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lions d'importation et d'exportation, les Horas avaient des postes, s'y maintenaient et y percevaient des sommes dont une bien faible partie» il est vrai, entrait dans les caisses de TÉtat. Cette Administration, d'ailleurs, copiée sur notre organisation européenne, en apparence du
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Fig. 184. — M. le Myre de Vilcrs, Premier Résident général de France à Madagascar.
moins, établie sous l'influence des européens, Anglais ou Français, qui conseillaient la cour d'Imerina, administration non rétribuée, obligée de vivre aux dépens de la caisse publique, fonctionnant mal par suite de l'incohérence qui existait entre ses divers rouages, était incapable de se perfectionner : c'était une façade, avec toutes les apparences de la
LA C0L0!fISATI05 A MADAGASCAR
réalité, mais qui dissimulait le ride. Et c'est là le point faible sur lequel les détracteurs du régime du protectorat avaient beau jeu : car si, dans Tlmerina et à proximité de la capitale, l'autorité du premier ministre, actif et énergique jadis, débile et vieilli en 1895, pouvait
Fig. 185. — M. Maurice Bonipard , Ministre picnipolenliaire. ancien Résident général de France à Madagascar.
cependant s'exercer encore et remplacer à elle seule le fonctionnement de tous ces rouages rouilles qui n'avaient jamais marché, cette autorité, sur les points éloignés, était entre les mains des seuls gouverneurs et dépendait par suite de la valeur de l'intégrité de ces hommes ou du degré de confiance dont ils jouissaient à la Cour.
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L'effort de civilisation, la poussée, qui, sous Tinfluence de TAnglegletenre et de la France, avait entraîné, depuis le commencement du siècle qui vient de s'écouler, la tribu Hova dans un progrès trop précipité, avaient eu également des conséquences profondes sur l'esprit de la population. Celle-ci, possédant des aptitudes que personne ne lui conteste, intelligente et industrieuse, avait été grisée par la grossière imitation des produits ordinaires de notre propre civilisation, et ce fut là une des causes les plus dangereuses de l'insurrection. Si les Hovas, en effet, avaient pu se constituer en petit royaume, ce groupement s'était produit grâce au tempérament belliqueux de cette race, évidemment douée d'un élément différent de celui des autres tribus de l'île : toujours par ces aptitudes guerrières, enfermées qu'ils étaient au centre de l'île, ils étaient arrivés, sous Radama l'^'et Ranavolo II, à triompher des peuplades voisines et à étendre leur influence jusqu'au rivage de la mer. De l'excès de leur conquête et du bien-être relatif qui en fut la conséquence, résulta une période de torpeur, de laisser-aller, qu'a^ravait encore pour eux la conviction qu'ils avaient de leur supériorité. Ihse crurmt arrivés, pour employer une expression vulgaire, et il faut avouer que les tristes événements de notre première campagne, de la campagne de 1885, n'avaient pas peu contribué à leur inspirer de pareils sentiments. A notre arrivée dans la capitale, en 1895, lorsque quelques jours après la prise de Tananarive, ils s'aperçurent du petit nombre de nos troupes et de l'état sanitaire déplorable provoqué par les longs stationnements dans les régions basses du Boéni, il y eut certainement chez eux un réveil de l'esprit guerrier et le désir de secouer le joug qu'ils jugeaient facile de jeter bas. A ces idées se joignit également un réveil de fétichisme, un retour aux anciennes idoles, et peut-être aussi le sentiment très net de leur impopularité parmi les autres tribus, dont leur défaite les avait exclus avant que des mesures administratives ne les eussent rappelés en Imerina.
J'insiste, Mesdames et Messieurs, et je vous prie de m'en excuser, sur ces causes de l'insurrection, car cette période de 189H a eu des conséquences funestes pour la colonisation et a enrayé l'impulsion que la prise de possession de notre nouvelle conquête avait fait naître en France. Ne devons-nous pas aussi attribuer pour une large part cet esprit de rébellion, cette confiance des Hovas en eux-mêmes et ce dédain à l'égard de leur vainqueur, à la mansuétude, à la bonté, l'histoire dira même sans doute plus tard à la faiblesse, avec laquelle nos troupes
victorieuses se sont installées dans le pays conquis? Chez ces barbares, en effet, le triomphe avec ses pompes, était la conséquence, la preuve manifeste du succès. Bonté, pour eux, est souvent synonyme de crainte. Peut-être que l'humiliation publique de leur reine, le jour de l'entrée
Fig. 186. — M. le général Duchosne, coramandant en chef du corps cxpédilionnairc.
