MAMMIFÈRES
Lémuriens. — De tous les ordres de Mammifères (jui ont des représentants à Madagascar, le plus élevé dans la série zoologique est celui des Lémuriens, car il n'y existe pas de Singes. Il est aussi le plus caractéristique et le plus riche en espèces et en individus : c'est donc par les Lémuriens, qu'on appelle aussi quelquefois Maques ou Singes à museau de Renard, que nous commencerons l'étude des MammifiTes malgaches.
Linné avait jadis réuni les Lémuriens aux Singes sous le nom ae Primates, parce qu'ils ont. comme ceux-ci, quatre mains à pouce opposable; aujourd'hui encore, beaucoup de naturalistes veulent ra[>procher ces deux groupes d'animaux qui sont cependant tout à fait distincts. Leur extérieur en effet présente déjà de 'grandes dissemblances. On est tout d'abord frappé par la différence de physionomie qui existe entre leurs représentants; les Lémuriens n'ont ni la mobilité d^expression, ni la vivacité de^mouvements,ni l'airintellig^ntet nisédes Singes. Leur museau plus ou moins allongé, mais non pas coudé brusquement au-dessous du) front, leurs bras si coin*ts et si larges, leurs jambes si grandes, leurs mains grêles et longues, leurs doigts souvent à demi-palmés, leur poitrine élargie et comme aplatie, la sorte de laine douce et épaisse qui couvre les parties supérieures de leur corps, très différente du poil raide et clairsemé des Singes, tout indique, au pn»mier abord, qu'ils n'ont rien de commun avec les vrais Quadrumanes.
Si nous passons aux caractères anatomiques, nous trouvons des raisons plus fortes encore de séparer les Lémuriens des Singes. Leur
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iTàno, aver sa jiarllo antérieure allongée, sou trou occipital (jui est placé en arrière au lieu d'être en dessous, son arcade zygomati(|ue haute et très comprimée, ses orhiU»s écarU'^es, obli(ju(»s et dépourvues de [jarois extiTues, ses os nasaux longs et recouvrant dcî vastes cornets et volutes ethmoïdales, s'écarte notablement de celui des Singes. Leur dentition ditt'ère aussi : leurs incisives supérieures assez réduit(^s, les inférieures proclives, non tranchantes, disposées comme une sorte de peigne et destinées à ràcfer, remplacent les dents correspondantes des Singes (jui sont énormes et coupantes. Leur cerveau ne recouvre pas le cervelet et a des circonvolutions moins complicjuées, ce qui indique une intelligence bien moindre. Les Lémuriens, en ett'et, ne manifestent jamais dune manière très accentuée les passionscpiiagitentsi vivement les Singes : leur face pres(|ue immobile, comme celle d'un (fuadrupède ordinaire, ne reflète jamais la joi(» ni la colère. Lorsqu'ils sont captifs, ils ne semblent pas s'attacher beaucoup à leur maître ni s'intéressera ce qui les entoure.
L'étude de Tembryologie comparée des animaux appartenant à ces deux groupes, les sépare dune favon tout aussi nette. Sans entrer dans des détails techniques (|ui n'ont pas leur place ici, nous dirons que les Lémuriens ont un plat'enta diftïis, une grande allantoïde et (jue, comme les Pachydermes et les Ruminants, ils sont dépourvus de caduque, tandis (jue les Singes, comme l'Homme, ont un placenta disco'ide, une petite allantoïde et possèdent une caduque utérine. Or, tous les naturalistes savent l'importance qu'a le développement embryonnaire pour la classification des êtres, et la valeur des caracUVes <|ue nous venons d'énumérer rapidement n'échappera à persorme. Ces observations anatomiques détruisent la fameuse théorie d'Haeckel, cjui faisait des Lémuriens les ancêtres de la plupart des animaux pentadactyles et par suit(»de l'Homme. Klles avaient fait dire aussi, en 1895, à mon regretté maître Alphonse Milne-Edwards, (|ui exagérait un peu sa pensée pour la mieux faire comprendre, que les Lémuriens n'étaient (jue des Pachydermes grimpeurs, opinion que toutes les découvertes faites depuis cette époque, soit au point de vue anatomique, soit au point de vue paléontologique, sont venues confirmer.
L'ordre des Lémuriens qui, comme nous venons de le dire, doit être nettement séparé de celui des Primates, comprend deux grands groupes : celui des Lémuridés d'abord, qui se divise en sept genres principaux dont les types sont l'Indris, rAvahis,les Prophiti'ques, les Hapa-
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lémurs, les Lémiirs proprement dits, les Lépilémurs et les Ghirogales, et celui des Cliiromydés, qui ne comprend qu'un seul genre et une seule espèce, le célèbre Chiromtjs madagajicariemvi.
Le genre Indris ne compte (ju'une espèce, Vlndrk hrf*iHmudatu.s
(lig. 76;; c'est le plus grand des Lémuriens vivant actuellement; il atteint quelquefois jusqu'à 1 mètre de hauteur. Comrae l'indicjue son nom, sa caractéristique est de n'avoir qu'une queue extrêmement courte. Sa Iburriire soyeuse et épaisse est noi re, avec une tache blanche triangulaire sur les reins et une antre plus ou moins apparente sur chaque flanc.
La peau, qui n'est visible qu'à Textrémité du museau et à la plante des mains et des pieds, est noire. Les Indris sont des animaux diurnes; ils vivent en troupes peu nombreuses et, dans la journée, ils errent souventsolia'r 'inMt à la r.*.Mierch3 d^s fruits et des bourgeons qui forment leur nourriture. La durée de la gestation est de quatre à cinq mois ; ils n'ont jamais (ju'un petit à la fois, que la mère porte, pendant assez longtemps après sa naissance, sur son dos, où le jeune se tient cramponné à la fourrure par ses (|uatre mains.
L'Indris, que les indig>nes appellent Babakoto, habite la région la plus chaude et la plus humide de Madagascar, c/est-à-dire le versant oriental de la chaîne côti:Ve de l'ICst, entre le parallèle de Mahanoro et la baie d'Antongil.
Malgré cet habitat très restreint, ces animaux sont sujets à certaines variations de couleur dont «juelques-unes constituent des races
Fig. 76. — Indris ôrecicaudattut (Babakoto).
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qui ontét(W|iicIijuet'ois, mais à tort, considérées comme des espiîces. Le type de VI mi ris breiieaudatus est T individu rapporté par Sonnerai en 1780. Petere a décrit sous le nom d'Indris mitrattis une variété atteinte d'albinisme partiel, qui diffère du précédent par des taches blanches sur la tète et sur les avant-bras. Tout récemment, le Muséum a re<.'u la dépouille d'un autre Indris presque complètement décoloré et dont la robe est uniformément d'une couleur rouille claire ave<* une teinte un peu plus intense sur les parties qui sont noires chez ranimai type.
