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HENRI FROIDEVAUX
Depuis l'époque de la découverte de Madagascar jusqu'au moment où les soldats français du général Duchêne ont , le 30 septembre 1895, pénétré à Tananarive, c'est-à-dire pendant près de quatre siècles, bien des peuples européens ont fait visiter par leurs marins les côtes de la grande île de l'Océan Indien, ont chargé des commerçants et des colons d'en occuper différents points, ont essayé d'en mettre en valeur les richesses. L'étude de ces interventions, de ces tentatives d'exploitation, constitue l'histoire ancienne de la colonisation de Madagascar, — une histoire qui commence au lendemain même de la découverte.
Cest en Tannée 1500, et non pas seulement — comme on le répète encore trop communément aujourd'hui — en 1506, que les Portugais ont vu pour la première fois Madagascar ; et c'est aussi dès ce moment que, conformément à l'usage du temps, ils l'appelèrent, du nom du saint dont ils célébraient la fête le jour même de la découverte. Ile de Saint-Laurent. Quelques années plus tard, ils avaient achevé une première reconnaissance des côtes de cette grande terre, et, sur leurs portulans, ils en figuraient les contours d'une façon à peu près satisfaisante (1).
(1) Voir plus haut la carte de Pedro Reinel de 1517 (p. 5.)
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HENRI FROIDEVAUX
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J\fulptiim est hoc. REX PORTVOJLE N S' Fig. 175.
Non contents d'en longer le littoral, les navigateurs portagais avaient abordé à Madagascar et avaient essayé, soit par eux-mêmes, soit par des conversations avec les indigènes, de se rendre compte des richesses de la contrée. Ce n'était en effet ni par amour de la science, ni par esprit de prosélytisme religieux qu'ils s'étaient lancés sur la route des Indes, et que, depuis l'heureuse arrivée de Vasco de Gama à Calicut, ils poursuivaient leurs fructueuses investigations dans l'Océan Indien et dans les mers de TExtrème- Orient ; poussés surtout, comme les conquistadores espagnols de la même époque, par l'idée du lucre, ils s'enquéraient avidement, dès qu'ils abordaient dans un pays nouveau, des ressources de la contrée, de ses productions de toutes sortes, de ses richesses minières surtout. Ainsi firent-ils à Madagascar comme partout ailleurs ; et les résultats de leur enquête furent tels que le roi Emmanuel le Fortuné chargea, dès Tannée 1510, Juan Serrano d'organiser un établissement de traite dans l'ile de Saint-Laurent.
Ni ce premier établissement, ni ceux que les Portugais fondèrent à peu près à la même époque sur différents points de la grande ile ne semblent avoir
HISTOmE DR LA COLONISATION EUROPÉENNE 315
jamais pris une réelle importance commerciale ou maritime ; aucun texte ne le dit, et les quelques vestiges de ces comptoirs qui subsistent encore à Madagascar» sur la côte Nord-Ouest, et dans les plaines du haut Sobirana en particulier, n'en donnent pas une idée très avantageuse. Peu considérable fut également le poste fondé vers 1540^ au Sud-Est de Tîle (fig. 175), dans un petit ilôt de la rivière de Fanjahira que, pour cette raison même, les Français désignèrent un siècle plus tard sous le nom d'Islet des Portttgais. Flacourt, qui en a visité les ruines aux environs de Tannée 1650, raconte simplement y avoir vu les murailles d'une maison de pierre, et « une grande pierre de marbre blanc », un de ces padrons par l'érection desquels les navigateurs lusitaniens avaient coutume, au début des temps modernes, de commémorer le souvenir de leur passage dans les pays jusqu'alors inexplorés (1).
Pour quels motifs les Portugais ne donnèrent pas un développement considérable à ces différents comptoirs, et même n'y fréquentèrent pas longtemps, il n'est pas difficile de s'en rendre compte : les naturels du pays, loin de les accueillir avec faveur, ne cessèrent de leur opposer une résistance dont l'écho se trouve jusque dans les récits de Flacourt; et fort grande semble avoir été la difficulté qu'ils éprouvèrent à se procurer rapidement et en abondance ces métaux précieux que, dès 1509, le roi Emmanuel avait chargé Diego Lopez de Siqueyra de rechercher à Madagascar. Ces métaux, l'or tout au moins, les Portugais pouvaient par contre facilement se les procurer, ainsi que l'ivoire, sur la côte voisine de Mozambique, au Cuama, comme on disait alors, où les apportaient de l'intérieur les indigènes du Manica, du Monomotapa,etc. ; aussi, dès le milieu du xvi« siècle, se portèrentr-ils uniquement sur cette partie du littoral africain de l'Océan Indien, et abandonnèrent-ils Tidée d'exploiter les richesses que les indigènes de Tile de Saint-Laurent leur avaient dit y exister.
Pas plus que les Portugais au xvi^* siècle, les Hollandais n'ont sérieusement songé, au début du siècle suivant, à coloniser Madagascar.
