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Mesures prises pour faciliter Taccroissement de la race. — Outre les mesures destinées à provoquer rémigration des Hovas sur la cote, d'autres ont été prises pour faciliter l'accroissement de la race en améliorant les conditions hygiéniques de son existence. Le Hova, en effet, est très prolifique : les familles de dix et douze enfants ne sont pas rares (fig. 198). Malheureusement la mortalité sur ces enfants est très fréquente, par suite des conditions déplorables, tant au point de vue de Tinstallation que du vêtement et de la nourriture, dans
Fig. 198. — Famille Ramanpanjaka.
lesquels ils vivent. Aussi, tout en accordant des avantages, des primes mêmes, aux familles nombreuses, le Gouverneur Général s'est-il efforcé, par la création de commissions d'hygiène et la surveillance des services de voirie, d'améliorer les conditions matérielles de Texistence de la famille.
Des hôpitaux ont été créés dans les grands centres ; pour secourir les endroits éloignés, on a institué à Tananarive une Ecole de médecine où des Malgaches choisis, qui se répandent ensuite dans les différentes provinces, sont instruits dans les choses les plus essentielles de la science d'Esculape. Les premiers sujets de cette Ecole sont envoyés en France, à Paris ou à Montpellier, pour y terminer leurs études et ac quérir leur diplôme de docteur.
Plusieurs léproseries reçoivent les malheureux, trop nombreux à Madagascar, atteints de cette horrible maladie.
Un Institut Pasteur fonctionne dans la capitale.
Le D' Vilette, médecin de la marine, y a ouvert une maternité qui rend les plus signalés services.
Il n'y a pas de jour où, dans son zèle infatigable, le Gouverneur général n'édicte de nouvelles prescriptions destinées à améliorer la situation matérielle et morale de l'indigène.
Une fête populaire, dite « Fête des enfants », dont le but est de rendre hommage aux nombreuses familles, a été instituée à Tananarive et obtient un succès qui va toujours grandissant. Elle réunit, chaque année, sur la grande place de Hahamasina, les progénitures des habitants de la capitale et de plusieurs lieues à la ronde. Depuis trois ans qu'elle existe et que des mesures tant politiques qu'administratives ont été prises pour protéger la race en la moralisant et en la mettant à l'abri des principales causes morbides qui la décimaient, des résultats très appréciables ont été obtenus. A la dernière de ces réunions quatre-vingt-douze femmes, ayant une moyenne de douze à quinze enfants, ont défilé devant le chef de la colonie et reçu de ses mains une prime en argent, ainsi qu'un diplôme commémoratif de la cérémonie. Douze cents mères indigentes ont été gratifiées de vêtements pour leurs enfants. Des distributions de jouets et de friandises ont été faites à ceux-ci : aussi la joie se lisait-elle sur tous les visages et se manifestait-elle de la façon la plus bruyante chez les jeunes héros de la fête.
