un laissez-passer établi par l'exploitant.
Suivent les pénalités édictées contre les contrevenants k cet arrêté.
Pierres précieuses. — Les gisements d'or natif nous conduisent nécessairement à parler de ceux des pierres précieuses. Ces divers minéraux se rencontrent en effet ensemble dans les alluvions de Madagascar.
Mais d'abord, qu'entend-on par pierres précieuses? Ce n'est point là une division scientifique; la composition chimique sert, en effet, à établir les grands groupes des minéraux, or, parmi les pierres pré-
cieuses, on rencontre des corps simples comme le diamant, des oxydes tels que le corindon, le quartz et leurs variétés, des aluminates comme les spinelles et la cymophane, des silicates enfin parmi lesquels je citerai la topaze, la tourmaline, les grenats, Vémeraude, etc.
Ce n'est pas davantage le système cristallin qui sert de critérium, puisque tous les syst' mes sont représentés dans les pierres précieuses.
Ce qui fait d'un minéral une pierre précieuse, c'est la réunion d'un ensemble de propriétés physiques tr>s diverses. Une pierre précieuse doit être transparente et douée d'une couleur franche et vive; elle doit posséder un indice de réfraction, élevé, propriété d'où dépend l'éclat, enfin elle doit être dure. Plus un minéral possède à un haut degré réunies ces diverses qualités, et plus sa place est élevée dans la hiérarchie des pierres précieuses, à moins qu'une question de mode n'intervertisse quelques rangs. Les pierres précieuses sont en outre généralement assez denses.
Cette définition n'est cependant pas générale, attendu qu'il existe quelques pierres qui ne sont ni dures, ni transparentes, ni éclatantes, ni lourdes, mais qui sont cependant précieuses à cause de leurs jeux de lumière, tel est le cas de Yopale et de la pierre de lune, ou de leur couleur particulièrement jolie comme c'est le cas de la turquoise.
Madagascar ne renferme pas de diamants, mais elle contient un très grand nombre d'autres pierres plus ou moins précieuses, corindon^ spinelle, cymophane, topaze, béryl, grenat, tourmaline, quartz et ses nombreuses variétés (améthyste, agates, etc.) que je vais successivement passer en revue.
Au point de vue de leur gisement, toutes ces pierres se recueillent en fragments roulés dans les alluvions aurifères, elles s'y concentrent avec l'or et la magnétite, parmi les produits les plus lourds. Il va m'être possible d'indiquer, quel est le gisement originel certain ou seulement probable de la plupart d'entre elles. En effet, quelques-unes de ces pierres, et en particulier la tourmaline, sont connues en cristaux distincts, isolés, non roulés et présentant parfois des dimensions considérables ; elles ont été recueillies sinon absolument dans leur gangue, du moins très près de celle-ci.
Mais il y a lieu de remarquer qu'il est excessivement rare de rencontrer parmi ces cristaux intacts, des échantillons aussi limpides et aussi dépourvus de défauts que les petits fragments roulés des alluvions. Cette remarque n'est pas spéciale à Madagascar, elle e-st générale
et se vérifie dans presque tous les gisements alluvionnaires de pierres précieuses ; il est aisé d'en donner l'explication. Les cristaux de grosse taille ne sont que rarement dépourvus de tares, ils sont le plus souvent fendillés, fissurés. Si Ton veut les utiliser pour la taille, il est nécessaire de les briser et d'en extraire les quelques parties pures et limpides. La nature s'est chargée d'effectuer cette préparation mécanique aux dépens des cristaux entraînés dans les cours d'eau, avec des matériaux de beaucoup plus grande taille et souvent de dureté supérieure. Les cristaux tarés, plus fragiles, sont réduits en menus fragments et les morceaux homogènes seuls subsistent plus longtemps que les autres. C'est grâce à cette sorte de sélection naturelle que la proportion de pierres précieuses utilisables, est toujours infiniment supérieure dans les sables que dans les gisements en place.
A l'exception de quelques toiurmalines, les pierres précieuses que j'ai examinées ont été données à diverses époques par M. Suberbie à la collection du Muséum ; elles proviennent presque toutes des lavages du Belambo.
