MALADIES TRANSMISES PAR LES MOUSTIQUES
Dans l'état actuel de nos connaissances, les Moustiques sont les principaux Insectes propagateurs des maladies : on leur doit le paludisme, la filariose et très probablement aussi la lèpre, maladies qui ne sont que trop communes à Madagascar; en d'autres régions, ils propagent aussi la fièvre jaune, qu'il n'est pas impossible de voir un jour ou l'autre envahir les régions septentrionales de la grande ile. Il est donc de la plus haute importance de connaître les mœurs de ces Insectes redoutables, ainsi que les conditions de leur destruction.
Histoire naturelle des Moustiques. — Les Moustiques sont de petits Diptères que chacun connaît : leur corps grêle et allongé, leurs longues antennes, leurs ^pattes longues et délicates, leur bourdonnement caractéristique ne permettent pas de les confondre avec d'autres Insectes. On les distingue surtout à leur grande trompe rigide, qui est aussi longue que la moitié du corps et se dirige en avant; elle est accompagnée de deux appendices latéraux, qui sont les palpes et et dont la longueur varie suivant les individus. Les ailes sont couvertes d'écaillés délicates, ressemblant à celles des Papillons, mais ordinairement dépourvues de colorations brillantes.
Ces animaux sont répandus à la surface entière du globe; ils abondent surtout dans les régions chaudes et dans les pays froids ; ils ne manquent pas non plus, comme on sait, dans les climats tempérés, mais s'y tiennent de préférence au voisinage des eaux stagnantes et des marécages. C'est, en effet, dans l'eau dormante qu'ils accomplissent les premières phases de leur développement, et ce fait nous rend déjà compte des relations des fièvres intermittentes avec les terrains marécageux.
410 RAPHAËL BLANCHAIU)
Les Moustiques ont été redoutés de tous temps, à cause de leurs cuisantes piqûres ; ils ont acquis récemment une importance exceptionnelle en médecine, puisqu'ils sont les principaux, sinon les seuls agents de la propagation de diverses maladies.
La femelle fécondée vient pondre ses œufs dans l'eau : lagune, étang, mare, citerne, tonneau d'arrosage, etc. ; elle se contente souvent d'une très petite quantité d'eau, par exemple une simple flaque, comme il en peut exister à proximité des habitations. Les œufs flottent à la surface ; la manière dont ils se disposent et la forme qu'ils présentent sont assez variables pour que, par le simple examen d'une ponte, un naturaliste exercé puisse déjà reconnaître , sinon à quelle espèce elle appartient, du moins à quel genre de Moustiques appartient l'espèce pondeuse.
Il est hors de propos d'entrer ici dans des détails à cet égard ; il était pourtant utile d'indiquer que l'on possède différents moyens de discerner les Moustiques qui habitent une région déterminée : les études sur ce point ne font que commencer, puisque la découverte du rôle important que jouent les Moustiques en médecine, et spécialement dans la médecine des pays «chauds, ne date que d'hier. Un avenir prochain nous permettra de préciser ces notions, et l'histoire naturelle sera ainsi appelée à rendre à la médecine un nouveau service, qui aura pour l'hygiène publique les plus grandes conséquences. Aussi bien» l'importance de ces observations de zoologie pure va-t-elle apparaître plus clairement encore dans un instant.
De l'œuf sort une larve, qui vit dans l'eau et s'y comporte de façon diverse, suivant le genre d'Insecte auquel elle appartient La larve des Cousins {Culex) est bien connue : c'est un petit animal velu, à grosse tète, présentant à l'extrémité postérieure du corps un appendice conique et asymétrique. Elle se déplace dans l'eau au moyen de gambades véritablement comiques ; elle s'incurve sur elle-même, puis se redresse brusquement et se trouve de ce fait projetée à travers l'espace liquide. De temps en temps, elle remonte à la surface, se dispose obliquement la tète en bas et met en rapport avec la surface de l'eau son appendice conique, au sommet duquel débouche l'appareil respiratoire. Au bout de quelques instants, elle plonge et se remet à effectuer ses pirouettes habituelles. Bien que vivant dans l'eau, elle est incapable d'utiliser l'oxygène qui s'y trouve en dissolution : elle ne peut respirer que l'air atmosphérique.
Fig. 233. — Larves de Moustiques A, Culex ; B, Anophèles,
D'autres larves sont bien différentes de celle-ci : ce sont celles des A B Anophèles {Anophèles). Elles flottent
à la surface de leau, comme un fétu ; elles n'ont point d'appendice conique, mais présentent, entre les deux derniers segments de Tabdomen et à la face dorsale, deux petits orifices rapprochés de la ligne médiane , qui se tiennent ordinairement en rapport avec Tatmosphère. De telles larves restent ainsi dans une immobilité presque absolue : vient-on à les agacer, elles reculent en accomplissant des sinuosités; le danger est-il plus grand.
elles plongent en zi^aguant, mais ne tardent pas à remonter à la
surface. Elles habitent de préférence les eaux
stagnantes, riches en plantes vertes, tandis que
les larves des Cousins se tiennent volontiers
dans les eaux croupissantes.
De par leur aspect extérieur, il est donc fa-
cilede distinguerles larves desCousins(flg.233,A)
de celle des Anophèles (fig. 233, b; fig. 234),
Ce fait a une très grande importance pratique,
puisque, par le simple examen des animalcules obtenus en péchant au filet fin dans les
eaux stagnantes, on peut savoir désormais
quelles sortes de Moustiques habitent la région : les larves d'Anophèles sont-elles absentes,
le paludisme n'est guère à craindre et le pays
doit être indemne de fièvres intermittentes.
Voilà donc que le rôle du naturaliste dans
l'étude des conditions hygiéniques d'un pays
déterminé prend une singulière importance. Je
dois dire que, vu la nouveauté de ces doctrines,
une semblable application de l'histoire naturelle à l'hygiène commence à peine à sortir du
domaine théorique ; mais, qu'on le sache bien, elle sera mise en pra-
Fig. 234.