de nos soldats sur la place d'Andohalo, humiliation qu'il eut fallu complète, leur eût prouvé que nous étions dûment et définitivement les maîtres ! A une époque où nos tendances naturelles nous entrainent parfois vers la politique de sentiment, que des nations voisines répudient, avec trop de brutalité du reste, dans leurs paroles et dans leurs actes, il serait bon de nous souvenir des conséquences que notre
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attitude au lendemain de la conquête de Madagascar a produite, conséquences que quatre années de labeur assidu ont à peine effacées aujourd'hui et qui ne manqueraient pas de se reproduire à toute fai> blesse, à tout oubli d'autorité de notre part.
Cette insurrection a frappé à la fois l'ancienne et la nouvelle colonisation. Sur les pas de nos troupes, en effet, les vieux colons de la première heure étaient rentrés pleins de confiance : eux aussi, en s'habituant au caractère Hôva, avaient oublié les différences profondes des races. Dans ces commerçants retors avec lesquels ils faisaient jadis péniblement des affaires, dans ces ouvriers paresseux pour la plupart, payés en conséquence, mais qui, à force d'être multipliés, arrivaient à produire quand même un certain travail, ils ne soupçonnaient plus les soldats lâches mais nombreux que Radamal^'' avait emmenés à la conquête des Betsimisarakas et des Sakalavas. Leur attitude, du reste, pendant la campagne, leur fuite continuelle et parfois précipitée, ne permettaient guère de croire à un réveil chez eux de l'esprit belliqueux. Tout le monde pensait donc que, du jour où le drapeau français flotterait sur le palais de la Reine, chacun pourrait reprendre qui son commerce, qui son industrie. Malheureusement le drapeau français ne flotta pas tout de suite sur le palais de la Reine, et au linceul blanc par lequel les vaincus avaient imploré la pitié du vainqueur, succéda orgueilleusement, le l®*" octobre, — et il y resta plusieurs mois encore, — l'ancien drapeau malgache, semblant dire à la population : nous avons de nouveaux hôtes, un peu plus nombreux qu'autrefois, mais rien n'est changé.
Et de fait, pendant quelque temps la quiétude sembla régner. Puis, brusquement, les nouvelles des assassinats commis aux portes mêmes de la ville, vinrent y jeter l'émoi. Dans un autre ordre d'idées, les anciennes exploitations trouvaient difflcilement des ouvriers; la population inquiète, renfermée, refusait de travailler ; des propos étaient tenus, des actes hostiles même étaient commis, non seulemeut en Imerina, mais, fait plus signiflcatif, chez les peuplades vis-à-vis desquelles nous semblions jouer le rôle de libérateurs. Ces Betsimisarakas, par exemple, qui tant de fois s'étaient plaints à nos résidents des exactions commises parles Hovas à leur égard, se retournaient contre nous et jetaientle troubledansdes régions jusqu'alors pacifiques. Peut-être les conseils émanés de Tananarive en étaient-ils cause; peut-être aussi nous avaientrils rapidement jugés comme des maîtres plus gênants que les an-
ciens. Toujours est-il qu'on ne peut guère constater, dans toute cette année de 1896, que des tentatives de prise de possession sans qu'il y ait eu nulle part un essai de colonisation réel. Et combien ont payé
Fig. 187. — M. le colonel de Torcy (aujourd'hui général de division), chef d'état-major du corps expéditionnaire.
cher, ont payé de leur vie ces tentatives de prise de possession, comme Duret de Brie et ses compagnons, comme Garnier et les siens, comme le P. Berthieu, comme tant d'autres, tombés glorieusement en colons de la première heure, c'est-à-dire en soldats !
C'est donc en réalité, l'état économique de Madagascar en 1894,
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qu'il faudrait étudier pour servir de point de départ aux essais de coloni* sation ultérieurs à 1896 et aux mesures administratives qui ont été prises pour favoriser et développer ces essais.