Mesures destinées à ramélioraiion de rindigàne : Pénalités. — Restaient à régler au mieux des intérêts de la colonisation, en conformité avec ceux de la civilisation, les sanctions des rapports entre nos compatriotes et les indigènes, c'est-à-dire la justice indigène. Il faut remarquer, en effet, que toute notre législation, conçue pour une civilisation déjà avancée, pour un pays où lesinstitutionssonten pleine vigueur, ne saurait convenir aux pays neufs. Nous avons eu malheureusement, à Madagascar, l'occasion de vérifier ce fait , et plusieurs de nos magistrats se sont trouvés désarmés ou gênés par des articles du code qu'il leur était impossible de ne pas appliquer. Puisque ce code existe, la nécessité apparaît d'avoir, tant à la tète du service de la justice que dans ses diverses fonctions, des hommes à idées larges, à vues éclairées, qui comprennent combien redoutable peut être à un màbàoàscài. 27
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moment donné leur action, et qui, fidèles observateurs de nos lois, les interprètent suivant les pays où ils vivent. Mais il fautde plus, et il serait étrange qu'il en fût autrement, alors qu'en France même nous voyons le Gode Napoléon recevoir de certains présidents audacieux des interprétations qui sont déjà des réformes, il faut, pour permettre à ces juges d'agir dans la plénitude de leur conscience et au mieux des intérêts de la mère-patrie, leur préparer des armes maniables : c'est l'utilité du Code franco-malgache, dont l'étude depuis deux ans se poursuit à Tananarive, étude dont le résultat devra être soumis à l'approbation de la Métropole. Un seul exemple fera mieux ressortir cette nécessité : la loi sur le travail dont nous parlions tout à Theure, et qui a été mise en vigueur, prévoit des difficultés pouvant surgir de la non-exécution de part et d'autre du contrat d'engagement. Si le patron ne paie pas à l'ouvrier son salaire, et si ce dernier l'attaque devant nos tribunaux, l'employeur devra se libérer immédiatement et sera même, suivant la stricte application du code, passible de dommages-intérêts. Si l'ouvrier, au contraire, ne tient pas ses engagements, existe-t-il des mesures pénales applicables à Madagascar et capables de l'y contraindre ? On est forcé alors de recourir à des mesures administratives, qui engendrent des difficultés, des conflits parfois et des inégalités de traitement suivant les circonstances et suivant même les administrateurs qui les appliquent. C'est une autre face de la question de l'indigénat agitée encore récemment devant la Chambre, question multiple qui varie suivant nos colonies et suivant l'état de civilisation des peuples que nous administrons.
Mesures propres à rinstallation du colon. — Telles sont, dans leur ensemble, et sommairement indiquées comme il est possible de le faire ici, les mesures générales prises pour assurer à la colonisation une main-d'œuvre aussi abondante et aussi constante que possible. Prenons maintenant celles qui sont destinées à faciliter l'installation du colon et à restreindre ses pérégrinations et ses recherches.
Il fut un temps, nous l'avons déjà vu où, dans nos colonies, l'administration avait la réputation de considérer tout nouveau-venu, c'est-à-dire tout colon, comme un ennemi ou tout au moins comme un gêneur. Il n'en a pas été ainsi à Madagascar, où tout semble avoir été fait et conçu, non seulement pour provoquer l'arrivée du colon, mais même pour faciliter son installation et atténuer les ennuis et les formalités
administratives inhérentes à Tobtention des concessions. Sous impulsion du Gouverneur général, les commandants de territoires, administrateurs, commandants de cercles et de secteurs, ont tous, respectivement, dans leurs régions, étudié, délimité, relevé même les terrains disponibles qui leur semblaient les plus propres à receToir nos compatriotes. Un recueil parait, à Tananarive, sous le titre de Notest Explorations et Reconnaissances^ où dans chaque nuniéro, indépendamment des voyages et renseignements les plus variés provenant de tous les points de la Grande Ile, un exposé, avec cartes et plans à Tappui, est régulièrement publié de ces terrains sous le nom de « Lots de colonisation ». Ces lots variant d'une contenance de 100 à 500 hectares sont établis pour le petit colon et pour ceux également qui, pourvus de quelques capitaux, sont en mesure de s'installer de suite et de commencer la mise en valeur. Si quelqu'un songe à aller s'établir à Madagascar, il trouvera dans ce recueil des notions générales sur les territoires si variés et si différents de la Grande Ile, notions assez détaillées pour qu'il puisse, de France même, se faire une idée suHàsamment précise du point où il songe à se rendre et être guidé dans sa décision. S'il veut demander un complément nécessaire de renseignements, il est possible, soit à Madagascar, soit à Paris, de lui iixer les régions disponibles à ce moment. A son arrivée, il pourra donc s'installer presque immédiatement sur le terrain choisi, eu taire la délimitation, obtenir un titre d'occupation provisoire qui sera transformé en titre définitif du jour où la mise en valeur dune partie de ce terrain le rendra réellement propriétaire. Pour les grandes exploitations la Métropole intervient et le titre provisoire ne peut être délivré que par le Ministre des colonies lui-même, après avis de la commission dite des concessions. Mais là encore, par suite de ce mouvement que je signalais au début de notre entretien, le désir de simplilîer les formalités semble se manifester. Les derniers décrets promulgués sôus l'inspiration de cette commission spéciale ont des tendances plutôt libérales. Nous ne doutons pas qu'elle tienne à honneur ot ne se décide résolument, et sans restriction autre que celle du retrait pur et simple de la concession en cas de déchéance, à seconder, par des elTorts diligents et actifs, l'initiative des hommes et des capitaux.