Le corindon est constitué par de l'alumine pure ; des traces presi|ue impondérables d'oxydes métalliques, et particulièrement d'oxyde de chrome lui donnent des colorations différentes. Le nom de rubis est réservé aux variétés rouge foncé, celui de saphir aux variétés bleu intense, alors que, dans le commerce, on qualifie généralement, suivant leur couleur, de saphir blanc, saphir bleuté, saphir rose, saphir jaune, saphir vert, les autres variétés de corindon. Le corindon est après ie diamant la plus dure des pierres précieuses qui sont rayées par lui.
Les corindons de Madagascar que j'ai eu l'occasion de voir sont quelquefois incolores, roses ou d'un bleu pâle, mais le plus souvent ce sont des saphirs d'un bleu très foncé, trop foncé même : on y distingue parfois la forme prismatique (prisme hexagonal ou isoscéloMres très aigus), basée, dans des cristaux aux arêtes arrondies. Ils offrent la plus grande analogie avec ceux qui abondent dans les tufs basaltiques du Puy-en-Velay, ils ne peuvent guère donner que de très petites pierres taillées, à cause de leur coloration trop intense. Ceux que j'ai vus provenaient de la région dt Mevatanana; on les a signalés dans différents points de la région volcanique du Massif central. Leur gisement habituel est très probablement le granité ou le gneiss : comme dans le Velay, leurs relations avec les roches volcaniques me paraissent accidentelles. Il en est probablement de même pour des cristaux de
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corindon presque opaques que MM. Camus et Thomas m'ont communiqués récemment (Baie de Diego-Soarez).
J'ai extrait d'un petit lot de pierres précieuses des fragments, tout à fait roulés et absolument dépourvus de formes géométriques, de corindon rosé et d'autres d'un vert pâle sale; ces échantillons doivent très probablement provenir des cipolins des gneiss.
C'est aussi à ce genre de gisement, qu'il faut rapporter les spinelles verts qui accompagnent ces corindons du Belambo, et qui ne s'en distinguent par aucun caractère extérieur : ils sont, en eflet, roulés et leur forme géométrique habituelle, l'octaèdre régulier (fig. 64), a disparu. Il est nécessaire de faire intervenir l'emploi de la lumière polarisée ou la densité, pour distinguer ces minéraux les uns des autres. J'ai trouvé des cristaux de spinelle analogues, associés à de la humite dans des calcaires des environs de Tananarive. Le spinelle dont il s'agit est un aluminate de magnésie presque pur, coloré par des traces de fer; sa couleur n'est pas assez belle pour que les échantillons que j'ai vus puissent être utilisés comme pierres précieuses.
J'ai reçu récemment de MM. Camus, Huet et Thomas des octaèdres noirs, à éclat résineux, opaques, d'un spinelle (ferropicotite) offrant la plus grande analogie avec ceux des tufs basaltiques du Velay et ayant certainement comme eux une origine volcanique. Ils ont été recueillis dans la baie de Diego-Soarez.
La rymophane, qui est un aluminate de glucine, n'a pas été jusqu'à présent, signalée à Madagascar. Je l'ai trouvée en assez grande abondance dans les échantillons du Belambo. Ce minéral forme des grains transparents; il mérite par sa belle couleur jaune, le nom de béryl d'or (chrysobéryl) qui lui est quelquefois donné. Sa dureté, sa réfringence, qui se rapprochent de celles du corindon, en font l'une des plus jolies pierres de Madagascar, qui sera utilisable, si l'on arrive à la trouver en échantillons de quelques carats. La dureté et la densité de la cymophane, permettent facilement de la différencier de la tourmaline jaune, plus légère et plus tendre, qui l'accompagne.
J'ai observé la topaze dans les mêmes sables que les minéraux précédents; elle s'y rencontre en petits grains arrondis, incolores, qui ne se distinguent pas à première vue des fragments de quartz hyalin auxquels ils sont associés. Pour différencier ces deux minéraux, il est nécessaire de faire appel à la densité qui est beaucoup plus grande dans la topaze; un choc permet de déterminer dans ce dernier minéral
un clivage facile, donnant des lames éclatantes, avec lesquelles il est possible de rayer un cristal de quartz.
Cette topaze est absolument identique à celle du Brésil et, comme elle, pourrait être utilisée si elle se présente en grains plus gros que ceux que j'ai vus, et qui ne dépassent guère 4 millimètres de diamètre.