(1) Le p. Luis Mariano parle, dès 1614, dans ta relation, de ce padron, qui portait d'un côté les armes du roi de Portugal, les mots Rex Portugalensis et la date de 1545, — une croix de l'autre côt<^. Flacourt fit transporter ce padron aux environs de Port-Dauphin et grava sur une de ses faces, outre les armes de France, une longue inscription dont il a conservé le texte et le dessin dans sa Relation,
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Ils s'y sont fréquemment arrêtés, soit en allant aux grandes Indes, soit en en revenant ; mais les baies de Sainte-Luce et d'Antongil, où ils relâchaient de préférence, ne furent jamais pour eux que de simples étapes au cours de leurs longs voyages depuis les côtes d'Europe jusque dans les mers de rExtrême-Orient.
Les Anglais semblent avoir d'assez bonne heure mieux compris l'importance de Madagascar, dont plusieurs de leurs navigateurs leur avaient vanté les ressources ; aussi, à une époque où la guerre civile sévissait en Angleterre, quelques-uns d'entre eux songèrent-ils à s'établir dans le Sud de la grande île. Mais ils échouèrent complètement dans leur tentative ; des cent quarante personnes débarquées en 1644 à la baie de Saint- Augustin avec Powle Waldegrave, douze seulement regagnèrent leur patrie un peu plus tard.
A celte même date, les Français travaillaient, dans une autre partie de l'île de Saint-Laurent, à jeter les bases d'un établissement durable.
Ils avaient, dans la première moitié du xvi« siècle déjà, accidentellement abordé sur différents points de la côte occidentale de Madagascar, mais sans songer à s'y installer. Lorsque les tempêtes contraignirent, au début du siècle suivant, le sire de la Bardelière d'abord, Augustin de Beaulieu ensuite, à chercher un asile dans la baie de Saint-Augustin, il en fut tout autrement. Dès 1602, plusieurs compagnons de Pyrard de Laval et de Martin de Vitré songent un instant, au lieu de poursuivre leur route vers Bantam, à se fixer à Madagascar; quant à Augustin de Beaulieu, il « fait alliance », en l'année 1619, avec les habitants du pays, de la situation duquel il entrevoit nettement l'importance maritime et commerciale sur la route de TExtrême- Orient, et, dans son journal de bord, il déclare la baie de Saint- Augustin « un lieu bien propre pour se raffraichir des fatigues de la mer, et (jui ne serviroit (pas) moins que Mozambique aux Portugais qui auroit un trafic affermy ou envie de l'affermir dans les Indes. » Si nulle part, dans cette partie de la relation de Beaulieu, il n'est expressément question de fonder un établissement français dans l'île de Saint-Laurent, tout en suggère l'idée ; et il est permis de se demander s'il ne s'est pas inspiré de son récit, cet auteur anonyme, on
Normand selon toute vraisemblance, qui, en Tannée 1626, sollicite le cardinal de Richelieu « de se loger dans les meilleurs portz et hàyres » de Madagascar.
La réalisation de ce projet eût immédiatement orienté le commerce national du côté de TExtrème-Orient ; mais il était encore trop tôt en 1626, pensait le profond politique qui présidait alors aux destinées de la France, pour pousser officiellement nos négociants dans cette voie. C'est donc à leurs risques et périls que les marins normands continuèrent d'aller trafiquer dans la mer des Indes; ils le firent néanmoins avec suite, en s'arrêtant, conformément aux instructions nautiques de l'époque, non plus à la baie de Saint-Augustin, mais sur la côte sud-orientale de Madagascar, à la baie de Sainte-Luce. Ils entrèrent en relations avec les indigènes de cette partie de la contrée, trafiquèrent avec eux, séjournèrent au besoin dans le pays, — parfois même, comme François Gauche, pendant plusieurs années, — et finirent par songer très sérieusement, sinon à le coloniser; du moins à en entreprendre l'exploitation.
Un .tel projet était-il réalisable sans l'appui du gouvernement ? Un capitaine de la Marine royale, le Normand Rigault, qui avait fait « plusieurs entreprises pour descouvrir les terres étrangères et entre antres les isles de Madagascard, autrement de Saint-Laurens, et autres adjacentes » , ne le pensa pas. S'inspirant des idées du temps et de l'exemple des Hollandais et des Anglais, il sollicita de Richelieu à la fin de l'an 1641, pour lui et pour ses associés seuls, «la permission (de faire) pendant vingt années le trafflcq et commerce auxdites isles de Madagascar et autres adjacentes à l'exclusion
de toutes personnes afin de pouvoir ériger entre eux une ou
plusieurs bonnes compagnies de marchands subjects de Sa Majesté pour faire le commerce. » A cette époijue, Richelieu n'avait plus les mêmes raisons qu'en 1626 pour s'occuper exclusivement des pays baignés par l'Océan Atlantique; il accueillit favorablement la requête de Rigault, et, le 29 janvier 1642, lui concéda pour dix ans le privilège du commerce à Madagascar et dans les îles et côtes avoisinanles. Sans perdre de temps, le capitaine dieppois fit aussitôt « passer quelques hommes et marchandises » dans la grande île ; et c'est alors, dans la seconde moitié de Tannée 1642, que commence la véritable occupation, l'occupation continue, d'une partie de Madagascar par les Français au xvii^ siècle.