Larve d'Anophèle.
tique dans le plus bref délai. Non seulement il est possible désormais de dire, dans les conditions indiquées tout à Theure, s'il existe ou non des Anophèles dans un pays qu'on se propose décoloniser; on pourra très prochainement indiquer de la façon la plus précise quelles espèces entrent en jeu et par conséquent, même dans le cas où l'on aurait trouvé des larves d'Anophèles, si celles-ci appartiennent à des espèces dangereuses ou inoffensives. En effet, les larves de chaque espèce ont des caractères distinctifs qui ne permettent pas de les confondre avec celles de l'espèce voisine.
 la larve succède une nymphe, qui vit également dans l'eau et
qui est mobile, contrairement à ce ^ ; qui a lieu généralement. Elle est
d'une forme singulière : la partie antérieure du corps forme une masse globuleuse, surmontée de deux sortes de cornes; la partie postérieure, qui correspond à Tabdomen, est pendante (fig. 235).
Ainsi constituée, la nymphe a Taspect d'un clou à grosse tète ou d'un point d'interrogation : elle se déplace activement dans l'eau, puis s'arrête de temps à autre; elle remonte alors à la surface, comme le petit personnage du ludion, quand on cesse de presser sur la membrane ; elle se met en contact avec l'air à l'aide de ses deux cornes, qui ne sont pas autre chose que la terminaison de son appareil respiratoire.
La nymphe finit par rester immobile à la surface : son tégument dorsal, qui est partiellement hors de l'eau, se dessèche et se fend, puis livre passage à l'Insecte parfait. Celui-ci étire lentement ses pattes, en prenant un point d'appui sur la dépouille de la nymphe; il déplie ses antennes, étale ses ailes, puis s'envole. Il se met alors à la recherche de sa nourriture, qui varie suivant le sexe.
Le mâle n'a que des pièces buccales très imparfaites, qui ne lui permettent pas de percer la peau des animaux ; il se nourrit simplement du suc des plantes, et d'ailleurs une nourriture abondante ne lui
Pig. 235. — Nymphe de Moustique ; s, stigmate.
est pas nécessaire, car, aussitôt qu'il s'est accouplé, son rôle est acheré et il n'a plus qu'à mourir.
La femelle, au contraire, est pourvue de stylets puissants, encore que très grêles, grâce auxquels il lui est facile de percer le tégument de THomme ou des animaux; aussi se nourrit-elle presque exclusivement de sang. C'est donc elle, et elle seule, qui s'attaque à nous et qui propage les divers parasites.
Dès lors, il devient intéressant de savoir distinguer les deux sexes. Rien n'est plus facile. Chez tous les deux, les antennes sont de grande taille, mais celles de la femelle sont hérissées de poils peu nombreux, tandis que celles du mâle forment de véritables panaches.
Il n'est pas inutile non plus de savoir distinguer à l'âge adulte les . Culex des Anophèles. Voici un caractère très simple, qui permettra de le faire :
Chez les Culex^ les palpes sont très courts chez la femelle, mais à peu près aussi longs que la trompe chez le mâle. ^ Chez les Anophèles, ils sont aussi longs ou plus longs que la trompe dans les deux sexes.
Un autre caractère distinctif doit encore être noté ici, bien qu'il n'ait pas une valeur absolue : il tient à l'attitude qu'affecte un Moustique posé contre une ^ paroi verticale. Les Culex ont alors le corps parallèle au mur, tandis que les Anophèles l'ont presque perpendiculaire (fig. 236).
Tous ces caractères permettront aisément de reconnaître quelles sortes Fig. 236.-Attitude des Moustiques
, , posés sur une paroi verticale. —
de Moustiques se rencontrent dans une ^^ culeœ; b. Anophèles. localité. L'absence des Anophèles sera
d'un bon augure, puisqu'elle indiquera que le paludisme y est probablement inconnu. Quant à l'absence des Cousins, il n'y faut guère compter, car ces Insectes pullulent dans de trop nombreuses régions. Un prochain avenir nous apprendra à distinguer sûrement les espèces qui transmettent la lilariose; et le colon soucieux de sa santé et de celle de ses ouvriers devra faire connaissance avec ses ennemis ailés.
MADA0A8CAB 30
Paludisme. — Parmi les nombreuses maladies dtot puisse être victime l'Européen qui vient s'établir à Madagascar, il n'en est certainement aucune qui soit aussi redoutable que le paludisme. Cette maladie exerce ses ravages dans toute la zone tropicale; elle est tout aussi répandue dans la zone subtropicale et même dans les régions tempérées. Hier encore, le médecin était totalement désarmé en face du paludisme; il pouvait sans doute guérir plus ou moins parfaitement les malades qui en étaient atteints, mais il ignorait la source du mal et, par conséquent, était incapable de le prévenir. Dans ces conditions désastreuses, le paludisme avait beau jeu et le nombre de ses victimes était véritablement terrifiant. Aujourd'hui, il n'en est plus de même : depuis trois ans au plus, nos connaissances sur les causes de la prophylaxie du paludisme ont fait des progrès considérables, grâce auxquels cette redoutable endémie passe définitivement dans la catégorie des maladies évitables.
En 1894, le D' Jaillet (1) attribuait au paludisme les trois quarts des maladies qu'il observait sur la côte orientale : les formes quotidienne et tierce ne sont pas très rares, mais la fièvre peut revêtir les aspects les plus divers; la forme bilieuse est la plus fréquente; la quinine, même à dose moyenne, en a facilement raison.
Pour le plateau central, suivant le D' Villette, la fièvre intermittente à forme larvée est de beaucoup la plus fréquente; les accès sont généralement bénins, du moins à Tananarive et aux environs. La maladie est déjà plus grave à Itaosy dans l'Ouest, à Ankeramadinika et sur la lisière de la forêt de l'Est, à Tsinjoarivo dans le Sud et dans le pays de Vouizongo dans le Nord. Dans cette dernière région, les indigènes ont presque tous une grosse rate, d'où le nom de Bekibo qui leur est donné.
Sur la côte occidentale, la fièvre intermittente est encore plus répandue, puisque le D"" Lacaze estimait de 80 à 90 pour 100 la part qui lui revient dans la production des maladies. Là encore, elle se présente sous des aspects divers : fièvres quotidiennes, atypiques.
(1) Notes sur la climatologie, los maladies et sur l'hygiène à Madagascar. Annuaire de Madagascar pour 1894. Tananarive, in-S», 1894, p. 127-155. — L'élude de la côte orientale, p. 127-141. a été rédigée par le D^ Jaillkt ; celle du plateau central, p. 142-145, parle D^ T. Villsttx ; celle de la côte occidentale, p. 146-155, par le D^ Lacazk.
pernicieuses, lièvre rémittente l)iliease, névralgie palustre, paludisme chronique.