Le béryl est une pierre beaucoup moins lourde et beaucoup moins dure que les précédentes; c'est un silicate d'alumine et de glucine; sa valeur est fonction de la nature et l'intensité de sa couleur. La plus précieuse de ses variétés est la verte que Ton désigne sous le nom d'émeraude.
Les béryls de Madagascar que j'ai eu Toccasion de voir sont d'un vert ou d'un bleu pâle; ils appartiennent donc à la variété aigus-marine; ils sont givrés. Je dois citer en outre un échantillon de béryl d'un rose tendre extrêmement rare, qui a été rapporté de Farafatrana et a été autrefois analysé par M. Damour. Ce serait évidemment une pierre à utiliser dans la joaillerie.
Ces diverses variétés de béryl, de même que la cymophane et la topaze, n'ont jamais été trouvées en place àMadagascar; jenedoutepas cependant qu'elles ne proviennent de la désagrégation des pegmatites.
Il en est de même d'un échantillon très curieux que m'a communiqué M. Suberbie; il est constitué par du triphane (silicate d'alumine et de lithine) absolument limpide et possédant une légère teinte rosée; ses deux clivages voisins de 86^ et ses propriétés optiques
Fig. 54.
Fig. 55.
Fig. 56.
et chimiques ne laissent pas de doute sur sa nature. C'est une variété rare d'un minéral, qui est généralement blanc, jaune citron, ou plus rarement vert émeraude; elle pourrait peut-être être utilisée dans la
joaillerie, bien que la facilité de ses clivages doive en rendre la taille très difficile.
De toutes les gemmes, les grenats sont sans contredit les plus abondants à Madi^scar. On les rencontre en quantité plus ou moins grande dans presque tous les i*uisseaux de la région gneissique, et ils ne sont pas rares en place, soit dans les gneiss eux-mêmes, soit dans les pegmatites. Leur forme habituelle est le rhombododécaèdre (fig. 54), le trapézoèdre (fig. 55) ou la combinaison des deux (fig. 56).
On sait que les grenats constituent une vaste famille minéralogique; ce sont des orthosilicates d'un sesqui-oxyde (alumine, fer, ou chrome) et d'un protoxyde (chaux, fer, manganèse ou magnésie), formant plusieures espèces définies; celle qui domine à Madagascar est Valmandin (grenat d'alumine et de fer) : ses grains et ses cristaux sont d'un rouge plus ou moins foncé et ne constituent que des pierres de peu de valeur commerciale.
Dans les alluvions aurifères de Belambo, il existe en outre des grains d'un joli jaune orangé constitués par du grossulaire (grenat d'alumine et de chaux), qui rappelle par sa couleur Vessonile de Geylan. Leur origine doit être recherchée dans les cipolinsdu Massif central.
11 ne faut pas confondre ces grenats avec les zircons^ composés de zirconeet de silice, que l'on rencontre dans les mêmes alluvions en prismes quadratiques (fig. 57) souvent à peine arrondis ; ils sont plus lourds et plus durs que les grenats et ne sont pas fusibles au chalumeau, comme ceux-ci. Ils sont tout à fait identiques aux cristaux qui, en si grand nombre, accompagnent le corindon dans les sables des environs du Puy-en-Velay.
Ces cristaux sont de trop petite taille et trop givrés pour pouvoir être utilisés en joaillerie.
Pour terminer, il me reste à vous entretenir des minéraux constituant véritablement les pierres précieuses qui, à mon avis, ont le plus d'avenir à Madagascar, bien qu'elles n'aient, sauf exception, qu'une valeur secondaire : je veux parler des tounnalines.
Les tourmalines forment, elles aussi, une famille minérale importante : ce sont des silico-borates d'alumine et d'une base qui peut
Fig. 57.
être de la magnésie et de la soude, du fer et de la soude, de la soude et de la lithine. Les tourmalines magnésiennes sont généralement brunes; les tourmalines ferrifères, noires ou d'un vert foncé; quant aux tourmalines lithiques, à l'inverse des précédentes, elles possèdent une couleur moins sombre et, parcourent toute la gamme des rouges, des verts, des bleus et des jaunes ; elles sont fréquemment transparentes et constituent alors de véritables pierres précieuses qui se distinguent au premier abord de toutes les précédentes par Tintensité de leur pléochroïsme. Cette propriété consiste, on le sait, en ce que le minéral, absorbant d'une façon inégale les rayons lumineux parallè-
Fig. 58.
lement à son axe principal et perpendiculairement à celui-ci, possède une couleur différente, suivant qu'on le regarde à travers une face parallèle à sa base, ou à travers une autre, perpendiculaire à la première.