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Après avoir pris possession au nom du roi de File Sainte-Marie et de la baie d'Antongil, Jacques Pronis, Tagent de Rigault, se rend à l'endroit que la carte de Gauche désigne comme le « port où abordent les Français », à Sainte-Luce, et, tout en trafiquant avec les indi-
CaKI K D E C ARC VlNOS S l . VaLLE£ D Am BOVLE ,
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Fig. 476.
gènes travaille à y fonder un^comptoir fortifié, une habitation ; malheureusement la localité est si insalubre, qu'il faut bientôt renoncer à y demeurer et se transporter à quelque distance dans le Sud-Ouest, à Fort-Dauphin (fig. 176). C'est là, en un point où, aujourd'hui encore, une épaisse végétation forestière ne cesse qu'au bord de la mer, dans laquelle
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viennent plonger des falaises rocheuses aisément accessibles, c'est là que fut définitivement établi, au début de Tannée 16ii, le siège des opérations commerciales de la Compagnie des Indes Orientales.
Par suite de quelles circonstances, Pronis, qui avait jusqu'alors dirigé avec prudence et habileté les affaires de la Compagnie, changea-t-il sa manière d'agir ? Comment, après avoir travaillé à nouer de
Fig. 177. — Portrait de Flacourt.
bonnes relations avec les indigènes, alla-t-il jusqu'à en attirer dans un véritable guet-apens et à en vendre même comme esclaves aux Hollandais de rile Maurice ? C'est ce dont rien, dans les documents dont nous disposons, ne permet de se rendre compte. Une seule chose est certaine : Pronis, après avoir agi pour le mieux des intérêts commerciaux et coloniaux de la France, les a gravement compromis, et lorsque Etienne de Flacourt (iig. 177), son successeur, débarqua en 1648 à Fort- Dauphin, la situation était des plus précaires. Le nouveau gouverneur ne parait pas d'ailleurs l'avoir améliorée; la maxime sur laquelle il a
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basé sa conduite à Tégard des indigènes et qu'il a formulée sur le padron portugais de 1545 par ces trois mots : Cave ab incolis (1), n'était pas pour modifier les rapports des Français avec les habitants du pays d'Anosy ; c'est surtout après son retour en France que Flacourt a compris quelle grosse erreur commettaient les a Seigneurs intéressez en la Compagnie » en voulant « retirer bientost et dès les premiers voyages leur fond et de grands profits sur iceluy » ; c'est seulement alors qu'il semble s'être
Oaktt m I l<]y > Mamii
r^r .. -.^i-.u,-,.. Isi L oAhf.iJL'lM J^ /.,
Fig. 178.
rendu compte avec exactitude de ce qu'il convenait de faire pour vraiment coloniser l'ile de Saint-Laurent. Comment, s'il avait vécu, aurait-il exécuté le curieux plan de colonisation qu'il formulait dès 1658? il est impossible de le dire, mais il est certain que, grâce aux comptoirs plus ou moins importants fondés par les Français sur le littoral de Madagascar, à Matitanana, auPort-aux-Pruneset à Sainte-Marie (fig. 178) entre autres, l'exploitation commerciale de la grande île commençait, dix ans après la fondation de Fort-Dauphin, à devenir, sinon encore effective, du moins possible ; quelques secours venus de France eussent suffi pour obtenir ce résultat.
(1) Voir la représentation de ce padron, donnée par Flacourt, à la p, 314. '
Malheureusement, ces secours tant désirés et si souvent promis n'arrivèrent pas en temps utile; et il fallut toute l'influence acquise sur les noirs par le plus remarquable colonisateur que la France ait au x\n^ siècle envoyé à Madagascar, par le Rochelais Vacher de la Gaze, pour sauver Fort-Dauphin même de la destruction. Du moins le drapeau fleurdelysé flottait-il encore sur la presqu'île de Taolankarana quand, en 1665, une flotte française vint jeter l'ancre dans la baie de Fort-Dauphin.
Mais combien l'habitation différait de ce qu'elle était au temps de
Fig. d79.