A coté des Indris se placent les Avahis. dont le premier exemplaire a été aussi rapporté par Sonnerai à la lin du xvui*' siècle. Les naturalistes ont tout d'abord rangé ces deux Lémuriens dans le même genre, mais, en 18^i4, Jourdan, étudiant avec plus de soin leur biologie et leur anatomie. les a, avec raison, séparés et a Créé pour le second le genre Avahis. (jui ne comprend (ju'une seule espèce. YArahis ianigei. Cet animal est plus petit que rindris;sa taille, en effet, dépasse rarement 0"60 de hauteur totale. On en distingue deux races : les individus qui appartiennent à la première, dont Thabilat est la grande forêt de TEst, sont plus grands et ont un pelage plus foncé que ceux de la seconde, qui vivent dans le Nord-Ouest de l'île.
Les Avahis sont complètement couverts de poils laineux, gris à leur ba.se, roux foncé à leur partie supérieure et noirs à la pointe, ce qui donne à leur robe un aspect moutonneux tout spécial. Les narines et Fintérieur des mains sont seuls glabres, le museau lui-même est couvert de petits poils roux. Sur les reins et les flancs, s'étend généralement une tache plus claire, mal délimitée; il existe d'ailleurs de grandes diff'érences individuelles, même parmi les animaux d'une même région. La queue est un peu plus longue que le corps.|
Au point de vue ostéologique, les Avahis se distinguent immédiatement des Indris, non seulement par leur taille plus petite et leur queue relativement longue, mais encore par leur crâne qui est presque sphérique. Les Avahis ne vivent pas en troupe comme les Propithèques, dont nous allons maintenant nous occuper, ni même comme les Indris; seuls ou quelquefois par couples, ils partent dès le coucher du soleil à la recherche dc^ leur nourriture qui est exclusivement végétale, car ils sont nocturnes; ils dorment pendant le jour au sommet des arbres, accroupis entre les fourches des branches.
I^s Propithèques, qui, avec les;lndris et les' Avahis, forment le
iHi
<i. (iHANDIDIKH
^roiipo clos Indrisinôs ou l^miirions supérieurs, sont répandus sur tout lo pourtour do lile, où ils vivent par bandes do six à huitiiig. 77). O sont des animaux diurnes ; on les voit le matin et le soir, lorsijue la ohalour n'est pas trop forte, sauter dans les lorèts d'arbre en arbre, en «juète de loin* nourriture. Souvent on les surprend, au soleil levant.
accroupis à la bifurcation do deux branches, leur longues jambes ramenées sous eux ol touchant le menton, leurs mains appuyées sur les genoux, ou bien entrouvrant les bras et allongeant tous leurs membres, afin de no perdre» aucun des rayons bienfaisants de lastre naissant. Pendant le fort de la chaleur, ils restent cachés dans les hauteurs dos futaies.
Pour s(» re|>oser ou iK>iir dormir, ils inclinent la tète sur la poitrine et la cachent entre IcMirs bras, et leur (|ueue enroulée sur ellemême en spirale disparait entièrement entre les jambes; autrement elle t<iml>e toute droite.
Les Propithèqu(»s n'ont jamais (ju'un seul |)etit à la fois. Aut<uit <|u*il est possible d'émettre une opinion sur la durée de la gestation chez des animaux (jui n'ont [>oint encore re[)roduil en captivité, nous croyons qu'elle est de quatre à cin(| mois. Dis avril, en oirol, on tue des femelles pleines, et ce n'est ([u'en septembre (juon voit l(»s mères avec leurs petits.
Le régime d(»s Propithè(|ues est uni(puMnent végétal. Ils no recherchent pas. connue les autres Lémuriens. l(»s petits Oiseaux. I(»s Lézards, les Insectes; les jeun(»s pousses d(»s arbres, les llours, les baies forment leur nourriture. Leurs incisives pecliniformes lem' servent à enleverun lambeau de peau aux fruits (ju'ils veulent manger, puisa prendre par
Ki^'.
Prnpitherus Vcrrrau.n (Siinpona},
ZOOUXilK it).*)
cette ouvorturo loinmo avec une cuiller la puljx» intérieure; ces animaux semblent en effet préférer les fruits verts aux fruits mûrs, et ils en rejettent toujours la peau. Quant aux l'euilles et aux fleurs, ils les mâchent (le côté avec leurs molaires.
Les Propithcques sont créés pour une vie toute aérienne. Leurs musi'les p(»ctoraux et cruraux sont remarquablement puissants; ils ont, en outre, une membrane brachiale qui fait, juscprà un certain point, ToIlHce de parachute et<|ui est recouverte d'un |X)il épais et lonj?, l'orniant connue une franj^e. Aussi ces animaux font-ils souvent des bonds de huit à dix mètres sans effort apparent; ils semblent voler à travers l'air. Ils ne marchent pas à quatre pattes comme les Sinj<es et les Lémuriens proprement dits ; leurs bras si courts, (jue terminent des mains longues et grêles, ne leur permetUmt pas habituellement une station quadrupède, et ils sont forcés, toutes les fois qu'ils quittent les grands l)ois, c(» cjui assez rare, d'avancer par sauts. A les voir del)out, plantés sur leurs énormes pieds, levant à cha(|ue l)ond les bras en Tair, on dirait des enfants samusant entre eux à (jui sautera le plus loin à pieds joints : rien de plus comicpie qu'une troupe de Propithc^iues allant ainsi, à travers champs, à la recherche de (juelque arbre dont ils aiment plus particulièrement les jeunes fleurs ou les fruits.
Si h»urs longues mains ne scTvent pas à la marche, elles ne servent guère non plus à la préhension. Les Propithècjues ne peuvent, en effet, ramasser un objet connue les Quadrumanes ; lors(|îron dé[)ose auprès d'eux une banane ou une jmtate cuite, ils se baissent pour la prendre av<H- la l)ouche et la saisissent ensuite avec la main entre la paume et les doigts, sans se servir du ixnice. Ces mains, si peu utiles à la préhension, sont admirablement confornuVs, ainsi que leurs pieds, poiu* l'ascension aux arbres sin* Ies4piels ces Lénuiriens passent leur vie, soit à brout(»r les feuilles, soit à dormir.
D'un naturel triste et doux, les Propithè<|ues ne cherchent pas à mordre, à moins qu'on ne leur fasse du mal, et encore leur morsure n'est-elle pas à craindre connue celle des Maffues ordinaires. Mais les màlos, |>endant la saison des amours, se livrent cependant des combats acharnés dont leurs oreilles portent souvent les traces.
Ils ne font pas, comme les autres lémuriens, retentir les bois de leurs cris et ils restent d'ordinaire silencieux ; ce n'est guère (jue lorsqu'ils sont effrayés ou en colère qu'ils pouss(»nt un petit cri rappelant un |)eu le glouss(Mnent d'une Poule.
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Lorsiiivon tire sur un Propithèque et qu'on le blesse, tous les animaux de la même troupe attendent d'ordinaire sans lx)uger, avec* \\n(} certaine curiosité, sinon avec anxiété, le dénouement de l'aventure ; il y en a même cjuelquefois qui se rapprochent du blessé ; mais lorsque, après plusieurs coups de fusil, car il en faut presque toujours plusieurs, tant ces animaux sont bien conformés pour se cramponner aux branches, celui-ci vient à tomber, ils passent aussitôt d'arbre en arbre c*t disparaissent.