Madagascar est certainement l'un des pays du monde où la tourmaline lithique se présente en cristaux les plus beaux et de plus grande taille ; elle peut rivaliser à cet égard avec le Brésil, Ceylan et l'Oural, Les petits fragments recueillis dans les lavages aurifères ont généralement des couleurs homogènes ; mais dès qu'on observe des cristaux de quelques centimètres, comme ceux qui existent dans notre collection, on constate que leur coloration est rarement identique dans toute leur masse. Le centre des cristaux possède très fréquemment une couleur différente de celle de la périphérie ; ils sont roses au centre, par exemple, et d'un vert pistache sur les bords. Parmi les variétés que j'ai eu l'occasion d'examiner, celles qui se présentent en plus gros
fragments sont celles teintées en jaune citron, mais nous possédons aussi un énorme cristal que nous devons à la générosité de MM. Bing et Grandidier, qui est d'un rouge écarlate pouvant rivaliser avec celui du rubis ; c'est cette variété qui, de beaucoup, possède la valeur commerciale la plus élevée.
Les tourmalines lithiques sont connues en place dans les filons de quartz des pegmatites, aux environs de Betafo (au Mont Bity, notamment),Naux environs d'Ambositra, de Tremo, etc.
Quant aux tourmalines noires, elles se trouvent en abondance, nonseulement dans les mêmes régions, mais dans toutes les pegmatites de Madagascar; elles atteignent la grosseur du bras, tout en conservant des formes remarquablement nettes, dérivant d'un rhomboèdre
Fig. 60.
( fig. 60 et 61) ; ces tourmalines sont fréquemment très homogènes, très pures, et il y aurait lieu de ne pas les dédaigner, car, en dehors de leur intérêt minéralogique, elles pourraient être utilisées pour l'optique aussi bien que celles du Brésil.
Enfin, je rappellerai le nom de quelques minéraux des pegmatites, la variété d'un beau vert de microcline appelé amazonite, la variété d'orthose à reflets opalescents, désignée sous le nom de pierre de lune^ le phosphate d'alumine et de magnésie d'un bleu de prusse, la klaprothine^ qui pourraient être utilisés comme pierres précieuses, à cause de leur jolie couleur ou de leurs jeux de lumières.
il me reste pour terminer cette longue description, à m'occuper du qunrtz ou cristal de roche, auquel Madagascar doit sa première célébrité dans le monde minéralogique, et que l'on peut rattacher aux pierres jn-écieuses, bien que sa valeur sont beaucoup moindre.
madâgascah h
Dès le milieu du xvii« siècle, les voyageurs rapportaient, en effet, de la grande île, des blocs de cristal de roche souvent dépourvus de formes géométriques, mais remarquables par leur limpidité. Dam son histoire de Madagascar, Flacourt (1658) donne sur la carte de File Sainte-Marie et de la côte voisine, des indications montrant que, de son temps le quartz était recueilli sur le bord des rivières dont l'embouchure se trouve en face de cette ile. Depuis lors, il est peu de voyageurs qui n'aient rapporté au Muséum des échantillons analogues. On peut dire qu'on les rencontre sur toute l'étendue de la région gneissique, mais particulièrement à la pointe Nord-Est et surtout de Vohémar à Mahanoro et à une distance plus ou moins grande de la côte. C'est à Vohémar, que les bateaux de Nosi-bé venaient autrefois prendre des chargements de quartz, et cela explique pourquoi les échantillons qui
se trouvent dans le commerce de l'optique et dans les collections, sont indiqués comme provenant de cette localité.
Le quartz de Madagascar est souvent, comme je viens de le dire, très limpide ; il renferme cependant parfois, en très grande abondance de grosses inclusions liquides disposées suivant les plans horizontaux ou courbes. Quand ces inclusions sont très nom-
Fig. 62
Pig. 63
breuses et très petites, le minéral est d'un blanc laiteux et devient alors impropre anx usages de l'optique et de la joaillerie (i). Les blocs trouvés dans les rivières, et qui seuls sont utilisés, sont généralement dépourvus de formes géométriques, mais il n'en est pas toujours ainsi, et on les trouve associés à des cristaux nets pesant plusieurs centaines de kilogrammes et présentant les formes classiques (fig. 62 et 63). Le quartz enfumé accompagne parfois le quartz hyalin, mais il est moins abondant que celui-ci.
