MADAGASCAR B
Enfin, notons que Tlmerina, de môme que le Betsileo, est riche en tourbe se formant actuellement dans toute la région marécageuse. Sauf de rares exceptions (fours à chaux des environs de Tananarive, etc.)» cette tourbe ne parait pas avoir été utilisée jusqu'à présent d'une façon méthodique et par suite nous ne sommes pas documentés sur sa valeur industrielle.
Enfin, il me reste à rappeler que le sel marin est exploité dans des salines à Diego-Soarez et que les Hova l'ont jadis extrait en grand de marais salans, établis à l'estuaire de la Betsiboka (salines de Kandany) et de quelques autres points de la côte occidentale.
J'ai terminé cette longue analyse, que j'aurais voulu pouvoir rendre moins sèche, si je n'avais eu à vous dire beaucoup de choses en trop peu de temps.
Il me faut conclure et pour cela je rappelle la question que j'ai posée tout à l'heure :
La grande île a-t-elle tenu ses promesses minéralogiques ?
Au point de vite pratiqm^ les "nombreux points d'interrogation que j'ai dû poser à chaque pas vous montrent qu'il serait prématuré de conclure définitivement. Nous manquons d'éléments suffisants de discussion et il n'y a pas lieu de s'en étonner, quand on se rappelle que Madagascar n'est ouvert aux recherches que depuis bien peu d'années.
Les combustibles de la côte Nord-Ouest ne sont pas encore suffisamment prospectés, mais il est à craindre que leur intérêt ne reste surtout d'ordre géologique.
L'or est extrêmement répandu à Madagascar, il paie facilement une exploitation indigène où une exploitation peu importante, sans installation dispendieuse ; l'avenir nous apprendra s'il peut alimenter une grande industrie, munie de tous les perfectionnements modernes.
Il semble qu'à Madagascar l'or ait fait du tort aux autres métaux ; les richesses incontestables en fer, en cuivre, pour ne citer que les plus répandues, n'ont pas été sérieusement étudiées jusqu'ici et il parait bien vraisemblable que cette étendue de terrains anciens presque aussi vaste que la France en fournira bien d'autres.
Vous avez vu que le sol de Madagascar renferme de nombreuses variétés de pierres précieuses ; les plus abondantes sont de valeur secondaire, il est vrai, comme la tourmaline, mais elles pourront être utilisées avec profit si elles se rencontrent en suffisante abondance.
MINÉRALOGIE i07
k\x point de vue scientifique^ toutes ces hésitations sont superflues, il m'est permis d'être très affirmatif ; malgré le décousu de nos connaissances actuelles sur le massif ancien, on peut certifier que loin d'avoir la monotonie que l'on prête, à tort du reste aux régions gneissiques, il est remarquable à tous égards. Je vous signale spécialement la série gneissique toute entière, avec ses innombrables accidents minéralogie ques, ayant parfois un intérêt économique ; les roches éruptiyes de tout genre et en particulier les roches sodiques (intrusives, filoniennes et Tolcaniques) si variées et si spéciales de Nosi-bé, de Nosy Komba, de la baie d'Ampasinvada, indiquant l'existence d'une province Pétrographique les plus intéressantes ; — les innombrables gisements volcaniques qui renferment un nombre considérable de types pétrographique différents, — enfin les très nombreux minéraux trouvés dans ces diverses roches.
Quand on pense que le plus grand nombre des documents qui nous ont servi à cet rapide exposé de la constitution minéralogique de Madagascar ont été recueillis par les voyageurs peu familiarisés avec la minéralogie, on se rend compte de ce que la grande ile nous fournira quand elle sera étudiée méthodiquement.
Aussi n'est-ce pas seulement aux ingénieurs, aux voyageurs attirés à Madagascar par leurs études, leurs affaires ou leur plaisir que je m'adresse, mais surtout aux jeunes minéralogistes, aux jeimes géologues auxquels la mère patrie ne fournit plus que difficilement des matériaux d'étude inédits.
C'est à tous que je dis : allez à Madagascar pour étudier sa minéralogie; il vous suffira d'ouvrir les yeux pour y trouver à chaque pas des faits intéressants et nouveaux.
En agissant ainsi, vous ne ferez pas seulement avancer la science spéculative, vous rendrez encore à votre pays un service pratique en lui faisant connaître ses richesses et en permettant ainsi à ses techniciens d'étudier le moyen d'en tirer parti.
La bonne logique ne voudrait-elle pas du reste que l'exploration scientifique^ méthodique, raisonnée d'un pays nouvellement ouvert à la civilisation comme l'est Madagascar précédât toujours les essais d'utilisation j^ra^i^ de ses produits naturels au lieu de les suivre?
Ne serait-ce pas la meilleure méthode permettant d'arriver au but, vite ei bien?
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PAB
Les conférences qui ont précédé celles que j'aurai l'honneur de faire devant vous ont eu pour objet la géographie, la géologie et la minéralogie de Madagascar. On vous a décrit la configuration de notre grande ile, son aspect extérieur, ses montagnes et ses cours d'eau; on TOUS a montré sa structure géologique et énuméré ses richesses minérales. Ma tâche va consister à vous parler du règne végétal à Madagascar. Elle me sera rendue facile par la projection des excellentes photographies que M. Guillaume Grandidier a prises pendant son expédition, et qui, plaçant sous vos yeux les types les plus intéressants de la flore malgache, vous permettront de refaire, pour ainsi dire, le Toyage après lui. C'est donc une excursion botanique que nous allons faire à Madagascar : vous verrez d'abord ce que la Nature a fait de notre colonie sous le rapport de la végétation, et ensuite ce que l'Homme peut en faire. Nos deux entretiens seront donc à la fois théoriques et pratiques : dans le premier, je vous parlerai de la géographie botanique et des productions naturelles de Madagascar; dans le second, je traiterai des cultures dont Tîle peut être l'objet.
Cette double question est, je le crois, assez mûre pour pouvoir être traitée avec intérêt. Jusqu'à une époque peu éloignée de la nôtre, les explorations dont Madagascar avait été l'objet n'avaient eu guère qu'un caractère purement sciaitifique. Maintenant ~ et je suis heureux de rendre hommage ici aux hommes pleins de talent et de vaillance qui ont planté le drapeau français sur le sol malgache — ces explorations sont entrées dans le domaine pratique et utilitaire. J'espère donc vous prouver que si, au point de vue des productions végétales, la Nature ne s'est pas montrée parci-
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monieuse envers notre grande île, celle-ci, à son tour, pourra offrir un champ suffisamment vaste à l'activité de la génération laborieuse qui grandit autour de nous, et que nos colons, qui auront placé leurs plus vives espérances dans Madagascar, les verront pleinement réalisées.
La géographie botanique? Je n'ai pas besoin de vous dire que cette partie de la science est un des principaux buts de la Botanique systématique, c'est-à-dire de la branche de l'histoire naturelle qui s'occupe de la description et de la classification des végétaux. Le botaniste, en eiTet, qui a disposé les êtres qu'il a étudiés en groupes et en séries correspondant à leurs affinités naturelles, doit rechercher dans quel pays du monde sont répartis ces différents groupes ou ces différentes séries, et tâcher d'établir quels sont les centres ou ils comptent le plus grand nombre de représentants, et d'où ils semblent avoir rayonné dans des sens divers à la surface du globe. Ce même naturaliste peut encore circonscrire une portion quelconque de la Terre par des limites naturelles ou artificielles et dresser. la liste, accompagnée ou non de descriptions, de tous les végétaux qui se trouvent dans la région ainsi définie. Le botaniste peut encore chercher à définir certaines contrées se distinguant par telles ou telles conditions particulières de sol ou de climat; cela fait, il recherchera comment diverses plantes appartenant à un même groupe systématique ou à des groupe^ différents se sont associées pour vivre dans ces contrées et comment les caractères les plus saillants de ces plantes ne sont que le résultat de l'adaptation de leurs organes à de mêmes conditions géologiques, orographiques ou climalériques. On a donné aujourd'hui à ces associations le nom de formations et leur étude n'est pas la partie la moins intéressante de la géographie botanique. Il suffit de jeter un regard autour de nous pour avoir une idée de ce qu'on peut appeler une formation. Nos landes, nos marais, (es^^tries de nos hautes montagnes en sont autant d'exemples ; les steppes de l'Europe occidentale ou de l'Asie septentrionale, leB jungles de l'Indoustan, les forêts tropicales, et bien d'autres, scMit encore des formations que Ton pourrait aisément définir. Toutes r<»it été dans les ouvrages de géographie botanique générale ou spéciale ; mais souvent, il est vrai, les auteurs leur ont assigné des limites trop
étroites ou les ont partagées en divisions plus ou moins artificielles.
Comment appliquerons-nous ces procédés au sujet qui nous occupe? Pour ne pas laisser de côté entièrement la partie statistique de la flore malgache, nous la résumerons en quelques mots, et s'il y a lieu d'y revenir de temps en temps, ce ne sera que d'une manière tout à fait sommaire. Ce sera donc principalement au point de vue des formations végétales que nous examinerons la répartition des espèces à Madagascar; nous verrons dans quelle partie de Tile, et pour quelles raisons, tels ou tels végétaux se trouvent réunis, et chemin faisant, nous apprendrons, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, le parti que l'Homme peut tirer de certains d'entre eux.
L'étude de la distribution des êtres organisés sur des étendues plus ou moins restreintes comme le sont les iles, ne donne pas, il est superflu de le dire, les mêmes résultats que cette même étude appliquée à de vastes continents. Mieux définie dans ses termes, puisque la région examinée est nettement circonscrite par des limites naturelles, la question ne laisse pas d'avoir une réponse beaucoup plus difficile et plus vague, et de conduire à la position de problèmes plus complexes, problèmes à la solution desquels il n'est possible de s'appliquer qu'en faisant concorder de la manière la plus rigoureuse les données fournies par toutes les branches de l'histoire naturelle. C'est ainsi que l'on a pu ranger les lies en deux grandes catégories : les iles océaniques et les iles continentales. Les premières sont d'origine à la fois plutonique et marine, c'estrà-dire qu'elles sont, à des époques souvent d'une faible antiquité, sorties du fond des mers à la suite d'éruptions volcaniques; elles ne présentent pas de terrain sédimentaire, mais uniquement des terrains éruptifs : on peut donner comme types de ces iles celles de la Polynésie. Les îles continentales, au contraire, semblent avoir primitivement fait partie dé continents plus considérables et en avoir été séparées par des révolutions quelconques, à une époque plus ou moins reculée. Elles diffèrent des îles océaniques en ce qu'elles présentent à la fois des terrains volcaniques et des terrains sédimentaires. Ce qui caractérise les iles continentales récentes, c'est l'affinité étroite qui rapproche leurs formes animales ou végétales de celles des continents voisins. Les Ues continentales anciennes, au contraire, présentent des formes beaucoup plus isolées et n'ayant que peu d'affinités avec celles des continents les plus proches, et même montrent une absence complète des types répandus sur ces mêmes continents. Les iles Britan-
niques et le Japon peuvent être considérés comme des îles continentales récentes. Madagascar est le type d'une île continentale ancienne. Les formes isolées sont très nombreuses à Madagascar; j'aurai l'occasion, dans le cours de cet entretien, de vous en présenter plusieurs. Je veux, avant d'entrer dans le cœur de mon sujet, vous donner brièvement une statistique de la flore Malgache.
M. Baron estime à 4.100 le nombre total des plantes vasculaires connues dans notre île. Les matériaux non encore étudiés que nous possédons sur la flore malgache nous permettent d'ailfirmer que ce chiffre est d'un cinquième au-dessous de la vérité; les résultats des plus récentes explorations botaniques laissent entrevoir que la totalité des plantes qui peuplent Madagascar doit s'élever à un chiffre encore plus considérable. Quoi qu'il en soit, on peut dire que les trois quarts des espèces végétales de Madagascar lui sont particuliers. Une famille, qui a, il est vrai, été considérée comme une simple tribu, n'a pas été signalée en dehors de Madagascar : celle des Chlénacées, dont M. Baron signale 148 genres spéciaux à l'île ; ce chiffre pourrait être réduit. Le nombre des familles représentées à Madagascar et la proportion de chacune d'elles à l'ensemble de la végétation sont à peu près normaux.
Au point de vue de la géographie botanique, on partage Madagascar en trois régions qui correspondent très bien aux divisions géologiques, orographiques ou climatériques. Je vous rappellerai brièvement les premières, dont il a déjà été question devant vous. Si, partant de l'embouchure de la rivière Lokia, on trace une ligne plus ou moins régulière descendant vers le Sud-Ouest jusqu'auprès d'Ankavandra, et de là se dirigeant vers le Sud pour aboutir entre l'embouchure de l'ilinta et celle du Manambahy, on partagera Madagascar en deux parties inégales : la partie occidentale, formée de roches sédimentaires, jurassiques ou crétacées, est doucement inclinée vers la mer; au contraire, la partie orientale, entièrement constituée par des roches métamorphiques, présente, dans la portion qui confine à la partie occidentale, un plateau accidenté légèrement incliné vers cette dernière et, dans l'autre portion, une déclivité extrêmement rapide. Si maintenant l'on trace la ligne de partage des eaux qui d'un côté se précipitent dans l'Océan Indien et de l'autre descendent plus ou moins lentement vers le canal de Mozambique, on isolera un autre plateau central dont on vient de parler et on divisera Madagascar en trois régions : une région orientale, une région
cenU*ale et une région occidentale, qui jouissent d'un climat aussi différent que leur constitution géologique et orographique. Le climat de la côte orientale, et notamment de la région comprise entre le quinzième et le vingtième degré de latitude Sud, est essentiellement pluvieux; la quantité annuelle de pluie tombée s'élève à trois mètres; les saisons ne sont guère tranchées; il y en a cependant une pendant laquelle il pleut beaucoup, une autre pendant laquelle il pleut un peu moins. Les vents dominant pendant la première sont Nord, Nord-Est; pendant la seconde ceux du Sud-Est, Sud-Ouest. La température moyenne est de 2io. Au Nord du quinzième degré ou au Sud du vingtième, le climat est sensiblement moins humide; il est plus chaud dans le Nord et plus frais dans le Sud.