Jusqu'en 1894, en dehors de quelques exploitations minières ou forestières dont M. Froidevaux vous a parlé, la colonisation de la grande lie était essentiellement commerciale. Quelques-uns de nos compatriotes avaient établi des comptoirs à Tananarive, à Tamatave, à Majunga, à Diego-Suarez et sur quelques points moins importants des côtes; une banque française, le Comptoir d'Escompte, avait ouvert deux succursales, à Tamatave et dans la capitale, facilitant ainsi leurs affaires à nos nationaux. Les entraves que le Gouvernement malgache mettait à l'installation des étrangers, les lois du royaume qu'il invoquait pour leur refuser des concessions territoriales ou pour ne les leur accorder, quand il avait la main forcée, qu'à titre tellement précaire qu'aucun établissement sérieux n'était possible, avaient obligé ces étrangers à se cantonner dans le négoce. Les marchandises introduites alors, et dont la majeure partie se composait de cotonnades servant aux indigènes à se vêtir, étaient pour la plupart de provenance anglaise ou américaine. Depuis quelques années, les nouveaux tarifs douaniers qui ont été mis en vigueur ont ouvert ces marchés aux produits français et c'est chez nous que les quelques mai* sons étrangères restées dans Tîle doivent maintenant venir s'approvisionner.
Ce commerce se ressentait encore des anciennes conditions dans lesquelles il s'était installé : ce n'était en réalité, sur la plupart des points, qu'un trafic. Le système, pratiqué principalement sur les côtes, consistait à échanger des marchandises de provenance européenne contpe des objets locaux. C'était celui en honneur chez les Hovas euxmêmes, et dont vivaient leurs gouverneurs. Tananarive était le centre de production et les différents objets de fabrication indigène descendaient vers les côtes, étaient troqués contre des produits d'importation européenne, qui remontaient à leur tour vers la capitale.
Ce système a fait son temps aujourd'hui. La concurrence nombreuse en a rendu l'application plus difficile; l'indigène aussi a appris à connaître la valeur des produits ; l'importation enfin dans le pays et la diffusion de la monnaie divisionnaire en quantité considérable, ont transformé complètement les conditions économiques du commerce. Il n'est plus pratiqué par échange que sur certains rares points de la côte Ouest
et du Sud de l'île. Toutefois, et nous tenons à insister sur ce fait avant d'étudier les mesures prises pour faciliter la colonisation, les habitudes inhérentes au trafic primitif, c'est-à-dire les longs marchandages, n'en subsistent pas moins et obligent le commerçanteuropéen à ne pas traiter directement avec les indigènes, mais à se servir d'intermédiaires de leur race. C'est dans ce rôle que, déchu de son ancienne
Fig. 188. — Fianarantsoa.
autorité politique, le Hova a pu déjà et doit retrouver son importance. Ses aptitudes commerciales, en effet, son développement intellectuel, en font un précieux auxiliaire, comme nous pourrons le constater. C'est également en s'inspirant de cette idée que le Gouverneur général a favorisé le plus possible l'émigration des Hovas vers les côtes, en profitant des tendances colonisatrices naturelles que ceux-ci ont manifestées. Le Hova^ en effet, est un excellent intermédiaire, capable de marchander, de débattre, de discuter pendant des heures les affaires les plus minimes. Servant d'agent à nos commerçants, il leur permet de multiplier leurs petits postes et de faire dans chacun un chiffre d'affaires insuffisant pour garantir les appointements d'un Européen et un bénéfice, mais susceptible d'assurer leur existence et un revenu convenable.
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Nous ne parlerons que pour mémoire des diverses mesures administratives prises en 1896 : aussi bien la plupart d'entre elles n'eurentelles pas de lendemain. La contradiction apparente qui existait à cette époi|ne entre le système de colonisation adopté, d'une part, — système fini [participait à la fois du protectorat et de la colonie, — et, d'autre part, tfîs tendances du Résident général d'alors dont le résultat fût d'aggraver etde prolonger l'insurrection, cette contradiction, dis-je, a eu pour r<'?sultiit toutes sortes d'arrêtés et de décisions inapplicables souvent et parfois dangereux. Deux faits cependant se sont produits, que nous ne pouvons passer sous silence, car leur connexité avec la question qui nous intéresse est trop grande. Le premier, que nous nous contenterons de signaler et dont la solution est encore à Tétude, offre une certaine gravité en ses conséquences économiques. 11 se rapporte à la reclierche de l'or. L'indigène peut-il et doit-il être assimilé à l'Européen pour l'obtention des permis de recherches et des droits d'exploitation f Le Résident général avait dit oui en 1896; tous les colons ont dit miL Peut-être, et nous le désirons, les commissions sur l'indigénat arriveront-elles à formuler un vœu qui concilie les devoirs de la stricte i^qnito avec lès intérêts de nos compatriotes.