Quelle est maintenant l'origine première et le gisement en place de ce quartz hyalin ? Il provient certainement des filons, mais les relations
(1) Il existe cependant des variétés de quartz laiteux qui, une fois taillés, offrent une grande ressemblance avec Topale (alluvions aurifères des environs de Mevatanana).
MINERALOGIE W
génétiques de ceux-ci sont probablement assez variées. Quelques-uns d'entre eux sont incontestablement des dérivations de pegmatites : on trouve, en effet, parfois inclus dans le quartz limpide, de longues aiguilles de tourmaline, des lamelles de mica blanc. Mais d'autres échantillons sont riches en aiguilles de rutile (cheveux de Vénus), en lamelles de chlorite, en cristaux d'épidote, de sidérite, qui s'accommoderaient mieux avec l'hypothèse de remplissages incomplets de fentes, analogues à cellesqui, (}ans les Alpes et le Dauphiné, fournissent tant de minéraux intéressants. Enfin, l'existence de parties hyalines dons les filons de quartz aurifère des environs de Mevatanana m'a été signalée par M. Suberbie.
Le quartz ne se rencontre pas, à Madagascar, seulement en blocs informes et en cristaux de dimensions colossales; on le trouve aussi en cristaux distincts de toute taille, parfois très intéressants au point de vue cristallographique, et se rapportant à toutes les variétés connues de ce minéral (qtiartz enfumé^ quartz améthyste, quartz jaune, fausse topaze, etc.).
Les cristaux d'améthyste^ notamment, constituent des groupements cristallins curieux. Ils renferment parfois de très grosses inclusions avec des bulles qui sont visibles sans le secours du microscope; ils se rencontrent aussi bien dans les fentes des schistes cristallins et des granités que dans les cavités vacuolaires des roches volcaniques, et en particulier des basaltes. Parmi les améthystes de Madagascar, se trouvent des pierres d'un très beau violet, qui peuvent rivaliser avec celles du Brésil et de la Sibérie et par suite être fructueusement utilisées par la joaillerie.
Enfin, les variétés concrétionnées ou compactes de quartz, calcédoine, onyx^ jaspes, de couleur variée, se rencontrent en abondance dans les cavités de quelques basaltes (environs d'Andranosamonta et rive droite de la Betsibolu/, près de Mahabo, Ambavatoby (quartz prase vert), etc.). On les trouve aussi dans de nombreux gisements de la région sédimentaire sous la forme de rognons concrétionnés (calcédoine) (Port Berge). Les plus belles de ces variétés de minéraux siliceux pourraient être travaillées par les lapidaires.
Arrivons maintenant aux métaux communs (1).
(1) La recherche et l'exploitation des produits minéraux autres que l'or et les pierres précieuses sont réglementées par la loi du 20 juillet 1897.
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iOO A. LACROIX
Fer. — Les minerais de fer sont très abondants à Madagascar; le type le plus fréquent est la magnétite ou fer oxydulé, qui, on Ta vu plus haut, est Tun des éléments constituants de la plupart des roches gneissiques, et forme même l'un des minéraux essentiels de toute une catégorie de quartzites. On Ty trouve soit en cristaux octaédriques nets (tig. 64), soit en masses dépourvues de formes géométriques. Aux affleurements, cette magnétite est souvent, en totalité ou
en partie, transformée en hématite (martite)^ offrant ainsi un caractère frappant de ressemblance avec la magnétite des gisements ferrifcres analogues du Brésil.
V hématite (fer oligiste) compacte ou micacée accompagne parfois la magnétite.
Enfin, il existe de nombreux gisements de litnonite^ particulièrement sur Templap. g^ cément des anciens lacs formant aujour-
d'hui les plaines d'Ankay et d'Antsihanaka ; il me semble probable, étant connue la nature de leur substratum, que le même minerai doit exister dans les rizières tourbeuses de toute la région gneissique.