Tel était Tétat sanitaire avant la campagne de 1895. Résumons-le en disant que la région côtière est très insalubre, particulièrement la côte occidentale, tandis que le plateau central, sans être entièrement indemne de paludisme, présente à l'Européen de bonnes conditions d'habitabilité.
La campagne de 1895 a été conçue et exécutée d'une façon qu'on ne saurait, au point de vue médical, qualifier trop sévèrement. La mortalité parmi nos troupes a été littéralement effroyable, puisque, sur un effectif général de 14.850 hommes, on a enregistré 4.498 décès, soit 32 p. 100.
Ces pertes considérables sont dues exclusivement à la maladie, puisque, comme on sait, les Malgaches n'ont pas combattu. Choisir, comme on l'a fait, la voie de Majunga pour atteindre Tananarive, c'était non seulement prendre la route la plus longue, ce qui au point de vue militaire était déjà une erreur ; c'était encore et surtout condamner les troupes à séjourner dans la région la plus insalubre de l'ile et les exposer sûrement au paludisme ; aussi, le triste résultat que tout médecin pouvait prévoir n'a-t-il point fait défaut.
Quoi de plus éloquent que les statistiques publiées par divers médecins du corps expéditionnaire, sous le pseudonyme collectif de Jean Lémure (1) ? On y lit, par exemple, que 0,75 p. 100 de décès sont dus à des blessures diverses, alors que le paludisme en a causé 72 p. 100. Un tel désastre eût été facilement évité, si l'on avait choisi comme lieu de concentration et de débarquement le port de Tamatave, qui est situé sur la côte orientale. Celle-ci est beaucoup plus salubre et présente en outre le très grand avantage d'être à proximité des montagnes, dans lesquelles le paludisme est beaucoup plus rare et revêt des formes bénignes.
Dans les conditions actuelles, 1 Européen est donc grandement exposé à contracter le paludisme, même s'il séjourne peu de temps sur le littoral et dans les régions intermédiaires. Il est exceptionnel qu'il échappe à l'une ou l'autre de ses manifestations : la « fièvre d'acclimatement » n'est pas autre chose qu'une première attaque, ordi-
{i) Jean LéMUiiE, Les causes de la mortalité pendant rexpédition de Madagascar. Annales d'hygiène publique, (3), XXXV, p. 5, 1896.
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nairement peu grave. Quand sera construite la ligne de chemin de fer réunissant la côte à Tananarive, il sera possible de traverser rapidement la zone dangereuse et de gagner en quelques heures les régions montagneuses, dans lesquelles la maladie est rare ou inconnue. Alors vraiment, la fièvre d'acclimatement aura disparu du nombre des maladies de Madagascar et le colon pourra aborder en toute sécurité les régions salubres du plateau central, où il trouvera un état sanitaire excellent et un climat tempéré.
Est-ce donc à dire que les régions côtières de Madagascar soient condamnées à ne servir qu'au transit des hommes et des marchandises et ne puissent être habitées sans danger ?
J'ai dit plus haut que le paludisme était désormais une maladie évitable : j'aborde maintenant la démonstration de ce fait capital ; elle va nous permettre d'indiquer les précautions à prendre pour rendre habitables les régions réputées jusqu'à ce jour insalubres et meurtrières.
On sait depuis très longtemps que les fièvres intermittentes sévissent de préférence dans les régions marécageuses; c'est pour cette raison qu'on donne communément en médecine le nom de pcUudisme à cette maladie. On a remarqué aussi qu'elles éclataient fréquemment à la suite de travaux effectués dans le sol, tels que tracés de routes, nivellement de terrains, etc., d'où le nom de tellurisme^ pour rendre compte de cette étiologie spéciale. Aucune de ces deux conceptions n'étant d'accord avec tous les faits observés, on a pensé de même que la fièvre était d'origine miasmatique, c'est-à-dire causée par une substance chimique ou un agent figuré qui se propageait par l'air : le nom de malaria^ par lequel les Italiens la désignent, résulte de cette interprétation.
Trois grandes théories étaient donc en présence pour expliquer l'étiologie de la fièvre intermittente, quand, en 1880, le D^ Laveran, alors médecin de l'hôpital militaire de Constantine, découvrit la véritable cause de la maladie. Cette cause réside en un petit organisme parasitaire, qui vit dans les globules rouges du sang et qui s'y présente, ainsi que dans le plasma, sous difl*érents aspects. Si l'on songe que le globule rouge n'a pas un diamètre supérieur à 7 [a (1) ou 7 millièmes
(1) En micrographie, on désigne par la lettre grecque (j. le millième de miUimètre pris comme unité de mesure.
de millimètre (0"»"»007), on est frappé d'étonnement en constatant la taille infime du parasite, qui est encore plus petit que le globule dans lequel il se loge. Il fallait donc, pour découvrir un tel organisme, qne les progrès de l'optique eussent misa la disposition des observateurs dos microscopes permettant d'obtenir des grossissements considérables. Cette réflexion n'est point pour atténuer le grand mérite de Lavera tk il n'en demeure pas moins à l'actif de ce savant d'avoir fait connaître en son Hématozoaire (1) un type parasitaire extrêmement intéressant. de l'avoir étudié avec une persévérance digne des plus grands éloges el d'avoir été l'initiateur des découvertes capitales dont nous a) lotis parler.
On distingue en médecine plusieurs formes de paludisme, parfois très nettes, mais plus souvent anormales et compliquées de manilostations variables. Les trois grands types que l'on distingue sont la fièvre quarte^ dont l'accès revient tous les trois jours, la fièvre tirrrt\ dont l'accès éclate tous les deux jours, et la fièvre quotidiennf. au cours de laquelle le malade présente un accès journalier. Lavera n a cru, et pense môme encore, que ces trois types sont causés par un senï et même parasite, tout au plus par de simples variétés de celutti. Malgré la grande déférence que Ton doit à l'opinion d'un tel Maitre, il nous semble préférable d admettre qu'à chaque type fébrile correspond un Hématozoaire spécifique. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer à cet égard dans des détails plus circonstanciés: dans notre description, nous étudierons le parasite du paludisme à un pointée vue général.
