‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 32 sur 67 · CL. DELHORBE · texte numérisé non relu

CL. DELHORBE

travailler et surtout de se déplacer pour le faire. Il lui faut, outre l'obligation morale, un appât pour l'y décider.

Les encouragepients de toutes sortes ont donc été donnés aux Malgaches afin de les intéresser au travail : pour l'agriculture, des concours (fig. 196) ont été institués avec des primes en argent; il en a été de même pour les industries locales. Des écoles qui sont venues s ajouter aux établissements confessionnels (fig. 197), catholiques ou protestants, français, anglais ou norvégiens qui existaient déjà, ont

Fig. 197. — Une École des Frères à Tananarive.

été fondées de toutes parts, écoles dans lesquelles de jour en jour davantage l'enseignement purement pratique prend la place de l'enseignement théorique, afin d'éviter Tencombrement des carrières de bureau, si séduisantes pour la paresse des indigènes. Puis des concours ont été organisés entre ces différentes institutions, pour donner le plus d'émulation possible aux élèves qui les fréquentent. Préoccupé du nombre toujours croissant de ces élèves dans les écoles correspondant à nos écoles normales primaires, le général Galliéni s'est efforcé de développer l'enseignement professionnel jusque dans ces écoles et d'étendre hors du centre de l'île le goût du travail manuel indis-

pensable à la colonisation. C'est par les écoles de Tananarive que ce mouvement a commencé : c'est là que l'enseignement professionnel, sous la haute direction de M. JuUy, un de nos compatriotes à qui nous devons le plus à Madagascar, a formé des professeurs parmi lesquels se recruteront les contre-maîtres indigènes qui iront à leur tour dans les diverses tribus porter la bonne parole, c'est-à-dire leurs bras et leurs outils de travail. Car si Tananarive était, avant la conquête, le cœur de Madagascar, le centre actif et intelligent de Tile, il Test resté après l'occupation.

Il était facile de prévoir, en effet, nous l'avons déjà dit, que, l'insurrection réprimée, le ^ova reconquerrait au point de vue commercial la place qu'il avait perdue politiquement. Depuis deux ans, nos compatriotes qui habitent la capitale n'ont cessé de constater chaque jour l'exode colonisatrice des Hovas vers les côtes, exode qui se produit pour le plus grand bienfait de nos colons et des autres tribus elles-mêmes, et que, par suite, il faut développer et encourager par tous les moyens en notre pouvoir. J'ai été heureux, à mon dernier voyage à Madagascar, d*entendre des colons de Tamatave et des environs, ceux-là même qui étaient, avant la conquête, les plus acharnés contre l'autorité hova, réclamer à grands cris, dans l'intérêt commercial même, le retour de ces Hovas parmi eux comme trait d'union a,vec Tananarive, d'une part, de l'autre, comme intermédiaires excellents avec les autres tribus locales. Plusieurs ont écrit dans ce sens au Gouverneur général et celui-ci non seulement a tenu compte de ces lettres, mais par plusieurs circulaires à ses administrateurs a indiqué les mesures propres à assurer cette exode et les avantages devant être faits aux Hovas qui consentiraient à aller s'installer à la côte, avantages consistant en dispenses de prestations et autres faveurs.

Le Hova, en effet, dépense dans la colonie même l'argent qu'il gagne. Dans ces conditions, alors que cet argent doit profiter à notre commerce, serait-il sage, serait-il raisonnable de laisser les Arabes, les Indiens ou les Chinois monopoliser le petit commerce? Ceux-ci, en dehors du danger réel pour la tranquillité de l'île qu'offre leur présence, et les difficultés de la pacification dans l'Ouest et le Nord- Ouest Tout prouvé, ne laissent même pas dans la colonie la somme nécessaire à leur nourriture quotidienne, qu'ils font venir le plus souvent de leur pays d'origine, où retournent toutes leurs économies

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