Enfin, pour terminer, il faut citer la dissémination de la limonite dans la latérite, résultant de la décomposition superficielle des roches gneissiques.
Malgré cette abondance du fer, l'industrie minière est très peu développée à Madagascar; elle est presque localisée dans Tlmerina et le Betsileo, le long de la forêt qui fournit le combustible. Les Malgaches connaissent la métallurgie du fer depuis la fin du xvu^ siècle, mais ils ne se servent guère que de procédés primitifs. Le minerai, après avoir subi un triage et un boccardage sommaire à la main, est lavé par des femmes dans les ruisseaux, puis traité par une méthode catalane rudimentaire.
Il n'y a pas grand intérêt à citer ici tous les gisements où a été signalée avec quelque abondance la magnétite, puisqu'elle est distribuée un peu partout dans la région gneissique de l'île, aussi ne parlerai-je que des régions où elle est exploitée ou se rencontre particulièrement abondante.
La région la plus remarquable à ce point de vue constitue, dans les cetxles d^Ankazobé et de Moramanga, un rectangle allongé suivant la
MIMÉRALOGIE iOl
direction Nord-Sud et compris entre Ankazondandy (au Nord) et les sources de la Varahina (au Sud); elle comprend les vallées des deux Yarahina à leur confluent, la vallée de la Lohasaha et la haute vallée de la Mananara; c'est dans cette contrée que se trouve Mantasoa, où un Français, Jean Laborde, avait, vers 1840, installé un haut fourneau, abandonné depuis sa mort et remplacé par les anciens procédés du pays.
Les gisements les plus importants à citer dans cette région sont : dans le secteur de Manjakandriana : Mantasoa, Ambatolampy, Marorangotra; dans le secteur d'Itnerinarivo : Mahatsara et les districts d'Imerinarivo, Ambohitrandriamanitra, Ambohinaorina, Amboronosy, etc.; dans le secteur d*Andramasina : Ambohimanoa, Manarintsoa, Tsiazoropaniry, etc.
Dans le secteur d'Ankazodandy (cercle d'Ankazobé), il faut rappeler les gisements de Moratelo exploités autrefois par le gouvernement malgache.
Dans le Betsileo, il existe quelques exploitations au Nord-Est d'Ambohimaha.
Enfin, dans Textrème Sud, la magnétite est abondante 4ans la région de Fort Dauphin (arête de partage des eaux du Tsimandao et de la Fandramanana).
Cuivre. — Les deux seuls gisements cuprifères sur lesquels j'ai des renseignements précis sont ceux d'Ambatofangehana et du Bekiady.
A Ambatofangehana, dans le district d'Ambositra, le minerai est constitué par de magnifiques masses panachées d'érubescite (sulfure de cuivre et de fer) très altérée aux affleurements et transformée en un mélange de malachite, de brochantite (i) verte, disséminées dans des oxydes de fer rouges. Les filons situés dans des calcaires, associés à des micaschistes, paraissent importants, ils ont été exploités par le gouvernement malgache et depuis lors abandonnés.
Ces filons cuprifères se prolongent dans le Nord, vers Betafo, puis, sur les bords de Tlkopa, et enfin au Nord-Ouest d'Ankazobé, où M. Villiaume a signalé un gisement d'érubescite.De tous ces gites, celui d' Ambatofangehana a été seul, à ma connaissance, reconnu avec précision.
(1) A. Lacroix. BuU. Muséum histoire naturelle, iS99, p. 3i8. {t) A. Lacroix, ibidem, iS9S. p. 29i.
Un gisement de cuivre, fort intéressant au point de vue minéralogique. a été découvert dans la région du lac Kinkony (cercle de la Mahavavy), à 800 mètres environ du Bekiady. Le minerai est du cuivre natif, associé à un peu de cuprite et à quelques produits d'altération (malachite et chrysocole); il est englobé dans un basalte très altéré, riche en zéolites et en opale cuprifère. Il semble, d'après les quelques renseignements incomplets que j'ai pu obtenir, que ce gisement, par sa teneur en cuivre, rappelle ceux des îles Feroë, plutôt que ceux du lac Supérieur; il a cependant fourni des blocs de cuivre pur pesant plusieurs kilogrammes.