Nous verrons tout à l'heure que le paludisme est inoculé p,ir la piqûre des Moustiques et nous préciserons les conditions de cette inoculation. Le parasite, au moment où il est déversé dans la plaie pro duite par la trompe du Moustique, est à l'état d'un très petit cor | voscule vivant, capable d'accomplir ces obscurs mouvements de reptution qui s'observent chez tant d'êtres inférieurs et qu'on connaît en hisloire naturelle sous le nom de mouvemetits amiboïdes. La salive de l'Insecte détermine une irritation locale, qui a pour résultat de dilater les capillaires voisins et d'activer la circulation. Le petit parasite est entraîne
(1) On donne le nom gt';néral ii' Hématozoaires aux animaux parasiien \\\n vivent dans le sang. Ce terme n'est nullement particulier aux parasites du \\\x\\\' disme; il s'applique également à ceux delà lilariose et de la bilharziose, pour ih« citer que des meiladies des pays chauds.
par le cours du sang et se met à ramper au milieu des globules rouges. Il s'accole à Tun d'eux, pénètre à son intérieur, s'y creuse une petite cavité, puis se nourrit de la substance même du globule. A mesure que le parasite grossit, la substance du globule se raréfie (fig. 237) .
Fig. 237. — Croissance de l'Hémalozaire du paludisme dans les globules rouges du sang.
Puis arrive un moment où le parasite, ayant atteint sa taille définitive, va se multiplier. Les fines granulations noires qui étaient disséminées dans sa masse se rassemblent au centre ; à la périphérie apparaissent des sortes d'incisures rayonnantes, qui marchent progressivement
Fig. 238. — Multiplication agame (par schizogonie) de rHématozoaire |du paludisme. — A, parasite adulte encore intact ; B, G, D, schizogonie du Plasmodium malariœ, parasite de la fièvre quarte : le parasite se divise en six mérozoïtcs laissant entre eux un résidu pigmenté ; B', G, D', schizogonie du Plasmodium vivaœ, parasite de la lièvre tierce : le parasite se divise en dix-huit raérozoïtes.
vers le centre. En coupe optique, le parasite présente alors l'aspect d'une rosace (fig. 238).
Les « corps en rosace », pour employer l'expression même de Laveran, vont bientôt se désagréger et se dissoudre en autant de corpuscules arrondis qu'il s'était formé d'incisures périphériques. Ces cor-
CLIMAT, HYGIÈNE ET MALADIES il0
puscules sont mis en liberté par réclatement du globule rouvre : Ils tombent donc dans le sang, s'accolent à d'autres globules rougtvs, sVïifoncent dans leur substance et le cycle que nous venons de décrire s'accomplit de nouveau.
Telle est l'évolution de la Plasmodie paludique {Plasmodùnn mnlariœ). Les générations successives de jeunes Plasmodies, nées ririimt^ il vient d'être dit, se succèdent avec rapidité : elles sont sépar('^**s \vs unes des autres par un espace de 24 heures dans la lièvre quotidien iif^< de 48 heures dans la tierce et de 72 heures dans la quarte.
Recherchons avec quelle vitesse les Hématozoaires se multj[>li<'nt I
dans la fièvre tierce. Admettons, comme chiffre moyen, que clia()iK* corps en rosace dorfne naissance à 15 corpuscules : deux jours aprts l'inoculation du parasite initial, le sang renfermera donc 15 rni juiscules, d'où dériveront 15 Hématozoaires de première générati^iri; un *
quatrième jour, il en contiendra 15 X *S ou 15* = 225 de deiixi^^tie génération; au sixième jour, 225 X ISou 15* = 3.375 de troisit-me génération ; au dixième jour, 15 * = 759.375 de cinquième gi^uération ; au vingtième jour, 15 *'' = 576.650.390.625 de dixième génération, etc. Le nombre des parasites qui se développent ainsi dans le sang dépasse d'ailleurs ces chiffres dans d'énormes proportions : il devient véritablement fantastique; dans certaines affections ^'raves, chaque globule rouge peut contenir un Hématozoaire, et on trouve même un bon nombre de globules qui renferment deux^ trois ou quatre parasites.
Au début, les parasites sont trop peu nombreux pour maaifcsli^r leur présence par aucun symptôme morbide. Quand leur nonii^re est suffisamment élevé, on voit apparaître le premier frisson; [tuis la fièvre se régularise et se renouvelle périodiquement.
On discute encore sur les causes de l'accès fébrile. Pour nous, rien n'est plus facile que d'en donner la raison. En effet, la Plasm<idie est un être vivant; à ce titre, elle se nourrit, en même temps qii\*lle élimine des déchets chargés de substances toxiques. Ces exrnHions sont d'abord accumulées autour du parasite, à l'intérieur du f:l<rlHile rouge; elles ne peuvent donc exercer directement aucune actiuu mr l'organisme humain. Mais que le globule éclate, ces toxines jjarliriïlières vont se trouver soudainement déversées dans le torrent < irculutoire : elles sont alors en contact avec l'organisme et, suivant Li (imt\ celui-ci réagit ou non. L'évolution des Plasmodies présente lhhIp
curieuse particularité de s'accomplir avec une périodicité parfaite : les toxines sont, pour ainsi dire, déversées à heure fixe dans le sang, puisque tous les globules parasités éclatent sensiblement à la même heure. Dès lors, on comprend très bien et la cause de la fièvre, qui n'est autre chose qu'une réaction du corps à l'égard du poison, et la périodicité de l'accès.
Quand la fièvre intermittente dure depuis longtemps, on trouve dans le sang des éléments différents de ceux que nous venons d'étudier. Certains globules, au lieu de corps en rosace, renferment dés corps en
Fig. 239. — Développement des corps en croissant.
croissant; des corpuscules de cette dernière catégorie nagent aussi librement dans le plasma sanguin, à côté de corps sphériques de taille relativement grande (fig. 239).
