‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 31 sur 67 · CL. DBLHORBE · texte numérisé non relu

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n faut avouer aussi que le recrutement de ces colons était alors généralement peu brillant. Nos possessions d'outre-mer étaient considérées par l'opinion publique comme bonnes tout au plus à recevoir le trop-plein encombrant de la mère-patrie. Elles servaient à caser des fonctionnaires et à nourrir par des subventions déguisées des Français qui n'avaient plus rien à essayer en France. Dans ces conditions, le

Fig. 193. — La rade de Diégo-Suarez.

gros commerce se souciait peu d'y risquer ses marchandises, le capital se gardait bien d'y chercher des placements.

Après les malheureux événements de 1870, les données du problème changèrent. Militairement, politiquement et administrativement, il devint nécessaire pour la France d'exercer en dehors du champ d'action de l'Europe son énergie et ses forces vitales promptement remises et rénovées. D'autre part le développement de l'instruction, la décentralisation opérée par les chemins de fer, la griserie du « pourquoi pas moi aussi », provoquèrent un encombrement dfô carrières, en même temps que les importations de produits obtenus dans des conditions économiques différentes des nôtres amenaient une diminution de rendement dans nos cultures, et, par suite, une dépréciation de la terre. Au point de vue commercial aussi, de nouveaux débouchés s'étaient créés ; il fallait lutter et exporter à notre tour. D'où travail et, par suite, amélioration dans l'administration de nos colonies et dans leur exploitation.

Certes nous désirerions ardemment voir s'accentuer cette progression. Il faudrait que les capitalistes à leur tour fussent résolument décidés à considérer les placements coloniaux au même titre que les métropolitains. Ils y trouveraient de grands avantages : et pour en arriver là, il suffirait que notre administration coloniale prit un peu de stabilité et que nous eussions à sa tête des Gouverneurs de choix, gérants moralement responsables de l'affaire qui leur serait confiée, libres d'agir au mieux des intérêts locaux dans une ligne de conduite générale qui leur aurait été tracée. Il faudrait que leur action pût s'exercer sous le contrôle et non sous la dépendance des commissions et des souscommissions dont le travail, si libéralement fs^it qu'il soit, est inspiré par des idées non coloniales, alors qu'il ne devrait être qu'un frein à des idées parfois par trop coloniales. Le Gouverneur général, appuyé du conseil d'administration, connaît les vrais intérêts de la colonie dont il a la charge. Malheureusement nous vivons à une époque où on craint les responsabilités pour soi : on les redoute même si fort qu'on surveille celles des autres. D'où le rôle exagéré des commissions, qui se retranchent elles-mêmes derrière des lois. Or les lois, en matière de concessions, outre qu'elles ont l'inconvénient d'être coulées dans un même moule, entraînent des projets qui ont pour conséquence de retarder la colonisation. Voilà, je crois, une des principales causes du piétinement sur place»

Car ce serait se tromper étrangement que de supposer que nous n'avons pas actuellement des hommes d'initiative et d'action. Il ne m'appartient pas d'étudier avec vous ces hommes déjà nombreux et les œuvres que, malgré tout, souvent ils ont menées à bien. De toutes nos colonies, c'est de Madagascar qu'il s'agit ici, c'est donc de Madagascar seul que je viens vous parler, en étudiant avec vous l'œuvre de son éminent Gouverneur, le général Gallieni, qui n'a c*^ssé, par toutes les mesures administratives qu'il a été amené à prendre, d'affirmer hautement les nouvelles idées coloniales et de leur ouvrir le chemin.

Besoin de relations entre Tindigène et les colons. — Il suffit, pour s'en rendre compte, de feuilleter le Journal officiel de la colonie, à partir du mois de novembre 1897, pour y trouver à chaque page des circulaires, des lettres et des arrêtés, dénotant une préoccupation constante chez celui qui les édictait, une sollicitude infatigable à

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l'égard du colon et à Tégard de l'indigène. En effet, c'est commettre encore une grave erreur, aujourd'hui de moins en moins fréquente heureusement, mais qui cependant rencontre encore des défenseurs, de croire que le colon peut se passer de l'indigène. Transplanté dans un pays dont il ignore le plus souvent les habitudes et la langue, où le climat, même dans ses meilleures parties, atteint et déprime son activité, notre compatriote trouve dans l'indigène et doit y trouver un auxiliaire, auxiliaire doublement précieux, comme ouvrier d'abord, habitué au

Fig. 194. — Majunga.

climat, produisant peu, mais peu payé, comme intermédiaire ensuite, intermédiaire patient, incommensurablement patient avec ses congénères. Nous avons vu, dans notre premier entretien, comment le Hova se prêtait particulièrement à ce rôle. C'est le devoir de l'administration de prévoir ces rapports et d'en régler les conditions. Il vaut toujours mieux, en effet, prévenir les difficultés que de les laisser se produire. Des mesures ont été prises dans ces deux sens par le Gouverneur Général de Madagascar, tant pour assurer la main-d'œuvre à nos nationaux que pour leur procurer des contre-maîtres et des intermédiaires. Une des premières mesures de ce genre a été la loi sur le travail.