Mais il est une autre question plus grave, question pour laquelle comme cela arrive trop souvent, hélas, les mots ont provoqué la solution, je veux parler de l'esclavage. Certes, et nous sommes tous d'accord sur ce point, l'affranchissement était inévitable, en admettant qu'il y ait jamais eu dans tout Madagascar des esclaves au sens absolu du mot.
Les tribus chez lesquelles l'esclavage était véritablement en pratique, chez lesquelles il donnait lieu à des trafics suivis, entraînant l'enlèvement, le rapt, la vente, etc., étaient surtout celles de la côte Ouest. Un courant séculaire emportait chaque année des individus, hommes, femmes et enfants, arrachés aux populations de l'intérieur, sur les boutres du canal de Mozambique. Baly, Maintirano, Morondava, Tuléar. tous ces points oii des roitelets exerçaient une domination absolue, doublée d'une influence commerciale, étaient les centres, les vrais marchés de ce commerce de chair humaine. Or, et remarqnez-le bien, 1 alïoljtion de l'esclavage en 1896 n'a pu être suivie d'effet chez les peuplades de la côte Ouest qu'à la fin de 1897, alors que nos troupes ont occupé militairement ces régions.
L'affranchissement, à Tananarive,a eu pour conséquence un redoublement assez sensible de l'exaspération, qui se serait traduit par une
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recrudescence de la rébellion sans la poigne énergique du général Galliéni. Rappelez-vous les événements d'octobre et de novembre 1896 et Tàpreté avec laquelle les tribus voisines de la forêt ont entraîné alors la lutte. Il fallait voir les villages déserts et les campements formés au centre de plateaux inaccessibles où grouillait pèle-mèle une population en guenilles, pour comprendre le désespoir, le mépris de la vie avec lequel ces gens renonçaient à leur foyer I II fallait voir surtout, comment dans ces repaires, maîtres et esclaves libérés fraternisaient dans une même haine contre nous. Et si encore cette question de l'esclavage n'avait eu d'autres résultats qu'une recrudescence de la rébellion : mais ses conséquences poursuivront longtemps encore le législateur et le forceront à concilier dans des prescriptions délicates le sentiment naturel de l'humanité et du progrès avec les exigences brutales de la main d'oeuvre.
Ces conséquences, qui se sont traduites au point de vue économique par l'abandon des rizières, faute de bras pour les cultiver, ont forcé l'autorité locale à prendre, même pour l'agriculture, des mesures qu'on n'hésiterait pas à qualifier en France d'autoritaires et d'absolues. Sous peine de confiscation au lendemain de l'affranchissement, les propriétaires se sont vus obligés de cultiver eux-mêmes leurs champs. Il le fallait : c'eût été la famine. Un bouleversement de ce genre ne se produit pas, en effet, sans convulsions, et l'Imerina frémit encore de celles qu'elle a ressenties alors. Du jour au lendemain, d'un trait de plume, les maîtres se sont trouvés privés d'ouvriers. Les affranchis pouvant s'employer pour gagner quelque argent, aussitôt follement dépensé, se sont dispersés, puis sont revenus chez leurs anciens possesseurs redemander leur place au foyer. Car c'étaient bien des a clients » que ces esclaves, vivant sur la terre du maître et ayant parfois des intérêts communs avec lui. N'avons-nous pas eu, à Tananarive, H. G. Grandidier l'a déjà rappelé, des exemples d'esclaves possesseurs d'une petite aisance, adoptant leurs maîtres? Il fallait voir, le soir, Idiçens groupée, par terre, autour du chef de famille, mangeant à la même écuelle, puis allant reposer sur la même natte
Qu'il eût donc été préférable de proclamer cet affranchissement, si l'on y tenait absolument et si on ne pouvait faire autrement, pour n'en réclamer les conséquences qu'au moment où, maîtres partout dans l'île, nous aurions pu partout en exiger l'application t Cette cause aurait suffi à elle seule à provoquer l'insurrection : c'eût été acquérir chè-