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STRUCTURE DE LA LANGUE

De la Grammaire. * La langue malgache est une langue savamment construite et harmonieuse. Ainsi que les autres langues de la famille malayo-polynésienne, elle fait partie des langues dites agglutinantes. Il faut entendre par là qu'un mot-racine étant donné, elle en forme de nombreux dérivés, et cela uniquement à Taide de particules préfixes, interfixes et suffixes. Ces particules n'ont par elles-mêmes aucune signification, mais elles jouissent de cette propriété fondamentale qu'une fois mises en place, elles forment ipso fado les différentes parties du discours : substantifs, adjectifs, adverbes, verbes de toute espèce, actifs, neutres, passifs, causatifs, réfléchis ou réciproques, fréquentatifs, etc.

A proprement parler, il n'y a en malgache, non plus que dans 1^ autres langues malayo-polynésiennes, ni déclinaisons, ni conjugaisons analogues à celles des langues à flexions. Sous leur forme radicale, un nom, un verbe, un adjectif n'ont rien qui les différencie; ce sont les affixes qu'on leur donne, qui permettent de les classer systématiquement dans telle ou telle partie du discours. Ces particules préfixes, interfixes et suffixes jouent un rôle capital dans toutes les langues malayo-polynésiennes, et l'on peut dire en toute vérité qu'elles en sont la clef. Le système grammatical de toutes ces langues est fondé sur une base commune, c'est-à-dire sur la dérivation au moyen d'affixes qui sont souvent identiques, et par conséquent déterminent pour les dérivés des sens analogues.

Au premier rang des préfixes, il faut placer les préfixes verbaux. Ce sont pour les verbes actifs et neutres :

En malgache : ma et ses variantes man^ mang^ mam, m<, mangka.

En malais : me, men^ mem^ men.

En javanais : a, an, ang, am^ au.

En tagalog : mag^ man^ mang, mam^ magpa.

Ces préfixes sont de même nature et jouent le même rôle en malgache, malais, javanais et tagalog. Les règles euphoniques qui les gouvernent, suivant que le mot-racine a pour initiale une gutturale, une dentale, une labiale, une palatale, une sifflante, une aspirée, sont semblables.

Quand aucun préfixe n'est adjoint à un mot radical ayant un sens verbal, ce mot doit être considéré comme étant un passif. Néanmoins les verbes passifs ont un préfixe spécial qui est di en malais, i ou in en tagalog.

En malgache, comme en malais, en javanais, en tagalog et autres idiomes malayo-polynésiens, la voix passivç est la voix la plus fréquemment employée. C'est un trait caractéristique digne de remarque. On peut dire que la forme passive est la forme primitive et originelle des verbes malgaches; un verbe n'acquérant le sens actif, neutre, causa tif, réciproque, fréquentatif, etc., que par l'adjonction de certains préfixes au mot radical.

« Je l'aime » se rend en malgache par lia' ko izy^ mot à mot : « aimé par moi, lui I ». « Je ferai cela » se rend par hatao ko izany, mot à mot c< sera fait par moi cela y>.

Le mode verbal qui semble devoir exiger particulièrement l'emploi de la voix active, c'est le mode impératif, le mode du commandement. Or, en malgache, comme en malais, en javanais, en tagalog, etc., l'impératif revêt le plus souvent la forme du passif, et cela est de règle rigoureuse toutes les fois que le commandement est formel et porte sur un objet déterminé. On dira donc aritsovo isyt (soit appelé luil) pour « appelez-le »; aloavo ny trosa ko (soit payé ce qui est dû à moi!) pour « paye-moi ce que tu me dois ! » De même en malais l'on dit, au lieu de « poursuivez cet homme! « soit poursuivi cet homme ! » (hambatlah orang itou I)

Le mode vétatif ou prohibitif, par lequel on commande de ne pas faire tel ou tel acte, se rend en malgache à l'aide du mot aza que l'on place toujours avant le verbe. Ex. : Aza mivolana (gardez-vous de parler, ne parlez pas î) ; azaroso izy (qu'il ne parte pas I) ; aza mamono olona ne commets pas de meurtre); aza mangalatra (ne commets

pas de vol) ; aza maniry ny fananan* olona (ne désire pas le bien d'autrui).

Ce mot aza n'est autre que le mot javanais adja^ employé dans les mêmes cas et de la même façon. Ex. : Adja wedi (n'ayez pas peuri); adia lali (gardez-vous d'oublier, n'oubliez pas t)

Interfixes. — Les principaux interfixes sont om et in. Ils existent simultanément en malgache, en malais, en javanais et en tagalog. Om est employé pour les verbes actifs, in pour les verbes passifs.

L'interfixe om introduit dans le corps d'un mot-racine malgache, immédiatement après la lettre initiale de qc mot, en fait un verbe actif ou neutre. Ex. : de sôratra (lettre) ; somoratra (tracer des lettres, écrire); de hehy^ homehy (rire), de lano^ lomano (nager); de dona^ domona (assommer), etc.

