‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 17 sur 67 · OISEAUX · texte numérisé non relu

OISEAUX

Les Oiseaux de Madagascar présentent pour la plupart des caractères particuliers; ils ont, ainsi que nous allons le voir, des affinités plus grandes avec ceux de l'Extrême Orient qu'avec ceux de l'Afrique, dont l'éloignement est cependant bien moindre. On en connaît aujourd'hui 239 espèces, mais si l'on retranche tous les Oiseaux de haut vol.

tels que certains Rapaces, les Hirondelles, la plupart des Échassiers, quelques Palmipèdes, les Oiseaux de mer, qui ont une très grande aire d'extension, et ceux, en petit nombre, qui sont, les uns d'origine africaine (au nombre de 9), les autres de provenance asiatique ou océanienne (au nombre de 7), il en reste 130, appartenant à 36 genres différents qui lui sont propres.

En réalité, le nombre des espèces est considérable, mais les individus qui représentent l)eaucoup d'entre elles sont plutôt rares et d'ordinaire localisés; c'est le même fait que nous avons déjà constaté pour les Mammifères. Les Oiseaux abondent dans les régions littorales où la végétation est luxuriante, surtout sur la côte orientale, et où par consé<]uent ils trouvent facilement à se nourrir; mais chacune des régions de l'Est et de TOuest a ses animaux spéciaux, dont l'habitat est quelquefois très restreint, quoique cependant il y ait des espèces^ communes aux deux côtes. La région centrale, au contraire, où la végétation arborescente manque presque totalement, esta peu près déserte; on n'y rencontre guère que des voiliers puissants, comme les Oiseaux de proie, les Hérons, les Corbeaux ou certains Oiseaux d'eau qui remontent le cours des rivières, ou encoie des Cardinaux ou Moineaux malgaclies qui vivent auprès des rizières qu'ils dévastent lors de la maturité du (^rain.

Je vais énumérer rapidement les Oiseaux les plus intéressants de la faune malgache, soit ceux qu'on rencontre à chaque instant parce qu'ils sont communs par toute l'île, soit ceux qui sont utiles ou nuisibles, soit enfin ceux qui donnent à la faune de file son caractère remarquable. Je citerai d'abord, parmi les Rapaces, le Milvus œgyptius, en malgache le Papango, qui est le plus commun de tous; c'est un Oiseau que les indigènes redoutent, d'abord parce qu'il plane volontiers au-dessus des villages, s'emparant souvent de leurs Poulets, aussi dans certaines contrées l'appclle-t-on Tsimilaho,

Fig. 98. -- Tinnunculus Newtoni (Crécerelle malgache).

G. GRANDIDIF31

c'est-à-dire qui prend sans demander, maïs encore parce que, ne dédaignant pas de se nourrir de toutes sortes d'immondices, ils en ont une terreur superstitieuse. Un autre Oiseau de proie, essentiellement malgache celui-là, quoique très voisin de notre Crécerelle d'Europe, dont il se distingue par sa taille plus petite et par ses couleurs plus vives, est le Tinnunmlus Neutoni (fig. 98); vivant sur les côtes comme sur lo Plateau central, il est l'hôte familier des villages, autour desquels il fait la chasse aux Rats et aux Souris ainsi qu'aux Sauterelles. Je citerai aussi le Fihiaka (Polyboroidea radiatm), qui se distingue des autres

Oiseaux de proie par la singularité de ses formes (fig. 99): il se nourrit de petits Mammifi-res. de Reptiles, d'Insectes.

Il y a, à Madagascar, six espèces d'Oiseaux de proie nocturnes. Hiboux, Chouettes et Effrayes, mais, malgré les services qu'ils y rendent comme partout, ils sont Tobjet des mêmes préjugés qu'en Europe, surtout les Effrayes ou StrLr qui habitent en masse les rochers de Tananarive, et qui, aux yeux des Malgaches, sont des Oiseaux de mauvais augure; ils leur donnent le nom de Vorondolo ou Oiseaux des morts. Ils ne présentent pas d'ailleurs un grand intérêt scientifique, sauf une espèce très rare de la côte orientale, VHeliO' diltis Soumagnei.

La famille des Psittacidés comprend deux espèces de Perroquets, toutes deux d'un gris foncé, presque noirâtres, qui ne diffèrent guère que par la taille. Ils vivent en troupes, poussant souvent des cris assourdissants; ils se nourrissent de riz, de toutes sortes de graines et de fruits et même de certaines racines, comme le manioc, et occasionnent des dégâts souvent considérables dans les champs cultivés. Les indigènes en conservent quelquefois en captivité et leur apprennent à siffler des airs et à répéter quelques mots.