Les Malgaches, grands admirateurs du merveilleux comme tout peuple sauvage, racontent (jue lorsqu'une femelle de Propithèque est surprise avec son petit par un chasseur sur un arbre isolé d'où elle no peut regagner les bois, elle le met sur son dos et présente sa poitrine au fusil ou à la sagaye. Il ne faut point chercher dans ce fait, vrai du reste, une preuve intelligente d'amour maternel ; à la moindre alerte, le jeune Propithèque se réfugie toujours sur le dos de sa mère et celleci, curieuse et inquiète, tourne la tête et par conséquent la poitrine vers le chasseur, semblant ainsi s'exposer aux coups pour sauver sa progéniture. Ils ajoutent <fue les Propithèques, lorsqu'ils sont blessés par une sagaye, la retirent de la plaie et la renvoient au chasseur; ce n'est point tout à fait exact; lorsque le pauvre animal se sent atteint, il fait souvent un bond et l'arme, sortant de la plaie, tombe aux pieds du chasseur qui parfois est ainsi blessé, mais sans que la bête y ait mis, quoi qu'en pensent les Malgaches, la moindre malice. Ces Lémuriens, assure-t-on à Madagascar aussi bien dans l'Est que dans l'Ouest, mâchent des feuilles d'arbre (piMls introduisent dans leurs plaies et qui amènent une prompte guérison.
En somme, ce sont des animaux |>eu actifs, peu remuants, peu intelligents.
Les Pi'opithè(jues se divisent en trois espèces, dont deux [comprennent plusieurs races qui ont chacune un pelage et un habitat diii'érents.
La première de ces espèces et la plus connue est le Propithecus dia- (lema. Les Propithèijues à diadème sont plus grands, plus trapus que leurs congénères : leurs membres sont plus robustes : leur tête est plus arrondie ; leur (|ueue est moins longue que le corps de plus d'un cinquième; leur poil est touffu et a un aspect soyeux tout particulier. Telfair a présent*» le premier exemplaire de Propithèque à diadème à la Société zoologique de Londres en 1832 et Beimett en a donné la description. Ce sont des animaux de 0'"85 de hauteur totale, remarquables
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par la beauté de leur pelage. Leur museau noir est encadré par un bandeau blanc ; l'amère de la tète et les épaules sont couverts d'un magnilique manteau noir ou brun foncé qui se termine en pointe vers le milieu du dos. Les reins et les flancs sont d'un beau gris cendré, tandis que les avant-bras, les membres inférieurs et la région sacrée sont d^un jaune orange plus ou moins vif. La (jueue à son origine est de cette même teinte, tandis que son extrémité est grise.
L'habitat de cette belle espèce, qui est le type du genre s'étend de la baie d'AntongiL au Nord, à la rivière Masora, au Sud; elle vit dans la grande forêt qui est située sur le versant oriental de la chaîne cotière.
Au Nord de la baie d'Antongil, les Pi'opithe(|ues ont une robe plus claire que les précédents; ils appartiennent à la race nommée Propithèque soyeux ou Propithecm diadema sericetis et ils ne se distinguent des individus de l'espiVe type que parleur |>elaged*ini blanc soyeux; c'est en réalité une simple race albine de la précédente.
Au Sud de la rivière Masora, se trouve une troisième race qui est noire. Considérés d'abord comme formant une esfièce particulière, ces Propithèques furent appelés Propithecm EduardM^ mais de nombreuses peaux ainsi que plusieurs squelettes ayant pu être étudiés, on a reconnu qu'il ne s'agissait que d'un curieux exemple de mélanisme. Le Propithecm diadenia Edwardjsi est complètement noir, seuls les flancs sont le plus souvent d'un blanc roussàtre cfui se fond graduellement avec le noir du dos: il habite comme le Propithèque diadème type la grande forêt, mais seulement au Sud de la rivière Masora.
La seconde espèce de Propithè<jues. (jui se divise aussi en trois races, est localisée dans les grandes plaines de l'Ouest et du Sud de Madagascar. Ils diffèrent à première vue des Propithèques à diadème par un corps plus petit et moins trapu et par une (jueue beaucoup plus longue. Le type de ces animaux est le Propithecm VerrmiLri rapport('î en 1867 par M. Alfred Grandidier, qui l'avait tué au cap Sainte-Marie. Leur habitat s'étend en effet de l'extrême Sud de l'île, tout le long de la côte Ouest, jusqu'à la Tsiribihina.
Le pelage des Propithèques de Verreaux est d'un blanc légèrement teinté de jaune; il est laineux, assez court, doux au toucher. Une calotte d'un brun marron recouvre le sommet de la tête et se termine bras4|U€îment à la nuque.
Dans le imssin supérieur de la Tsiribihina, sur le plateau de Manc-
4^<> ti. (;ham>ii)ikr
rinerina ot dans los oiivirons d'An ka vaudra, vit uno race do Propithoquos de Vorreaux. lo PropMecm Deckmi \ U\m est une variétë albine du pnH'édent; son pelage est en effet presque complètement blanc ou cendre^, (H les proportions d(» son corps et de ses membres sont identûjues.
Au Nord de Majunga, entre la Betsiboka et la Loza. on trouve les VropithecHM Coquereli qui ne diffèrent des P. Vcrmiiui et P, Deckeni que par la coloration de leur pelage, «pioicph» le Sud de leur habitat soit éloigné de la limite Nord de la patrie» du P. Dpckcni et que l'espace intermédiaire soit occupé par la troisième esp>ce de Propithèques. [^ Propithèque de Gojpierel, dont la robe (\st d'un blanc assez pur, porte sur les bras et les cuisses d(»s Uiches d'un l)eau rouge vif; c'est sa caract('»risti<pie principale, car les dimensions de son corps correspondent tout à fait à celle du Propith<Mpie de Verreaux.
Entre les cantons habités par l(»s dcuix races de P. Venrauri dont nous viMions de parler, se trouve la province du Boina, qui est traversée par les cours inférieurs de la Betsiboka et de son principal altluent rikopa. Klle est, comme nous venons de le dire, la |)atrie d'une autre espèce de Propithéques, les Propithèqnes couronnés ou iK rovonatus^ dont la taille est voisine de celle des Propithècpies de Verreaux. mais <|ui s>n distinguent non seulement par la coloration d(» leur |)elage, ce qui ne serait pas un caractère spécifique sid'fisant, mais encore et siurtout par la conformation de leur crâne <[ui est plus ramassé et plus large. Les os du nez sont en effet allongés et aplatis; (»t ceux de la mâchoire supérieure» sont (extrêmement développés, aussi le museau est-il remanpiable f)ar sa grosseur. Le c()r|)s du Pvnpithent.s roromilwt est d'un blanc sale»; la tète est couverte d'un chai)eron noir foncé, d'où émergent deux pinceaux de poils gris placés sur les oreilles. La gorçe, le ventre et les épaules sont (juehpiefois teintés de roux pâle.