Flacourt t Le plan inséré par cet auteur dans sa Relation (fig. 179) nous montre à rexlrémité de la petite péninsule, et commandant la baie, et surtoutle mouillage, un fort carré dans lequel se trouvent, outre lacitadelle, la maison du gouverneur, l'église, les magasins de la Compagnie, etc. ; puis vient, sous la protection même du fort et entouré d'une palissade, le village européen, « composé d'environ quelques cent cinquante cases tant de François que de nègres. » A ce village font suite de nombreux jardins, dont l'un, celui du gouverneur, est même, comme le cimetière, comprisà l'intérieurde la palissade. — En 1665, voici comment Souchu de Rennefort décrit le même endroit : « Le Fort Dauphin a
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P" esté désigné quarée par celuy qui Ta commencé. Il avoit deux petits
Bastions demy élevez de cailloux sur le roch, qui, au costé du nord, commandoient le port capable de tenir à bon abry quatre vaisseaux seulement. L'enceinte du reste n'estoit que de pieux gros comme le bras, et le tour avoit esté réduit à cent cinquante pas de long, et à six vingts de large. La principale porte regardoit TOccident et une ^ petite plaine qui finissoit par un agréable paysage, l'autre opposée
regardoit l'Orient et la mer. Dans ce Fort estoit une chapelle élevée de p7 planches, laquelle pouvoit contenir quatre cens personnes... La maison
â^ du Gouverneur... estoit aussi de planches. Il y avoit un magasin et
une cuisine construits des plus gros morceaux de pierre qu'on avoit pu ramasser au tour des roches, un corps de garde, et douze cases de pieux et de jongs ; tous ces bâtiments estoient couverts de feuilles. Le Gouverneur avoit élevé les fondemens d'une maison, qui devoit estre de pierre de taille : il y avoit dans son jardin, qui estoit à la principale porte du Fort, des melons d'eau, des concombres,- de la chicorée, des laittues, des choux, et des poix; de l'autre côté, cinquante cases avec leurs jardins, et au milieu la maison des missionnaires, une chapelle, et un séminaire de jeunes nègres. »
A l'arrivée de la flotte sur laquelle Souchu de Rennefort était venu à Madagascar, les braves gens qui occupaient encore le Fort-Dauphin purent avec quelque apparence de raison espérer en des jours meilleurs que ceux par lesquels ils venaient de passer. Louis XIV et Golbert, convaincus qu'il y avait vraiment œuvre coloniale et commerciale à faire dans l'île Dauphine, — tel était le nouveau nom de l'île de Saint- Laurent (1), — n'avaient-ils pas assigné à la nouvelle Compagnie des Indes orientales, comme première tâche, la mise en valeur de la « France orientale », comme on l'appelait encore ? N'avait-on pas frappé à l'hôtel des Monnaies une médaille témoignant de l'intérêt porté par le roi à Madagascar? (2). Malheureusement, le premier gouverneur
(i) A partir du l*' juillet 1665, date à. laquelle Louis XIV, par lettres patentes adressées à la Compagnie des Indes orientales, donna ce nom à l'ile de Saint- Laurent.
(2) La face de cette médaille ne comporte aucun commentaire; quant à l'avers, voici comment l'explique l'académicien Charpentier, qui a été dans la circonstance le porte-parole de Golbert auprès du grand public : « La colonie est désignée, k la manière des médailles antiques, par un bœuf. Ce bœuf a une bosse sur le dos, comme ceux que l'on voit dans cette islc. Il est près d'un ébénier. arbre fort commun en ce païs-là, »
envoyé à Fort-Dauphin, M. de Beausse, un frère utérin de Flacourt, n'était pas l'homme qu'il eût fallu placer à la tête de la colonie ; il eût sans doute promptement ruiné l'établissement qu'il était chargé de relever, si la mort lui en avait laissé le temps. Son successeur, le marquis de Montdevergue, obtint de tout autres résultats; grâce à son entente avec Ghampmargou et Lacaze, il noua de bonnes relations avec
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Fig. 180. — Madagascar, d'après P. du Val, géographe du roi (1672).
