‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 22 sur 67 · L'arbre élevé est tourmenté par le vent · texte numérisé non relu

L'arbre élevé est tourmenté par le vent

2. Il y a beaucoup de plantes, mais la Canne seule est douce.

3. Qui hante les malfaiteurs est un malfaiteur ; qui h^nte les tra-

vailleurs est un travailleur.

4. Le paresseux cherche une pioche à emprunter, et il se dit : pourvu

que je n'en trouve pas !

5. Les jeunes sont des cailloux qui résonnent ; les vieux sont des

arbres qui penchent au-dessus du précipice.

6. Il voit une Pintade au beau plumage, et il dédaigne la Poule accou-

tumée à la maison et qui lui donne des œufs.

7. Quand on est plusieurs ensemble à passer Teau, on n'est pas dé-

voré par le Caïman.

8: Le mensonge est gras et dodu, quand il est caché; mais il est

maigre, quand il est découvert.

9. Qui suit ses caprices au temps de sa jeunesse , quand il sera vieux,

en sera réduit à aller chercher lui-même son bois à brûler. 10. Quand j'ai de bonnes petites Chevrettes à manger, tu es mon parent,

mon grand ami ; quand je n'en ai plus, tu es un ami de passage. H. Une seule personne ne peut pas porter sur sa tête deux cruches. 12. Ne donne pas un coup de pied à la tête de la barque, qui t'a servi

à passer l'eau.

Eloquence. Style officiel. — Madagascar est demeuré pendant de longs siècles sans histoire ; ce n'est guère qu'à partir de la conquête du pays I. Merina, par Andrianampoin.i.merina (k la lettre Seigneur maître de I. Merina), le père du roi Radama I®"*, qu'on rencontre des pièces écrites ayant un caractère historique. Dès les premiers jours de son établissement à Tananarive, le nouveau roi prononça ce discours :

« Voici ce que j'ai à vous dire à vous, mes conseillers, mes femmes et mes enfants. J'ai à présent conquis définitivement le royaume ; si je prends un Hova à boire du toaha (liqueur alcoolique), ou que je

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l'entende dire par quelqu'un, sachez que c'est comme si l'on voulait m'empècher de régner. Vous avez vu les gens de Tananarive, ils ne cherchaient qu'à boire du toaka^ et ensuite ils excitaient les autres à faire ce qui leur était nuisible. C'est pourquoi je condamnerai à mort ceux qui seront pris à boire du toàka^ et je maintiendrai ainsi la tranquillité dans le pays et dans le gouvernement, car les idées que suggère le toaha détournent du droit chemin les gens fortunés, et à la fin les conduisent à l'infortune. C'est pourquoi, si quelqu'un boit du toaha^ ou en fait parvenir ici, au centre d'I. Merina , je le condamnerai à mort. » — Alors le peuple répliqua : « Quel est donc le motif pour lequel vous n'aimez pas le toaka ?» — « Si je n'aime pas le toaka^ dit Andrianampoinimerina, c'est qu'il ne respecte rien ; il ne tient nul compte, ni d'un roi, ni des femmes, ni des enfants, ni de l'avenir du gouvernement î » — « Cest vrai ! » dit le peuple. Alors Andrianampoinimerina, de concert avec le peuple, formula cette loi : « Sera condamné à mort, quiconque boira du toaha ; quand bien même ce serait un homme ayant rendu des services, un habile lanceur de sagaies, un guerrier, un de ceux qui montent à l'assaut des villages, il sera condamné à mort. »

Quelques-uns de ceux qu'aucune défense ne contient voulurent s'obstiner ; Andrianampoinimerina les condamna à mort, aux termes de la loi, et n'apporta aucun changement à cet état de choses.

Un jour, s'adressant au peuple, il dit : « Faisons une expérience sur le toaha^ prenons un vigoureux Taureau de combat et faisons-lui boire du toaha, » Alors on fit boire du toaka au Taureau, au point de l'enivrer ; le Taureau s'abattit et demeura sans mouvement. Andrianampoinimerina dit alors: «Dépecez-le et apportez-moi son foie (!), pour que je l'examine I » Lorsqu'on eut bien examiné le foie, l'on vit qu'il était comme cuit par Vefl'et du toaka. Alors Andrianampoinimerina dit : « Regardez, peuple I Nous voyons sur ce Taureau la preuve de reflet malfaisant du toaka. Nul n'est plus vigoureux que le Taureau, et voilà pourtant son foie qui est cuit par le toaka. Le toaka est donc bien malfaisant, puisqu'il a le pouvoiï* de cuire le foie d'un Taureau î

(1) Le mot foie se dit en malgache aty. En malais et en javanais, le mot hati signifie tout à la fois cœur et foie. On sait que les Arabes, comme terme de caresse disent : yà kebdy (ô mon foie I) pour < ô mon cœur ! » et que les Portugais, de môme, emploient leur mot figado (foie) pour cœur, et disent maos figados pour c mauvais cœur » et l'adverbe figadalmente (de tout cœur).

Que serait-ce donc si c'était le foie d'un Homme ? Ne laissons pas le toaha monter et arriver jusqu'ici, laissons-le aux pays où il se trouve. Si quelqu'un fait parvenir jusqu'ici du toaha^ je n'épargnerai pas sa vie, je le condamnerai à mort. »

Fables. — Si Madagascar n'a pas produit de fabuliste de génie, comme l'inimitable La Fontaine, Madagascar a produit du moins quelques fables intéressantes. Nous n'en citerons qu'une, elle est intitulée :

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