‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 29 sur 67 · CL. DELHORBE · texte numérisé non relu

CL. DELHORBE

rement un résultat nécessaire chez les Sakalaves, nous l'avons vu, douteux chez les Hovas.

J'espère, Mesdames et Messieurs, vous avoir donné dans cet aperçu d'ensemble sur la situation de Madagascar en 1896, l'impression que cette année qui a suivi la conquête a été nulle pour la colonisation, et que celle-ci n'aurait même pas pu commencer utilement en 1897, si le général Galliéni ne lui avait préparé les voies par la pacification. Cette pacification s'étant opérée beaucoup plus par les moyens économiques que par les actes militaires, beaucoup plus par la persuasion que par la violence, — le commandant en chef n'ayant jamais disposé que d'une poignée d'hommes, — il nous semble tout indiqué d'étudier les procédés employés et dont l'ensemble constitue un système de colonisation administrative éprouvé et consacré par le succès.

Nos troupes, dans la campagne de 1895, étaient montées de la côte vers Tananarive : dans la pacification de 1897, c'est de Tananarive qu'elles partirent pour rayonner vers les côtes. Les Hovas, nous l'avons

Fig. 189. — Ponl sur l'Ikopa, près de Tananarive.

VU, n'existaient plus comme dominateui*s ; nous avions définitivement pris leur place. Il s'agissait donc d'employer les mêmes procédés qu'eux. Et en effet, en considérant les moyens adoptés parRadama !«' pour la pénétration des régions insoumises, il est remarquable de

retrouver chez ces' barbares le procédé des petits postes, transformés en centres commerciaux et constituant un réseau dont les mailles vont s'élargissant au fur et à mesure des progrès accomplis autour du centre commercial principal. En examinant attentivement les anciennes cartes de Madagascar, on constatera que les sentiers rayonnant autour de Tananarive et allant jusqu'aux points les plus éloignés des cotes, sont jalonnés de postes militaires qui étaient occupés par un Gouverneur et quelques soldats se livrant tous au commerce. C'est aussi à l'aide d'un

Fig. 190. — Bac h Andakana sur le Mangoro (route de Tamatave à Tananarive).

réseau de petits postes que la pacification put se faire en 1807. et cela d'autant plus facilement que ces postes empruntaient aux pays environnants leurs ressources et semaient l'argent autour d'eux, au lieu de le prélever comme faisaient leurs devanciers Hovas. Peu à peu ces centres isolés se transformèrent en secteurs, les secteurs en cercles et les cercles en territoires. En même temps et concurremment, les anciens sentiers devenaient des routes dans les grandes artères, ou tout au moins étaient débarrassés des obstacles qui les obstruaient, des ponts (fig. 189 ] étalent jetés sur les ruisseaux, des pirogues et des bacs (fig. 190) assuraient

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Fig. 191. — Carte montrant la marche progressive de la pacification.

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les passages des riTÎères, des lignes lélegnphîqiies étaient créées, des arbres mêmes étaient plantés pour assnm* le boisement de larenir.

CTest grâce à cette pénétration lente et pro^ressire, à cet emploi de la main-d'œuyre locale poar le bien public et la civilisation, que le contact fut repris ou établi, non seulement arec les Uoras, mais aussi avec toutes les autres tribus. Cest dans une semblable période que la colonisation militaire dispose de moyens, oflfre des ressources capables de préparer la colonisation ciiile qui doit nécessairement la suiTre. n faut, pour s'en rendre compte, aroir ru comme j*ai pu le faire moimême, de simples sergents ou même de simples soldats dans ces postes perdus, éloignés de tout, souTent mal raritaillés durant la mauvaise saison, ardents pour la lutte arec des difticultés de toutes sortes, développant avec opinàtreté leur petit coin, y implantant nos idées, nos goûts, nos habitudes, faisant bon ménage avec la population locale, paysans eux-mêmes avec les paysans, fiers de se montrer à l'arrivée du voyageur entourés de leur village, heureux d'épater, le soir, le bourgeo'uf, en lui servant une salade de chicorée frisée, alorsquil n'y avait pas de pain sur la table f

C'est ainsi que, dans ce premier semestre de Tannée I89G dig. 191 ), nous n'occupions, et seulement en certaines parties, que Tlmerina et le Betsiléo; qu'à la fin de cette même année, nous étions maitres de ces deux provinces avec les deux routes de ravitaillement de Tamatave et de Majunga; que, nous étendant toujours, nous avions pris possession au mois d'octobre 1897 de tout le Nord de l'ile, de la province des Baras et d'une zone côtière se prolongeant vers le Sud-Est jusqu'à Fort- Dauphin; et qu'enfin, le 31 décembre 1897, il ne nous restait plus à nous établir que dans l'extrême Sud et dans quelques points du Ménabé sur le versant Ouest.

La méthode que le général Galliéni a employée pour la pacification et la colonisation de Madagascar, il l'a admirablement exposée dans le rapport d'ensemble sur sa gestion qu'il a adressé au Ministre au moment de sa dernière venue en France, rapport que tous ceux qui s'intéressent aux colonies, que tous les Français devraient lire. Ecoutez comment, en quelques lignes simples, mais éloquentes, il fait part de ses idées, dans sa circulaire du 28 mai 1898, à ses subordonnés, à tous ceux qu'il appelle familièrement ses collaborateurs :

« La meilleure manière pour arriver à la pacification de notre nouvelle et immense colonie, écrit-il, est d'employer l'action combinée

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