La région centrale offre immédiatement une différence de climat ; les saisons y sont tranchées; celle des pluies dure de novembre à avril; il tombe 1.400 millimètres d'eau par an.
La région occidentale offre également deux saisons distinctes. La saison des pluies va en diminuant de durée à mesure que Ton descend vers le Sud; à Majunga elle commence en octobre pour finir en avril, tandis qu'à Morondava elle ne s'étend guère que de décembre à mars.
Avec de telles différences de sol et de climat, il n'est pas étonnant que ces trois régions présentent les unes avec les autres de profondes différences au point de vue de la végétation.
On peut donc établir six formations végétales différentes à Madagascar : 1» les formations littorales : Filaos ou Palétuviers; 2<> les formations de la région orientale moyenne; 3* les formations forestières de la région orientale; 4*» la formation du plateau central; 5*» la formation des plantes xérophiles du Sud-Ouest; 6^ les formations intermédiaires du Nord-Ouest.
lo Formations littorales. — Sur presque toute la longueur de la côte Est de Madagascar, règne une bordure de dépôts sablonneux sans cesse amoncelés par les torrents qui se précipitent le long du rapide versant oriental, d'une part, et^ de l'autre^ sans cesse refoulés par les courants marins. Cette bordure littorale, de faible altitude d^une largeur maxima de 12 kilomètres, constitue un obstacle à la formation d'estuaires ou d'embouchures proprement dits. Les torrents donc, avant de se répandre dans la mer, divisent leurs eaux en nombreux canaux ou lagunes, et le sol ainsi irrigué se
couvre d'une abondante végétation . Parmi les espèces qui la caractérisent, il faut citer le Casuarina equisetifolia ou Filao. Cet arbre est le représentant d'un petit groupe de plantes, la famille des Casuarinées, formée du seul genre Casuarina, et dont les autres membres, au nombre de plus d'une vingtaine, habitent pour la plupart FAustralie ou la Nouvelle-Calédonie; quelques-uns s'avancent jusque dans Tarchipel malais. Le Filao est répandu sur tous les littoraux océaniens et asiatiques et se rencontre aussi sur les rivages de l'Afrique orientale, où il est généralement cultivé. Il exige pour prospérer un sol dans lequel ses racines puissent trouver de l'eau à une profondeur d'un mètre ou un mètre et demi. A côté des Camarinas croît un autre représentant de la végétation des littoraux asiatiques et océaniens : le Calophyllum inophyllum^ remarquable par son brillant feuillage et par son bois de belle qualité. On remarque encore au milieu de la végétation littorale le Barringtonia speciosa^ arbre que les courants marins ont répandu sur tous les littoraux des régions chaudes. Ce végétal, non seulement se distingue par sa beauté, mais encore fournit un bois utilisable pour la charpente. Dans la partie basse du littoral, croissent enfin trois arbres appartenant à la famille des Légumineuses et qui sont intéressants à différents titres. Le premier est désigné par les indigènes sous le nom d' « Hintsina»et a été décrit pour la première fois par Dupetit-Thouars, qui l'avait trouvé à Madagascar, sous celui d'Intsia; rapporté ensuite à différents genres par les auteurs, il doit définitivement recevoir la dénomination d'Intsia hijuga. Il est commun en Malaisie et en Polynésie et se rencontre aux iles Seychelles. On ne l'a pas encore signalé sur le continent africain, bien qu'il y compte des congénères. C'est un arbre élevé, à branches étalées, à feuilles portant deux ou trois paires de larges folioles et à grandes fleurs réunies en grappes terminales. Les Malgaches en utilisent le bois pour divers usages ; indépendamment de la construction, ils l'utilisent à la confection de cercueils, de manches d'outils et autres objets. Le second arbre n'est guère qu'ornemental, mais son port élégant et ses fleurs d'un rouge éclatant le font rechercher dans les plantations de l'Afrique et de l'Inde : c'est le Flamboyant ou Poinciana regia. Enfin, le troisième arbre offre un intérêt tout particulier : c'est le Copalier ou Hymenœa verrucosa, que beaucoup d'auteurs ont laissé dans le genre Trachylobium. Les espèces de ce dernier groupe peuvent, en effet, être considérées comme des représentants africains du genre Hymetiœa^ qui compte quelques espèces en Amérique.
BOÏAiNlQUE ii5
A Madagascar, le Copalier forme sur la côte orientale des forêts assez importantes dans le Nord-Est, puisqu'il en existe une entre les rivières Fanambana et Sahambava, qui sur une largeur de trois ou quatre kilomètres est en majorité composée de cette essence. Les Copaliers deviennent plus rares vers le Sud. Il leur faut en général un sol sablonneux et perméable. Ils sont abondants sur la côte orientale d'Afrique; on les a quelquefois, mais à tort, sans doute, séparés spécifiquement de ceux de Madagascar, et on leur a donné le nom de Trachylobium Hornemannianum. Les uns et les autres sont très recherchés pour la gomme ou copal, que leur tronc ou leurs racines exsudent et qui sert à la fabrication de vernis. Il y en a principalement de deux catégories, la blanche et la rouge. La première est la plus estimée; généralement on la recueille après que les grands vents, ayant brisé les branches des Copaliers, ont déterminé des blessures d'où la gomme coule avec abondance. Si on ne la laisse pas vieillir, elle ne rougit pas et donne un copal de première qualité; celle qui a vieilli à l'air devient rouge et est moins estimée; celle qui coule des racines est également peu appréciée, parce qu'elle est salie par la terre. On extrait cependant, à une petite profondeur du sol, une gomme qui y a séjourné de plus ou moins longue date et qui a plus de valeur. En Afrique, le copal le plus estimé est pareillement celui que l'on retire du sol et qui est le produit d'arbres aujourd'hui disparus, mais enfouis depuis une époque peutêtre extrêmement reculée. Vers 1863, on pouvait récolter par an à Madagascar 300 tonnes de gomme valant dans le pays de 180 à 200.000 francs. De 1868 à 1880, l'exportation annuelle du copal n'a été que de 80 à 90 tonnes. Ce produit est connu depuis longtemps à Madagascar : dès l'année 1767, Valigny signalait une gomme qu'il croyait être celle appelée sandrousse par les Chinois, et Benyowski parlait en 1777 de la gomme sandërousse. Ce nom vient de l'appellation africaine ce sandarusi x>.
Sur tous ces arbres, croissent en assez grand nombre les Orchidées si recherchées dans nos serres : YAngrœcum superbum et VA. sesquipédale. Les plantes de cette famille, ornent, on le sait, les forêts des régions chaudes ; mais je dois parler ici de formes beaucoup plus caractéristiques de la végétation tropicale humide en général et de Madagascar en particulier. Ce sont d'abord les Pandanns, connus à Madagascar sous le nom indigène de « Yakoa », dont on a fait le mot français Yaquois. Le plus répandu à Madagascar est le Pandantis
il6 E. DRAKE DEL GASTILLO
uHlis. C'est un arbre haut d'une vingtaine de mètres dont les branches sont couronnées d'un ample bouquet de feuilles linéaires, longues de 50 à 75 centimètres sur 8 environ et bordées de fins aiguillons rougeâtres. Les fleurs mâles sont réunies en épis allongés, les inflorescences femelles deviennent un énorme fruit composé, formant une sorte d'épi globuleux, large de 15 centimètres environ. Une particularité tri*s remarquable de cet arbre est formée par les racines adventives qui naissent sur le tronc à une hauteur variable au-dessus du sol et viennent s'y fixer ensuite. Voici quelle est l'utilité de ces racines aériennes : la partie inférieure du tronc, surtout dans les régions exposées à de fréquentes submersions, finit par se détruire, et le végétal trouve un appui naturel dans les racines ainsi formées qui, du reste, remplissent toutes les fonctions des racines ordinaires. Le Pandanus est très employé par les Malgaches; le tronc leur sert de bois de charpente et les feuilles leur fournissent la couverture de leurs cases. Le Pandanus utilis^ indigène à Madagascar, est cultivé à l'île de la Réunion, à l'île Maurice, aux Indes et même en Amérique. Ce n'est pas la seule espèce du genre que Ton trouve à Madagascar. L'ile en compte encore une quinzaine, mais elles ne présentent pas toujours le port du Pandanus utilis. Elles ne sont pas confinées sur le littoral, mais elles se répandent dans l'intérieur, principalement dans toute la région Est. Il y en a un nombre à peu près égal à la Réunion et à Maurice, ainsi que sur le continent africain; mais la plus grande partie, qui s'élève à plus de cinquante espèces, a son centre dans l'archipel malais et se répand dans l'Inde d'une part et de l'autre en Polynésie, à la Nouvelle-Calédonie et en Australie.
Un autre curieux végétal, dont les congénères ont à peu près la même distribution géographique que les Pandanus^ sauf qu'ils sont inconnus sur le continent africain, est le Nepmthes madagascariensis. On connaît les curieuses urnes, appelées scientifiquement ascidies, qui forment, non pas le prolongement .des feuilles de ces arbustes, comme les apparences semblent le faire croire, mais les feuilles elles-mêmes. Une vrille d'abord pendante, p\iis recourbée et ascendante, se voit à l'extrémité d'un pétiole dilaté ou phyllode; elle supporte une urne de forme variable et dont l'intérieur est tapissé, à sa partie inférieure, de nombreuses glandes sécrétant un liquide abondant. L'urne est surmontée d'une sorte de couvercle ou opercule. Une foule d'Insectes, attirés par la couleur de l'urne et le liquide qu'elle contient, s'y laissent tomber et y meurent. On a beaucoup discuté le rôle physiologique de
cet appareil; on a dit que le liquide renfermé dans les ascidies avait un pouvoir digestif et on a rangé le Nepenthes, comme la Dionée et d'autres, parmi les plantes insectivores. Je n'insisterai pas sur ce point. L'espèce de Madagascar est spéciale à l'île; elle n'est pas particulière au littoral, mais remonte le long des cours d'eau dans l'intérieur. Un autre curieux habitant des eaux douces de Madagascar et qui se trouve non seulement sur la côte, mais encore jusque dans le centre, est YOurirandra fenestralis. Cette plante présente des feuilles entièrement dépourvues de parenchyme, et le réseau de leurs nervures ressemble à une dentelle. Un des plus beaux ornements du littoral est enfin le Cycas Tkouarsi. On connaît ces curieux végétaux à tronc généralement trapu portant un ample bouquet de feuilles, semblables à des frondes de Fougère, et des fruits coniques rappelant nos pommes de Pin. L'espèce de Madagascar, qui est particulière à l'île, couvre de vastes espaces au bord de la mer.
Telle est, dans ses lignes générales, la végétation du littoral oriental, du moins dans les parties oii des anfractuosités n'ont pu se former.
Fig. 65. — Palétuviers.
La côte Est, sauf depuis Tintingue jusqu'au Nord de l'île, présente peu de ces découpures ; mais il n en est pas ainsi de la côte Ouest, où
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elles sont, au contraire, très nombreuses. Là se montre la formation si particulière connue sous le nom de « formation des Palétuviers » (fig. 65). On connaît l'organisation de ces curieux arbres, qu'on appelle Rhizophora en botanique et qui ne croissent que sur les points du rivage à fond marécageux, alternativement couverts et découverts par les eaux. Il y a deux caractères qui, au point de vue biologique, distinguent éminemment le Palétuvier. Le premier est que Tembryon se développe alors que le fruit est encore sur Tarbre. La jeune plante, en effet, s'accommoderait mal d'être plongée dans Teau pendant 1^ premiers temps de son existence; aussi ne se dégage-t-elle complètement du végétal nourricier que lorsque sa radicule, descendant du fruit lui-même s'est fixée dans la vase. Quand l'arbre a commencé à se développer normalement, et c'est là le second caractère distinctif des Palétuviers, on voit descendre du tronc et des branches de nombreuses racines adventives qui pénètrent dans Teau ou dans la vase et en s'entremêlant forment un réseau souvent inextricable. La partie submergée de la tige peut alors, comme nous l'avons vu chez les Pandanus, se détruire; la plante est solidement fixée au sol. Il n*y a donc de véritablement aquatique chez les Palétuviers, que le système de leurs racines adventives, tout le reste de la plante est aérien.
2» Formations de la région orientale moyenne. — Si on quitte le littoral oriental pour s'avancer dans les terres, on se trouve en présence d'une bande de terrain s'élevant jusqu'à une altitude de 800 mètres environ et formée de collines disposées d'une façon extrêmement irrégulière. Les formations caractéristiques de cette région sont, en dehors des Pandanus dont nous avons déjà parlé, celles des Musacées et des Bambous. Les plantes de la première famille, par le développement considérable de leurs parties herbacées, qui permet d'abondants échanges de gaz et de vapeur d'eau avec l'atmosphère, sont essentiellement aptes à habiter les régions chaudes et humides. Elles comptent à Madagascar deux représentants principaux: le Ravenale et le Cardamon. Le Ravenale ou « arbre du voyageur », Ravinala des Malgaches ou Ravenala tnadagascariensis des botanistes (fig. 66), présente un tronc assez élevé et d'énormes feuilles disposées en éventail et conniventes à la base par leurs pétioles engainants; ces derniers forment donc des réservoirs naturels presque toujours remplis d'eau. Le voyageur altéré, et c'est là d'où vient le nom
français quelque peu légendaire du Ravenale, trouve même à étancher sa soif en vidant ces réservoirs au moyen de trous percés à la partie inférieure de la feuille ; il est vrai que ce service lui serait aussi bien rendu par les nombreux ruisseaux dans le voisinage desquels croissent les Ravenales. On trouve ces arbres vers 50 mètres d'altitude, mais c'est vers 300 mètres qu'ils atteignent leur développement numé-
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Fig. 66. — Groupe de Ravenales ou Arbres des voyageurs.
rique le plus considérable; ils disparaissent vers 800 mètres; ils se rencontrent aussi dans l'Ouest, mais ils y sont beaucoup moins nombreux.