Telle est en peu de mots l'histoire des Indrisinés ou Lémuriens su[M'»riein*s; nous voyons déjà avec les Propithèqnes apjmraître cette complexité despnes ot de races dont les habitats sont très limités, compl(»xité cpu» nous allons voir plus grande encore chez les Lémuriens pro()rement dits.
Le groupe des Lémurs est le mieux connu et le plus noml)reiix à Madagascar. Non seulement.ee sont de tx)(is les animaux de l'île ceux (pion rencontre le plus frécjuemnient et ceux par consécfuent qui sont les plus familiers aux voyagein^s. mais en outre, étant doux, jolis et
Z(U)LO<;iK
|)lus faciles à nourrir (|uo los Propithocfuos. on en a très souvent rap- |)ortë en Knrope. Ils se distinguent des ïndrisinés par leur museau lin ot pointu, leur station horizontale, leurs doigts libres et non réunis à leur base |)ar une membrane, et par leurs dents inférieures pectiniformes au nombre de six pendant toute leur vie, tandis (jue les Ïndrisinés n'en ont que (juatre à Tétat adulte.
Les Lémurs ne se contentent pas d'un régime uniquement végétal ; ils sont friands d'œufs, de petits Lézards, de larv(^s d'Insectes, (|uel(iuefois menu» de petits Oiseaux dont ils appm*ient surtout la cervelle, qu'ils siivent, disent les indii;:cnes, fort bien retirer du «•ràne apW'savoir cassé celui -ci entre leurs molaires. Ils vivent par troupes nombreuses dans les arbres, faisant retentir les forêts de leurs cris et ne descendant à terre que rarement.
Le genre L(»mur se divise en une dizaine d'espèces dont quelques-unes comprennent de nombreuses variétés ot races. Ce n'est pas ici le lieu de donner la description détaillée de chacune d'elles, ni même d'indiquer les caractères anatomiques qui distinguent ces animaux spécilique-
raent. Je ne parlerai que de trois espèces renianpiables, l'inie h» Lnnur rarîns, par sa beauté, l'autre le Lnnifrmoni/o:, par la grande variabilité des individus <|ui la représentent, et enfin le Lnintr nitia. par sa douceur et sa gentillesse; cette dernière est la plus connue sur les marchés du Havre et de Marseille où beaucoup d(» matelots (mi raf)port(Mit à causi» de leur résistance aux mauvaises conditions atmosphéricpies.
I^ fj»mur ravins (fig. 78) est la plus grande» et la |)Ins belle de ces Maqiu^s. Sa fourrure longue et soyeuse est d'un beau blanc sur lequel tranchent çà et là, généralement sur les épauleset les flancs, de grandes taches d'un noir intense. La queue et le ventre sont toujours noirs.
V\\£,. 78. — Lemur rarius.
<;. GKA.NDIDIKR
(]hez certains individus, cette teinte sombre se transforme en une belle couleur rouge qui, (fuelquelois, existe aussi concurremment avec le noir. Les anciens naturalistes ont créé pour ces animaux à pelage roux une espèce, sous le nom de Lemiirruùer, mais les nombreux individus qu'on a réunis depuis ont montré (|ue cette coloration était essentiellement variable et (ju'entre les individus noirs et les individus rouges, on trouvait toutes les transitions possibles et(|ue, par conséquent, le Lemur
nUter est une simple variété du J>muv rarius.
Celte espèce se distingue de toutes les autres non seulement par sa taille et par sa robe, mais aussi par son museau très allongé et ses canines supérieures très coupantes. Elle habite les forets de la régi on côtière do l'Kst. C'est un animal assez difficile à conserver vivant en captivité. Sa nourriture est celle des autres Lémurs, peut-êtrt» même plus animale, mais il souffre beaucoup du froid et meurt rapidement d'affections de poitrine, quand on le ti'ansporte dans nos climats.
Le Lemur momjoz, dont les races ou variétés fort nombreuses s'appellent L, rollaris. L, nigrifrona. L, albifrom, L. cineieiceps , A. rufifrans, etc.,vitdans toutTEst, dans leNordetdansrOuestderîle(lig. 79). II est relativement petit; sa tète est allongée et ses canines sont trèsdéveloppées. a robe du Lemur munjoz est géiiéiakment d'un brun fauve, mais elle présente de très grandes difllérences individuelles et sexuelles; la tète est souvent entourée d'un collier de couleur foncée ou a sur son sommet une teinte qui tranche sur les parties voisines et (jui a été la cause de plusieurs des dénominations précédentes. Il existe aussi
Fi^. 79. — Lemur mongos.
dos Lémurs raongoz albinos, dont le pelage est d'un blanc uniforme.
C'est une Maque de cette espèce que Buffon a reçue jadis en cadeau et a gardée pendant plusieurs années avec lui, à Paris, au Jardin des Plantes.
Nous parlerons encore du Lemur catta dont le nom vient de ce qu'il a une certaine ressemblance avec un Chat(rig. 80). W habite les plaines arides, couvertes de maigres broussailles, du Sud de nie; c'est la Maque la plus facile à apprivoiser et celle qui se contente de la nourriture la plus simple, de riz cuit et de fruits quelconques. Son air éveillé, son agilité, ses oreilles droites et pointues (|ui surmontent sa tète et sa longue queue touffue annelée de blanc et de noir en font un charmant petit animal. Le ^eiw?/r catta se distingue de tous ses congénères par ses mœurs ; il n'est pas, en effet, comme ceux-ci, toujours au mi«
lieu des arbres, il vit au contraire le plus souvent au milieu des rochers ou des broussailles.
Les Hapalémurs, les Lepilémurs et les Ghirogales, qui forment les Lémuriens inférieurs, sont peu connus des voyageurs ; nocturnes et d'habitudes sauvages, on ne les aperçoit presque jamais. Leur taille est assez petite, les plus grands atteignant au plus de 0'",50 à O'^jÔÛ. tandis que d'autres, comme le Chirogahis myo.rinm, ne dépassent pa.s les dimensions d'un petit Rat (fig. 81). Tous ces Lémuriens montrent dans leur organisation des marques évidentes de dégradation : les derniers d'entre eux se rapprochent par plusieurs points des Galagos
t'ig. 80. — Lemur catta.
(;. (iHANDlDIKH
(l'AlrijjiH' et s'éloi^MHMit hcauconi) dos ïiidris et dos Propitliècjues ; ils ont (|uatre iiianudlos au lieu do doux ot lour onoophalo ost tirs nnluit. Los Hapalomurs vivout sur la ooto Kst, dans los l'orôLs do BainlM)us dont ils mangent los pousses: hnirs dents sont différentes do oollos dos autres Lémuriens; f)lus tfanehantos. elles a^^issent oomme dos ciseaux, celles de la mâchoire supéri(»ure venant s"(Mnhoîter entre celles de la mâchoire inférieiire et leur permettant ainsi de coujM»r l'acilimaent
los rouilles et les jeun(»s braiich(»s.
