MALADIES
Nous devons étudier maintenant les principales maladies <]iij s'observent à Madagascar, soit chez les indigènes, soit chez les colons. La plupart des maladies d'Europe se rencontrent dans ce pays, sans y acquérir une gravité plus grande que chez nous; il existe en outre un certain nombre de types morbides, qui rentrent dans la grande catcgorie des maladies tropicales et sont généralement inconnus de l'Européen. Les uns sont des envenimations causées par la piqûre rte divers animaux propres à la faune malgache, les autres des intoxicn^ tiens causées par des fruits, des racines ou même par la chair iJe certains animaux du pays; d'autres encore, et ils constituent b catégorie de beaucoup la plus importante, sont des maladies inf^^ctieuses ou parasitaires, qui peuvent revêtir le caractère épidémique «ui exister au contraire en permanence dans certaines localités. Non s connaissons déjà des faits de la plus haute importance à propos de ces diverses maladies, mais ce qu'on sait n'est véritablement que fort peu de chose, en comparaison de ce qu'il nous reste à découvrir. Les pays tropicaux offrent aux investigations des hommes de science un domaine immense, sur lequel on n'a guère fait encore que poser quelques jaloTis : Madagascar est du nombre de ces pays où des recherches méthodiques ne manqueront pas de donner une ample moisson de découvertes importantes.
Les troupes qui ont pris part à l'expédition de 1895, lors de la conquête de l'ile, ont été très durement éprouvées puisque, sur un total de 14.850 hommes de troupes régulières, il n'y a pas eu moins de 4.498 décès, soit 32 p. 100. Les rapports publiés par les médecins «lu corps expéditionnaire indiquent les causes diverses de cette exces-sive mortalité. Le feu de l'ennemi y figure pour une quantité absolumiMxt
(1) Voir plus haut, p. 308.
négligeable, puisque le nombre des décès par blessures ne dépasse pas 0.75 p. 100 : on sait du reste que les Malgaches n'ont pas combattu, et que les quelques d^ës résultant de blessures par armes à feu ont frappé des hommes faisant partie de postes surpris par l'ennemi ou de patrouilles tombées dans des embuscades. La statistique suivante, tirée d'un grand nombre d'observations (1), met en évidence les principales causes de la mortalité :
Cachexie paludéenne 60 ^
Paludisme | Accès pernicieux 10 > 72 0/0
Accès bilieux hématique . . 2 )
Dysenterie 8
Fièvre typhoïde 12
Tuberculose 4
Insolation et coup de chaleur 3
Tétanos 0.25
Blessures diverses . 0. 75
Les décès reconnaissent donc trois causes principales : le paludisme qui atteint le chiffre formidable de 72 p. 100, la fièvre typhoiie qui monte à 12 p. 100 et la dysenterie qui reste à 8 p. 100. Nous expliquerons par la suite à quoi tient cette énorme mortalité d'origine paludique; celle-ci mise à part, on constate que l'expédition française a eu à souffrir, et, on peut le dire, dans une proportion assez faible, des épidémies qui d'ordinaire déciment les armées. Les Anglais qui, dans le cours du xix® siècle, ont entrepris un si grand nombre de guerres coloniales, savent bien que les maladies y sont plus dangereuses que le feu de l'ennemi; aussi, donn«nt-ils à de telles expéditions le nom expressif de campagnes médicales, « médical wars ». N'est-ce pas le cas de rééditer l'aphorisme de Celse : Plm occidit aer qaam gladius?
Mais ce sont là des conditions spéciales, qui tiennent à l'agglomération des hommes, aux moyens de transport et de couchage défectueux, et à d'autres circonstances qui sont bien différentes de celles que le colon va rencontrer. D'une telle statistique, on ne peut donc à peu près rien conclure au sujet de l'état sanitaire de ce dernier.
(1) Jean Lémurk, Les causes de la mortalité pendant l'expédition de Madagascar. Ann, d'hyg. publ. et de méd. lég., (3), xxxv, p. 5, 18%. — Nos pertes à Madagascar. Ibidem, p. 533, 1896.
CLIMAT, HYdÂNB ET MALADIES 409
Voyons donc quelles maladies vont pouvoir frapper le colon. En raison des déductions prophylactiques que nous devons tirer de notre étude, nous établirons tout d'abord deux grandes catégories : nous passerons en revue les maladies transmises par la piqûre des Insectes, puis celles qui sont données par Feau de boisson. Cela fait, nous étudierons les autres affections qui peuvent présenter de l'intérêt pour l'Européen.