Fig. 99. — Polyboroides radiattis (Fihiaka;.

Les Perruches sont toutes petites, d'un joli vert; la tête des mâles est d'un gris cendré. Elles forment des bandes nombreuses; quelquefois il y en a plus de cent ensemble; elles font de grands ravages dans les rizières. On en importe souvent en France.

La famille des Guculidés comprend un genre tout spécial, caractéristique de la faune ornithologique de Madagascar, le genre Coua qui ne comprend pas moins de douze espèces ou variétés, toutes localisées; elles sont en effet cantonnées dans des districts d'où elles ne sortent point; celles qui vivent dans les forêts humides du versant oriental du massif central, sont très distinctes de celles qui habitent les plaine^ sèches et sablonneuses de la côte occidentale. Ce sont des Oiseaux à riche plumage, dont les espèces diffèrent, non seulement par la couleur et par les proportions relatives des diverses parties du corps, mais aussi par le mode de vie. La plupart des Couas habitent la grande forêt ou tout au moins les bois, où ils vont, sautant de branche en branche, à la recherche de leur nourriture qui consiste en Insectes et surtout en

Mollusques terrestres ; ce sont de vrais grimpeurs (fig. 100). D'autres, au contraire, se perchent rarement et vivent dans les plaines où ils courent à terre sous bois, se nourrissant de Vers et d'Insectes, rarement de graines ; ils méritent le nom de coureurs (fig. 101). Tous ces Couas, à la saison des couvées, pillent sans pitié les nids^ ils attaquent même quelquefois les petits Oiseaux. Ils ne sont pas sociables et ne vivent pas en troupes; on les rencontre presque toujours isolés. Il n'y a pas de différence de coloration entre les sexes. Leur vol est lourd et toujours en ligne droite ; grimpeurs et coureurs ne font d'ailleurs usage de leurs ailes que lorsqu'ils y sont obligés. Ils hochent continuellement leur longue queue, comme nos Pies d'Europe, qu'ils rappellent du reste par leur démarche et leur manière d'être générale, sans cependant en avoir l'humeur gaie et alerte, ni rechercher comme elles les lieux

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Fig. 100. — Coua cristata (grimpeur).

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Fig. iW. — C4ma oUoaeeieept coarear;.

habités. 5ai» dteroos eneore. parmi ks Cotnlidés. les Coneoas, (lKMaa:x mi^zr^lenrs qui ne nennent à Madagascar que pendant la

saLs«>a des ptaîes. et les ^ I Cooeals oq Qmir^pms

maiofjiiic&riemsû. les T^ ioké oo Jf Ml/4 des Malgaches, qui soDt commons dans tonte File et tr^ familiers < fig. K^* ; on les Tott antoor des Tilla^n^s. glissant à tra- Ters les branches des arbrisseaux et des Bambous en quête des Insectes, petits Reptiles et Mollusques dont ils se nourrissent, et hochant continuellement la queue.

bans le grand ordre des Passereaux, qui, à Madagascar comme partout ailleurs, est le plus riche de tous en espèces, beaucoup ne se distinguent de nos espèces européennes que par des détails anatomiques, que les spécialistes seuls ont intérêt à connaître et à étudier. Il faut cependant citer, dans la famille des Syndactyles, le Guêpier ou Merops madagascariefms (Kirûh Kirio des Malgaches), joli Oiseau à bec eflBlé que les créoles appellent, à cause de son vol élégant. Oiseau du Saint-Esprit et dont le plumage nuancé de vert se termine par une queue longue et mince ; il est commun dans les clairières des bois et même auprès des villages, où on le voit donner la chasse aux Insectes avec grâce et agilité (fig. 103).

Dans la famille des Conirostres, les RoUiers méritent une mention

Pig. 102. — Centropus madagascariensU (Tolobo).

particulière ; ils sont représentés à Madagascar par quatre genres» dont trois sont parmi les plus remarquables et les plus caractéristiques de rile. L'un d'entre eux, qui a la taille d'une Corneille, le LeptosomtAs discoloTy est très connu des Betsimisaraka sous le nom de Kirombo et des Sakalava sous celui de Vorondreo; leur chant triste et langoureux, l'affection qu'ils semblent se porter ont impressionné les Malgaches qui composent des philtres d'amour avec certaines parties de leur corps, et ils jouent un grand rôle dans leurs légendes et leurs proverbes. Ce sont de beaux Oiseaux, surtout les mâles dont le dos est d'un vert métallique, chatoyant et irisé.