Les Lopiléniurs, dont il <»xiste deux espèces, sont des habitants de la grande forêt, où ils vivent isolés au sommet des arbres. Ils sont caract<^risés par Tabsenco d'incisives supérieures.
Les Chirogales comprennent, au contraire, un grand nombre d'espèces, dont deux forment aujourd'hui des genres distincts. Tous les Chirogales sont nocturnes et tW's agiles; pour s'en emparer, il faut les surprendre lors«|u'ils dorment pendant le jour ou dans les mois d'hivernage, car, au début de la saison froide et sèche, pendant laquelle les [nsectes, les œufs et les fruits sont rares, certaines esjM'ces s'endorment comrao les Hérissons et les Loirs d'Kurope. Pendant ce sommeil hivernal, ils vivent sur une réserve de graisse <ju'ils ont accumulée dans leur queue pendant la saison d'abondance ; ce fait très curieux ne se manifester parmi les Lémuriens (jue dans cette famille des Chirogales, dont beaucoup de représentants vivent dans les régions nues et désolées de rOuest et du Sud où ils seraient, chaque année, exposés à une disetu* de plusieurs mois, s'ils n'hibernaient pas (fig. 81 et 82).
Avec les Chirogales, nousavons terminé l'étude du groupe des Lémuridés et, pour avoir complètement passé en revue l'ordre des Lémuriens malgaches, il ne nous reste plus à parler cpie du Chiromt/s madiuffuca-
F\^. 81. — Chirofialus myoxinun.
ZOOLOCIK
newsLs, étrange animal, vulgairement appelé Aye-Aye, qui forme à lui seul le groupe des Chiroravdés «ig. 83).
Le premier exemplaire a été rapporté par Sonnerai en 1781 et il est resté le seul connu en Kurope jus(|u'en 1860. Il avait d'abord été placé à côté des Kcureuils; mais depuis cette époque, plusieurs exemplaires, dont quelques-uns vivants, ont été amenés en Frame, ont permis d étudier l'anatomie et la biologie de cet être bizarre et ont montré (ju'il fallait le placer au dernier rang des Lémuriens. C'est un animal tout à fait anormal et des plus curieux ; ses incisives coupantes, incurvées en avant, qui sont pareilles à celles des Rongeurs, son maxillaire inférieur dont les (Jeux branches sont réunies par un simple ligament afin de pouvoir limer en avant ou moudre de droite» à gauche, ses organes de la vue et de l'ouïe qui sont si développés, ses doigts longs et sensibles dont le médian, plus mince et plus allongé (jue les autres, est terminé par une grille re
Fig. Ni. — ChivoyaluH minor.
(Ayt-Ayc).
courWe, son pelage noir entremêlé de soies longues et raides et semé
G. C.RANDIDIKIR
de quelques' poils blancs, tout en lui est étonnant. L'Aye-Aye est nocturne et mène une vie solitaire; sa nourriture se compose de larves d'Insectes <|u*il va chercher avec son long doigt filiforme sous lécorce des arbres ou au fond des galeries qu'elles se sont creusées dans le bois. Telle est, en résumé, l'histoire des Lémuriens, animaux caractéristiques de la faune malgache qui, à elle seule, comprend plus des neuf dixièmes de tous les représentants de cet ordre.
Les autres Mammifères qui vivent à Madagascar sont assez nombreux et, pour la plupart, particuliers à Tîle. Au point de vue de la systématique et de la zoogéographie, ils présentent un très grand intérêt, mais la plupart sont peu connus du public.
Je ne crois donc pas utile de faire ici une description détaillée de chacun deux; je me contenterai de parler de quelques-uns en signalant les groupes auxquels ils appartiennent.
Chiroptères. — Les Chauvessouris ou Chiroptères sont représentées à Madagascar par 25 espèces, mais Taire de dispersion de ces animaux est très grande, la puissance de leur vol leur permettant de parcourir de longues distances, et il
est naturel (ju'on retrouve i>armi elles pi usieursj espèces africaines.
comme par exemple le Fer-à-Cheval ou Phyllorhinn Commersoni, D'autre part, il y a des Pteropm EdwanUi ou grandes Roussettes
comestibles, qui sont voisines de celles de l'Inde (fig. 84).
Signalons aussi dans ce groupe la Mizopodu aurita, qui possinie
sur la paroi interne des ailes, à l'extrémité des membranes, des organes
tactiles, sorte de petites [pelotes formant ventouse (jui lui servent à se
cramponner à des corps lisses.
Fi p. 84. — Pteropus Edwardsi (Funihy ou Rnussetto).
FiR. 8.*;. - Cryptoprocta ferocr (Posa).
Carnassiers. — Le groupe des Carnassiers de Madagascar ne contient aucun grand fauve ; les Lions, les Tigres, les Panthères y sont inconnus. Le plus puissant ot le plus connu des Carnivores malgaches est le Fosa ouCryptoprocta ferox (fig. 83); malgré son nom, iln'esten réalité guère dangereux pour l'Homme, et ses seules proies sont les Chèvres et les Volailles. Le Fosa est im Chat plantigrade ; son pelage rappelle beaucoup celui du Puma ou Lion d'Amérique; sa dentition, la forme de son corps, quoi qu'il soit assez
IUDAOAS€Aâ
Fig. 86.— Tête et patios du Cryptonrocta ferox,
17i G. lîRANDlDlER
bas sur ses pattes, son [allure, générale sont tout à Tait celles d'un
Fig. 87. — Galidictis striata.
Fig. 88. — Eupleres Goudoti.
félin, c'est-à-dire d'un digitigrade, et cependant la plante de ses pieds est nue (fig. 86) comme celle des plantigrades, Ours, Blaireaux, etc.
Le Cryptoprocte est donc un type de transition très curieux. On le trouve dans toute Tile et il inspire une certaine crainte aux Malgaches qui racontent toutes sortes de fables sur son compte.
En outre du Fosa, il existe à Madagascar de nombreuses espèces de petits Carnassiers; il y a deux Civettes, dont Tune, la Viverra Schlegeli^ est voisine d'une des Civettes de Tlnde. Les Galidia et les Galidictis ffig. 87) rappellent les Mangoustes, tandis que VEupléres Goudoti, avec son long museau pointu et sa queue entourée d'une épaisse couche de graisse, est un tvpe des plus intéressants, voisin des Ichneumons (fig. 88).
Insectivores. — Les Insectivores de Madagascar appartiennent tous, à une exception près, le Sorex madagascariensUi (fig. 89), au sous-ordre des Centétidés, qui est spécial à l'Ile. Ils se divisent naturellement en deux groupes, W uns épineux comme nos Hérissons, les autres à poils soyeux. Le plus anciennement connu de ces Insectivores, qui est à la fois le type de toute la famille et le plus gros, est le Centetes ecaudatus (fig. 90), en malgache Trandraka, Sa taille* dépasse rarement celle d'un gros Lapin, mais son corps est plus ramassé. Très recherché par les indigènes qui en apprécient beaucoup la chair, il a été importé à la Réunion et à Maurice, où on Télève en captivité pour le manger (fig. 90). Le Tenrec est nocturne ; comme nos Hérissons, il vit d'Insectes, de certaines racines ; comme eux aussi, il s'endort pendant la saison sèche et froide, après avoir accumulé sous sa peau, pendant les mois chauds et humides de Fhi^ernage, une épaisse couche de graisse, qui est tout à la fois une protection contre le froid et une réserve de nourriture.