Quant au Cardamon (Amomum Danielli), il appartient à un groupe de la famille des Musacées dont le centre de dispersion est la région indo-malaise. Les Cardamons sont des plantes herbacées à souches épaisses, à feuilles radicales larges et enroulées à la base les unes dans les autres, et non étalées en éventail comme celles du I\avenale.
Les Bambusées sont représentées à Madagascar surtout par le Nastus capitatusy spécial à l'île et ne comptant qu'un seul autre congénère, le Nastus borbonkus^ de Tîle de la Réunion. Cette élégante Graminée
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couvre de vastes étendues sur les collines et y forme des fourrés impénétrables.
On trouve encore, dans la région Est, deux représentants d'une famille dont les membres se développent dans des milieux analogues à celui des Musacées et des Pandanées, la famille des Aracées. L'un est grimpant, le Pothos Chapelieri; cette plante, spéciale à Madagascar, compte de nombreux congénères habitant exclusivement l'Asie, la Malaisie, l'Australie et les îles du Pacifique. L'autre plante est le Typhonodorum Lindleyanum, spécial à Madagascar. C'est une herbe de dimensions considérables, pouvant atteindre jusqu'à 5 mètres de hauteur et présentant un spathe blanc long de plusieurs décimètres.
Enfin, d'autres parties de la même région sont entièrement couvertes de Psiadia, Composées su [frutescentes appartenant à un groupe presque exclusivement malgache ou mascareigne.
Aucune de ces plantes n'offre d'intérêt économique. Il n'en est pas ainsi d'un Palmier abondant dans les parties les plus humides de la région orientale et s'étendant aussi au Nord et au Nord-Ouest, le Raphia ruffia ou Raofia des Malgaches (fig. 67). La véritable station de cette espèce est entre 25 et 80 mètres d'altitude ; là il atteint une hauteur de 3 à 4 mètres ; à une altitude supérieure qui ne dépasse pas 100 mètres, il devient rabougri. Les jeunes feuilles du Raphia débarrassées de leur épiderme fournissent une fibre jaunâtre textile servant à la fabrication d'étoffes appelées rabanes, très employées à Madagascar comme vêtements et utilisées également en Europe pour des rideaux et des tentures. La fibre du Raphia estdequalitédifférente suivant les régions. Celle d'Andriba dans l'Ouest est plus solide que celle du Raphia de l'Est. Le Raphia sert encore à faire des cordes, des ficelles et même du fil à coudre. En Europe, on l'emploie en horticulture pour faire des liens solides et durables. L'écorce du Palmier est utilisée pour faire les planchers et cloisons des huttes des Betsimisarda.
3® Formations forestières. — Au-dessus de la région du Ravenale et des Bambusées, se trouve la région forestière proprement dite. Elle s'élève jusqu'à 1.300 mètres environ. La forêt la plus considérable est celle de la région d'Antongil; elle est limitée au Sud par la rivière d'Anové et au Nord par l'Ifamolahana près du cap Masoala, ayant ainsi une longueur et une largeur moyennes
resp€Ctivement de 160 à 180 et de 80 à 90 kilomètres. Malheureusement, une partie très considérable des forêts, surtout dans les altitudes moyennes, a été détruite par les incendies allumés par les
Fig. 67. — Groupe de Raphias.
indigènes dans le but d'établir des rizières. Ce sont les Cardamons, les Ravenales et les Bambous qui prennent la place des arbres ainsi brûlés.
Les assenées Toumissant un bois dont l'industrie, pourrait profiter
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sont très nombreuses : on les estime à plus de cent espèces ou variétés. Malheureusement elles sont toutes désignées par des noms indigènes, et si les Malgaches ou les Européens qui habitent Madagascar et qui se sont occupés spécialement de ces espèces les connaissent assez complètement, il n'en est pas ainsi des botanistes qui auraient désiré les déterminer scientifiquement. En effet, les matériaux qui auraient rendu cette détermination possible, c'est-à-dire les feuilles, fleurs et fhiits, manquent dans les collections pour beaucoup de ces arbres ou, s'ils y existent, on ne possède pas les renseignements qui permettraient de les rapprocher des échantillons de bois désignés par tels ou tels noms indigènes. Je me bornerai à vous parler des plus importants.
L'ébène est fournie par plusieurs espèces de Diospyros. Ce genre de la famille des Ébénacées est répandu dans les régions chaudes des deux mondes. Il y en a un peu moins de vingt espèces en Afrique, tandis que Madagascar en compte vingt-six. Toutes ne sont pas, il est vrai, arborescentes, et un certain nombre ne sont que des arbrisseaux ou des arbustes.
Le palissandre est produit par quelques espèces du genre Dalbergia^ de la famille des Légumineuses ; ces arbres sont connus à Madagascar sous le nom de Voandona ou Manary. Comme les Diospyros, les espèces de ce genre sont répandues dans toutes les régions chaudes ; on en compte vingt-cinq espèces à Madagascar, mais une partie seulement est arborescente; le reste se compose de petits arbres ou d'arbustes. En Afrique, où les Dalbergia sont moins nombreux qu'à Madagascar, une espèce, le Dalbergia melanoxylon produit l'ébène du Sénégal.
L'acajou de Madagascar est donné par un arbre qui, au point de vue botanique, n'a aucun rapport avec ceux qui fournissent l'acajou d'Amérique et qui appartiennent à la famille des Méliacées. Cet arbre est le Labramia Bojeri et se range parmi les Sapotacées; on en a fait un genre monotype spécial à Madagascar. Des espèces d'un genre voisin, les Imbricaria; originaires des îles Maurice et de la Réunion, fournissent également un excellent bois d'ébénisterie.
Tels sont les arbres qui pourraient être recherchés pour cette branche de notre industrie. D'autres bois sont utilisables sur place et peuvent être employés pour la charpente ou dans la fabrication de canots, rames, filanzanes et d'ustensiles et objets divers. Ces bois sont fournis par des espèces nombreuses. Je citerai d'abord le « Hetatra ». Cet arbre est connu en botanique sous le nom de Podocarpus mada-
gascariensis. C'est le seul représentant à Madagascar de la vaste famille des Conifères qui, sous nos climats, compte des arbres si utiles. Les Podocarpus sont des arbres principalement de l'hémisphère austral, mais ils s'étendent aussi dans les régions tropicales de l'Asie, de TAfrique et, plus faiblement, de l'Amérique. Le bois de l'Hétatra est excellent pour le charronnage; on en fait des brancards de filanzanes.
Un très bon bois de charpente est fourni par les diverses espèces connues sous le nom de «c Lalona ». Ces arbres appartiennent au genre Weinmannia^ répandu en Océanie et s'étendant jusque dans la péninsule malaise. En Afrique, on ne l'a pas encore signalé sur le continent et il est considéré encore comme limité à Madagascar, où il compte une douzaine d'espèces, et aux iles Mascareignes. Il a quelques représentants dans l'Amérique du Sud.
On connaît encore à Madagascar les « Ambora ». Ces arbres sont désignés sous le nom botanique de Tambourissa^ corruption du nom indigène. Ils sont au nombre de plus d'une douzaine, tous, sauf une espèce habitant Java, particuliers aux iles de l'Afrique orientale. L'incorruptibilité du bois des Ambora l'avait fait rechercher pour la fabrication des cercueils des anciens rois de l'Imerina. Aussi, après un long séchage toutefois, peutril être avantageusement employé ^ans la menuiserie.
Un bois possédant des qualités analogues est celui du « Merana ». Cet arbre est appelé scientifiquement Vernonia Merana; il appartient à la famille des Composées.
Les Malgaches donnent le nom d'Hazondrano aux espèces du genre Elœodendron^ de la famille des Célastracées. Ces arbres donnent un bois léger, facile à travailler et utilisable en menuiserie. Il y en a un petit nombre à Madagascar; les autres espèces sont répandues dans les r^ons chaudes des deux mondes ; elles sont toutefois rares dans le nouveau ; en Afrique, on n'en connaît que dans la région du Cap, la zone tropicale en paraissant jusqu'à présent dépourvue.
D'autres grands arbres, sur lesquels on n'a pas de données précises au point de vue industriel, sont les Voananas^ appelés en botanique EkBocarpus et se trouvant au nombre d'une douzaine environ à Madagascar. Les autres espèces du genre, assez nombreuses, habitent l'Asie et rOcéanie tropicales ; on n'en connaît pas sur le continent africain.
Les espèces du genre Nuxia, de la famille des Loganiacées, appelées par les Malgaches Valarinana ou Lambinana se partagent l'Afrique
I2i E. DRAKK DKL CASTILLO
tropicale et les iles africaines orientales; elles fournissent un bon bois de charpente.
Enfin, je signalerai deux arbres qui, bien qu'appartenant à des familles très différentes, peuvent être rapprochés Tun de Tautre à cause de la singularité de leurs organes végétatifs et à cause de la nature de leurs bois, très dur et compact et pouvant servir aux mêmes usages que le Buis de nos pays. Le premier de ces arbres est le Phyllarthron Bojeri, le Zahana des Malgaches. Les feuilles sont plus ou moins réduites à des phyllodes, c'est-à-dire à des dilatations du pétiole, les folioles manquant pour la plupart. Cet arbre est une Bignoniacée. Le second arbre est une Légumineuse : c'est le PhylloxyUm decipiens. Connu depuis longtemps, mais d'une manière imparfaite, cet arbre avait servi de type à un genre postérieurement établi, le Neobor ronia, jusqu'au moment ou l'identité des deux genres put être reconnue. Les Phylloxylon sont des arbres sans feuilles, et les fonctions de ces dernières sont remplies par des rameaux dilatés en ailes foliacées, autrement dit en «c phylloclades i).
Malgré leur variété et leur importance, tous ces bois n'ont pas encore été l'objet d'une exploitation bien sérieuse. Cependant cette exploitation, bien dirigée, pourrait devenir rémunératrice, si elle portait sur les bois de charpente et de menuiserie destinés à la consommation locale, ou même sur les bois précieux d'ébénisterie qui seraient exportés à l'étranger. La vogue dont jouit l'acajou de Madagascar sur le marché de New- York permettrait d'espérer que les autres bois, tels que Tébène ou le palissandre et le bois de rose, présentés à l'acheteur de manière à satisfaire son goût, pourraient, eux aussi, faire l'objet d'un commerce rémunérateur. D'après les personnes compétentes qui ont étudié cette question, deux conditions seraient requises pour que l'exploitation des bois eiit quelque chance de succès. Il serait d'abord nécessaire que l'exploitant s'établit dans le voisinage d'un cours d'eau, afin de l'utiliser comme moteur de scieries. Il faudrait ensuite s'assurer de voies de transport : certaines rivières rempliraient très bien cet office. DeTananarive à Ankeramadinika il existe actuellement une route qui facilitera l'approvisionnement en bois de Tananarive, à condition de substituer aux porteurs, moyen très onéreux, les Bœufs attelés à des fardiers rudimentaires. La baie d' Antongil serait également un facile débouché aux produits de la forêt, qui sur ce point est si voisine de la côte. «
BOTANIQUK ii£5
J'arrive maintenant à une petite série de plantes trcs intéressantes au point de vue économique et industriel, je veux parler des plantes à caoutchouc. II ne sera question ici, |)Our le moment, que de celles qui sont spontanées à Madagascar; elles ne sont pas toutes spéciales à la région Est, mais s'étendent également dans TOuest. Les plus importantes appartiennent à la famille des Apocynées et aux genres Vahea et Mascarenhaaia.
Les Vat^ea. appelés aussi du nom postérieur cependant de LanUolphia^ sont de puissantes lianes habitant l'Afrique tropicale continentale et insulaire; elles sont au nombre d'une vingtaine. Leurs fleurs, de dimensions moyennes* sont disposées en cymes ou en grappes; ta corolle, blanche ou rose, est tubuleuse-hypocratériforme; les anthères sont dépourvues des appendices qui caractérisent d'autres séries d'Apocynacées. Le fruit est une baie d'assez fortes dimensions, globuleuse ou piriforme. L'espèce malgache, la seule dont nous ayons à nous occuper ici, appelée Voahena^ est le Vahea madaija^scavimiitis ; son aire principale d'habitation est le Nord-Est ; elle devient de plus en plus rare à mesure que Ton se dirige vers le Sud. Il y a d'autres lianes, appelées Herobahy, c'est-à-dire lianes à gomme, qui appartiennent à dus genres différents du Vahea^ mais dont on ne poss^'de pas dans les collections des matériaux en permettant la détermination. Ces lianes sont plus riches en caoutchouc que le Voahena.
Les MfiJfcarenhasîa sont des arbrisseaux dressés; leurs fleurs différent principalement de celles des Vahea par les appendices dont les anthères sont munies; leurs fruits sont des follicules allongés, unis à la base et divergents, et renferment de nombreuses graines ailées. Ce genre, spécial à Madagascar, compte un petit nombre d'esp<K«s. La mieux connue scientifiquement est le M. ILsûtnthiflora ^appelé Barafmnja dans le Nord-Est et le Nord-Ouest; elle donne un caoutchouc de Iwnne qualité. Il ne parait pas établi que cette espèce soit la même que celle qu'on nomme Herotra dans la région de FarafanganeetdeVatômandry, ni que celle que l'on désigne sous le nom de Hazondrano des haula dans le Sud-Est, ni surtout que VHazondrano des has^ qui croit également près de Fort-Dauphin, dans le voisinage des marais, mais qui ne donne qu'un caoutchouc très inférieur.