Enfin, j'ai eu entre les mains un échantillon de cuivre natif rapporté de Diego-Soarez et indiqué comme provenant d'Ambohimarina ; cette localité étant dans la région calcaire, il est peu probable que cette indication soit exacte, cependant la découverte du cuivre du Bekiady dans un basalte, doit engager les prospecteurs à ne pas délaisser complètement à cet égard les roches volcaniques du Nord de l'île.
Plomb. — Des filons d'une belle galène (plomb sulfuré) lamellaire, superficiellement riches en cérusite, ont été exploités autrefois par le gouvernement malgache, pour la fabrication des munitions de guerre, à Ambatofangehana, à environ 1 kilomètre des gisements cuprifères.
Je dois à M. Yilliaume des échantillons de galène en cubooctaèdres et en grandes lames associés à des cristaux de blende; ils remplissent, avec calcite lamellaire et kaolinite cristallisée, des filonnets traversant les calcaires secondaires d'Ankalampobé dans la partie Nord-Est de Nosi-bé ; des recherches sont faites actuellement sur ce gisement
Zinc. — En outre de ce gisement de Nosi-bé, où la blende constitue des cristaux nets et de belles lames clivables translucides d'un jaune rougeàtre, ce minéral a été signalé dans les calcaires noirs d'Ankaramy (côte Nord-Ouest).
Argent. — L'argent se trouve en quantité qui n'a pas été déterminée dans la galène d' Ambatofangehana. En examinant les échantillons de cérusite de cette mine, j'ai rencontré (1) un échantillon recouvert de
(!) A. Lacroix, Bull. Soc. franc, minéral., XXH!, 249, 1900.
MINÉRALOGIE i03
croûies cristallines d'un jaune verdâtre de chlorure d'argent (cérargytHte)^ facile à couper au couteau. C'est, à ma connaissance, le premier minéral exclusivement argentifère trouvé dans la grande Ile.
Nickel. — Près du petit village de Valojoro (i.300 mètres d'altitude), à 5 ou 6 kilomètres d'Ambositra, se rencontre un affleurement nickelifère découvert par M. Villiaume et exploré postérieurement par M. G. Grandidier. Il présente une 1res grande analogie de mode de formation avec ceux de la Nouvelle-Calédonie.
La roche de Valojoro consiste dans une serpentine de Iherzolite, traversée par des veinules de quartz et d'opale. Elle est extrêmement altérée, fissurée et imprégnée d'un hydrosilicate de magnésie blanc ou verdâtre devenant par place d'un vert intense qui rappelle la couleur de la nouméite (garniérite). Ces minéraux renferment, dit-on, au maximum de 5 à 7 0/0 d'oxyde de nickel, mais il serait utile de savoir dans quelles proportions ils se trouvent dans ce gisement et s'ils n'y constituent pas un simple accident minéralogique, comme cela a lieu à Arguénos dans la Haute-Garonne.
Manganèse. — M. Villiaume a trouvé une psilomélane ferrifère et cobaltifère imprégnant des grès au voisinage d'Ambatofangehana; c'est un minéral noir terreux qui existe aussi en petites niasses dans le gite cuprifère voisin.
Étain. — La cassitérité aurait été, parait-il, exploitée jadis par les Malgaches dans la région d'Ambatofangehana et on l'aurait récemment trouvée dans le district d'Ambohimanga du Sud. Je n'ai vu aucun échantillon provenant de ces gisements.
Antimoine et Mercure. — 11 en est de même pour la stibine (sulfure d'antimoine), qui a été signalée dans le secteur d'Imerinarivo {cercle de rwa/iiAy), et du cinabre (sulfure de mercure), indiqué comme ayant été trouvé dans la rivière d'Ampitsopitsoka (affluent de droite du Mahajilo).
Produits divers. — Enfin, pour terminer, je signalerai divers produits ayant une importance économique d'ordre inférieur, mais pouvant être intéressants à connaître et à rechercher.