les indigènes, donna une certaine extension aux plantations commencées précédemment aux environs de Fort-Dauphin, et travailla même à rendre plus considérables les comptoirs déjà fondés sur la côte orientale de Madagascar, le Fort Gaillard, par exemple, où résidait alors le futur fondateur de notre domination dans l'Inde, François Martin. L'œuvre de Montdevergue fut malheureusement détruite par son successeur, Jacob Blanquet de la Haye, qui, en 1670, reprit les anciens procédés d'intimidation et de violence à l'égard des indigènes, et compromit la situation d'une manière irrémédiable ; aussi les derniers habitants de Fort-Dauphin durent-ils, le 9 septembre 1674, évacuer
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un poste qu'ils avaient jusqu'alors courageusement essayé de conserver à la France, et qu'ils ne pouvaient plus défendre; et quand, un peu plus tard, à son retour de l'Inde, M. de la Haye revint toucher à Fort- Dauphin, il put seulement constater (comme l'a écrit un de ses compagnons) « qu'il n'y avoit plus de François. »
Ainsi finit, au xvii« siècle, l'occupation française à Madagascar ; mais le souvenir en demeura très vivant chez les indigènes du pays, et, bien qu'ils eussent eu presque toujours à se plaindre des chefs de la colonie, il semble qu'ils oublièrent assez rapidement leurs griefs pour ne se rappeler que leurs propres engagements envers les Français. C'est du moins ce que constatait Modave dans une lettre qu'il écrivait, le 28 août 1770, au duc de Praslin. « Ils se souviennent par tradition d'avoir autrefois juré fidélité au Roy de France. J'ai dans mon cabinet un très beau buste qui représente S. M. ; il est posé dans une niche entourée déglaces. Trois chefs de premiers de ce payïs me demandèrent un jour ce que c'étoit que cette figure; mes interprètes dirent : C'est le Roy notre maître. Dès qu'ils eurent entendus cette réponse, ils s'écrièrent en frapant des mains : Louis de Bourbon, Louis de Bourbon! Ce fait est très singulier: il prouve que ces nègres se souviennent très bien de leurs anciens démêl& avec Flacourt et, depuis, avec M. de la Haye. On trouve en efifet dans les relations du premier qu'il accorda la paix aux Rohandrians à condition qu'ils reconnoitroient Louis de Bourbon, quatorzième du nom, Roy très chrétien de France et de Navarre, pour leur souverain seigneur et maître. La trace de cet événement subsiste encor. »
ni
Eût-il été possible pour les Français, quelques années après l'évacuation de 1674, de retourner s'établir à Fort-Dauphin ? Il est bien difficile de le dire ; personne, dans tous les cas, ne semble y avoir songé avant 1730, et jusqu'au milieu du xvui® siècle, et même plus tard encore, c'est la cote orientale de l'ile qu'on estime être la plus propice à de nouveaux établissements de commerce et de colonisation. Là ont établi leur résidence, dans les dernières années du xvu« siècle, ces pirates de l'Océan Indien dont l'histoire est encore moins connue que celle des flibustiers des Antilles ; dès 1712, le sieur de la Merveille
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en compte à Sainte-Marie 400 « de tontes les nations ae TEurope, qui ont choisi cette petite île comme... l'entrepôt de tout leur trafic et de leur piraterie. » Mais si Sainte-Marie est en quelque sorte le quartier général de ces forbans, qui ont l'habitude de venir caréner dans un petit îlot situé à l'entrée du port du môme nom, un» bonne partie de la côte orientale de Madagascar est visitée, exploitée par eux; en 1730 encore, bien qu'un certain nombre de pirates aient passé à Bourbon et fait leur soumission au roi de France, Grossin estime ce qu'ils peuvent être 3000 de toutes nations... domiciliés dans une terre abandonnée et y vivant en habitants. »
On aimerait à connaître avec quelque détail l'histoire de ces Européens, dont les descendants existent encore aujourd'hui; on voudrait également savoir de quelle manière ils accueillirent les agents de la Compagnie des Indes qui tentèrent, en 1737, de fonder un comptoir sur la côte orientale de l'Ile Dauphine. Peutêtre certains dépôts d'archives contiennentrils des pièces encore inconnues qui nous renseigneraient sur ces points ; peut-être aussi existe-t-il des documents relatifs aux comptoirs commerciaux établis en 1750 et 1760 par des Français depuis Fort-Dauphin jusqu'à la baie d'Antongil. A l'heure actuelle, dans tous les cas, il est impossible de raconter avec précision cette partie de l'histoire de la colonisation de Madagascar.
Nous connaissons mieux la tentative d'établissement faite en 1768 à Fort-Dauphin par le comte de Modave. A une époque ou Choiseul travaillait de toutes ses forces à réparer, dans la mesure du possible, les pertes coloniales consenties par la France au désastreux traité de Paris, et où Le Gentil venait de fournir sur les côtes méridionales de Madagascar des renseignements très favorables, un projet d'établissement fondé sur le commerce ne pouvait qu'être bien accueilli par les bureaux de la Marine. Aussi est-ce avec l'espoir d'une réussite complète que Modave se rendit dans le Sud de File, acheta aux indigènes un territoire de « 9 à 10 lieues de superficie,.,, d'une très bonne qualité, bien arrosé d'eau de source, garni de beaux bois, bordé de deux grandes rivières navigables dans la majeure partie de leur cours d, puis commença l'exploitation agricole de ce domaine tout en relevant de ses ruines l'établissement de Fort-Dauphin. Malheureusement, la jalousie des habitants de l'Ile de France et l'inertie du gouvernement métropolitain arrêtèrent Modave en 1770, au moment où il venait de
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se constituer à Fort-Dauphin une base solide pour ses opérations subséquentes sur d'autres points de Madagascar.