Je ne mentionnerai qu'en passant le Nonoka ou Ficus Melleri, dont le latex, de mauvaise qualité, ne sert guère aux indigènes que pour falsifier les bons caoutchoucs et en augmenter le i)oids, et le Bahona,
MADAGASCAB. 10
126 K. DRAKR DKL CASTILLO
peu connu au double point de vue botanique et économique. On a souvent critiqué le procédé employé par les indigènes pour recueillir le caoutchouc; ce procédé tend malheureusement à faire disparaître les plantes précieuses qui le fournissent. Les Malgaches, en effet, armés de leur hachette ou « antsibé », coupent par le pied, si c'est un arbuste dressé, ou, si c'est une liane, Tarrachentdes troncs ou branchages quelle enlace et débitent les unes et les autres en fragments; d'autres fois, ils déchaussent les racines des arbres ou des lianes, car cette partie est très riche en suc. Il faut quinze ans pour qu'une liane arrive à un développement suffisant à fournir un latex abondant : on peut donc s'effrayer des dommages susceptibles d'être causés aux plantes à caoutchouc par de tels procédés de récolte. Mais il serait impossible d'exploiter les lianes, qui sont assez minces, par un autre procédé, tel que de simples incisions, par exemple; cette dernière pratique serait longue, délicate, ne donnerait que peu de latex et, par conséquent, ne serait pas rémunératrice. Pour extraire le latex, l'indigène suspend les fragments de tiges ou de branches, au moyen d'un petit bâti en bambou, au-dessus d'une augette qui souvent lui est fournie par une gaine de feuille de Palmier; le latex coule dans l'augette et de là dans un récipient quelconque ; pour le faire coaguler, quelques indigènes se munissent d'une petite quantité d'acide sulfurique ou de sel marin, mais la plupart se bornent à cueillir dans la forêt des citrons ou, dans l'Ouest, des .tamarins dont le jus remplit exactement le même but que ces dernières substances.
Telles sont les productions naturelles les plus importantes de la région orientale. Je voudrais, avant de quitter ce sujet, vous dire quelques mots de la flore de cette région au point de vue purement systématique. Elle est certainement la plus riche en espèces, puisqu'on en connaît plus de 1500, chiffre évidemment bien inférieur à la réalité.
La famille prédominante est celle des Fougères. D'après M. Baron, elle formerait 13,10 0/0 de la végétation totale de la région Est. Les plantes de cette famille exigent, comme on le sait, beaucoup d'humidité dans le sol et dans l'atmosphère. Quelques-unes, environ une vingtaine, sont arborescentes; les autres, de plus petite taille, sont terrestres ou vivent, à l'état de pseudo-parasites, sur les troncs d'arbres.
Les Composées, les Légumineuses et les Rubiacçes viennent immc-
dîdtement après les Fougères; elles sont dont la proportion de 6, 5,2 et 4,9 0/0 dans la végétation totale de TEst. En général, les premières semblent être une extension de la végétation du centre; les secondes trouvent sans doute dans la région orientale des conditions d'existence aussi favorables que dans la partie Nord-Ouest de Tile, où elles sont prédominantes.
Les Rubiacées sont nombreuses à Madagascar; leur chiffre dépasse sensiblement 300. Presque toutes sont spéciales à Tile, et parmi ces dernières un certain nombre forment des genres particuliers. Elles présentent souvent des affinités assez intéressantes. 11 y a notamment le genre Danais^ qui se compose de plus de vingt espèces, toutes spéciales aux iles de l'Afrique orientale, Madagascar en possédant la presque totalité. Les Danais appartiennent à une série qui a reçu le nom d'Eucinchonées et qui compte une cinquantaine d'espèces dans FAncien Monde; sur ce nombre, à peine plus de quinze, réparties en quatre genres, habitent le continent africain, tandis qu'on en connaît une vingtaine, réparties en neuf genres, dans la région indo-malaise, et vingt-cinq environ, groupées en trois genres, à Madagascar. Dans la série voisine, celles des NaucUées^ on compte treize espèces à Madagascar, sept sur le continent africain, et quatre-vingt-dix dans la région indo-malaise. Un autre genre, le Gaertnera^ enlevé par quelques auteurs aux Loganiacées pour être rangées parmi les Rubiacées, compte une dizaine d'espèces dans la région indo-malaise, à peu près autant dans les iles Mascareignes, près de vingt à Madagascar et quatre seulement sur le continent africain. Les espèces des groupes ci-dessus mentionnés semblent donc rapprocher la flore de Madagascar beaucoup plus de la flore indo-malaise que de la flore africaine. Ces analogies cependant ne s'étendent pas au reste de la famille. On les retrouverait chez les Araliacées : l'immense majorité de cette famille est répandue dans l'Asie et l'Océanie tropicales, la Malaisie paraissant être son centre le plus important. Un très petit nombre d'espèces habite le continent africain ; on en citerait à peine une vingtaine réparties en trois genres; tandis que les iles de l'Afrique orientale en possèdent quatre genres avec quarante-cinq espèces, dont trente-trois se trouvent à Madagascar. Parmi les Palmiers, les Dypsis^ types nains spéciaux à Madagascar, appartiennent à la tribu des Arécées, beaucoup plus largement représentée dans l'Asie et dans la Malaisie que sur le continent africain ; mais je borne là mes comparaisons de la flore de l'Est de Madagascar
128 K. DRAKR DKL CASTIM-0
avec celle d'autres pays, et je passe immédiatement à Texamen de la rép:ion centrale.
4« Formation du plateau central. — Ici, le paysage, la végétation, les affinités de la flore changent immédiatement. Plus de végétaux à ample feuillage, plus d'arbres à hautes tiges, plus de sous-bois impénétrable, mais de vastes étendues monotones, présentant une terre rouge qui ne semble parée d aucune veMure, ni d'aucune végétation autre que des Graminées brunes, s>ches et dures. La flore n'a plus cçs reflets asiatiques, mais rappelle au contraire celle de l'Afrique australe ou des parties montagneuses de l'Afrique tropicale orientale. Malgré son apparente uniformité, la flore du centre de Madagascar comprend plus de 1.200 espèces, dont plus de 72 0/0, il est vrai, sont herbacées ou suffrutescentes; les arbres et les arbustes sont clairsemés et ne se rencontrent que ça et là par petits l)ouquets. Dans certaines parties, notamment dans le Betsiléo, on aperçoit de vastes pâturages qui se recouvrent, pendant la saison des pluies, d'une végétation épaisse sinon verdoyante.
Les espèces végétales du centre de Madagascar sont organisées |K)ur vivre dans un climat sec. Les unes sont épineuses; on sait que la plupart des épines sont des rameaux ou d'autres organes avortés; il se forme ainsi un arrêt dans le dévelopj)ement d'une végétation inutile, toutes les forces de la plante se portant sur les organes indispensables. Los feuilles des autres sont très réduites de dimensions et deviennent souvent aciculaires ou du moins éricoïdes, afin d'éviter le plus possible la déperdition de l'humidité par une transpfration toujours plus abondante dans les feuilles qui présentent une surface assez étendue. L'.^ mêm0 résultat, à défaut de réduction dans la surface du limbe foliaire, est obtenu par le tomentum souvent considérable dont les différentes parties de la plante sont revêtues. Quelques espèces sont succulentes; la plante forme ainsi, dans tous les tissus, des réserves d'humidité lui permettant de braver la longue période de sécheresse qui sévit dans ces régions. Au point de vue systématique, on a constaté dans le centre de Madagascar, une forte prédominance de la famille des Composées; elles entrent pour environ 13 0/0 dans la végétation totale; c'est à peu près la même proportion que les Fougères dans la région orientale. Les genres les plus importants de cette famille sont loi Heliehryxmn et les Senecio. Les premiers, dont les Immortelles sont
BOTA.NIQl^K 129
chez nous le type le plus connu, ont des représentants dans toutes les parties de l'ancien monde, mais d'une façon inhale : on en compte environ 150 dans l'Afrique australe, 36 à Madagascar, 40 dans l'Afrique tropicale, une cinquantaine en Australie et un petit nombre dans la région méditerranéenne ou en Asie. 11 y a également une trentaine de Setiecio à Madagascar. Parmi les Crassulacées, famille (|ue nous connaissons bien avec les Joubarbes (|ui garnissent nos vieilles murailles, il faut citer les Kalaiichoe^ au nombre de 18 à Madagascar et de 10 dans les régions montagneuses de l'Afririue tropicale, surtout orientale. Ces plantes sont très différentes de celles de la même famille que nous avons habituellement sous les yeux; mais il est des formes ([ui nous sont familières et que nous rencontrons dans le centre de Madagascar. Ainsi, il y a une Violette ( Viola ahys.sinim) et un Géranium {G, simensf) qui habitent les plus hauts sommets des monts Ankaratra et se retrouvent dans les montagnes du Kameroun et de l'Abyssinie; il en est de même dune plante très répandue dans nos |)ays, le Saniaila europœa. Les Renoncules et les (Clématites ont aussi leurs représentants dans la région centrale de Madagascar. Je ne pousse pas plus loin lesquisse des formations végétales de cette contrée; je n'ai rien à dire de ses productions naturelles qui, sauf ce qui concerne les pâturages, sont malheureusement nulles, et j'arrive à la végétation du Sud-Ouest.
5° Formation des plantes xérophiles. — Dans cette région nous trouvons une flore d'as|)ect tout à fait africain. Les types <iue je mettrai sous vos yeux vous montreront comment ces plantes, appartenant à des familles bien différentes, se sont adaptées au climat extraordinairement sec sous lequel elles ont été appelées à vivre. Généralement elles constituent leur réserve a(iueuse dans leurs tiges ou leurs rameaux, qui sont d'une consistance charnue ou tout au moins spongieuse; les feuilles, loi's<|u'elles existent, ne font qu'une courte apparition, juste pendant la faible durée de la saison des pluies; enfin elles sont à un haut degré épineuses ( fig. 68).
Je ne puis mieux commencer qu'en vous présentant le ty|>e le plus remarquable de la flore de Madagascar amjuel, avec juste raison, M. Bâillon a voulu attacher le nom du savant et infatigable explorateur auquel nos connaissances sur Madagascar, dans toutes les branches de la science, sont redevables de tant de progrès, M. Grandidier. Les Didieira proprement dits sont au nombre de doux; le Didiereama-
130 E. DRAKË DFJ. GASTILLO
dagascarietisis et le Didierea mirabilis (fig. 69). Le premier a été
•-wr<fllM!» ;«^>-
•V'. i)êi
Fig. r»H. — Paysage dans l'Anditiv.
(Cliché Sikora).
trouvé par M. Grandidier aux environs de Tuléar, le second par Grevé
près de Morondava. Leur |X)rt rappelle celui des Euphorbiacées cactiformes: une tige charnue droite et peu rameuse chez le D. madagascaviensLs, étalant au contraire des rameaux plus diffus chez le D. mirabilis. L'une et l'autre montrent sur leurs tiges on sur leurs rameaux des coussinets munis de robustes épines et portant les feuilles et les fleurs. Les premières sont linéaires, lisses et un peu épaisses; les
secondes sont dioïques. On ne connaît que les fleurs femelles du
Fig. 09. — Didierea mirabilis.
BOTANIQUK 131
D. iiuulagiuicariemis ; aussi la véritable place de celte plante dans le règne végétal fut-elle des plus incertaines, jusqu'au moment oii, dans les échantillons du D. mirabilis, M. Bâillon put étudier les fleurs de Tun et l'autre sexe. Ce savant botaniste en conclut que ces curieux végétaux devaient être placés parmi les Sapindacées. que nous connaissons très bien par nos Marronniers d'Inde. Les Didiereaj vous le voyez, ne rapl>ellent guère ces derniers quant au port et aux organes de la végétation, mais ils en sont assez voisins par leur organisation florale; leur ovaire est à trois loges, dont une fertile et renfermant un ovule asc^endant à micropyle extérieur et inférieur; leurs étamines sont irrégulières.
Tout récemment, M. Alluauda rapi)ortédu Sud-Ouest de Madagascar des échantillons botaniques de quatre espèces voisines des Didierea^ dont j'ai cru devoir faire, sous le nom d'Alluaudiay une section particulière de ces derniers; lorsqu'elles seront plus complètement connues, peut-être formeront-elles un genre distinct. Je lésai nommées : />. pr(h cera {Fantsy-holotra des Antandroy), />. cuscendeihs (Smgo des kntsiudroy), D. comom et 0. dumosa. On trouvera ailleurs (1) les caractères qui les distinguent. Ce curieux groupe se compose donc actuellement de six espèces.
Après les Didierea, les plantes les plus intéressantes sont les Adansonia ou Baobabs; tout le monde connaît le Baobab du continent africain, Adamonia digitata, répandu dans toutes les régions chaudes et arides de ce pays; c'est un arbre de très grandes dimensions, au tronc épais, trapu, aux branches nombreuses étalées, au bois spongieux, formant d'al)on(lantes réserves d'eau pendant la saison sèche; les feuilles sont caduques et ne
^ ^ ^ » . ^ Fig. 70. — Adansonia madagasca-
restent que très peu de temps sur ,.,^^,^, ^^ j^ony,
l'arbre. L'^. digitata n'existe pas
à Madagascar à l'état spontané, mais cette ile possède trois Baobabs qui sont bien difl'érents de l'espèce continentale : VA. tnadagascofHervfis ou « Fony » (lig. 70), VA. Zn (fig. 71), ainsi nommé de son
^1) (éOmpies rendus de l'Académie de.s sciences^ i'JOi.
K. imAKK DKL CASTILLO
Fifr. 71. — Adaiisonia Za.
appellation indif^^ène, et 1.4. Graudidieri ou « Heniala » (lig. 72). Tous trois ont le port beaucoup plus élancé que l'.4. diyitata: ils atUMgnenl vingt mètres de hauteur; leur tronc t'usilbrme porte des branches peu nombreuses et plutôt ascendantes qu'étalées; chez VA. Graudidieri
cependant, (|ui est le plus gros de tous, elles se rapprochent plus de Thorizontalité que chez les autres espèces, mais (»lles sont très courtes. LA. nmdnifoacarieima se distingue de ses deux congénères de Madagascar par ses étamines unies en tube allongé, tandis que les deux autres espi^ces ont un tube staminal court; de plus 1.4. Za a des pétales verdàtres et non rouges, comme le ReniaUi et le Fony. Ces arbres ne sont pas dépoun^us d'utilité ; Téi'orce en est textile et sert à l'aire des cordages; la pulpt* des fruits est comestible.
1^ famille des A[)ocynacées, dont j'ai eu occasion de vous parler
tout à Theure à propos des arbres et des lianes à caoutchouc, compte encore ici un genre très curieux : ce sont les Paduf podium. On en connaît quatre esp^'ces à Madagascar, et, en outre, v\\u\ dans la région du Cap.