Un examen attentif permet de distinguer deux sortes de corps sphériques, suivant l'abondance et la répartition du pigment à leur intérieur : les uns ou microgamétocytes (fig. 240, a), résultent d'une
Fig. 240. — A, corps splii^rique (rnicrogarïHMocyle) émettant quatre flagelles (microgamMos); B, flagelle ou uiicrogaiinHo libre; G, fécondation du macrogamMo ; 1), zygote.
simple transformation des corps en croissant; les autres ou macroga' mêles (fig. 240, c) dérivent de Plasmodies qui, après avoir grossi dans le globule, ont été mises en liberté sans subir la segmentation décrite plus haut. En somme, ces deux formes parasitaires nouvelles sont donc nées dans les globules rouges, puis ont été mises en liberté par la rupture de ces derniers. Leur nombre augmente aved le temps, et c'est même un caractère qui permet d'évaluer approximativement
depuis combien de temps dure la maladie. Ces corpuscules ne semblent jouer dans le sang aucun rôle; on dirait yéritablement que ce sont des corps étrangers plutôt que des parasites : c'est qu'en effet le rôle qu'ils sont appelés à jouer ne peut s'accomplir qu'en dehors du sang de l'Homme, dans l'organisme du Moustique.
Si 1 on examine au microscope le sang d'un vieux pahidique, au moment même où l'on vient de se le procurer par piqûre de la puîpe digitale, on constate que des sortes de Vermisseaux très déliés iravnrsent le champ du microscope, à la façon d'Anguilles minuscules; ils déplacent brusquement les globules, puis disparaissent. Laveran a découvert ce curieux spectacle; il a fort bien reconnu que les Verraisseaux en question prenaient naissance à la surface des corps sphériques : ils s'allongent, frétillent, puis se détachent et se mettent à nager. Un même corps sphérique émet communément trois ou t^uatrc flagelles, comme Laveran les appelle.
Quelle est la signification de ces corps singuliers? On a pensé tout naturellement que leur production était le prélude de la mort du cor[>s sphérique et on l'a considérée comme un phénomène cadavérique, i Ir, cette interprétation n'est nullement exacte : les flagelles saut dps microgamètes, c'est-à-dire de véritables corpuscules féconda tïMirs, ainsi qu'on doit à un médecin anglais de l'armée des Indes, le major Ronald Ross, de l'avoir fait connaître.
Engagé par le célèbre parasitologue anglais Patrick Mansim à rechercher si les Moustiques ne seraient pas les agents habituiils de la propagation du paludisme et des affections similaires qui s'obsenonL chez les animaux, Ross a porté ses investigations sur les parasites du sang des Oiseaux. Il a découvert ainsi que certains Moustiques, apn-s s'être gorgés d'un sang riche en parasites, offraient à ces dernin s un terrain favorable à leur évolution. Bien loin d'être digérés par rinîierïe. les Hématozoaires accomplissent chez celui-ci des métainorpln^t^!^ iits curieuses, au cours desquelles ils se multiplient, puis passeiH «mi un état tel qu'ils puissent être inoculés par piqûre à un Oiseau eurore indemne. De ces importantes observations, dans le détail dest|uelles nous allons entrer tout à l'heure, il ressort donc que, du moins on t*e qui concerne les parasites des Oiseaux, ce sont bien réellenund les Moustiques qui sont les agents dissominateurs.
Des recherches de même ordre ont été entreprises en Italie* par le professeur B. Grassi, de l'Université de Rome, cette fois sur \v pain
disme humain : cette maladie est excessivement répandue dans la
Campagne romaine et il était impossible de trouver un meilleur champ d'expériences. Les faits observés par Grassi sont entièrement d'accord, dans leurs traits généraux, avec les résultats que Ross avait obtenus. Parmi les nombreux Moustiques qui vivent en Italie, il en est un, V Anophèles maculipennis (fig. 241), qui est le propagateur habituel des fièvres intermittentes.
Depuis que ces faits sont connus, les observations de cette nature se sont multi-
Fig. 241. — Anophèles macu- pUées sur divers points du globe et par-
lipennis femello. . . . ,
tout on a constaté que la transmission du
paludisme s'accomplissait par l'intermédiaire d'Anophèles d'espèce
variée. On comprend donc pourquoi nous avons indiqué plus haut, de
façon sommaire, les caractères distinctifs de ces Moustiques malfaisants.
Revenons à l'histoire de notre Plasmodie. Quand l'Anophèle vient à piquer un vieux paludique, il avale tout à la fois les globules du sang et un certain nombre de corps sphériques de l'une et l'autre sorte. Dans l'estomac de l'Insecte, certains corps sphériques donnent naissance à des flagelles, qui se portent aussitôt sur les corps sphériques de l'autre catégorie, entrent en contact, puis se fusionnent avec eux. On assiste ainsi à un phénomène tout à fait comparable à celui de la fécondation, telle qu'on la peut observer chez les animaux supérieurs ou chez les plantes phanérogames. Il s'agit en effet d'un véritable phénomène sexuel, qui ne peut s'accomplir que dans le tube digestif du Moustique et sans lequel la Plasmodie serait incapable de parcourir la seconde phase de son cycle évolutif.
Le corps fécondé ou zygote s'enfonce bientôt dans l'épaisseur de la paroi de l'estomac et s'y arrête: il se nourrit aux dépens des sucs qui le baignent; il grossit petit à petit, s'entoure d'une membrane d'enveloppe, puis fait saillie à la surface externe de l'estomac. Il continue de s'accroître et sa substance, jusque-là homogène, subit des divisions successives. Il se produit ainsi, à l'intérieur du parasite enkysté, un nombre considérable de petits corpuscules fusiformes, qui ne tardent pas à devenir mobiles. Le kyste se rompt alors : les corpuscules mo-
biles ou sporozoïtes tombent dans la cavité générale de Tlnseck* et s'y disséminent de toutes parts; toutefois, ils s'acheminent rapidement vers la partie antérieure du corps, s'enfoncent par effraction dans la glande salivaire et s arrêtent dans les cellules qui la tapisseutn Uuand ces dernières expulsent la salive qu'elles ont sécrétée, elles mettent en même temps en liberté les sporozoïtes, qui tombent ainsi dans le canal excréteur de la glande. Que l'AnophMe vienne alors à piquer im Homme, il déverse les sporozoïtes dans la plaie produite par sa tronijje et l'inoculation du paludisme s'opère.
Nous connaissons maintenant le cycle tout entier que pareanrt h* parasite des fièvres intermittentes. Comme on le voit, son évolution s'accomplit d'une façon ininterrompue entre l'Homme et le Moustique, puis entre le Moustique et l'Homme. A aucune époque de sa vie, il ne cesse d'être parasite : ce n'est donc ni l'eau des marécages, ni le sol fraîchement remué, ni l'air pestilentiel qui sont la cause de la Jièvre; c'est toujours et uniquement une piqûre d'Insecte. Ces dcVou vertes sensationnelles éclairent, on le conçoit, d'une lumière très înatlrndii*^ mais très resplendissante, la grave question du paludisme^ qni est sans contredit la plus importante de toutes les questions d'h\>î;ièiie coloniale.