Le Corbeau à plastron blsLnCyCorvusscapulattis^ qu'on trouve dans toute Tile, a les mêmes mœurs et la même manière de faire que celui de nos pays.

Les Philépittes, qui habitent les bois et la grande lorêt, et dont on connaît deux espèces, méritent, malgré leur petite taille, d'attirer l'attention, non seulement par la beauté de leur plumage d'un noir velouté mêlé de jaune et leurs caroncules d'un beau bleu qui surmontent les yeux, mais aussi par leur parenté avec les Oiseaux de Paradis de la Nouvelle-Guinée. Ils sont rares.

La Falculia est aussi un type intéressant de Madagascar; mise d'abord à côté des Huppes, elle est, en réalité, voisine des Xyphorhynchus.

Les Drongos ou Dicrurus forficatus^ dont le plumage noir métallique ainsi que le cri sont souvent l'objet d'allusions dans les fables et les légendes malgaches, sont des Oiseaux tout particulièrement familiers; on les voit voler tout le jour autour des villages, surtout autour des parcs à Bœufs où ils trouvent abondamment les Insectes dont ils

Fig. 103. — !• Merops nuidagascariensis ; 2* Corythornis vintsioides (Vintsy ou Martin-pécheur malgache).

se nourrissent. Leur longue queue fourchue les fait de suite reconnaître; leur plumage foncé leur a fait donner par les créoles le surnom de Veuves.

Les Oiseaux de la Vierge, ou Terpsiphone mutata, sont encore parmi les jolis hôtes des bois et forêts de Madagascar. La 'couleur de leur plumage est très variable selon Tàge et le sexe; de brun ou rouge

marron, qui est la couleur do jeune Oiseau et de la femelle, elle passe peu à peu, chez le mâle adulte, au noir frangé de blanc; au moment des noces, les deux plumes médianes de la queue s'allongent beaucoup et deviennent toutes blanches (fig. 104).

Je ne parlerai pas ici des diverses espèces de Pies-grièches, ni des Timelidés, ni des Fauvettes, ni même des Hypsipètes ou Merles malgaches, tous petits Oiseaux à plumage plus ou moins terne qui fuient les endroits habités par THomme et qui n'ont d'intérêt que pour les collectionneurs et les ornithologistes, à l'exception cependant des derniers qui sont fort bons à manger et que l'on chasse souvent dans ce but.

Il y a à Madagascar trois espèces de Nectarinidés, charmants petits Oiseaux au plumage irisé qui rappellent les Oiseaux-mouches d'Amérique. On les trouve sur les arbres en fleurs, où ils chassent surtout les Insectes que ces fleurs attirent. Prestes et légers, richement parés, ils captivent l'attention par leur grâce et leurs riches couleurs à reflets métalliques.

La famille des Hoche-queues ne comprend à Madagascar qu'un seul représentant, la Motacilla flaiiventris, qui vit, comme nos Bergeronnettes, sur les bancs de sable et les rives des cours d'eau où elle trouve les Insectes qui forment sa nourriture.

Les Plocéidés ou Tisserands sont d'aussi habiles architectes à Madagascar que dans les autres pays tropicaux. Leurs nids sont construits

Fig. 104. — Terpsiphone mutata (en malgache, Sikelry).

avec un art admirable, qui leur a fait donner leur nom vulgaire; ils sont supendus aux branches et ressemblent à une cornue dont le goulot, ouvert à son extrémité inférieure et élargi de manière à former un couloir, donne entrée à la chambre supérieure mise ainsi hors des atteintes des ennemis. Ces Oiseaux sont du reste parmi les plus malfaisants de Tîle, où ils vivent par troupes nombreuses, ravageant les rizières ; dans certaines régions, au moment de la maturité du riz, les indigènes tendent, en travers des champs, des cordes auxquelles ils suspendent des calebasses remplies de cailloux ou de petites coquilles qui, secouées par le vent, font du bruit et les effraient.

Des trois espèces de Moineaux malgaches, Tune est bien connue, c'est celle qu'on vend sous le nom de Cardinal chez les marchands d'Europe et dont le mâle adulte est d'un beau rouge; elle est commune dans toute Tile. Les deux autres habitent. Tune qui est d'un vert jaunâtre, la grande forêt de TEst et, Tautre qui est grise avec la tête jaune chez le mâle, les plaines de TOuest.