Ces plantes ont une tige renlléo, gorgée d'eau et garnie, comme celle des Didierm^ de coussinets épineux.
Vers le sommet de cette dernière ou à celui des rameaux, se voit un bou- (juet de feuilles éparses et une ou plusieurs inflorescences de formes diverses. Les lleui's s(mt de dimensions moyennes. Dans la plupart des espèces, les tiges sont trapues et s'élèvent à une faible hauteur ; il n'en est pas de même d'une espèce que j'ai décrite dans le BnHetin du Muséum dliistoire mtîurdle^ sous le nom de Puchypodium Uimerei, et qui dresse sa tige bien au-dessus de la taille <i'un Homme (lig. 7:V). ^
Kifj. "tt. — Adansonia Graudidieri (III lie nia la.
BOTANIIJLK
(Cliché de M. Sikora).
Fi^'. l'A. — Parhypodium Lnmerei,
i3i K. I>RAKK DEL CASTILLO
Je termine la série de ces plantes par la famille des Euphorbiacées et le genre Euphorbia lui-même.
On sait que les régions brûlantes de l'Afrique possèdent toute une série d'Euphorbes dites «cactiformes», parce qu'elles ont l'aspect et la consistance des plantes de la famille des Cactées. Nous retrouvons encore ici les tiges charnues et munies de coussinets épineux des Didierea et des Pachypodlum, mais elles sont plus étroites et plus allongées que dans ces deux derniers genres; il y en a un petit nombre à Madagascar; la plus anciennement connue est V Euphorbia spletidens, cultivée dans les pays chauds et dans nos serres. Certaines autres espèces conservent le port des Euphorbes de ce groupe, mais les coussinets épineux sont remplacées par des protubérances en forme de crêtes qui se suivent en traçant dos lignes spirales autour de la tige. D'autres forment une sorte de buisson épineux comme le « Famata » (E. stenocladn); d'autres encore ont des rameaux articulés et aplatis, comme celle qui est connue sous le nom de « Betinay », et que j'ai décrite sous le nom de E. enierophora dans le Bulletin du Muséum; ou bien leurs rameaux articulés et plus ou moins cylindriques s'enchevêtrent confusément comme dans le ïmvo, espèce qu'on a peut-être à tort rapprochée de YE. TimcallL
Enfin, il y a un type d'Euphorbe très remarquable, tant au point de vue botanique qu'au point de vue économique et sur lequel je vous demanderai d'insister particulièrement, c'est Vlntûty. UE. IntLsy est un petit arbre dont la hauteur maxima est de 6 ou 7 mètres, <»t la circonférence à un mètre du sol, de 70 à 80 centimètres. Les racines et la base de la tige présentent de curieux renflements goi^és d'eau et de suc. Larbre est quelquefois rameux dès la base, et les branches en sont plus ou moins étalées et toufl'ues ; d'autres fois, il s'élève à une certaine hauteur sans produire de ramifications. Les premières branches sont irrégulières et tortueuses, mais peu à peu les rameaux et les ramures naissent plus ré^lièrement et présentent une disposition dichotome ou subverticillée, de sorte que les jeimes branchages ont un peu l'apparence du Gui; les dernières ramures sont fharnues, articulées sur le rameau (|ui les porte. On a dit que les feuilles étaient réduites à de petits mamelons ; mais des observateurs ont vu au contraire de jxîtites feuilles sur ces mêmes organes. Je ne m'arrêterai pas à la description des fleurs, (|ui ne diffèrent sensiblement de celles de la généralité des Euphorl>es que sur un point, mais
BOTANlQUIi: lîJ5
€elui-là très important : c*est que l'ovaire a deux loges au lieu de trois.
Llntisy vit isolé dans la brousse ou se montre par petits groupes. Son aire de distribution géographique s'étend entre la côte Ouest et 40»45de long. Est, et entre le cap Sainte-Marie et 22*15 de lat. Sud. Elle est à peu près circonscrite par la côte Sud-Ouest et par une ligne qui, partant de Tuléar, remonterait vers le Nord-Est jusqu'à la latitude d'Ihosy, en un point situé à égale distance de cette dernière localité et de la mer, et redescendrait ensuite en formant une courbe assez irrégulière jusqu'à Andrahomanana non loin de Fort-Dauphin. La contrée 4a plus riche en Intisys est vers Behala et Tsilamahana.
Le grand intérêt économique de l'Intisy est que son latex, coagulable à l'air libre, fournit un caoutchouc d'excellente qualité. MM. Girod- Genet, dans Notes et Reconnaissances de la Colonie de Madagascar^ et Prudhomme, dans la He^ne de Madwjascar, ont publié sur ce sujet d'intéressants articles dont je vous donnerai ici les points principaux; mais auparavant je vous demanderai la permission de vous raconter une petite anecdote relative à la découverte de cette précieuse plante.
Le jeune fils d'un Créole de Fort-Dauphin vit un jour entre lès mains d'un petit indigène un tambour dont la peau lui parut d'une merveilleuse élasticité. — D'où te vient ce bel instrument? dit-il à son compagnon. — Il y a dans la brousse, répondit le petit Malgache, un arbre d'où découle une gomme que nous recueillons; nous Tétalons sur notre ventre et quand elle est sèche, elle nous donne la peau de tambour que voilà. Le jeune Créole rap[)orta le fait à son père, qui alla s'enquérir lui-même de Texistence de cet arbre et trouva le curieux végétal et le remarquable produit que Ton sait.
Ceci se passait en 1891. Cette année, l'exportation de caoutchouc faite à Fort-Dauphin s'était monté à 15 ou 20 tonnes; en 1892, elle iQonta subitement à 400. Ce chiffre se maintint en 1893. C'est dire la prodigieuse quantité de caoutchouc (|ue la nouvelle plante avait fournie; malheureusement, c'est dire aussi combien l'exploitation en fut excessive, car en 1896 rexi)ortation tomba à 168 tonnes, puis à 64 en 1897, et à 17 en 1898. L'abaissement de la production avait, il est vrai, une autre cause : l'insurrection qui avait éclaté dans le Sud-Est. Il n'y a cependant pas lieu d'espérer, malgré la pacification actuelle, voir remonter la production du caoutchouc au chiffre qu'elle ai^it atteint à 1892, si de nouvelles plantes à latex ne sont pas découvertes.
E. DRAKK OKL CASTILLO
6» Formations intermédiaires du Nord-Ouest. — En remontant vers le Nord, dans la partie occidentale de File, on verra s'atténuer le caractère xérophile de la végétation. Certains types peu Fréquents, tels ((ue les Palmiers, deviendront plus nombreux, et, d'autre part^ on verra apparaître des formes rappelant soit la végétation du Centre, soit celle de TEst; bien entendu, les premières ne s'observeront que dans les parties scVhes, et les secondes restreindront leur habitat aux parties humides.
Généralement la portion o(!cidentale de Madagascar offre l'aspect de plaines assez monotones, parsemées çà et là, souvent à de grands
intervalles, soit de bosquets, soit de groupes d'arbres isolés. Ces arbres sont notamment les Palmiers (lig. 7i) dont on connaît surtout deux espèces :
VHf/p/imie coruuiea, et le Medemia nohili.s, le Spondias dulcis ou Arbre de Cythère et le Tanmrindm indica ou Tamarinier ; ce dernier arbre ne se rencontre à l'état spontané (|ue dans la région occidentale. Il y a aussi d(^ nombreux Acacias.
D'autres arbres croissent dans les vallées ou s'alignent sur les bortls des cours d'eau ; ce sont, entre autres, les « Rotra » ( Cephalanthiis spathri- Ufenis) et le Weiniimnnia Inceus^ de nombreux Figuiers et le Raphia. Pour trouver d'importantes étendues de forets, il faut remonter jusqu'à l'extrême Nord-Ouest, entre les 13*^ et 11)*' parallèles; ces forêts, au premier coup d'd^il, diffèrent de celles de l'Est par un sous-bois beaucoup moins abondant, mais on y trouve des essences voisines de celles (jue nous avons vues dans la région orientale : des Da/hergla ou Palissandres, des />/oa7j///o.v ou Ebéniei-s, des Uihramia ou Acajous, etv.; en outre, toutes les plantes à caoutchouc.
La végétation suffrutescente est souvent représentée par une brousse inextricable. De même (|ue dans 1<î Betsileo, de grands espaces sont recouverts pendant la saison humide d'une abondante végétation dWndropoyoH coutorttim, VAhldumho des Sakalava, (jui sert de pâturage à de nombreux troupeaux de Bteufs.
En se plaçant au point de vue systémati<|ue, on constatera (|ue la
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I*i8 E, DRAKK DKL CASTILM)
famille prédominante de cette région est celle des U'^gumineiises, qui, suivant M. Baron, forme 18,8 0/0 de la végétation totale.
Tel est le tableau des différentes régions botaniques de Madagascar. La distribution des végétaux les plus earactéristi(|ues de chacune d'elles est indiquée sur une carte spck'iale (fig. 75). Je me résume en quehfues lignes.
Région Est : Climat constamment humide. Au [>oint de vue économique, région essentiellement forestiiTe.
Région Centrale: Climat sec pendant une moitié de l'année, humide pendant lautre; peu d'arbres, <|uelques pâturages, végétation des pays secs.
Région Sad-Onest : Climat sec pendant les trois quarts de Tannée. Plantes xérophiles au plus haut degré.
Région Nord-Onest : Climat sec pendant une moitié de l'année, humide pendant Tautre. Région faiblement forostil»re; quelques pâturages; végétation semblant un mélange inégal de celle des trois autres régions.
Je dois parler maintenant des cultures tropicales les plus importantes qui, vu les conditions de sol et de climat que nous savons maintenant être réalisées à Madagascar, méritent d'être développées dans notre colonie.
Toutefois, je ne traiterai pas ces questions au point de vue économique. Je laisse ce soin à un conférencier des plus autorisés que voas aurez le plaisir d'entendre plus tard, et je ne me placerai qu'au point de vue de la Botanique et de la Culture.
Grâce aux études dues à des personnes très compétentes telles, entre autres, que M. Girod-Genet, chef du service des forêts, M. Prudhomme, chef du service de l'agriculture, et M. le Docteur Bénévent, j'espère, avec le concours de votre bonne volonté, vous présenter un résamé intéressant de la question.
Parmi les végétaux le plus anciennement et le plus largement cultivés par les Malgaches, il convient, en première ligne, de citer le Riz. Ce produit forme la base de la nourriture des indigènes, puisque
Jon en estime la consommation, par an et par tête, à 370 kilogrammes. Celle du Manioc est de moitié inférieure et celle des autres légumes encore moins considérable. Le Malgache est donc obligé de demander à la culture du Riz une production importante.
Dans les montagnes, la culture du Riz est assez simple. Les indigènes commencent par brûler les arbres ou la brousse qui recouvrent l'endroit oîi ils veulent établir leurs rizières. Cette opération a le double avantage de débarrasser la terre des plantes étrangères et de lui apporter, avec les cendres de ces dernières, un précieux et indispensable engrais. Le Riz est semé à la volée, et la pluie se charge d'apporter à la culture l'humidité qui lui est nécessaire.
Le Riz de plaine est quelquefois ensemencé directement sur le terrain où il doit être récolté ; mais le plus souvent, Tensemencement se fait en pépinière, puis le Riz est transporté et repiqué dans le champ qui doit le recevoir. Ce procédé est considéré conme plus productif. Mais, qu'il s'agisse de pépinière ou d'emplacement définitif, le sol est toujours préparé de la même façon : il est d'abord nécessaire, pour que la terre puisse être travaillée comme il faut à l'aide de Tangady ou bêche malgache, qu'elle perde, jusqu'à un certain degré, l'humidité qu'elle contient. Ce dessèchement, pour lequel l'époque la plus favorable est en juin on juillet, s'obtient au moyen de canaux de drainage; alors la terre est divisée en petits prismes que Ton enlève et que l'on. empile en rangées; cette opération a pour but d'exposer à l'air les racines des mauvaises herbes dont on assure ainsi la destruction ; puis les prismes sont remis en place ; la terre est ameublie et amendée au moyen de fumier, de scories et de cendres, ensemencée et piétinée par les bestiaux, et maintenue d'une manière constante sous une nappe d'eau d^une certaine profondeur.
Lorsque le Riz semé en pépinière commence à former des touffes hautes de 20 à 30 centimètres — ce qui arrive au bout de deux mois — il est transporté dans les rizières dont le terrain a été préalablement traité comme on l'a vu.
Le Riz semé en avril pour être récolté en janvier, au milieu de la saison des pluies, est moins estimé que celui qui est mis en place en novembre pour être récolté en avril. Si, à partir de sa transplantation, le Riz n'exige plus de soins directs, il n'en est pas moins exposé à de grands risques qui ne peuvent être écartés que par une surveillance constante. Ces risques sont dûs à la voracité des Oiseaux tels que Cardi-
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naux ot Perruches pendant le jour, ou l)ien tels (|ue les Canards et 1^ Sarcelles pendant la nuit. Si les rizières se trouvent à proximité d'une forêt, rarmée de leurs ennemis vient s'accroître de bandes de Sangliers; les pièges que les indigènes tendent contre ces animaux ou les ëpouvantails (fu'ils dressent ou l'ont mouvoir pour les mettre en fuite ne les en débarrassent (ju'à grand'()eine.
A l'époque voulue pour la récolte, le Riz bottelé est transporté sur de grandes tables en pierre sur lesquelles il est frappé afin d'y faire tomber tous les grains; mais, à ce moment, ces derniers ne sont pas débarrassés de leur enveloppe et sont encore à Tétat de paddy et ne peuvent être employés qu'à la nourriture des animaux ou à lensemencement. Pour jmuvoir servir à Falimentation, ils doivent être décortiqués. Cette opération se fait au pilon, ou à Taide de machines spéciales appelées décortiqueuses.