C'est à propos de cet interfixe dont il est parlé dans ma grammaire malgache, que M. Gautier, ancien directeur de l'enseignement à Tananarive, a dit avec une aimable indulgence : <i A la lueur de la gram-maire comparée^ M. Marre a pu faire dans la langue malgache de véritables découvertes, A signaler entre autres le paragraphe sur l'interfixe om, dont la présence jusqu'ici n'avait pas été plus signalée en malgache que celle de l'argon dans les composantes de Pair. y> Ce même interlixe om est très fréquemment employé et joue un rôle important dans les langues tagalog et bisaya.

L'interfixe tn, intercalé de la même façon que om dans le corps d'un mot-racine malgache en fait un participe passé passif ou un infinitif passif. Ex. : de fitaka (tromperie), finitaka (trompé); de tapaka (morceau), tinapaka (mis en morceaux); degadra (fers), ginadra (mis aux fers); de kekitra (morsure), ArmeAiVra (mordu), etc. Cette règle est la reproduction textuelle de la règle de la grammaire javanaise; la particule employée est la même, le procédé d'insertion est le même et la modification apportée au sens du mot ainsi traité est la même. Ex. : serat^ sinerat; touîis^ tinoulis; tcharita^ tchinarita, etc.

Suffixes. — Les suffixes ana, ena et ina des noms et des participes passés passifs, en malgache, existent sous la forme an en malais, en en javanais, in en tagalog.

A ces suffixes il faut ajouter le suffixe o, qui sert à former l'impé-

ratif passif des verbes, et le suffixe a qui sert à former Timpératif des verbes actifs ou neutres.

Ex. : de laza (raconté), lazao (soit raconté), lasao amy ko-isany (racontez-raoi cela) mot à mot : « soit raconté à moi cela » de tafy (vêtu), tafio (soit vêtu) (!). De même qu'en javanais il sufBt de supprimer la nasale, qui donne le sens actif, pour rendre au verbe son sens primitif ou passif; de même, en malgache, pour former un impératif passif avec un verbe de forme active, il suffit de retrancher Y m initiale du préfixe verbal, et cette amputation une fois faite, d'appliquer comme finale le suffixe o.

Le suffixe a et ses variations eu phoniquesra et ta servent à former Timpératif des verbes actifs ou neutres. Ex. : miharo (mêler), miAaroa (mêle); mifidy (choisir), mifidia qui devrait s'écrire plutôt mifidiya (choisis) ; tnitia (aimer), mitiava (aime). Il en est de même en javanais où le suffixe a, dont les variantes euphoniques sont ya et tra, sert également à former Fimpératif actif ou neutre. Ex. : de mangkat (partir), manghata (pars); de cfarfi (devenir) , dadiya (deviens); de nouhou (acheter), noukouwa (achète).

Du verbe substantif. — Il y a en malais, deux verbes ada et djadi, en javanais ana et dadi^ que l'on peut considérer comme verbes substantifs. En malgache, ces deux verbes existent également, bien que le P. Rahidy, dans sa petite grammaire, déclare qu'il n'y a pas de verbe substantif en malgache. Ex. : Misia fahazavana^ dia nisy ny fahazavana (Que la lumière soit et la lumière fut). Cet exemple suffirait pour faire voir que le verbe substantif existe réellement. Alahady tsy ary indroy amy ny herinandro (Il n'y a pas deux dimanches dans la semaine).

L'idée à!étre étant généralement contenue dans les adjectifs et les substantifs malais, javanais, tagalogs et malgaches, le verbe substantif, dans toutes ces langues , est généralement sous-entendu. Ce verbe s'emploie souvent au mode impersonnel, et Ton dit :

ts'isy ou tsy misy (il n'y en a pas).

L'exemple donné ci-dessus : misia fahazavana y dia nisy ny

(1) La forme correcte, au lieu de tafio serait tafiyo, si la semi-voyelle yà eût été conservée dans Talphabet. .

fahazavana^ nous montre le verbe substantif à l'impératif (misià) et au passé àéïini(nny). Nous en profiterons pour signaler, en passant, cette propriété remarquable qu'ont en malgache les initiales m, w, /t. de représenter dans un verbe le présent, le passé, le futur. Ainsi de la racine leha^ le malgache formant le verbe dérivé mandehay on dira Mandeha aho (je marche) Nandeha aho (je marchai, j*avais marché) Handeha aho (je marcherai) Tinitiale n est une abréviation de no ; l'initiale h^ une abréviation de ho (pour) ; quant à m, on pourrait admettre par analogie que c'est une abréviation de me.