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Fig. 89. — Sorex madagascariensts
176 G. GRA^a)IDIER
Le Tenrec est très prolifique; il a souvent de 12 à 15 petits à la fois.
Fig. 90. — Centetes ecaudatus (Trandraka).
A côté des Centetes^ prennent place les Ericulm, qui, par leur extérieur, rappellent absolument nos Hérissons, et les Heniicentetes{ûg, 91), dont la robe épineuse est noire, rayée de blanc ou de jaune. Ces derniers ne vivent que sur la côte Est.
Les Centétidés à poils soyeux, dont les premiers individus ont été découverts en 1869 par M. A. Grandidier, sont des animaux de très petite taille, ne dépassant jamais la grosseur d'un Rat. Ils appartiennent au genre Microgale, au genre Oîifzorictes qui vit dans les rizières de rimerina et du Betsileo où
^. ^, ,r • , i' creuse des trous, abîmant
Fig.9\, — Ilemtcentetes madagascartensis. . . , , ,, ,^ ^^,
amsi la récolte (fig. 92), au
genre Geogaleei au genre Limnogale. Ce dernier est aquatique; il a les
doigts des pieds et des mains réunis par une palmure qui lui permet de nager. La plupart de ces animaux ne sont connus que par quelques exemplaires rapportés récemment et la biologie de la plupart d'entre eux n'a pas encore été étudiée.
Les Gentétidés n'ont de rapports avec aucun autre groupe d animaux; les deux seuls avec lesquels ils ont des points de contact sont le Solenodon, qui vit à Cuba, et le Potamogale du Gabon.
Rongeurs. — Les Ron- Fig. 92. — Oryzorictes hova,
geurs de Madagascar sont
mal connus; longtemps on a cru qu'il n'existait aucun représentant de cet ordre dans Tîle ; cependant en 1869, M. Grandidier a découvert dans la région de l'Ouest, sur les rives de la Tsiribihina, un Rongeur d'assez forte taille, YHypogeomys antimena(ûg, 93). Depuis, plusieurs espèces plus petites ont été rapportées des forêts de FEst, en particulier de la région d'Ikongo. Les descriptions de ces animaux ont été publiées et des nomsleurontétéattribués,mais aucune étude sérieuse comparative avec les autres familles de Rongeurs n'a encore été faite. pig. 93. — Hypogeomys antimena.
Suidés. — Le groupe des Suidés est représenté à Madagascar par
G. GRANDIOIER
un Sanglier, le Potamochœnis Edwardsi; cet animal est très répandu dans toute Tîle ; il se nourrit de racines et dévaste les champs de manioc, de patates, de riz, aussi les indigènes lui font-ils une chassie
acharnée.
f Il n'existe à Madagascar aucun Ruminant, ni aucun Solipède autochtone, c'est cependant au premier de ces ordres qu'appartient Tanimal
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Fig. 94. — Troupeau de Bœufs k bosse {k Belo, dans rOuesl). f
le plus précieux de Tile, le Bœuf à bosse. C'est par quelques mots sur son élevage, ainsi que sur celui des Chevaux, des Porcs, des Moutons et des Chèvres, que je terminerai l'étude des Mammifères vivant à Madagasfer.
Bœufs. — Les Bœufs iUy Madagascar appartiennent à Tespcce des Zébus, dont il existe des races dans rindc et en Afrique; ils ont été introduits dans l'île à une époque fort reculée, car aucune légende ne raconte leur venue, et, lorsque les Portugais l'ont découverte, ils formaient la principale richesse des habitants.
Ce sont des animaux de taille moyeime,dont les membœssont grêles et qui ont une bosse ou loupe de graisse entre les deux épaules e* un fanon assez prononcé. Leur tète est ornée d'une belle paire de cornes, longues et pointues (tig. 9ï),
Quoique des auteurs très dignes de foi, comme Flacourt, aient parlé de plusieurs espèces de Bœufs à Madagascar, les unes avec des cornes et sans bosse, les autres au contraire avec une bosse et sans cornes, il n'y en a en réalité qu'une seule race, dont certains individus présentent des caractères anormaux ou même quelquefois ont été mutilés par les indigènes, qui pratiquent sur quelques-uns de ces pauvres animaux de bizarres et cruelles opérations pour les transformer en bêtes de
Fig. 95. — Bœuf-cheval.
selle, coupant bosses et cornes afin de les rendre semblables à un Cheval (fig. 95). Au point de vue zoologique, il reste cependant un point de doute relativement aux Bœufs sauvages, qu'on trouve en assez grand nombre dans los plaines désertes do TOuest, et qui n'ont pas de bosse; il est vrai que cet appendice charnu se développe d'autant plus que ranimai, mieux nourri, y emmagasine une plus forte quantité de graisse et qu'il a peut-être disparu chez des bêtes errantes, toujours en mouvement. Toutefois, mon père a trouvé dans des bas-fonds humides, mêlés avec des ossements d'animaux disparus, mais contemporains de l'Homme, des restes de Bœufs et, entre autres, quelques vertèbres dont l'épiphyse dorsale est bifurquée à son extrémité. Serait-ce la caractéristique d'une espèce spéciale? C'est ce qu'il sera peut-être difficile d'élucider, car les Bœufs sauvages actuels sont, depuis nombre d'années, mêlés aux Bœufs marrons échappés des troupeaux et il est
à craindre qu'on ne puisse pas facilement reconstituer un S(juelelte complet de Bœuf sub-fossile.
Quoi qu'il en soit, le Bœuf est lune, peut-être la principale des ressources de Madagascar. De temps immémorial, les indigènes, surtout dans TOuest, l'ont considéré comme un animal précieux et s'en sont occupés avec une réelle prédilection. Posséder un grand troupeau de Bœufs était et est encore à Theure actuelle le but de toutes leurs pensées et de tous leurs désirs; le Bœuf est pour eux l'unité avec laquelle s'estime la richesse d'un individu.
Ils ne se nourrissent pas de sa chair d'une manière régulière ; c'est riz, le manioc ou le maïs qui forment la base de leur alimentation, mais ils en font des tueries énormes à certaines fêtes, telles que la circoncision, le fandroana ou fête du nouvel an des Hova, enfin et surtout aux enterrements, qui sont toujours accompagnés d'orgies dont le rhum et la viande de Bœuf font les frais et qui durent quelquefois plusieurs mois ; à la mort de certains grands chefs, on a immolé jusqu'à quatre et cinq cents Bœufs. Chez toutes les peuplades du Nord, do l'Ouest, du Sud ou du Centre, c'est un honneur très apprécié d'avoir beaucoup de crânes de Bœufs sur sa tombe, et on sait qu'on en aura d'autant plus que le troupeau (|u'on laissera après sa mort seni plus nombreux, parce que les héritiers pourront en sacrifier davantage aux repas funéraires.