Après le Riz, la plante qui tient la plus grande place dans Talimentation indigène, est le Manioc. Le Manioc (Jatropha manih^ft) est iin arbuste d'origine américaine dont les racines, riches en fécule, constituent un aliment tn»s répandu dans les contrées chaudes. La fécule elle-même, spécialement préparée, forme la substance alimentaire connue en Europe sous le nom de tapioca. Les sables des régions côlières sont le terrain le plus favorable à la plantation de cet arbuste qui ne donne que des produits inférieurs dans les sols trop compacts. Aux environs de Tananarive, les plantations se font depuis la tin d'août jusqu'à la lin de mai de Tannée suivante, de manière à avoir des produits échelonnés. Les racines sont l)onnes à arracher au l)Out d'un an ou de quinze mois; à une épo<|ue plus avancée, elles contiennent moins de fécule et deviennent dures et impropres à la consommation.
II y a deux procédés employés pour la plantation du Manioc. Le premier, ou procédé malgache, consiste à couper les I)Outures de 18 à iS\ centimètres de longueur, et à les mettre obliquement en terre à une distance variant, suivant la richesse du sol, de 60 centimètres à i"»25, et en ne laissant hors de terre que 6 centimètres environ. Le second procédé, qui n'a été employé à Madagascar qu'à titre d'essai et qui est généralement usité à Tîle de la Réunion, consiste à prendre des boutures longues de 7 à 8 centimètres et à les enterrer horizoatalement de 2 à 3 centimètres de profondeur. Ce procédé semble devoir donner des résultats meilleurs <|ue le premier. Quelques binages ou sarclages suffisent pour Tentretien de la plantation.
BOTANIQUK i4i
Je néglige les nombreuses petites cultures de plantes alimentaires, telles que la Patate, le Sonjo, les Haricots, etc., et je passe à la culture d un végétal qui a tenu un rang considérable dans tous les pays tropicaux et qui, introduit depuis longtemps à Madagascar, y jouit encore d'une certaine laveur; je veux parler de la Canne à sucre. Tout le monde connaît cette précieuse Graminée qui renferme dans les enlre-nieuds de sa tige un suc particulier d'où Tindustrie extrait la saccharose ou sucre cristallisable cl d'autres produits accessoires, tels que le rhum et le talia. 11 est inutile de la décrire, et Ténumération de ses nombreuses variétés nous entraînerait trop loin. Je me bornerai à indiquer sommairement les procédés de culture qui lui sont appliqués à Madagas(*ar.
On sait(|ue la Canne à sucre exige un climat chaud et généralement humide, avec une certaine période de sécheresse, et un sol argilocalcaire ou argilo-siliceux riche en humus. Le l)Outurage est le meilleur moyen de reproduction à employer, si Ton veut assurer la fixité de la variété que Ion a choisie. Les meilleures boutures, celles qui ont le plus de chances de donner les meilleurs plants, se l'ont au milieu des tiges les plus vigoureuses. A chaque enlreiKjeud, à rafsselle des ieuilles, se trouve un petit bourçeon ou oMlleton qui, en se développant, devient la nouvelle plante. Les Iwutures doivent avoir une longueur de 25 à 30 centimètres. Pour les rei*evoir, la terre doit subir une certaine préparation. Au moyen de la bêche ou de la charrue, on commence par la débarrasser, justfu à une profondeur de 30 à 35 centimètres, de toute plante étrangère ; puis, au moyen de lalK)urs, on mélange à la terre les engrais convenables; ensuite la terre est hersée et nivelée. Enfin, ou creuse à la l)èche des tranchées, ou bien l'on trace à la charrue des sillons espacés les uns des autres de l'"20 à l'"50. Dans ces sillons ou dans ces tranchées, on pratique de petites l'osses ayant une longueur de 60 centimètres sur 25 dans les deux autres sens; on en fait donc ainsi de 8 à 9.000 à l'hectare. Les l)outures sont placées au nombre de trois ^«'Miéralement dans chacjue fosse; on les rei^ouvre d'une prcmièn? couche de terre épaisse de 2 à 8 centim:^tres; cette couche est progressivement suivie d'autres couches, selon la croissance de la plante jusqu'à ce <|ue la fosse soit pleine. Il n'y a plus alore (fu'à entretenir le terrain en lK)n état au moyeu de sarclages répétés. Cette opération se l'ait en juillet, août, septembre ou bien en décembre et janvier. Au
MAllAGAHOAM. 11
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l)Oiil de 14 OU 15 mois, la Canne a atteint son développement presque complet, et commence à montrer ses longs épis phimeux; deux ou trois nM)is après, les feuilles se dessîVhent, la tige office extérieurement une teinte particulii^ré, le suc (|u>lle renferme prend une certaine consisl4nice : la (^anne est mùn». Elle est alors tranchée par le pied, débarrassée de ses sommités, mis*» en lM)ttes et portée à Tusine. (1 n'entre pas dans le plan de nos entretiens de vous faire connaître les détails de la fabrication du siicre. Je vous dirai seulement que la Canne trouve des conditions de climat et de sol ftivorables à son développement, surtout dans les régions littorales de TKst. D'autres contrées lui sont moins propices, telles (|ue le Boina par exemple, ou rimerina, dont le sol est trop sec. Vei*s le Sud, la culture de la Canne disparait complètement et ne se montre de nouveau, que faibleuient, à Fort-l)îHiphin.
Je dois vous parler maintenant de trois plantes dont la culture à Madagascar a été l'objet de sérieuses études et mérite, par consétjuent, une attention particuli;Ve; ces plantes sont le Caféier, le (licaoyer cl le Vanillier.
Il est inutile d'insister ici sur les C4iract>res t)ot<iniques du Caféier. Tout le monde connaît cet arbrisseau de la famille des Rubiac('»es dont les fruits, ou drupes, contiennent des graines livrées au commeirc sous le nom de café. L(» Caféier appartient au genre Coffea qui C4)rapte plus de trciite esp>ces, toutes, sauf une dizaine à [)eiwe «pii habitent l'Asie tropicale ou la Malaisie, originaires <les régions chaudes de l'Afrique continentale ou insulaire. Les deux espVes le plus généralement <*ultiv('»es sont le Coffea arahica et le (1. Hherira: ce derni(»r tend à remplacer le premier, du moins dans les cultures africaines et asiatiques, comme étant plus résistant à l'influence de Vlh*milei4t v((.stn1rU\ [)etit Champignon <|ui menace, dans les cultures dcmt on vient de |)arler,de compromettre très sérieuscMuent l'existence du café d'Arabie.
On Sciit que celte dénomination de fJo//*mr//Y/'mi poin'rait donner lieu à des erreurs au sujet de la véritable patrie de cette plante. Klle n'a, en effet, jamais été que cultivée en Arabie : l'origine d(» celle cultun» dans les |Kiys orientaux remonte à un<» ép(M|ue trop ivculée pour [)ouvoir être précis('»e, et touche presque à la légende. Salomo.i, voire même Télémacpie, auraient conini celle boisson bienfaisante. Suivant un récit arabe, un berger égyptien, ayant remarqué que les l)aies d'un certain arbuste empêchaient ses Ch:'vr(»sde dormir lors<|u*elles en
avaient inangt», aurait conseillé au prieur d'un couvent musulman de tenter cette exjiérience sur sîi personne et sur celles de ses religieux, durant les longues veilles auxquelles ils étaient soumis, et cette expérience aumit ét<'» coiironnée de succAs. Vn autre récit arabe rapporte qu'un derviche, exilé de Moka dans les montagnes de TArabie, y aurait trouvé le Caféier et (fuavec les produits de cet arbrisseau il aurait guéri ([uelques-uns de ses confri'res de plusieurs maladies. Ce service aurait eu \)o\\r consé^juence la rentrée en grâce de Texiié, qui aurait construit un couvent sur les lieux où croissait le précieux végétal, ïl est l)eaucoup plus vraisemblable (|uc le Caféier est originaire de TAbyssinie ; on l'y trouve encore à l'état spontané, et il s étend jusque dans les régions des Grands Lacs et le Mozambique ; on l'a rencontré également dans le [)ays d'Angola. Son indigénat dans ((uel(|ues-unes de ces contrées fait cependant ([uelques doutes. A Madagascar, on le rencontre à l'état sauvage, mais ce n'est qu'à Télat subspontané.
Pour sortir de la légende, il est à peu près certain (pie le (Caféier était cultivé en Pers<* au W* sitVIe ; au wi** siècle, cette culture prit un grand développement dans tout l'empire Ottoman. Au wn**, l'usage du café s'introduisit en France et, au wur, la culture du Caféier se répandit dans toutes les colonies euro(K»ennes. Ce fut La Boissicre qui, en 1717, l'apporta à la Réunion et à Sainte-Marie de Madagascar. Depuis le commencement du xiV siècle, la culture duC'aféiera pris partout un dévelop|)ement considérable.
Je viens de dire que le Coffea arahira n'(*xistait |)as à l'état véritablement spontané à Madagascar. C'est ici qu'il y a lieu de parler de deux sortes <io Caféiers qui ont été trouvées récemment aux Comores par M. Humblot etque Bâillon a décrites sous deux noms spéciti(|ues différents : le Co/fea Hnmbloti (*l le C. rarhifonnis. La graine de cesesp''ces [)Ossède, parait-il, les (|ualit<»s du bon café. Le premier est un arbre dressé, atteignant (|ueli|uefois 25 mètres de hauteur ; le second est un peu trapu et sa tiiille n'excède guère ï ou 5 mètres. Malgré ces dittérences de port, il n'est pas possible d'aflirmer que ces espèce.s soient sp('»ciliqnem(MU distinctes du (lo/l'ea arabica. Rien, en offet, dans aucun de leurs caractères les plus importants, ne permet <leles en sé|Kin'r. Le Café d'Arabie est, d'ailleurs, une plante paraissant sujette à d'assez grandes variations.
Le (^afé Libéria (Coffra lUferira), connu et décrit depuis trente ans à fM'ino. est une espèce notablement ditt'érent<» du Co/fea arahica : elle
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s'en distingue au premier coup d'œil par ses feuilles beaucoup plus grandes et plus épaisses ; ses fleurs sont plus nombreuses et ses fruits, plus gros, ont un noyau plus épais; ces dernierâ ne tombent pas à maturité, ils restent sur Tarbre environ deux mois. Originaire de l'Afrique occidentale, le Café Libéria n*est pas une plante de montagne comme le café d'Arabie ; il croît au contraire dans les régions basses (entre 10 et 500 mètres), et s'accommode mal de stations plus élevées. On saisit immédiatement les avantages que dans certains cas il peut présenter sur ses congénères. Ainsi, en ne nous plaçant qu'au point de vue de Madagascar, il conviendra mieux aux régions basses et moyennes, surtout de la côte Est, qu'aux plateaux du Centre. Ses fniib plus gros et plus abondants donnent un rendement dix fois plus coi^dérable ; ils sont plus faciles à cueillir ; il est vrai que la décortication en est moins aisée à cause de la grande épaisseur du noyau. La consistance des feuilles les rend plus aptes à résister à VHeniileia^ qui se borne à en perforer le parenchyme, sans l'empêcher de remplir ses fonctions. Il est vrai de dire qu'aux environs de Fort-Dauphin, le Café Libéria s'est montré atteint d'une maladie parasitaire contre laquelle aucun traitement n'a été efficace, mais qui n'a semblé que passagère. Enfin, il est bon d'ajouter que le Café Libéria n'a pas un arôme aussi fin que le Café d'Arabie. Par la sélection cependant, on est arrivé à obtenir des variétés perfectionnées qui, sans doute, s'amélioreront encore dans l'avenir. On a fait remarquer aussi que la réceptivité du Coffea arabica^ à l'égard de VHemilria, |)0uvait être le résultat d'un affaiblissement des plantations, contre le<|uel on pourrait lutter en amendant les terrains de culture et en plaçant le Caféier daiis des régions lui convenant bien comme sol et comme climat. Il est certain, en effet, qu'en Imerina, le Caféier d'Arabie résiste assez bien à la maladie. Le saccharate de cuivre est du reste, sinon un curatif, du moins un préventif contre YHemileUi,
Il y a encore à Madagascar deux espiVes de Caféiers croissant à Tétat spontané, (|ue je ne puis passer sous silence. L'un est leCoffea màuritùifin. (]ette espoce se distingue principalement du Coffea arabica par ses feuilles plus petites et ses fleurs solitaires. Elle croît également aux îles Maurice et de la Réunion. Les graines de ce Caféier, quelquefois employées par les habitants de ces pays aux mêmes usages que celles du Café d'Arabie, semblent loin d'avoir les mêmes bonnes qualités, ol leur emploi ne saurait être répandu. L'autre espèce est encore peu
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connue. J'en ai reçu des échantillons de Suberbievillc par l'obligeant intermédiaire de M. Perrier de La Bathie; elle est spéciale à Madagascar et encore inédite. C'est un arbre pouvant atteindre une hauteur de 10 mHres. Il diflDre du Coffea miuritiana par ses feuilles plus grandes, ses fleurs plus grêles et plus petites. D après M. de La Bathie, ses graines auraient d'assez bonnes qualités et seraient employées dans la région de Suberbievillc. Il y aurait lieu probablement d'en essayer la culture.
Quelle (|ue soit l'espèce de Caféier cultivée dans les plantations à Madagascar, les procédés de culture sont toujours à peu près les mêmes.
Le Caféier se sème généralement en pépinières. A cet effet, on prend les graines dans les fruits complètement mûrs fournis par les individus les plus vigoureux et les plus productifs. Ces graines sont ensuite placées en quinconce de 15 à 20 centimètres d'intervalle et à 3 ou 4 de profondeur dans des planches dont le terrain aura été convenablement ameubli, fumé et nettoyé et pourra être facilement entretenu dans un état d'humidité constante mais modérée. Au bout de cinq ou six semaines, la germination se déclare. Il est bon de garder les jeunes plants à l'ombre, au moyen d'un écran placé à 1 mètre de hauteur au moins. Lorsque les plants ont environ un an, il faut les transplanter. Cette opération doit se faire avec le plus grand soin, généralement avant la saison des pluies et le plus possible par un temps couvert. 1^ sol dans lequel ils doivent être placés sera préparé comme celui des pépinières dans un terrain profond et d'où l'eau puisse facilement s'écouler; on se l>onie toutefois à travailler uniquement l'endroit où l'on doit pratiquer les trous destinés à recevoir les jeunes arbustes. Ces derniers devront eux-mêmes, pendant toute leur existence, être soigneusement débarrassés des gourmands et des branches poussant mal.