Madagascar a une espèce d'Alouette indigène, VAlauda hova^ qui a l'aspect et les mœurs de celles d'Europe.

Avant de quitter Tordre des Passereaux, je dois encore faire mention d'un Oiseau des plus remarquables "au point de vue ornithologique, de VEuryceros Prevosti, dont les affinités avec les autres espèces voisines sont peu marquées ; après l'avoir successivement rangé à côté des Toucans, des Bucéros, des Étoumeaux et des Corbeaux, on a fini par créer pour lui seul une famille qui a sa place à côté de certaines Pies-grièches, surtout des Vangas malgaches. Un gros bec en forme de casque très volumineux, bombé en dessus, un plumage d'un noir de velours avec un manteau d'un beau roux marron vif sur le dos, sont ses caractères extérieurs les plus saillants ; chez l'animal vivant, le bec est d'un beau bleu d'acier. Les Eurycéros habitent les grandes forêts de l'Est et se nourrissent d'Insectes.

Les Pigeons sont représentés à Madagascar par deux genres, dont l'un, le Funingm inadagascariemis, est spécial à l'île et très voisin des Ptilojms océaniens. Son plumage est d'un bleu foncé avec la queue en partie rouge. L'autre est le Pigeon vert ou Vinago axistralis. On trouve ces deux espèces de Pigeons dans tous les petits bois et dans toutes les forêts de Madagascar. Leur chair est un vrai régal pour les voyageurs.

Il y aussi trois espèces de Tourterelles, le Turtur picturattts qui est à peu près de la taille de celle d'Europe, mais dont le plumage est '^plus

violacé» la Geopelia striata, qui a été introduite de rExtrême-Orient et qui habite leNord de Tîle, et YOena capemk, d'origine africaine, qui est plus petite ; fréquentant surtout les champs en friche ou les emplacements de villages abandonnés, cette dernière est considérée comme un Oiseau de mauvais augure, au moins dans la région australe où on l'appelle Tsiazotononina, c'est-à-dire Y Oiseau qu'il ne faut pas nommer.

L'ordre des Gallinacés compte à Madagascar plusieurs espèces intéressantes, d'abord la Pintade qui est distincte de celle d'Afrique. C'est un bel Oiseau vivant en bandes dans toute l'île ; son plumage à fond noir est parsemé de gros points blancs et sa tète est recouverte d'un casque rouge. On la chasse volontiers, mais non sans peine, car elle est méfiante ; pour venir facilement à bout d'une bande de Pintades, il faut lancer à sa poursuite un Chien qui la fasse envoler et qui aboie, sans trêve ni repos, au pied de l'arbre sur lequel les Oiseaux se sont posés; le chasseur peut alors abattre coup sur coup presque toute la bande, sans que les Pintades, épeurées par les aboiements du Chien, songent à se sauver. Les femelles sont de mauvaises mères; elles perchent chaque soir sur un arbre élevé, abandonnant leurs petits au pied et, par conséquent, les laissant sans protection à la merci des Carnassiers.

Il y a deux espèces de la grande famille des Perdrix, un Ganga de couleur isabelle et à pattes emplumées qui, vivant comme tous ses congénères dans les plaines arides et sablonneuses, ne se trouve que dans rOuest et dans le Sud, et un Margaroperdiv dont le mâle est remarquable par son ventre noir parsemé de grosses taches blanches et qui vit dans l'Est et les grandes herbes du centre. On trouve aussi à Madagascar deux espèces de Cailles, la Caille commune et un joli petit Tumix dont nous aurons l'occasion de parler plus loin.

Je dois aussi mentionner les Volailles domestiques, quoiqu'elles aient été introduites par l'Homme; on trouve partout des Poules et, dans le centre, des Dindons et des Pigeons, qui, du reste, sont livrés à euxmêmes, vivant en toute liberté et errant, çà et là, pour chercher la nourriture que le hasard leur fournit, car jamais un Malgache, à l'exception de quelques Hova, ne s'est préoccupé de leur donner le moindre soin ; cependant, dans le centre de l'île, autant à cause du climat que par la crainte des voleurs, on fait rentrer le soir les Poulets dans la maison où on les enferme avec les Porcs, soit dans une sorte d'armoire placée sous le lit du maître, soit dans un petit enclos spécial.