On comprend dès lors à quel point les Bœufs tiennent à cœur à tous les Malgaches et surtout aux Sakalava (|ui sont uniquement pasteurs et presque nomades, car ils déplacent fréquemment leurs villages afin de les transporter aux endroits les plus favorables à la nourriture do leurs troupeaux. Le vol des Bœufs de tribu à tribu était, avant notre conquête, d'une pratique très frécjuento, mais, par une anomalie très compréhensible, si le voleur pris sur le fait était immédiatement et sévèrement puni, quelquefois même mis à mort, celui qui avait réussi dans son entreprise était au contraire félicité et acclamé par les habitants de son village.
On a tenté, il y a un an ou deux, de faire le recensement des Bioufs existant à Madagascar; cette opération n'a pas donné un résultat sérieux, à cause des régions qui étaient encore mal connues à cette époque; néanmoins le chiffre de deux millions parait se rapprocher de la vérité.
Une statistique plus exacte est celle du nombre de Bœufs coosom-
mes annuellement dans l'île joiême ou exportés, <iue M. Locamus évaluait à un million pour les années qui ont précédé notre prise de possession ; il établissait son évaluation sur le nombre des peaux et des animaux qui étaient embarqués dans les grands ports de Tile et sur lesc|uels la douane hova percevait un droit.
Il faut dire aussi qu'autrefois les coutumes locales ne permettaient pas d'offrir en présent à un étranger ou en sacrifice aux mânes des ancêtres un morceau de viande de Bœuf qui était dépourvu de S4i [>eau; depuis que les transports à travers Tîle sont plus faciles et que la civilisation a fait des progrès, cet usage est tombé en désuétude, les indigc'nes ne dédaignant nullement le profit qu'ils retirent de la vente fie la peau qui, rendue à la côte et même préparée par les moyens les plus rudimentaires, est achetée par les traitants entre 5 et 6 francs.
Les Malgaches n'exercent pas sur leurs Bœufs d'autre surveillance que celle destinée à empêcher les voleurs de s'en emparer. Chaque matin, ils les sortent du parc entouré de pieux ou de Nopals qui est situé ail milieu de leur village et ils les y font rentrer au coucher du soleil. Ils n'ont jamais cherché à améliorer la race, ni à faire des croisements méthodiques pour obtenir des produits supérieurs.
Il serait cependant désirable et utile qu'on améliorât le bétail malgache, afin d'avoir un meilleur rendement. L'introduction de sang étranger par le croisement avec des Vaches ou des Taureaux venant d'Europe ne donne pas de bons résultats; l'expérience a été tentée à plusieurs reprises, notamment par M. Laborde qui, vers 1860, a fait venir dans ce but des Taureaux de France; les produits étaient délicats, sensibles aux intempéries et sujets à des maladies inconnues aux Bœufs du pays; ils étaient, il est vrai, plus gros, plus faciles à engraisser, le lait des Vaches était de meilleure qualité, mais tous ces avantages ne compensaient pas les difficultés d'élevage et la plus grande mortalité.
A Madagascar, on ne sépare les Veaux de leur mère que pendant les premiers jours qui suivent la naissance, et seulement afin d'empêcher cpi'ils ne soient écrasés dans le parc par les autres bêtes du troupeau ; d^s qu'ils ont quelques semaines, on envoie les jeunes Veaux aux champs avec leurs mères; ils tètent tant qu'ils veulent et jusqu'à un âge très avancé, car le lait est en général considéré comme une denrée sans valeur dont on n'a pas à s'occuper. Il est d'ailleurs de mauvaise <|iialité et peu abondant. Une Vache en pleine lactation ne donne pas, par jour, plus de trois à quatre litres de lait, (jui ne contient,
182 G. GRâNDIDIER
du reste, presque pas de crème et d'où il est impossible d'extraire du beurre.
Le fumier est aussi considéré comme un produit sans valeur; Tamélioration des terres par la fumure était autrefois presque inconnue de la majorité des Malgaches, au moins sur les cotes.
Les Vaches ont en général un Veau tous les ans, depuis l'âge de deux ou trois ans jusqu'à celui de douze à quatorze. La naissance a lieu en pleine campagne, sans que personne en prenne souci ; à la tombée de la nuit, le gardien du troupeau ramené le petit Veau au village; lorsque la mise bas a lieu dans le parc même, le jeune animal est d'ordinaire perdu, car il est sali par la poussière et la boue dont le sol est imprégné.
Les Bœufs de Madagascar n'ont pas d'autre nourriture que celle qu'ils se procurent eux-mêmes dans les pâturages; elle est, par conséquent, très variable et souvent précaire.
Dans quelques cas très spéciaux, cependant, pour le fandroana par exemple ou pour certaines fêtes de famille, les Hova engraissaient un ou plusieurs Ikjeufs par le procédé suivant: dans un coin du village ils creusaient une fosse de 1™50 environ de profondeur, à peine plus large et plus longue que le Bœuf lui-même, et ils y descendaient l'animal qui ne devait plus en sortir que pour être abattu. A la hauteur de la tète, il y avait une sorte de mangeoire (ju'on tenait constamment remplie de manioc, de tiges vertes de Maïs et d'herl)es tendres, dont le Bœuf faisait une ample consommation; en avant de cette mangeoire, une marche était taillée dans la terre, afin que l'animal à l'engrais eût, en mangeant, les deux pattes de devant plus hautes que celles de l'arrière, ce qui, pensait-on, facilitait la descente des aliments dans l'estomac et lui permettait, par conséquent, de manger davantage. Les Hova arrivaient ainsi à obtenir des Bœufs aussi gros et aussi beaux (jue nos Bcinifs gras (lig. 96).
Toutes les régions de Madagascar ne fournissent pas des BiJtnifs d'égale valeur; il y en a même où le climat ne leur convient pas, telle est par exemple la côte orientale où la grande chaleur et l'humidité excessive leur sont défavorables. Les principaux centres d'élevage sont lesgrandes plaines du Nord, de l'Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que la région de l'Antsihanaka, la plaine de TAnkay où coule le Mangoro et le plateau du Betsileo.
Malheureuseniont, dans toutes ces régions, il y a une grande diffé-
rence dans la quantité et la qualité des pâturages pendant la saison des pluies et pendant la saison s^che. Si, de novembre à avril, les troupeaux peuvent paître à leur aise dans des cantons de peu d'étendue, Therbe étant alors abondante partout, de mai à octobre au contraire, pendant la saison siche, chaque bête est obligée tous les jours de parcourir de grands espaces pour arriver à satisfaire sa faim ; aussi, dans l'évaluation du terrain nécessaire à une exploitation agricole, faut-il généralement attribuer une surface de cinq à dix hectares par tête de bétail.