Le Guide de f Immigrant^ publié par les soins du Gouverneur général, ouvrage très complet où ont été réunis tous les renseignements, toutes les indications fournis par les administrateurs des
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différentes régions, couronne cet ensemble de documents qu'on s'est efforcé de mettre à la portée de tous. La Revue de Madagascar ellemême, les Guides à l'usage des colons publiés par le Comité de Madagascar, sont encore dans cette tâche les coadjuteurs de l'administration locale.
Des indications que je riens de vous donner, il ressort ce fait qu'il existe trois catégories de colons pour Madagascar, comme pour nos autres colonies. En première ligne, le petit colon, celui qui dispose d'un capital minime, 10 à 15,000 francs. Ce capital est totalement insuffisant pour permettre à son possesseur de s'installer sur une concession, de la mettre en valeur et d'y vivre. Il lui faudra sur cette concession de cent hectares, que la colonie accorde gratuitement à nos compatriotes — et il ne doit pas songer à plus, s'il se hasarde même dans de pareilles conditions — il lui faudra avoir recours à un autre travail qui assure son existence et lui permette de consacrer le capital apporté à sa seule exploitation. Ce travail sera ou un petit commerce, dans lequel il deviendra l'entrepositaire d'une maison française établie dans un centre, ou un emploi dans une grande concession voisine. Par ce moyen, mais par ce moyen seulement^ il doit arriver avec ses économies à mettre progressivement en valeur le terrain concédé, et surtout à parer aux éventualités qui, à Madagascar comme partout, ne manquent pas de se présenter au début d'une exploitation.
La seconde catégorie comprendra les colons qui, possédant un capital de 60,000 à 100,000 francs, peuvent prélever sur ce capital une somme de 15,000 à 20,000 francs nécessaire pour leur existence, le reste devant être appliqué à l'entretien et à l'exploitation méthodique de leurs propriétés, pendant une durée de quatre années nécessaire pour arriver à la période de production. A ceux-là sont permises les concessions de 500 à 1,000 hectares qui pourront comprendre, grâce à un choix judicieux, des terrains de diverses sortes propres à différentes cultures ou à différentes exploitations.
Reste la troisième catégorie, celles des grandes sociétés, qui, vu le capital engagé, ont besoin pour réussir de concessions territoriales importantes sur lesquelles elles exercent, avec un personnel de choix et avec le contrôle du Gouvernement, ou plutôt la possibilité de ce contrôle, une autorité presque administrative.
Examinons quelles sont les conditions de succès pour les unes comme pour les autres.
Pour les deux premières catégories, pour celles où l'initiative particulière d'un seul individu est en jeu, ce sont évidemment les qualités de rhomme même qui feront la valeur de l'affaire. Ce colon devra être robuste, énergique, sobre, persévérant et entendu. Il lui sera indispensable de connaître le pays, ses habitants et, autant que possible,
Fig. 199. — Habitation d'un colon sur la côle.
assez la langue indigène pour pouvoir se faire comprendre et vivre plus en contact avec les populations locales. A cet effet, il serait à désirer qu'il pût, avant de s'installer sur son terrain, voyager pendant un an, six mois, dans Tîle et séjourner un peu à Tananarive. La somme nécessaire pour remplir un pareil programme est facile à évaluer.
Pour voyager à Madagascar, il faut compter un minimum de dix porteurs ou bourjanes^ qui, au prix actuel de 1 fr. 50 l'un, coûteront, par jour, 15 francs. Plus, en nourriture et faux frais personnels, une somme de 5 francs, bien entendu en réduisant au strict nécessaire les dépenses de nourriture, et en s'astreignant à vivre le plus possible à la façon indigène. C'est donc, pour six mois de voyage, à 600 francs