Il me reste à parler des Oiseaux d'eau, Échassiers, Palmipèdes, etc.,

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qui sont fort nombreux en espèces et en individus ; aussi la chasse au marais estrelle à Madagascar un passe-temps des plus agréables, mais malheureusement malsain.

Je ne dirai rien des Pluviers, des Râles, des Poules d'eau, ni des Poules sultanes, tous jolis Oiseaux qui vivent au milieu des Roseaux, courant le long des berges des rivières ou sur les feuilles des Nénuphars en quête de nourriture, mais qui, par leurs mœurs et leur aspect général, rappellent leurs congénères d'Europe.

Parmi les Hérons, dont on ne connaît pas moins de 14 espèces à Madagascar, pour la plupart cosmopolites, il faut signaler l'Aigrette qui vit dans les bois de Palétuviers et dans les rizières et dont les belles plumes blanches du dos et les scapulaires font l'objet d'un commerce assez important.

Entre les Râles et les Hérons, il faut citer un curieux Oisecwi, le Mesites, qui a beaucoup intrigué les zoologistes qui l'ont classé dans les familles les plus diverses; en réalité, il prend place dans le groupe des Échassiers.

L'Ombrette ou Scopus umbretta, qui est de la même famille que les Hérons ainsi que les autres espèces d'Échassiers dont je vais aussi parler, mérite une mention spéciale.

Comme l'indique son nom, c'est un animal dont le plumage est tout entier d'un brun terre d'ombre, avec une huppe sur la tête ; il est crépusculaire et se trouve dans toute rîle; il construit d'énormes nids avec- des branches et de l'argile, nids ayant de 1™50 à 2 mètres de diamètre et contenant trois vastes chambres; sa nourriture consiste en Reptiles et en Mollusques qu'il cherche sur le bord des cours d'eau auprès desquels il vit.

UAnastommmadagascariensis, ou Bec-Ouvert (fig. 105), est un autre Échassier de grande taille, qui a la bizarre particularité de ne pouvoir fermer complètement son bec, dont les mandibules, très compri-

Fig. 105. — Anastomus madagascariensis (Bec-ouvert).

mées latéralement et arquées chacune en sens inverse, ne se joignent qu'à leur base et à leur pointe, laissant un vide au milieu; les tiges de la plupart des plumes portent à leur extrémité de petites plaques cornées longues et étroites, aussi caractéristiques que la forme du bec; le plumage a des reflets verdâtres et pourpres qui sont d'un bel effet.

Madagascar possède deux sortes d'Ibis, VIbis falcifielltis, aux couleurs métalliques, et VIbis Bemieri, très voisin de l'Ibis sacré de l'Egypte, et un genre tout à fait particulier à Tile, le Lopholibis cristata, ou Faisan de Madagascar comme l'appellent à tort les créoles, car ses affinités sont avec les Échassiers et non avec les Gallinacés.

C'est un bel Oiseau d'un brun marron, avec les ailes blanches et une crête d'un vert métallique, qui vit dans les endroits marécageux de la grande forêt de l'Est, d'où lui est venu son nom malgache d'Akoholahinala ou Coq des bois ; sa nourriture consiste en Vers de vase, en Insectes et en Annélides. Sa chair est bonne à manger, et on l'élève assez souvent en captivité.

Pour terminer cette revue , incompr^tc du reste, des Oiseaux de Madagascar, il me reste à parler des Canards et des Sarc'olles dont on connaît dix esp^'ces dans l'ile. Ils vivent en nombre considérable dans toutes les grandes plaines niarocagcuses (jui se trouvent un peu partout, notamment autour dos hus Ahiotra cl Itasy, aussi bien (ju'aupKs des gmiîds fleuves et sur les lagunes de la cote Est. Parmi les plus communs et les plus intéressants de ces Palmipides, sont le Canard à bosse ou Sarcifiiornis melanotm (fig. 106). qui atteint parfois la taille d'une petite Oie et dont le mâle a le bec orné d'une énorme caroncule noire en forme de disque; le Nettapwt aurilm dont le plumage a des couleurs si vives et si éclatantes que les Hova l'appellent dans l'Imerina Voronandriana. c'est-à-dire l'Oiseau royal (fig. 107); le Tsirivif ou Detidrocyfjtin

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Fig. lOC. — Sarcidiornis melanolus.

riduata, petite Sarcelle cosmopolite, commune aussi bien en Afrique qu'en Amérique; et enfin le Tahia, ou Dmdrocygna arcuata inajor, qui est une Sarcelle de l'Inde.