11 y aurait moyen de remédier à cet état de choses en ensilant
Fig. 96. — Bœuf à, bosse cngraissi^.
pendant Thivernage de Therbe, des pousses de Maïs ou des racines, telles que manioc, [iatales, etc., et à former ainsi une réserve pour le temps de la disetti»; les Malgaches n'en ont jamais eu l'idée, mais l'auraient-ils eue (ju'ils lauraientrepoussée, car la somme de travail nécessaire eût effrayé leur paresse. Dans le centre et dans le Nord de l'ile, ils se contentent de mettre fe feu aux pâturages avant la saison humide, afin de débarrasser le sol des tiges dures et sèches des Graminées morteset de luidonner par la cendre ainsi obtenue (|uelqnes-uns des principes fertilisants qui lui manquent. Les rares averses (jui viennent ensuite à tomber font repousser une herbe verte et plus ou moins nourrissante. Cet incendie méthodi<|ue de pâturages n'exigeant aucune peine convient parfaitement aux indigènes; aussi, à certaines époques
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de l'année, voit-on ou plutôt voyait-on encore tout récemment de fçrands embrasements sur les montagnes ou dans les plaines du Nord et de rOuest; certes, le spectacle était pittoresque, mais le procédé n'était pas sans avoir de graves inconvénients, car le feu ainsi mis aux herbes sèches incendiait quelquefois des villages entiers et détruisait en tout cas tous les animaux qui vivent dans les prairies, en particulier les nids, ainsi que les arbres et arbustes. Aussi le général Gallieni a-t-il pris des arrêtés sévères pour interdire ces pratiques funestes. Les régions de TOuest et du Sud sont plus favorisées sous ce rapport que le centre; le bétail y trouve, toute Tannée, en eifet, une herbe, excellente, qu'il mange avec autant de plaisir et de bénéfice pendant la saison sèche que pendant la saison pluvieuse. Cette herbe, que lesSakalava appellent Ahidambo, est VAndropogon contortus des botanistes.
L'élevage des Bœufs est appelé à prendre à Madagascar un très grand développement, car il demande relativement peu de main d'œuvre, ce qui n'est pas sans importance dans un pays où la pénurie des travailleurs est et sera plus ou moins longtemps un obstacle sérieux à l'extension rapide des entreprises agricoles et, d'autre part, les indigènes aiment cette occupation qui a de tout temps satisfait leurs goûts d'indépendance et de nonchalance.
Madagascar est du reste assuré de trouver des débouchés importants, tant dans l'Afrique australe qu'aux îles de la Réunion et de Maurice, et ailleurs.
Il existe aussi à Madagascar des Moutons et des Chèvres. Les premiers appartiennent à la race africaine des Moutons sans laine et à grosse queue (fig. 97). Ils sont surtout communs dans le pays Betsileo, dans la partie occidentale de l'Imerina et dans le Sud-Ouest, chez les Mahafaly. Leur chair est très médiocre et, comme ils ne fournissent pas de laineleur élevage n'est pas à encourager.
Des tentatives ont été faites à plusieurs reprises pour introduire à Madagascar des Moutons mérinos; elles n'ont pas encore complètement réussi; on a cependant tout lieu d'espérer qu'on arrivera à un bon résultat. Cet élevage n'est du reste pas possible dans les régions chaudes et humides où le climat ne convient nullement à ces animaux ; l'Imerina, le Betsileo et les plaines sèches de l'Ouest et du Sud paraissent au contraire appelés à nourrir un grand nombre de Moutons.
En 1896, à la demande du Résident Général, vingt Mérinos de Rambouillet ont été amené sau Jardin d'essai de Tananarive à Nahanisana ;
ils y ont bien vécu, mais il a fallu leur donner des soins particuliers et une nourriture spéciale, conditions impossibles à remplir dans un grand élevage. Au reste, ces animaux n'ont d'autre but que de servir au croisement avec des Brebis du pays et de créer une race à la fois résistante et productive de laine et de viande.
Il ne faut pas toutefois perdre de vue que, pour les Moutons comme pour les bœufs, dans le centre de l'île, la question de la nourriture
Fiff. 97. — Mouton k grosse queue.
pendant la saison sèche n'est pas facile à résoudre. Il faudra certainement recourir non seulement aux ensilages, mais encore aux plantes qui par leur contexture même résistent bien à la sécheresse, telles que le Cactus inerme par exemple, qui a déjà rendu tant de services en Tunisie et qui parait devoir s'acclimater facilement sur les hauts plateaux ; c'est ce qui résulte des derniers essais entrepris par le Directeur de l'Agriculture, M. Prudhomme.
A côté des Moutons et dans la même région, surtout dans l'Ouest, vivent quelques Chèvres, mais en nombre bien plus restreint. Leur chair est assez estimée des indigènes ; elle est d'ailleurs meilleure que celle du Mouton à grosse queue, dont l'odeur de suin .est insupportable. On exporte en Europe un certain nombre de peaux de Chèvres malgaches.
Dans les régions où l'influence musulmane ne s'est pas trop fait sentir, il existe des Porcs, laissés en liberté dans les villages, qui se
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nourrissent du peu qu'ils trouvent, aussi leur état de maigreur est-il généralement effrayant. C'est surtout dans Tlmerina et le Betsileo qu'il y en a un grand nombre ; la chair de ces animaux entre pour une part notable dans Talimentation des habitants du centre de Tîle, tandis que d'autres peuplades, comme les Tanala, les Antanosy, etc., la considèrent comme impure.
Les Porcs, à Madagascar, sont très prolifiques ; les portées de huit à dix petits sont fréquentes, et les Truies commencent à reproduire avant d'avoir atteint Fâge d'un an. Un troupeau de Porcs est le complément obligatoire de toute exploitation agricole; on les nourrit avec les déchets de la ferme et leur viande est donnée aux travailleurs.
Le Cheval, à Madagascar, est encore un animal assez rare, un objet de luxe, quoique son importation remonte à soixante-dix ou quatrevingts ans. Avant l'expédition de 1895, il n'y en avait peut-être pas une centaine dans toute l'île; actuellement, leur nombre est très supérieur. Tananarive et Fianarantsoa paraissent devoir être dans l'avenir les principaux centres de production; en tout cas, la vente des animaux est assurée et paraît devoir être rémunératrice dans Tlmerina et le Betsileo où la population indigène est dense et où il y a beaucoup de colons européens.
Je ne terminerai pas cette rapide nomenclature des Mammifères domestiques à Madagascar sans mentionner les Chiens, pauvres animaux affamés qui errent dans les villages, disputant aux Porcs les plus immondes détritus, ou qui s'en vontdans la brousse où ils vivent de leur chasse comme des bêtes sauvages. Sur les côtes cependant, quelques indigènes ont avec eux des Chiens qui leur servent de temps en temps à chasser les Sangliers ou à les écarter de leurs cultures de Manioc ou de Riz. Les Chiens ont été introduits dans l'île de Madagascar depuis fort longtemps.