De raccent tonique. — En malgache chaque mot a son accent tonique. Cet accent porte presque toujours sur la pénultième syllabe, excepté quand le mot radical, ayant plus de deux syllabes, se termine par ka, ira ou na^ auquel cas Taccent est toujours sur l'antépénultième. Ex. : vilàny (marmite), falàfa (côtes des feuilles), holatra (Champignon), ravina (feuille). Jamais on ne rencontre l'accent plus éloigné de la fin du mot que l'antépénultième ; sa place est absolument indépendante du préfixe, mais varie par l'influence du suffixe. Ex. : vonOy vonoina (tué) ; fà^a^ fafàna (balayé). Les racines monosyllabiques (elles sont très rares) et celles qui ont l'accent immédiatement avant Tune des syllabes muettes finales /ca, tra^ na, gardent l'accent à la même place. Ex. : bé (grand), habétana (grandeur) ; fo (coeur), manampo ou mahampoko {ai\oir le désir, l'intention, à la lettre: avoir dans le cœur).

Dans les mots composés et redoublés, c'est toujours le dernier mot exprimé qui a l'accent. Ex. : tokovy (trépied de fer), salasamby (gril en fer), de hàrina le redoublé harinharina (roulé). De même, en malais, dans le mot redoublé radja radja (les rois), on réservera l'accent pour le second mot exprimé, et il portera sur la pénultième syllabe.

De la rédaplication. — La réduplication des mots a lieu dans toutes les parties du discours, mais elle les modifie diversement dans leur sens primitif; elle est très fréquente non seulement en malgache, mais en malais, javanais, tagalog et autres langues malayo-polynésiennes. C'est un trait distinctif et des plus curieux de leur physionomie.

Ex. : raharaha (aflfaires), havihavy (balancements), afatra-faira (cris redoublés). Une classe spéciale de verbes porte le nom de verbes redoublés ou fréquentatifs, ils indiquent plus particulièrement la continuité de l'action ou la répétition de Tacte; ils se ferment en faisant suivre le préfixe du mot radical deux fois répété. La réduplication ne porte jamais que sur la racine.

Ex. : de todika (tourner la tête), bitsiha (chuchoter), on fera les verbes mitoditodika, mibitsibilsika (tourner la tête de tous côtés et chuchoter sans cesse) ; de même : mi^arinAarma (rouler), rnihalohalo (aller et venir), mandifidifika (rebondir). Il convient de remarquer que bon nombre de verbes redoublés n'offrent pas de différence sensible dans leur signification avec les verbes simples; si cette forme redoublée est plus agréable à l'oreille, elle sera toujours employée de préférence à la forme simple.

De Tarticle. — iVy, l'article défini de la langue malgache est invariable, n existe sous cette même forme en batak.

n y a un second article qu'on appelle communément article personnel, parce qu'il se place devant les noms de personnes. Ex. : i Koto^ ÙJaona, ÙRadama, En malais, en javanais et en batak, le monosyllabe si joue le même rôle. Dans le dialecte hova, il se place devant les pronoms personnels et les pronoms démonstratifs; i.zahOy i.sahay, i.reo, i.sany^ et même devant les noms de lieux. Ex. : Aiiy i Nossibé izy (il est à Nossi bé) ; i Merina^ dont nous avons fait Emijrne.

Du substantif. — Le substantif est invariable, il n'a ni genre ni nombre. Pour tous les êtres animés, on emploie les' mots lahy (mâle) et vavy (femelle), qu'on place à la suite du substantif. Les Malais font une distinction entre les êtres de l'espr^ce humaine et les animaux en général ; pour les premiers ils emploient les deux mots : laki-laki et peramp ouan; pour les derniers les deux mots : djantan et betina.

Le singulier et le pluriel sont indiqués, en cas de besoins, par certains mots auxiliaires qui dénotent spécialement, -les uns l'unité, les autres la pluralité.

Un très grand nombre de substantifs dérivés sont formés avec le préfixe ha et le suflîxe ana ; ils expriment presque toujours des substantifs abstraits. Ex. : ha.fali.ana (joie), ha.tsarana (l)onté). Il en est absolument de même en malais et en javanais ; seulement le

préfixe est ka au lieu de ha. Une autre classe de substantifs dérivés est formé en malgache avec le préfixe fe ou fen et le suffixe ana ; elle correspond aux substantifs malais formés avec le préfixe pe ou pen et le suffixe an^ et de même aux substantifs javanais avec préfixe pa oupanet suffixe an.

De Tadjectif. — L'adjectif malgache est presque toujours un motracine; il se place à la suite du substantif qu'il qualifie. Ex. : nyteny mamy reni-ko (les douces paroles de ma mère, mot à mot : les paroles douces de ma mère), olona rato (cent personnes ou personnes cent), tanan'arivo (mille villages, mot à mot : villages mille), nom de la capitale de Madagascar.

Des noms de nombres. — Les dix premiers noms de nombres, en malgache, malais, javanais et tagalog sont les suivants :

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