Aux Oiseaux d'eau sauvages, il faut ajouter les Oies et les Canards domestiques qui ont été importés de l'étranger et que les indigènes élèvent pour les vendre aux Européens; les premières atteignent souvent une grande taille et sont connues sous le nom de Vorombé ou les Grands

Fig. 107. — Nettapus auritus.

Oiseaux; pour les Canards, ils recherchent surtout la race dite de Barbarie, parce qu'ils sont plus gros et fournissent plus de chair.

Parmi les Oiseaux de Madagascar (|ui ont une faible puissance de vol, beaucoup, comme nous l'avons dit en commençant, sont cantonnés dans des districts nettement délimités ; il y en a cependant qui se retrouvent par toute l'île; mais les individus qui habitent les régions humides et l)oisées de l'Est ont prescpic toujours une taille supérieure et des teintes plus vives ou plus sombres cpie ceux de la région s^che et moins verdoyante de l'Ouest.

Certaiïis de ces Oiseaux sont sacrés, fady comme disent les Malfçaches, non pas pour tous, mais pour certaines familles et quelquefois pour une peuplade tout entière, et les voyageurs sont assez souvent exposés à d'ennuyeuses récriminations et même à des dangers pour avoir tué quelcjues-uns d'entre eux.

Le roi du Fiherenana, dans le Sud-Ouest, a racont('» à mon père que

toute sa famille a dès longtemps voué au grand Perroquet noir une vénération toute particulière, parce qu'un de ses ancêtres, ayant été surpris par des maraudeurs d'une tribu voisine, fut sagayé par eux, à cause de quelques bijoux d'or qu'il portait dans les cheveux, et enseveli sommairement dans une fosse creusée à la hâte sous bois. Combien de temps ce roi resta-t-il dans cette tombe improvisée ? nul ne le sait, mais il n'était pas mort et ayant entendu les cris aigus et perçants d'une bande de Perroquets qui était venue s'abattre sur un arbre voisin, il reprit courage et réussit à se débarrasser de la couche de terre qui le recouvrait. Ayant regagné son village, il promit solennellement, en son nom et au nom de tous ses descendants, qu'aucun de ses parents ne tuerait jamais de Perroquets.

Une histoire analogue a cours au Ménabé au sujet du Coucal ou Centropus malgache qui, comme je l'ai dit tout à l'heure, fréquente les endroits humides et auquel une des principales familles de l'Ouest de Madagascar a voué une grande reconnaissance, parce qu'un de ses membres, ayant été happé en pleine Tsiribihina par un Crocodile et ayant été emporté par le monstre dans sa tanière, dut son salut à c«t Oiseau. En effet, les Crocodiles ont dans les berges des fleuves des repaires où ils aiment à se reposer et qui leur servent en même temps de garde-manger ; les Malgaches disent qu'ils n'aiment pas la viande fraîche et qu'ils attendent volontiers que leurs victimes se soient un peu faisandées. Donc, notre homme était plus otf moins mollement étendu dans la crevasse de la berge du Tsiribihina, lorsque plusieurs cris stridents, ceux d'un Coucal, le tirèrent de son évanouissement et lui donnèrent le courage de rejeter la terre qui était au-dessus de sa tête. 11 échappa ainsi au monstre qui nageait devant l'orifice de son repaire, en attendant le moment de prendre son repas.

Dans l'Androy, à l'extrême-sud de l'île, il ne faut pas toucher à la Caille (Tumix), si l'on ne veut pas encourir la vengeance de certaines familles. Voici pourquoi ces familles respectent ce petit Oiseau : Comme on le sait par ce qui a déjà été dit, Feau est rare dans la région australe de Madagascar, et les villages sont souvent à plusieurs centaines de mètres des puits où les femmes vont faire, d'ordinaire en bande, leur provision quotidienne. La femme d'un chef était, un jour, allée chercher de Teau toute seule ; deux voleurs de grand chemin, qui passaient par là, se jetèrent sur elle et, malgré ses cris, l'emmenèrent pour la vendre. Comme ils marchaient, l'oreille aux écoutes dans

la crainte d'être surpris, à l'entrée d'un petit bois, plusieurs Cailles s'envolèrent avec le bruit d'ailes qui leur est particulier ; croyant au premier abord que c'étaient les parents de la femme qui, ayant entendu ses cris, accouraient à son secours, ils la lâchèrent et s'enfuirent. Depuis cette époque, la Caille est sacrée pour tous ses parents et descendants.

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