Filariose. — On connaît en médecine sous le nom de fihmmè une maladie redoutable, qui est très répandue dans toute !a ztjuo intertropicale et qui sévit également à Madagascar. Les individu qui en sont atteints présentent ordinairement des symptômes carat té ristiques, d'ailleurs variables. Ou bien le malade est atteint d'hénmtnrie plus ou moins accentuée, ou bien il est atteint d'éléphantiasis des pieds, des jambes, des bras ou d'autres parties du corps. L'hématurie n'est nullement spéciale à la filariose, d'où la nécessité d'en établir l'origine, pour la distinguer de celle qui est consécutive à la bil hnrziosp ou aux hématuries dites essentielles, c'est-à-dire qu'on ne peu! ai^tm*!lement rattacher à aucune cause parasitaire. L'éléphantiasis est plus caractéristique, bien qu'on puisse observer également dans d'antres maladies, en particulier dans la lèpre, des malformations des nn^niUres assez analogues à celles dont il estquestion ici. L'éléphantiasis deeniise filarienne est dit éléphantia^is des Arabes; celui de la lèpre esl runini sous le nom (ïéléphantiasis des Grecs,
Quelles que soient ses manifestations, la filariose doit être envisagée
comme une maladie spécifique, qui reconnaît pour cause un parasite du groupe des Vers nématodes, la Filaria Bancrofti Ck>bbold, encore appelée Filaria sanguinis hominis Lewis. Cet helminthe est inoculé à l'Homme par la piqûre des Moustiques ; il subit de curieuses métamorphoses que nous devons exposer brièvement.
Supposons un malade dont le sang renferme une immense quantité de Vermisseaux. Ces animalcules sont des embryons fils sont longs de 125 à 300 |ji, larges de 7 à 11 jx, dépourvus de tube digestif et entourés d'une sorte de gaine transparente, qui ne gêne en rien leurs mouvements. Ainsi constitués, ils s'agitent et circulent dans le sang de la façon la plus capricieuse, bousculant les globules et se déplaçant à la façon de petites Anguilles. Leur longueur serait assez considérable pour qu'on put les voir à l'œil nu, si leur largeur n'était si exiguë : celle-ci en revanche leur permet de franchir les capillaires les plus étroits et de se répandre ainsi dans tout le torrent circulatoire.
Toutefois, on les chercherait vainement pendant le jour dans une goutte de sang extraite par piqûre de la peau et examinée à l'aide du microscope : au contraire, ils s'y trouvent en quantité plus ou moins grande pendant la nuit. Cette très curieuse périodicité n'est pas, à proprement parler, déterminée par la position du soleil par rapport à l'horizon; elle résulte de letat de l'organisme : on trouve les embryons dans le sang périphérique pendant le sommeil; ils font défaut pendant l'état de veille. En effet, on les voit apparaître chez les individus qui dorment pendant le jour et ils manquent pendant les nuits d'insomnie.
Il n'en est pas moins vrai que normalement ils se montrent pendant la nuit dans les vaisseaux de la peau. C'est pour cette raison qu'on désigne communément sous le nom de Filaria noctuma ces embyrons noctambules. Sans chercher à expliquer ici les causes intimes qui les mettent en mouvement, on remarquera qu'ils viennent à la périphérie du corps aux heures mêmes où certains Insectes, en particulier les Moustiques, sont en pleine activité. Il y a de leur part une véritable adaptation, de cause encore mal définie, aux mœurs de ces Insectes, adaptation qui assure leur dissémination, en même temps que la propagation de la maladie.
Le Moustique, en piquant un malade atteint de filariose, avale tout à la fois le sang et les embryons de Filaire qui y sont contenus. Ceux-ci ne meurent pas, comme on pourrait le croire : ils échappent à l'action
CLIMAT, HY6IÈPŒ ET MALADIES fffi
destructîTe des sucs digestifs et continuent de vivre dans l'estoniac de l'Insecte. Ils y perdent bientôt la gaine qui les entourait, puis tr.i versent la paroi de Testomac et s'en vont dans la puissante masse miLsrtilaire qui occupe la partie supérieure du thorax et sert à mouvoir los ailes. Ils se logent dans l'interstice des faisceaux musculaires et reîitf^nt là pendant deux à trois semaines : ils y grandissent et ne tardent pas k prendre les caractères de la larve, c'est-à-dire qu'un tube digestif a[»|mraît à leur intérieur.
Tout d'abord, le tissu musculaire de l'Insecte ne présente aucune lésion appréciable, mais bientôt il se raréfie autour des parasiti?^. Vf^rs le dix-septième jour, les larves ont considérablement grandi et Je muscle a subi une atrophie notable : quelques-unes d'entre elles quittent alors le point où elles ont accompli leur métamorphose et se mettent en marche vers le cou ; elles le franchissent, cheminent à travers la partie inférieure de la tète, puis pénètrent dans la gaine de (a trompe. Les autres suivent, si bien que le thorax se vide progressivement de ses parasites, qui viennent s'accumuler dans la trompe. L^n cet état, l'Insecte est prêt à inoculer la Filaire.
Si donc le Moustique vient à piquer un individu sain, il introduit dans la peau de celui-ci, en même temps que sa salive irritante, un certain nombre de larves qui se trouvent mises en liberté par une déchirure que subit la gaine de la trompe au moment où elle se replie sur elle-même pour permettre aux stylets de s'enfoncer dans le tégumetit. Voilà donc les larves introduites dans la peau de l'Homme ; voyous comment elles vont s'y comporter.
Elles s'arrêtent dans les espaces lymphatiques de la peai* et y subissent une nouvelle transformation, grâce à laquelle elles passent à l'état adulte. Nourries par les sucs où elles se trouvent plongi^es, les Pilaires adultes grandissent sur place. Elles atteignent une longurur do dix à quinze centimètres, mais leur largeur ne dépasse pasOn»'",iO f>oiir le mâle et 0™™,i8 pour la femelle. Les deux sexes vivent côte k côte pendant très longtemps, et l'on peut extraire des tumeurs éléjiliantiasiques soit des mâles, soit des femelles. La grande longéviU'> dt* n*s parasites explique la longue durée de la maladie.