Son insuccès ne détourna nullement le comte hongrois Benyowski d'entreprendre, quelques années plus tard, un nouvel essai de colonisation dans une autre partie de Tîle. On s'accorde communément, sur la foi de ses propres MémoireSy à faire de ce singulier personnage, encore fort mal connu, une victime du gouvernement de Tancien régime; tout en reconnaissant que les administrateurs de Tlle-de- France l'ont desservi de tout leur pouvoir, il nous semble bien difficile de voir en Benyowski autre chose qu'un aventurier sans scrupules, doublé d'un très habile mystificateur. Sans doute, il a essayé de créer au fond de la baie d'Antongil, à l'endroit qu'il nomme Louisbourg, un établissement important; mais à quoi était-il arrivé en réalité au mois de septembre 1776, trente-deux mois après son arrivée à Madagascar? Le célè bre Lapérouse, qui, en même tempsque les commissaires envoyés par le roi inspecter les colonies de la mer des Indes, a visité la baie d'Antongil à cette date, l'a raconté en ces termes : <c Je ne sais de quels sentiments furent agités MM. de Bellecombe et Chevreau, en voyant le misérable état de cette colonie naissante, mais ma surprise ne peut être exprimée, quoique je fusse prévenu du peu de progrès de cet établissement. M. de Benyowski s'est placé au milieu d'un marais; les palissades des cabanes
où lojafént les officiers sont pourries par l'humidité On manquait de
tout J'avais eu connaissance d'un^ plan, à l'Ile de France, où le
misérable hameau que je voyais était appelé ville de Lauisbourg ; on avait tracé des rues, un fort régulier y était dessiné. Ce n'était vraisemblablement qu'un projet que les circonstances n'ont pas permis d'exécuter. M. de Bellecombe ne cessait de demander à M. Benyowski où
était cette ville dont il avait tant entendu parler Quant au chemin
de Bombetock, il n'a seulement jamais existé! Je ne crois pas que tout ce qui existe en bâtiments et forts à Madagascar puisse être estimé audelà de 10,000 livres. »
Il est bon, quand on étudie les rapports et les plans émanant de Benyowski conservés dans nos archives, de se rappeler cette appréciation de La Pérouse ; c'est un moyen de leur donner leur valeur exacte, comme aussi de réduire à leur réelle signification les expressions de chef .suprême^ de roi de Madagascar^ qui sont employées couramment à propos de Benyowski. L'histoire intérieure de la grande ile infirme
Texactitude de ces mots, et la mort misérable du magnat hongrois, en l'année 1786, en montre l'exagération.
Bien moins importante qu'an siècle précédent, est donc en réalité l'histoire de l'intervention française à Madagascar au xviii* siècle; une seule tentative sérieuse d'occupation, et très courte, Toilà tout ce qu'il est possible de mentionner, puisque Hayeur n'a pas pu, en 1785, obtenir d'Andrianamboatsimarofy l'autorisation pour les Français de construire un village fortifié à la frontière du pays hova, et que l'illustre Kerguelen n'a pu retenir sur son plan de colonisation de l'Ile l'attention du gouvernement de Louis XYI, ni avant la Révolution, ni à l'époque de l'Assemblée législative. Un peu plus tard , au temps du Consulat, Bonaparte a songé à en faire un lieu de déportation ; mais il n'a pas réalisé ce projet, en sorte que, jusqu'en 1811, les seuls habitants des Mascareignes ont fondé des établissements commerciaux sur la côte orientale de Madagascar et en ont entrepris l'exploitation et la colonisation. Sylvain Roux, qui réside à Tamatave, a la haute main sur eux tous, en qualité d' « agent commercial du gouvernement français à Madagascar. »
C'est lui aussi qui, à l'époque de la Restauration, a repris possession de nos établissements, résisté, malgré l'attitude passive de son supérieur hiérarchique M. de Freycinet, gouverneur de Bourbon, aux empiète* ments des Anglais, et tenté d'arrêter les premiers progrès des Hovas. Sylvain Roux a voulu faire mieux encore, et fonder à son tour un nouvel établissement de colonisation à Madagascar ; parti en 1821 à la tète d'une troupe de colons, il s'est installé dans l'île Sainte-Marie et y a créé un petit centre qui, s'il ne put se développer, continua du moins de subsister. Un peu plus tard, au temps oii Radama !•' établissait sa domination sur la côte de la Grande Terre et expulsait du Fort-Dauphin une minuscule garnison française et les colons européens, rile Sainte-Marie a seule arboré notre pavillon dans les eaux de Madagascar, et même aux heures les plus tristes, à celles où notre influence a semblé le plus près de disparaître dans cette partie de l'Océan Indien, le drapeau de la France a continué d'y flotter. Au lendemain même de l'eicpédition Gourbeyre, la Monarchie de Juillet n'a
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pas osé évacuer l'île, « les intérêts des colons qui s'y étaient établis sur la foi des promesses du Gouvernement ne pouvant être ainsi sacrifiés ».
