‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 23 sur 67 · LE CROCODILE ET LE HÉRISSON · texte numérisé non relu

LE CROCODILE ET LE HÉRISSON

Unjour, dit-on, le Crocodile et le Hérisson se rencontrèrent. Lorsqu'ils se furent salués, le Crocodile dit au Hérisson : «Allons, mon cher, faisons nous deux le faii'drh » (1). Le Hérisson répondit : « Pourquoi ferions nous, tous deux, le fati-drà ? » Le Crocodile dit : «L'un et l'autre nous savons chasser; voilà pourquoi, mon cher, j'aimerais à m'uniravec toi. » — « Eh bien, soit I je veux bien », répondit le Hérisson. Et alors ils partirent pour chasser. Le soir venu, chacun d'eux apporta le produit de sa chasse : le Hérisson apportait des lentilles (voanemba) et des Sauterelles, le Crocodile apportait des cadavres d'Homme et des cadavres de Chien. « Fi donc ! dit le Crocodile, en voyant la maigre chasse du Hérisson, non, non I je ne veux plus du fati-drà entre nous ; ta chasse est chétive et misérable. » Le Hérisson garda le silence, car il était petit, lui, et l'autre était grand. Le Crocodile reprit : « Ta chasse ne vaut rien, je vais t'avaler !» — « Frère aîné, que votre volonté soit faite ! car vous êtes grand, et moi, je suis petit ! » Ce disant, le Hérisson se roula en boule, et le Crocodile le saisit et l'avala. Mais arrivé dans la gorge, le Hérisson se redressa et la piqua fortement. Le Crocodile fit des efforts pour Ife rejeter ; il vomit, et le Hérisson sortit. Mais le Crocodile demeura étendu raide mort..

Le vieil historien Ammien Marcellin dit, en parlant du Crocodile : « // meurt de plusieurs façons, mais le plus souvent du fait d'un petit Oiseau dit Trorhilus^ qui se jouant et voletant auprès de lui, guette

(J) Ce mot malgache est composé de fatilra (incision) et de rà (sang). Faire le fati-drà, c'est se faire réciproquement une incision sur la poitrine ; on y intraduit du piment, puis on se tire avec les doigts une goutte de sang que l'on se donne à sucer l'un h. l'autre. (Dictionnaire malgache- français des Pères jésuites de Madagascar, 1853.)

le moment où il ouvrira la bouche, pour y introduire Tlchneumon ou Rat de Pharaon, qui doit lui dévorer les entrailles, puis sortir en lui perçant le ventre. »

Comme invention, je préfère le genre de mort du Crocodile parle Hérisson, raconté dans notre fable malgache. Cette petite pièce est dramatique, morale et tout à fait d'actualité.

Honni soit qui mal y pense et n'en saisit pas la moralité t

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