La femelle est vivipare : elle pond des embryons ayant atteint dt^ja tout leur rféveloppement, entourés d'une gaine transparente et vu tout semblables à ceux que nous avons déjà rencontrés dans le sniv^. Kn effet, ces embryons se laissent entraîner par le cours de la lyni|ilie et
par conséquent tombent avec celle-ci dans le torrent circulatoire sanguin. Ainsi se trouve fermé le cycle évolutif de la Pilaire du sang. Il nous reste à expliquer la manière dont s'établissent les graves accidents dont elle est la cause.
En siégeant en permanence dans les voies lymphatiques de la peau, les Vers adultes provoquent des troubles de la circulation. Ils sont trop gros pour franchir les ganglions qui se trouvent placés sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, particulièrement au niveau des articulations : ils obstruent donc les vaisseaux qui se rendent à ceux-ci et déterminent une stase de la lymphe en amont. Cet arrêt circulatoire a pour conséquence une dilatation progressive des vaisseaux lymphatiques, et c'est là le point de départ de Téléphantiasis. Le derme se creuse de larges espaces dans lesquels la lymphe reste stagnante et la peau s'épaissit progressivement dans toutes ses parties. Les membres qui sont le siège de semblables lésions prennent, sur une étendue plus ou moins grande, un aspect monstrueux qui rappelle celui des pieds d'Éléphant. Suivant le point qu'occupent les parasites, l'éléphantiasis porte sur le membre tout entier ou sur un ou deux segments ; la démarcation entre les parties saines et les parties lésées correspond toujours au siège des ganglions lymphatiques.
L'hématurie, avons-nous dit, est un symptôme très fréquent de la filariose. Elle résulte de ce que les embryons charriés par le sang viennent s'accumuler dans les capillaires du rein ou de la vessie et en déterminent la rupture. Suivant que celle-ci porte exclusivement sur les capillaires sanguins ou, au contraire, intéresse également certains vaisseaux lymphatiques, l'urine est sanguinolente ou chyleuse. Aussi connaît-on en médecine cette forme particulière de la filariose sous les noms d'hématurie inter tropicale^ de chylurie et d'hémato-chylurie. Les mêmes causes doivent être invoquées pour expliquer Tascite et Thydrocèle chyleuses.
Dans tous ces cas, le diagnostic de la maladie n'est guère difficile, puisque les embryons s'observent non seulement dans le sang pendant la nuit, mais aussi dans l'urine et dans le liquide de l'ascite et et de Ihydrocèle; soit dit en passant, c'est dans ce dernier liquide qu'ils ont été découverts en 1863 par Demarquay, chirurgien de la Maison municipale de santé, chez un jeune homme revenant des Antilles.
Si nous connaissons très exactement l'histoire de la Pilaire du sang.
nous n'avons malheureusement aucun moyen médical de comî>cittr(* le parasite, une fois qu'il a pénétré dans nos tissus. Les sels dt^ ijuinine, qui sont si efficaces contre les Protozoaires en général et raiiim l'Hématozoaire du paludisme en particulier, sont sans action sur It^s Helminthes. Les Nématodes sont particulièrement résistants à Tofîard des médicaments chimiques, à cause de la cuticule chitineuse ijui hs protège et oppose une barrière presque infranchissable. Le trail^Miient médical ne donne donc que des résultats nuls ou médiocres, ntais il n'en est pas de même du traitement chirurgical, qui permet Textirpation de certaines tumeurs éléphantiasiques. Heureusement, la con naissance précise des migrations du parasite nous permet de ranger la Iflariose au nombre des maladies évitables : pour lui échapper, il est inrlispensable et suffisant de se mettre à l'abri des piqûres des Hoiistic| nés. Nous avons pris la Filaria Bancrofti comme type des Filaiios du sang, mais il n'est pas inutile de mentionner ici que d'autres espères. voisines de celle-ci, se rencontrent également chez l'Homme : lin us embryons circulent encore dans le sang, soit seulement pendaut ]ji journée (F, diuma)^ soit à toute heure de jour et de nuit (F. pcninn^ et F. Demarquayi), Cette dernière a été signalée à Zanzibar H en d'autres localités de l'Afrique australe; il est donc possible qu'elh^ se rencontre aussi à Madagascar. Les migrations de ces parasites sont encore mal connues, mais il est très vraisemblable qu'ils sont pr<)[ia^'('*s par la piqûre des Insectes et spécialement des Moustiques, comme i-est le cas aussi pour la F. immitis qui se rencontre si fréquerument dans le cœur du Chien, dans les régions tropicales.
Lèpre. — La lèpre (ôoAa) est très-répandue à Madagascar, pariieulièrement dans l'Imerina et le Betsileo. Dans la province de Ta uauarive, qui compte environ 375,000 habitants, on estime à un milli^^r le nombre des lépreux (habokana); dans celle d'Ambositra, on en rouu,iit environ 800; mais ces chiffres sont certainement bien inférieurs h Ui réalité. La maladie évolue chez les Malgaches de la même uiani^re que dans les autres races humaines : il n'y a donc pas lieu d'eu doruier une description même sommaire. Nous devons, au contraire, nr/'< iser .de quelle manière elle se propage.
On discute depuis fort longtemps la question de savoir si \u lApre est une affection héréditaire ou contagieuse : les partisans de 1 inn' 1 1 l'autre doctrine invoquent à l'appui de leur opinion des argum^'iiisqui
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ne sont pas sans valeur, mais qui pourtant nous semblent être peu d'accord avec les faits d'observation. Les Malgaches pensent que la maladie est surtout héréditaire et que les individus qui se nourrissent de Poisson y sont particulièrement prédisposés : on cite, non loin de Tananarive, un village dont les habitants ne mangent que du Poisson de rivière et chez lesquels la lèpre est très commune. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce point.
Sans discuter ici les raisons qui plaident en faveur des deux opinions que nous venons de rapporter, nous dirons que, pour nous, la lèpre est essentiellement une maladie contagieuse, non pas qu'elle se transmette parle contact direct des lépreux, mais elle est transportée d'un individu à l'autre par un Insecte piqueur : le Moustique est, selon toute vraisemblance, l'animal chargé de ce rôle redoutable. En adoptant cette manière de voir, tous les points obscurs de l'histoire de la lèpre s'éclaircissent aussitôt; notamment, on conçoit sa plus grande fréquence au bord des lacs ou le long des cours d'eau, d'où la croyance qu'elle est en relation avec un régime ichtyophage.