A l'entretien d'une petite garnison à Sainte-Marie, et à une exploration de la baie de Diego-Suarez (où il fut question en 1833 de fonder un établissement) s'est borné, jusqu'en 1840, le rôle du gouvernement de Louis-Philippe à Madagascar. Aussi la colonisation française y est-elle, par suite de notre propre faiblesse et des empiétements des Hovas, à peu près insignifiante. Cinq habitations, et quelques plantations produisant un peu de girofle, de café, de sucre et de vivres, voilà tout ce qui existe alors à Sainte-Marie, oii l'industrie peut être considérée comme nulle. Sur la Grande Terre même, une partie du commerce demeure encore entre les mains des armateurs de Bourbon et de quelques traitants français fixés dans différents ports du Sud et de l'Est ; mais si de Lastelle a pu conserver et développer la sucrerie créée par Amoux sous la Restauration à Mahéla, près de Tamatave, c'est en s'associant avec la reine même des Hovas, Ranavalo. Grâce à cette puissante protection, sa sucrerie est exploitée par dix Français qui dirigent mille cinq cents travailleurs noirs, qui ont planté au même endroit une vraie forêt de Cocotiers, et constitué de vastes plantations de Girofliers, d'Indigotiers et d'arbres fruitiers.
Comment, en dépit des acquisitions faites pour la France par l'amiral de Hell sur les côtes septentrionales de Madagascar, en dépit surtout de l'expédition dirigée par l'amiral Romain-Desfossés contre Tamatave, M. de Lastelle put demeurer dans l'ile, ce n'est pas ici le lieu de le dire ; il convient seulement de retenir que, pendant vingt ans , il travailla vaillamment et utilement à maintenir l'influence française à Madagascar, d'abord seul, puis de concert avec un autre de nos compatriotes, Jean Laborde.
Plus efficacement encore que Lastelle, le « grand » Laborde (comme on l'a parfois très justement appelé) et Jean-François Lambert, ont travaillé au même but(l) : ils ont suggéré au fils de Ranavalo l'idée de s'adresser à la France pour l'exploitation des richesse de Madagascar
(1) Rien mieux qu'une visite au domaine de Manlasoa ne peut faire comprendre quelle œuvre colossale et supérieurement conçue avait entreprise Jean Laborde. Notre compatriote avait fondé en cet endroit une vraie cité industrielle, où il avait réussi à fabriquer des armes, des munitions de guerre, des couleurs, de la faïence, du noir de fumée, du savon, des poteries... Le décret général d'expulsion, promulgué en 1857 par Ranavalo, amena le départ de Laborde et la mine de la cité industrielle de Mantasoa.
et le relèyement du peuple ; ils ont donné anx habitants de Tlmerina par leur intelligence, lenr esprit d'initiative, leur activité, une haute idée des qualités de notre race ; ils ont été les premiers, après la mort de Ranavalo, à rentrer dans Tile d'où ils avaient été expulsés en même temps que tous les autres Européens en 1857. S'ils n'ont pu, selon leur ' désir, ouvrir pacifiquement, et sans effusion de sang, Hadagascar à la France et au monde entier, la faute n'en est pas à eux, et ils ont fait tout ce qui dépendait d'eux pour réussir. Grice à ces courageux et persévérants patriotes, en effet, a été signé par Radama II le traité du 12 septembre 1862, dont l'article 4 concédait aux Français la faculté d'acheter, de vendre, de prendre à bail, d'exploiter des terres, des maisons, des magasins dans la grande lie, — dont l'article 7 ouvrait Madagascar aux savants, aux géographes, aux naturalistes et aux autres voyageurs de toutes les nations, placés sous la protection des autorités malgaches et des consuls européens. Aussitôt après la signature de ce traité, Lambert, reprenant l'idée qu'il avait suggérée dès 18B5 à Radama, alors prince héritier, entreprenait de fonder pour la colonisation de l'île une grande Compagnie française ; ce fut la Compagnie de McLdagascaTy qui organisa en 1863 une mission scientifique composée d'ingénieurs, de négociants et de savants chargés de recueillir toutes les notions utiles à la colonisation projetée et à l'exploitation des mines et des forêts. Hais l'assassinat du roi Radama II transforma, dès le 12 mai 1863, en un nouvel échec une entreprise très bien conçue ; les concessions de terrains déjà faites aux agents de Lambert sur plusieurs points de la côte orientale dans la province de Yohémar en particulier, furent annulées, et tout fut de nouveau à recommencer.