Dans l'ancienne organisation malgache, le travail au bénéfice do gouvernement avait été rendu obligatoire pour tous. Toutefois cer-

taines castes jouissaient du p^ivil^ge d'être affectées à des travaux spéciaux. Cette organisation, qui remontait aux anciens cliefs de rimerina, et en particulier à celui qui constitua Tunitê du jj^oiivernement de Tananarive, avait pour but de secouer rapatliie des indigènes qui, ni pour or ni pour argent, ne travailleraient à contre-cœtir, et je vous prie de croire, Mesdames et Messieurs, qu'ils ont bien rarement ce désir. Réservé à des travaux d'utilité publiqiîo, primitivement, le fananpoana^ — c'était le nom de cette prestation, — Tut détourné de son but et appliqué aux besoins de l'ex-reine, de le x- premier ministre et de leurs innombrables familles, tant et si liien qyven

Fig. 195. — Taraatavo vue de la mur.

1894 les commerçants eux-mêmes n'échappaient pas à la loi ronimune. Les produits indigc'nes étaient souvent fabriques à la corvée et nous pourrions citer tels industriels, potiers, ébéiiisles et nM>me bijoutiers, qui n'ont jamais été payés de fournitures faites pour la couronne.

Le premier devoir était donc pour nous de n^forniDr ces abus, sans abandonner encore complètement l'ariDe puissanLo qui mettait les forces vives du pays aux mains du ^îoinenicnient. Tel a été le but de la loi sur le travail, qui, tout en maiiitoiiaiU le principe de la prestation comme elle existe du reste chez nous, doonait aux indigènes engagés régulièrement des dispenses pra|>res à provoquer les engagements, c'est-à-dire capables d'assurer le maximum de la main-d'œuvre à nos colons. Plusieurs de ceux-ci, malheureusement, soit par la conviction qu'ils eurent de pouvoir mettre leur propriété rapidement en valeur» soit par négligence, soit par une cou[>able eon-

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nivence avec les naturels, en arrivèrent à multiplier par trop le nombre de leurs engagés et même à créer des engagements fictifs, non sans bénéfices pour eux : grâce à leur intervention l'indigène, sans travailler à une entreprise particulière, échappait ou tout au moins cherchait à échapper au contrôle du gouvernement. Il ne faut guère chercher autre part la raison des correctifs à cette loi du travail apportés par le Gouverneur Général et supprimant, à dater du 1^' janvier 1899, les dispenses de prestations pour les engagés.

Le contrôle de cette loi s'exerçait et s'exerce toujours encore avec l'aide du livret. Tout indigène, à Madagascar, dans les points du moins où a été définitivement assise notre autorité, est pourvu d'un livret : les ouvriers le portent généralement dans une petite boite plate en fer blanc pendue au cou. Ce livret contient les renseignements relatifs à son état civil, ceux concernant ses engagements et, en regard, l'émargement mensuel du salaire stipulé dans •l'engagement. Car si la préoccupation de nos administrateurs doit porter sur la nécessité d'attacher l'indigène au colon, il ne leur est pas permis de perdre de vue que l'indigène lui-même peut avoir besoin — avec ceux-là surtout qui semblent le soutenir — .de l'appui de l'autorité pour la sauvegarde de ses droits.

De toutes façons, vous le voyez. Mesdames et Messieurs, l'administration locale est obligée d'intervenir dans les rapports entre l'indigène et nos compatriotes.

La formule définitive de cette intervention indispensable a-t-elle été trouvée à Madagascar ? Non, pas encore, évidemment, puisque nous venons de voir qu'on a édicté des mesures destinées à corriger les premières, trop libérales, qui avaient été prises et que, d'autre part, la prestation, depuis le !«»■ janvier 1901, a été définitivement supprimée dans la colonie. Cette suppression appelle forcément la création d'une nouvelle loi destinée à combattre l'oisiveté indolente de l'indigène. La justification des moyens d'existence semble toute indiquée. On arrête les vagabonds en France : des prescriptions équivalentes pourront peut-être assurer la main-d'œuvre de nos colonies. Le problème est assez grave pour qu'on en cherche la solution.

Quelques esprits inquiets — il y en a toujours — ont reproché parfois au Gouverneur général de multiplier ses arrêtés, et ses circulaires comme si dans un pays neuf tel que Madagascar, avec une population qui, malgré notre séjour de dix années à ses côtés, était restée

à l'abri de nos inquisitions et de nos perquisitions, et nous était, par suite, complètement inconnue, il était possible d'obtenir du premier coup le résultat cherché. Et ne valait-il pas mieux.tendre vers l'amélioration par une série de mesures qui avaient le mérite d'être prises progressivement et de ne pas désorganiser un ancien état de choses* que de rester sans rien faire ou d'adopter de prime abord une solution extrême, comme cela s'est pratiqué si souvent dans nos vielles colonies qui en meurent aujourd'hui.

Mesures destinées à développer la main-d'œuvre. — Hais, en constatant que l'indigène, actuellement, dans la plus grande majorité des régions de Madagascar, est impropre au travail, et en prenant des mesures administratives inspirées par l'état des choses à notre arrivée et destinée à l'y inciter, — le Gouverneur général na jamais perdu

Fig. 196. — Ouverture du Concours agricole de Tananarive. Arrivée du Gouverneur général..

de vue son amélioration morale, que, par d'autres mesures connexes, il s'efforçait de provoquer. Le noir est comme Teiilant qui sans la contrainte coercitive du proviseur manquerait évidemnient souvent sa classe. L'indigène, dans son pays où la vie facile au grand air entretient ce sentiment ancestral de paresse, se soucie peu de

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