Le soufre a été exploité dans la région volcanique d'Antsirabé; d'après M. Baron, il aurait été extrait de nodules de marcasite.
lOi A. LACROIX
Le nitre (salpêtre), nécessaire à la fabrication de la poudre, a été assez récemment extrait par les Hova de la terre rouge; le procédé habituel de la lévigation, suivi d'une cristallisation des eaux riches en matières salines, est employée par eux. Aucun centre de production n'est à signaler.
l^graphite pouvantètre utilisé comme plombagine esteissez abondant dans les gneiss et notamment à Ambohimirakitra, près du Mont Ambohimanoa ; au voisinage de Tananarive près d'Anjanahary (à Test), et d'Anjamanga, non loin d'Ambohibeloma (à l'ouest), et enfin au sud de la ville, sur les bords de l'Ikopa; ces derniers gisements ont une puissance de quatre mètres et seraient exploitables. 11 faut en outre signaler l'existence du même minéral dans la région du Sud-Ouest, (Mahafaly). ^
Le kaolin résultant de l'altération du granité est abondant dans toutes les parties gneissiques de File. Les échantillons que j'ai examinés étaient de bonne qualité, ils ne portaient pas d'indication précise de localité.
La trémolite et sa variété, Vasbeste^ parait exister dans quelques gisements et notamment dans les cipolins. A Yalojoro, la trémolite (transformée en talc) forme d'après M. Yilliaume, un filon de plus de deux mètres de puissance dans la serpentine altérée renfermant le minéral nickelifère dont il a été question plus haut. L'asbeste étant recherchée actuellement pour la fabrication d'objets isolants et incombustibles, il serait intéressant d'explorer ces gisements en vue de leur utilisation pratique, bien que les échantillons que j'ai eu en maips ne soient pas exploitables.
Tous les produits utiles qui viennent d'être passés en revue tirent leur origine des formations gneissiques ou éruptives. Passons aux roches sédimentaires. Elles ne contiennent que peu de ressources minérales, à l'exception du calcaire pouvant être utilisé comme pierre à chaux.
La phosphorite (sous forme d'un fragment de bois d'AraucarioxyUm, renfermant 5i 0/0 de phosphate tribasique de chaux), si utile pour l'agriculture, a été récemment trouvée près de Diego-Soarez dans le crétacé supérieur, lïmis l'importance économique de son gisement n'a fait l'objet d'auaijQie étude.
Du gffpse très pur,, susceptible de faire du plâtre de Paris, a été
MINÉRALOGIE lOS
signalé par M. Baron dans les assises secondaires d'Andranosamonta (Côte Nord-Ouest).
Nous ayons vu plus haut que les calcaires de Nosi-bé et de la côte TOisine renferment quelques mouches ou quelques gites de galène et de blende, et que des agates sont assez fréquentes dans les assises secondaires.
Les produits sédimentaires sur lesquels on pouvait le plus compter an point de vue économique sont constitués par les combustibles minéraux, signalés depuis longtemps au sud de Nosi-bé, entre la baie d'Âmpasindava et Port Radama.
En 1856, M. d'Arvoy trouva la mort en faisant des recherches dans cette région. Sept ans plus tard, M. Guillemin-Tarayre, puis en 1888 M. Guinard explorèrent à nouveau ces gisements de combustibles dont M. Yilliaume a récemment envoyé en France des échantillons, accompagnés, de nombreux fossiles animaux et végétaux.
Ces découvertes paléontologiques ont permis à HH. Douvillé et Zeiller de montrer que le terrain carbonifère n'existe pas sur la côte Nord-Ouest de Madagascar et que les combustibles en question appartiennent au lias supérieur. L'analyse chimique faite, il est vrai sur des échantillons recueillis aux affleurements, montre qu'ils paraissent se rapprocher plus du lignite que de la véritable houille (1).
Des recherches nouvelles sont nécessaires du reste pour déterminer si les couches de ce combustible ont une puissance et une continuité suffisantes pour se prêter à une exploitation régulière.
Divers gisements de lignite ont été signalés par M. A. Grandidier dans le jurassique de Mevatanana (2).
(i) Les analyses suivantes faites au bureau d'essai de l'Ecole des Mines, m'ont été obligeamment communiquées par M. Zeiller :
abc
Carbonefixe.. 48.80 52.70 61.10
Matières volatiles 30.40 17.00 30.30
Eau 1.00 1.30 7.00
Cendres ferrugineuses et argileuses.. 19.80 30.00 1.50
a) Entre Marotony et Ampasimena un coke assez boursoufflé).
b) Marofatrana (pas de coke).
c) Jangoa (pas de coke).
b et c renferment des matières ulmiqucs directement solubles dans l'ammoniaque.
(2) Revue scientifiqite, 11 mai 1872, note 1 de la seconde colonne de la page 1084.