Le triomphe des missionnaires anglicans, les désastres subis par la France pendant les années 1870 et 1871 consommèrent la ruine de l'œuvre patriotique de Laborde et de Lambert, et jusqu'en 1890, même jusqu'en 1895, en dépit des événements qui se passèrent entre 1883 et 1885, non seulement la colonisation française, mais aussi la colonisation européenne demeurèrent à peu près aussi insignifiantes que l'avait été la première au commencement du règne de Louis-Philippe. Seul, à partir de 1886^ le territoire de Diego-Suarez, devenu colonie française, fut l'objet d'une véritable mise en valeur qui n'a pas discontinué; quant au reste de Madagascar, il ne fut jamais possible d'y agir a^ec suite et conformément à un plan nettement défini. Néanmoins, dès Tépoque où M. Le Myre de Yilers se rendit à Tananarive comme résident
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général, quelques tentatives furent faites par des Français pour reprendre à Madagascar l'œuvre industrielle et commerciale de Laborde et de Lambert. Mais Tinsécurité était complète : tout le pouvoir était aux mains du premier ministre Rainilaiarivony, un maître absolu, de l'appui duquel on n'était jamais assuré. Aussi, indépendamment du Comptoir d'Escompte, qui fonda dès 1886 deux agences à Madagascar, l'une à Tananarive et Tautre à Tamatave, deux de nos compatriotes, purent-ils seuls faire alors œuvre sérieuse dans Tlmerina: M. Rigaud, ingénieur attaché à la résidence, que sa situation même mettait en rapports avec le premier ministre ; et surtout M. Suberbie, qui passa avec Rainilaiarivony un contrat très onéreux, mais put bientôt, — ce dernier ne lui fournissant pas la main d'œuvre qu'il s'était engagé à lui procurer, — se considérer comme dégagé de ses obligations envers ce tout puissant personnage. Au total, en 1890, quelques concessions de terres ou de mines avaient été accordées soit à nos colons, soit à des sujets britanniques ; mais la mise en valeur de Madagascar était toujours bien loin de ce qu'elle aurait dû être, et de ce que le gouvernement français avait souhaité.
C'est alors qu'à la requête de M. Ribot, les grandes sociétés de crédit organisèrent une mission chargée d'étudier sur place la situation politique et économique de Madagascar (1). En dépit des multiples difficultés que leur suscita le gouvernement hova, les membres de cette mission purent se rendre, des richesses de l'île, un compte suffisant pour qu'un nouveau contrat fût ensuite passé avec Rainilaiarivony en vue de la mise en valeur de Madagascar. Contrat très imparfait d'ailleurs et ne pouvant pas ne pas être tel ; car il était absolument impossible d'entreprendre une œuvre sérieuse ailleurs que dans les pays du centre, oii la supériorité des Hovas se faisait sentir d'une manière indiscutée, où se trouvaient des gens sachant vraiment travailler, oii existait une véritable main d'œuvre, mais où, d'autre part, dominait surtout le premier ministre, dont l'opposition systématique a fait échouer les tentatives, les mieux conçues, celles qui, avec sa simple neutralité, eussent dû le mieux réussir.
Aussi, à la veille même des hostilités, en 1895, la colonisation de-
(1) Je tiens à remercier ici mon collègue et ami M. Delhorbe des renseignements qu'il a bien voulu me fournir sur l'état de la colonisation à Madagascar pendant les années qui ont précédé immédiatement la conquête française. Nul ne peut dire plus exactement que lui ce qui a été tenté dans la grande Ile entre 1890 et 1895.
meorait-elle languissante; comme colons européens, il n'y a^ait encore à Madagascar, aussi bien qu'au début de l'année 1883, que des corn- . merçants sur le littoral et, à l'intérieur, quelques industriels, possesseurs (autant que le leur permettait la loi hova) des terres sur lesquelles ils avaient obtenu de petites concessions forestières ou minières. Par suite de l'hostilité de Rainilaiarivony, de l'incertitude du lendemain, les sociétés de crédit s'étaient tenues sur la réserve et n'avaient pas encore estimé, malgré l'invitation qui leur en avait été faite par le Gouvernement français, pouvoir reprendre le programme tracé naguère par Lambert à la Compagnie de Madagascar. Tout, au total, demeurait à faire, et Madagascar était encore — en dépit des nombreuses tentatives d'établissement dont nous venons d'esquisser l'histoire — un terrain vierge de toute véritable colonisation européenne.
PRLNCIPAUX OUVRAGES CONSULTÉS
Loois Bbuvit, La France à Madagascar, 1815-1895. Paris* iS95, in-lt. — Bulletin du Comité de Madagascar, années 1898 et 1899. — Henry d'Esc aicps, Histoire et Géographie de Madagascar. Paris, 1884, in-8«. — Etienne di Plaooubt, Histoire de la grande isle Madagascar, Paris, éd. de 1658 et de 1661, in-4*. — Alfred Gra^ndidiir, Histoire de la Géographie de Madagascar, texte et atlas. Paris, 1895, 2 vol. in-4o. — A. Malotbt, Etienne de Flacourt, ou les origines de la colonisation française à Madagascar, Paris, 1898, in-8®. — Louis Pauliat, Madagascar sous Louis XI Y, Louis XIV et la Compagnie des Indes orientales de 1664. Paris, 1886, in-12. — Pouobt de Saimt-Amdré, La colonisation de Madagascar sous Louis XV. Paris, 1886, in-12. — SonoHU di Rirnbfobt, Histoire des Indes orientales. Paris, in-14^ 1688. — Léon Yiomols, La France à Madagascar de 1674 à 1750. Paris, 1890. in-S».