Le Cacaoyer, récemment introduit à Madagascar, n'en semble pas moins destiné à prendre, comme le Caféier, un rang élevé parmi les cultures auxquelles le sol de certaines parties de Madagascar semble favorable. Il mérite donc une attention toute particulière. Cet arbre appartient à la famille des Sterculiacées et forme, avec une demidouzaine d'autres espaces, le genre Theobroma, Il a reçu l'appellation botanique de T. Cacao^ tirée du nom de cacahuatl sous lequel cet arbre était désigné par les anciennes populations mexicaines. Il est modérément élevé, ses feuilles sont elliptiques et mesurent jusqu'à
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30 centimotres de longueur. Les Heurs sont groupées en |K»tils tascicules naissant à Faisselle des feuilles, mais no se développant que longtemps après la chute de ces dernières, c'est-à-dire sur le vieux l)ois, latéralement aux branches et au tronc. Le fruit, connu dans la culture et le commerce sous le nom de cnbos.se, est une grosse baie oblongue dont la surface est couverte de nombreuses protubérances et man|uéi» de dix côtes longitudinales; l'intérieur renferme une pulpe abondante au milieu de laquelle les graines sont nichées. L'albumen de ces dernières est riche en matières grasses et en une substance alcaloïde connue sous le nom de théobromine; c'est elle (|ui communique au cacao son effet salutaire et excitant. Le Cacaoyer est originaire des régions chaudes de l'Amérique centrale et du nord de l'Amérique méridionale; il croît sous un climat constamment humide, à une altitude ne dépassant pas 400 mètres, au milieu de forêts dans lesquelles il forme sotivent des massifs importants. C'est donc un végétal qui exige beaucoup de chaleur, une humidité abondamment et régulièrement distribuée dans le sol et dans l'atmosphère, un terrain ombragé et une altitude modérée. Toutes ces conditions sont assez bien réalisées dans la région basse de la côte orientale de Madagasc^ar. Ailleurs, la période de sécheresse est trop longue pour que le Cacaoyer puisse y prospérer.
Les semis se font généralement en pépinières : on choisit les graines les mieux développées dans des fruits ayant atteint une maturité complète, et on les sème le plus tôt possible, car elles perdent promptement leurs facultés germinatives. Quinze mois après le semis, le plant est bon à mettre en place. Les premières fleurs n'apparu issent qu'après la troisième année, mais il est rare qu'elles donnent des fruits; il est même préférable, pour ne pas fatiguer Tarbre, de ne pas les laisser se développer. Ce n'est guère qu'à cinq ans que le Cacaoyer commence à produire des fruits utilisables, encore sont-ils peu nombreux; mais à sept ans cette production devient sérieuse et à dix ans elle atteint im maximum qui peut se maintenir jusqu'à la trentième année, si les plantations sont bien entretenues. Le Cacaoyer fleurit presque toute l'année, mais principalement d'octobre à novembre; les fruits mettent environ sept mois à mûrir.
Le premier soin du planteur sera donc d'établir une bonne pépipinière, le plus près possible des plantations, afin d'éviter d'endommager les plants par un transport trop éloigné.
Lo sol do la p<»()inioro devra coiisistor on imo torro logoro, que l'on aura préalablemont ainoublio et fuinoo à la bèohe et enlisée au râteau. Otto opération dëlmrrasso le sol dos mauvaises herbes et des pierres et le rend facilement |)énotrable aux racines. 1^ pépiniore est ensuite divisée en planches, et les graines sont mises en terre à une petite profondeur. Pendant tout lo temps de leur croissance, les jeunes plants (toiventèln» maintenus à lombi^e. A cet effet, on construit avec des BamlK)us de lé^t»rs abris mesurant 1 motre de hauteur et on les recouvre soit de fouilles de Ravenale, soit de branchages à feuillage léger, afin do ponnettro à Tair de circuler plus librement au-dessus des plants et do leur donner une lumière plus tamisé<».
Dans l(»s terrains où il sera mis en place, le Cacaoyer devra retrouver un ombrage assm*o d'avance par le voisinage d'autres arbi'es (jui y auront été préalablement plantés. Dans ce but. on a généralement recours aux Bananiers et aux Albizzias. connus sous le nom de Boisnoir. Les Albizzias ont l'avantage de donner une ombre moins opaque que les Bananiers ifui, s'ils ont une croissance rapide, ontrinconvénient de devenir tros envahissants. Aussi est-on obligé de les supprimer d'atK)rd en grande partie, puis en totalité, à mesure que les Cacaoyers se développent, tandis qu'il reste toujours sur la plantation la moitié des Albizzias.
Le terrain des Cacaoyers doit donc être préparé près de deux ans avant la mise en place; cette préparation consiste en un nettoyage et drainage complets. Il faut ensuite déterminer avec soin remplacement respectif des Ciacaoyers et des essences d'ombre. Les Bananiers doivent être, placés à 4 mètres les uns des autres, alternant avec les emplacements réservés aux Cacaoyers; quant aux Bois-noirs, on les espace de 8 mètres. Il y a donc dans un hectare 125 Bananiers, autant de Cacaoyers et environ 150 Bois-noirs.
Lorsque le Cacaoyer a atteint la hauteur d'un mMre environ, les premières branches commencent à paraître; on ne doit garder que la plus forte, afin de laisser l'arbre croître le plus possible en hauteur; ce n'est qu'à'partir de la deuxirme année qu'on le laisse se ramifier librement, en ne supprimant que les gourmands et les branches mal venantes. Cette opération demande à être faite très exactement, si l'on veut éviter que le Cacaoyer ne forme que des touffes dépourvues de fruits.
Lorsque les Cacaoyers sont entrés dans la période de production, celle-ci est pres<{ue continue et il y a toujours plus ou moins de cabosses
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à recueillir. On reconnaît que les fruits sont mûrs lorsqu'ils ont pris une belle teinte orangée et que, le tissu pulpeux interne s'étant rétracté et desséché, on entend les graines remuer quand on secoue la cal)osse. La récolte se fait en arrachant les fruits à la main, ce qui est un procédé défectueux, ou en coupant les pédoncules avec une serpe, ce qui a l'avantage de ne pas endommager Tarbre.
Je sortirais du cadre de ma conférence en vous parlant des procédés de préparation du Cacao, qui .demande des soins particuliers et un certain art, et je veux vous parler immédiatement de la troisième plante alimentaire que je vous ai citée comme pouvant faire lobjet d'une culture importante à Madagascar : le Vanillier.
Originaire comme le Cacaoyer des régions chaudes de rAméricjue, et exigeant à peu pr'^s les mêmes conditions de sol et de climat, le Vanillier est un arbuste d'aspect tout autre, puisqu'il est grimpant et qu'il appartient, au point de vue botanique, à une famille toute différente, celle des Orchidées. L'esp'^ce cultivée porte le nom de Vanilla dariaildta. On la recherche pour ses fruits ou gousses, qui contiennent la matière parfumée désignée sous le nom de vanille. Tout le monde, aujourd'hui, connaît les singulières fleurs des plantes de cette famille, moins peut-être par les peti tes espkes, pourtant si élégantes, de nos pays, que par les beaux représentants de ce groupe qui font un des plus brillants ornemenls de nos serres chaudes et de nos expositions horticoles. Les fleurs du Vanillier n'ont pas pour elles l'éclat du coloris, et leur teinte d'un blanc verdàtre les fait à peine trancher sur le vert sombre du feuillage de la plante. Elles présentent cependant les mêmes caractères généraux que les autres plantes de la famille et il est même utile de nous y-arrêter quelques instants, afin de comprendre le mécanisme d'une importante opération exigée pour la culture du Vanillier, celle de la fécondation artificielle.
On sait que, dans la presque totalité des Orchidées, la fécondation ne s'opère que par l'intermédiaire des Insectes, et que chacune des parties de la fleur est, dans ce but, spécialement adaptée à des fonctions spéciales.
Voici quelle est l'organisation de la fleur des Orchidées en général et du Vanillier en particulier.
Les étamines et les styles sont unis au centre de la fleur en une sorte de colonne ou gynostème, Das six anthères qui devraient normalement exister, cinq généralement ont avorté. La sixième, seule fertile dans ce
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cas, se trouve située au sommet delà colonne. Dans le Vanillier, comme dans des genres tr?« nombreux, elle est infléchie en avant. Le pollen des Orchidées est aggloméré en petites masses cireuses, granuleuses ou pulvénilentes, appelées pollinies. Quant aux styles, il n'y en a que deux sur trois qui sont chargés de recevoir le pollen, et de le faire pénétrer jusqu'aux ovules; ils sont généralement refoulés dans une cavité plus ou moins apparente que Ton peut remarquer en avant de la colonne. Le troisi'^me style, placé au-dessus des deux premiers, forme au contraire une saillie appelée roHteUum, La fonction de cet organe consiste, soit simplement à empêcher la poUinie de pénétrer dans l'intérieur de l'ovaire, comme c'est le cas dans le Vanillier, soit à sécréter des masses visqueuses, qui, grâce à des procédés tris variés, viennent d'une part se rattacher aux poUiaies auxquelles elles forment une sorte de cîueue ou caudicule, et de l'autre vont se fixer sur les Insectes qui se posent sur la fleuret transportent ainsi la pollinie sur une autre fleur. Quant aux enveloppes florales, les trois pièces extérieures et deux des intérieures sont quelquefois plus ou moins semblables entre elles, comme dans le Vanillier. La troisième pièce intérieure, ou labelle, est toujours diTérente des autres; par ses nuances souvent tr>s éclatantes et par sa forme et sa disposition particulières, elle sert à attirer l'Insecte et à le diriger vers les nectaires dont il recherche le suc, de telle façon qu'il ne puisse manquer d'abord de déposer sur le stigmate les pollinies dont il peut être chargé, et ensuite d'enlever celle de la fleur qu'il visite pour la transporter sur une autre. Chez le Vanillier, le labelle se redresse pour envelopper le gynostème, auquel il est adné par sa base. Voici par quelles ingénieuses combinaisons l'Insecte opère naturellement la fécondation croisée. Il arrive, chargé de pollen, sur le lalHle et pén*»tre dans la fleur. Il rencontre d'abord siu* son chemin une sorte de touffe de poils contenant une certaine quantité de fécule ; rest là un premier attrait pour lui. Jusqu'à présent il ne peut toucher au pollen, puisque l'anthère qui se présente à lui p^ sa face externe, s'ouvre en dedans. Poursuivant son trajet au milieu de petites excroissances dirigées la pointe en bas, il arrive bientôt à la base de la fleur. Mais pour sortir il ne peut reprendre le même chemin parce que les excroissances l'empêchent de remonter; il doit alors suivre le gynost'^me <f ui est également garni d*excrorssances, mais la pointe en est dirigée on haut ; il est donc forcé de passer sur les stigmates où il laisse le pollen dont il est chargé, écarte le rostellum, soulève l'anthère, se
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couvre de nouveau de pollen, et sort enfin de la fleur, pour en aller visiter une autre. Il n'y a qu'un seul Insecte qui visite ainsr les fleurs (lu Vanillier, et cet Insecte ne se trouve que dans les pays où cette Orchidée croît naturellement. Il a donc fallu, dans les cultures de Taiicien monde, suppléer à la nature et féconder artificiellement les fleurs du. Vanillier, pour qu'elles puissent produire des gousses. C'est <lans l'établissement où j'ai l'honneur de parler aujourd'hui que cette opération fut imaginée par Neuraann, jardinier au Muséum d'Histoire naturelle, en 1830, Ce procédé, qui devait rendre un important service aux colons qui s'adonnent à la culture du Vanillier, fut ensuite publié par Morren, en Belgique, et appliqué sur une large échelle à l'île de la Réunion.
On comprendra maintenant en quoi il consiste. Il sufflra d'une main, avec un instrument effilé quelconque, de déchirer le labelle et écarter le rostellum, et de l'autre, par une simple pression, de faire tomber la poUinie sur le stigmate. On a reproché à ce procédé d'opéi^er l'auto-fécondation, c'est-à-dire la fécondation de la fleur par elle-même, ce que la nature a voulu éviter, tandis qu'il serait préférable de pratiquer la fécondation croisée. Mais, outre que cette opération serait plus cornpli(|uée, elle serait peut-être inutile, car elle ne semble avoir pour résultat, dans la nature, que d'obtenir des graines plus fertiles, ce qu'on ne cherche pas dans la culture du Vanillier; on se borne, en efl'et, à rechercher des gousses mûres. Les fleurs du Vanillier paraissent de juillet à novembre ; celles qui s'épanouissent le matin se flétrissent le soir même. Je n'ai plus qu'à ajouter que cette Orchidée est grimpante ou rampante et que sa tige est couverte de racines adventives, qui tendent à descendre vers le sol et à s'y attacher lorsque les conditions le permettent.
J'arrive aux détails de la culture du Vanillier. Comme le Cacaoyer, le Vanillier exige un sol ameubli et bien drainé et une exposition ombragée; mais il faut encore au Vanillier une plante sur laquelle il puisse s'appuye^ et grimper. Les arbres auxquels on associera le Vanillier dans les plantations, se partageront les rôles de plantes d'ombre et de tuteurs, ou quelquefois rempliront l'un ou l'autre. Cela se présente notamment pour les cultures de petite importance. Dans ce cas, on se borne à éclaircir et nettoyer un petit coin de forêt, au lieu d'approprier à la culture du Vanillier une étendue plus ou moins considérable de terrain. Dans les plantations spécialement aménagées pour le Vanillier,
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le Filao peut servir k la fois d(^ tuteur et de plante d'ombre. Le tuteur le plus généralement employé est le Pignon d'Inde, et le Bananier sert très souvent de plante d'ombre, mais Tombre qu'il fournit est épaisse et n'a pas la légèreté de celle du Filao.
Dix-huit mois ou deux ans après la plantation des Bananiers ou deux ou trois ans après celle des Filaos. les Vanilliers peuvent être mis en place. Pour cette opération. <|ui doit être faite au commencement de la saison des pluies, on a iTCOurs au bouturage. Les jeunes plants doivent être pris sur les individus les plus vigoureux. Ils sont mis en terre, à une profondeur de 4 centimètres sur une longueur de 30 à 40, au pied des tuteurs, et fixés à ces derniers au moyen d'un lien de raphia. Suivant Tespacement adopté |M>ur les tuteurs et la disposition employée dans la plantation, on arrive à un chiffre de plants de Vanilliers variant de 3,500 à 6,500 par hectare.
Quelques mois après la plantation, le Vanillier montre quelques Heurs, mais il serait imprudent de |X)usser Tarbre à la production de gousses par la fécondation, ce <|ui ris(|uerait d'afl'aiblir Tarbuste par une végétation trop active et. |)ar là. de compromettre les récoltes ultérieures. Il vaut mieux attendre un an et demi avant de demander des fruits au Vanillier; encore faut-il que ce soit avec modération, car ce n'est qu'à trois ans que la planta' accpiiert toute sa force. Les fleurs s'épanouissent successivement sur la gi'appe ; la fécondation doit donc se faire au fur et à mesure de leur épanouissement et ne porter que sur les plus belles ; les autres peuvent être négligées ou même supprim6es pour donner plus de vigueur aux autres. Cinq ou six semaines après la fécondation, les gousses ont atteint leur développement complet, mais elles ne sont pas mûres. La maturité suffisante n'arrive qu'après sept ou huit mois, et Ton reconnaît que les gousses l'ont aci|uise à une teinte jaune que prend leur extrémité. Il ne faut pas attendre la maturité complète, car à ce moment la gousse se fend et s'ouvre pour laisser échapper les graines.
Je passe sur les procédés purement industriels de la préparation de la vanille, mais je ne voudrais pas quitter le chapitre des plantes alimentaires sans vous parler de trois autres végétaux : le Giroflier, le Théier et le Poivrier.
Le premier, appelé en botanique Eugenia caryophyllata, est originaire des Moluqueset est répandu dans l'Ile Sainte-Marie, mais il n'est que peu cultivé à Madagascar même. C'est un arbre assez élevé, peu
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exigeant sons le rapport dn terrain, pourvu qu'il n'y rencontre pas d'eau stagnante. On utilise, sous le nom de clous de girofle, les fleurs desséchées, lorsqu'elles ne sont qu'à l'état de boutons. La production de ces fleurs devient abondante au bout de la sixième année, mais elle est extrêmement variable suivant l'âge et les saisons plus ou moins favorables de l'arbre.
Le Théier n'a guère été cultivé à Madagascar qu'à titre d'essai ; jusqu'à présent, les expériences ont été satisfaisantes. Cet arbuste peut réussir à toutes les altitudes. Sa hauteur ne dépasse jamais 3 mètres, mais, par la culture on la maintient toujours au-dessous de l'^SS. On connaît ses feuilles lancéolées et ses fleurs rappelant celles de nos Camélias. Il s'accommode facilement d'écarts de température assez considérables, puisque le climat rigoureux de Pékin lui convient presque autant que les climats tropicaux. Cependant, l'humidité et la chaleur également répandues dans le cours de l'année semblent lui être tris avantageuses. La sécheresse prolongée et le vent lui sont au contraire nuisibles. Il est assez indiffiérent à l'altitude. Il faut remarquer, toutefois, à l'égard de la production, que la quantité diminue, mais que la qualité s'améliore à mesure que l'on s'élève au-dessus du niveau de la mer.
On sème généralement le Théier en pépinières sur un terrain ombragé. Ses graines, en raison de l'huile qu'elles contiennent et qui rancit promptement. perdent assez tôt leurs facultés germinatives; il faut donc les mettre en terre le plus vite possible apris la récolte. On les enfouit à une profondeur de 3 à i centimètres, en les disposant à 5 centimètres les unes des autres suivant des lignes entre lesquelles on laisse un intervalle de 10 centimètres environ. Quant à- la préparation du sol destiné à recevoir les plants, elle diffeTC peu de ce (|ue nous avons vu pour le Caféier et le Cacaoyer. Les essences d'ombre sont inutiles, pourvu que le terrain soit à l'abri du vent. Une Fougère ou une feuille de Bananier plantée à côté du jeune arbuste suffît pour le [)rotéger contre les ardeurs du soleil pendant les premiers temps qui suivent sa mise en place. On dispose les plants en quinconce à 1 mètre d'intervalle. A dix-huit mois, le Théier doit être recepé à 30 centimètres de hauteur; au \x)\\i de dix-huit mois encore, les branches que ce recepagea produites doivent être coupées à pareille longueur; apros une troisième période de deux ans, la nouvelle génération de branches est maintenue à une longueur de 8 à 10 centimètres; cette dernière
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taille est ensuite répétée tous les deux aus. Ces opérations doivent être laites à la Hn de la saison sèche. Lorsque le Théier approche de sa quatrième année, on peut commencer la première récolte, mais ce n'est que vers la huitième année que Tarbuste est en plein rapport.
La récolte ne consiste qu'à prendre le bourgeon terminal et les deux feuilles situées immédiatement au-dessous. Les feuilles plus âgées sont trop coriaces pour pouvoir être préparées. On secttonne^ la ramule audessous de la troisième feuille. Le produit de la cueillette est torréfié de suite, s'il s'agit de préparer du thé vert, ou desséché au soleil, s'il s'agit du thé noir. Dans ce dernier cas, après la dessication, les feuilles sont roulées à la main ou à la machine, entassées par couches de faible épaisseur pour en déterminer la fermentation, séchées de nouveau^ puis triées et empaquetées.
La culture du Poivrier est susceptible de donner de bons résultats à Madagascar. On sait que le Poivrier est un arbuste grimpant de la famille des Pipéracées originaires de l'Indoustan, que l'on cultive dans tous les pays chauds pour ses baies renfermant une graine bien connue [)ar l'usage que Ton en fait comme condiment. Sa culture a quelque analogie avec celle du Vanillier. Les boutures ou les plants élevés en pépinières sont mis au pied de tuteurs espacés de 2™S0 les uns des autres. Les meilleurs tuteurs sont les Bois-noirs. Au bout d'un an, le Poivrier commence à donner des fruits, mais la production n'est sérieuse qu'au bout de trois ans, pour atteindre son maximum vers la sixième année et commencer à décliner assez rapidement à la vingtième.
Voilà tout ce qui m'a paru intéressant à vous faire connaître sur la culture des plantes alimentaires à Madagascar. Je ne vous ai pas parlé des plantes initustrielles. J'ai d'abord à en citer trois, dont deux surtout tiennent dans les cultures de tous les pays coloniaux une place de plus en plus grande et dont les produits sont de plus en plus rechei*chés [>ar les industries de toute nature; l'autre a occupé un rang assez considérable autrefois, mais elle est passablement concuri^encée par des plantes similaires : ce sont les plantes à caoutchouc {Manihot Glaziori et Hnm {fuyanenais) et le Cotonnier.
Je ne vous entretiendrai pas de la culture des plantes à caoutchouc indigènes. Les expériences n'ont pas encore été faites à ce sujet d'unf» manière suflisante ; sans doute arrivera-t-on par la culture à les conserver à notre colonie et à augmenter leur production dune manière rationnelle.
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Le Maitihot Glnziori est originaire du Brésil et appartient à la famille des Kupliorbiacées. Sa eroissanee c»st assez rapide. A six mois sa taille est de 2 mètres; à neuf mois, de 6 mètres et à sept ans, elle atteint son maximum 4)ui est de 15 mètres avee plus d'un mètre de cireonférenee. Le Manihot exige un elimat eonstiimment humide et un sol profond d'où l'eau puisse s'cVouler Aieilement; ses racines grosses ettendn^ pendant les premièn^ç années, sont malheureusent recherchées par les Sangliers. On le reproduit par Imutures ou par graines. Quant à Textraction du latex, elle se l'ait au moyen de saignées n'»[K'»tées trois fois par an, et que l'on ne commence guiTe (|u'après la cinquième année. Les essais que Ton a l'ail de la culture de cet arbuste n'ont guère éu» encourageants. Sur la côte Kst,il semble <ju'on ne doit aucunement y songer. Tout au plus sur la côu» Ouest aurait-on <|uel()ues chances de succès.
On n'est jus(|u'à présent [kis absolument lixé sur les meilleurs procédés de culture à employer. Il semble néaiunoins aci|uis (jue les semis ou plantations doivent se l'aire à 4 mètres de distiuice et en quinconce, alin que l'arbre puisse se développer tant en laideur qu'en hauteur. Le terrain devra en outre être abrit<^ du vent, soit par son exposition naturelle, soit par le voisinage de rideaux d'arbres ou de i'orèts. Le sol devra être profond et |KM*méable.
VHerm gui/anensis^ originaire des vallées chaudes et humides de rAméri(|U(» du Sud, rencontrerait |)eut-ètre des conditions favorables à son développement dans (juelqu(»s vallées de Madagas(*ar. 11 donne un latex plus al)ondant (jue le .l/^f/aV/of et ses racines moins éj>aisses ne seraient pas sujettes aux ravages exercés par les Sangliers.
Je ne m'appesantirai [>as sur le Cotonnier. Parmi les nombreuses ♦îsp;Ves ou variétés cultivées dans les pays chauds, il en est certainement qui seraient bien adaptées au sol et au climat de» Madagascar. En général, les (Cotonniers exigent un sol assv. riche et un climat humide p:»:idant la j>ériode de végétation et sec pendant c(»lle <le la maturité des graines. Sur la cote Ouest et sur le plateau central, là où le sol est sus<*eptible d'étn» anKMïdé, les indig>nes ont cultivé le (Cotonnier, tant que rim[>ortalion d(»s étoffes euro|)éenneset américaines n'avait jms fait une fâcheuse concurrence aux tissages indigènes. La côt<» orientale, quoique certaines variétés de (Cotonniers semblent s'y plaire, ne serait guère pmpre à cette culture, à cause de l'humidité trop prolongée de son <limal. La durée de production du (Cotorniier varie suivant les
csi>x*cs OU variétés : quatre années ou davantage. Quatre mois après le semis, la plante fleurit; elle donne des graines bonnes à cueillir trois mois après la floraison. Les toufles de coton doivent être prises avec tout le soin possible et mises à Tabri de toute humidité et de tout ce qui |)eut les souiller.
Ma revue des principales plantes utiles cultivées à Madagascar ne serait piis complète si je ne vous parlais d'un des végétaux qui rendent aux habitants des pays chauds les services les plus variés et qui même donnent des produits utilisables dans nos pays : le Cocotier. Ce Palmier prospère sur tous les littoraux tropicaux, principalement à Temb(Miclmre des cours d'eau, partout où il rencontre de riches alluvions cl un sol profond sablonneux et non argileux. Il faut espérer que cette culture, qui n'est encore que peu développée à Madagascar, y prendra une grande extension, en raison de son utilité.
Le li(|uide laiteux que la graine renferme avant sa maturité forme une boisson agréable. Le mésocarpe osseux du fruit (noix de coco) est employé à la confection de petits objets d'une utilité plus ou moins grande. Le péricarpe ou enveloppe externe donne des fibres conTiues sous le nom de « coïr », avec lesquelles on fabrique des cordages ou des paillassons. Lorsque la graine a été convenablement traitée, elle fournit une huile recherchée pour un grand nombre d'usages, et le résidu de la fabrication mis en tourteaux est employé comme engrais ou comme nourriture pour le bétail. Ce sont ces trois derniers produits : le coïr, le tourteau et Thuile, qui, au point de vue colonial et européen, sont les plus intéressants et seraient un motif suffisant pour étendre la culture du Cocotier, à Madagascar. Celle-ci est d'ailleurs très simple : élevage en pépinière dans des trous mesurant de 20 à 25 centimètres de profondeur et distants de 60 à 80 centimètres; mise en place au bout de sept mois dans des trous mesurant l'"50 dans tous les sens et séparés par des intervalles de 8 à iO ra'»tres; aucun entretien autreque le nettoyage du terrain. Les premiers fruits apparaissent vers la cinquième année. Le rapport ne commence (ju'à 7 ans pour atteindre son maximum vers 12 ans et durer 40 ou 50 ans.
J'ai tenuiné la revue des principales plantes qui peuvent être cultivées à Madagascar. Je ne puis parler ici, ni des petites cultures accessoires, ni des arbres à fruits susceptibles de donner de bons produits dans Tîle; je passerai sous silence les plantes de nos pays, tels que beaucoup dp nos légumes, et principalement nos céréales. Les essais dont ces
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dernières ont été l'objet ne permettent pas de se prononcer; dans tous les cas, la culture devra en être limitée aux besoins locaux.
J'arrive à la conclusion de mes deux entretiens.
Les forêts qui recouvrent les hautes chaînes orientales pourront donner des bois recherchés non seulement par l'industrie locale, mais encore par Tindustrie européenne.
Les plantes à caoutchouc indigènes fournissent, nous le savons, un produit de bonne qualité. Leur exploitation ou leur culture, dirigée d'une i'açon rationnelle, donnera, espérons-le, des résultats satisfaisants.
Le Riz, le Manioc, la Canne à sucre réussissent bien et satisfont à la consommation locale. Il est probable qu'ils pourront donner lieu plus lard à une exportation rémunératrice.
Enfin nous pouvons affirmer que le sol et le climat de TEst de Madagascar conviennent à trois cultures coloniales importantes : celles du Caféier, du Cacaoyer et du Vanillier. A ces trois plantes il faudra bientôt, sans doute, ajouter le Théier et le Poivrier^
Je vous ai dit. en commençant, que je ne me placerais qu'au point de vue de la Botanique et de la Culture. Laissez-moi cependant exprimer un vœu, et cette fois, ce n'est plus le botaniste, mais le Français qui parle; c'est que l'intelligente initiative individuelle de nos cultivateurs coloniaux, secondée par notre habile Administration, fasse rapidement progresser Madagascar dans la voie de prospérité qui lui a été ouverte.
PAR