La lèpre n'est pas héréditaire, puisque les enfants nés de parents lépreux sont généralement sains et bien conformés : ils peuvent rester tels pendant leur vie tout entière, et s'ils présentent les symptômes de la maladie, c'est toujours au bout de quelques mois ou de quelques années. Ce fait plaide évidemment en faveur de la contagion, et non de la transmission héréditaire.
C'est donc en vivant avec des individus déjà contaminés qu'on acquiert la maladie : on pourrait citef une foule d'observations qui le démontrent surabondamment. Si la lèpre se transmet de la sorte dans une même famille ou chez des individus vivant en commun, cela tient à ce que l'Insecte qui la propage est un Insecte domestique. Pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, j'en suis arrivé à penser que les Moustiques sont les principaux, sinon les seuls agents de la contamination.
La lèpre, comme on sait, est causée par un microbe, le Bacillus leprœ^ qui vit dans la peau de l'Homme, ainsi que dans divers autres organes. On n'a pu jusqu'à présent le cultiver en dehors de l'organisme humain, ni l'inoculer avec succès aux animaux. Comment donc pourrait-il se propager sans l'intervention du Moustique qui, en suçant le sang de deux individus successifs, le prend dans la peau de l'un et l'inocule dans celle de l'autre î
De ces notions découlent des mesures qui sont précisément celles que Ton a mises en pratique au moyen âge, à l'époque où l'Europe occidentale était littéralement décimée par le fléau. On a pu arrêter sa marche désastreuse en confinant les lépreux dans des établissements particuliers oii ils étaient internés d'une façon plus ou moins rigoureuse. De nos jours encore, on relègue les lépreux dans des léproseries ou dans des iles dont l'accès est interdit, et c'est seulement par ce moyen qu'on peut arrêter le progrès de la redoutable maladie.
A Madagascar, des léproseries (traho fitsaboana ny boka) ont été créées déjà par les missions religieuses avant notre prise de possession; c'étaient des établissements privés et libres, où les malades n'étaient pas astreints à l'internement. Une organisation aussi rudimentaire ne pouvait suilfire, vu l'étendue du fléau ; aussi a-t-on multiplié ces institutions. Par exemple, à l'instigation de M. le colonel Houry, on a ouvert à Ambohidratimo, en avril 1900, une vaste léproserie qui ne contient pas moins de 600 malades. Ceux-ci occupent un grand village disposé en terrasse et comprenant 26 pavillons ; ils se livrent à la culture du Riz, du Manioc et des Patates. L'internement est obligatoire; les malades ne peuvent sortir qu'après avoir obtenu un certificat constatant que leurs ulcérations sont cicatrisées et qu'ils ne présentent plus aucun danger de contagion. Les sexes ne sont pas séparés ; les familles de lépreux habitent des cases spéciales et peuvent garder leurs enfants jusqu'à l'âge de deux ans ; on les leur enlève ensuite, pour les placer dans un orphelinat voisin de la léproserie. Le service médical est fait par un médecin indigène résidant et par cinq sœurs franciscaines, placés sous la surveillance d'un médecin militaire qui a les attributions de médecin-inspecteur.
D'autres léproseries moins importantes, mais établies sur le même type que celle d' Ambohidratimo, fonctionnent également à Manankavaly et à Antsirabe ; d'autres sont en construction à Miarinarivo et à Fianarantsoa. D'autres encore, n'ayant aucun caractère officiel et appartenant aux missions, existent à Ambohivaroka, à Fianarantsoa, à Antamaherina et à Betsipolany. Grâce à la façon énergique dont la lèpre est actuellement combattue, on doit espérer qu'elle va rapidement diminuer d'importance et que bientôt elle sera devenue relativement rare.
Prophylaxie des maladies transmises par les Moustiques. — Nous
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arrivons maintenant à Texposé des mesures qu'il convient de prendre pour se mettre à Fabri des maladies transmises par les Moustiques. Ces mesures sont différentes, suivant qu'il s'agit d'assainir les localités ou de protéger les individus. En les exposant, nous aurons surtout en vue le paludisme, mais ce que nous allons dire s'appliquera aussi, dans la plus large mesure, à la filariose, à la fièvre jaune et à la lèpre.
Assainissement des localité» insalubres. — Les mesures qui ont été appliquées en France, par exemple, et grâce auxquelles on a pu rendre habitables la Sologne et d'autres pays où le paludisme était endémique, peuvent être également adoptées dans d'autres régions. Elles consistent à dessécher les marais et les étangs, à drainer le sol et à faire divers travaux analogues. Ces travaux peuvent avoir leur utilité dans des contrées où la population est dense et où la terre cultivable est relativement rare ; mais ils sont, on le conçoit, la source de dépenses considérables, ce qui doit les rendre à peu près inapplicables dans les colonies.
Il existe heureusement d'autres moyens, beaucoup moins coûteux et dont les résultats ne sont pas moins satisfaisants. Je ne dirai rien des plantations de (îonifères, d'Eucalyptus et d'autres arbres, qui effectivement dessèchent le sol et rendent, par conséquent, de réels services dans la lutte contre le paludisme : ce sont là encore des procédés peu recommandables dans un pays tel que Madagascar.
Il vaut mieux combattre les Moustiques eux-mêmes; non en cherchant à les détruire sous forme d'Insectes ailés, mais en les attaquant dans les eaux stagnantes où ils passent la première partie de leur existence. Il suffit, pour les y détruire, de verser à la surface de l'eau une petite quantité de pétrole et de goudron ; ce dernier mélange vaut mieux que le pétrole seul, car il s'évapore moins rapidement.
Nous avons vu que la larve et la nymphe du Moustique viennent fréquemment à la surface de l'eau, pour y rejeter de l'acide carbonique et s'y charger d'oxygène. Dans les conditions normales, rien ne s'oppose à cet échange de gaz ; mais ces petits animaux ne peuvent plus entrer en relation avec l'air atmosphérique, si l'on a eu soin de verser à la surface de l'eau une petite quantité du mélange susdit : Fhuile de pétrole diffuse dans leurs trachées et se dépose sous forme de gouttelette sur leurs orifices respiratoires. Larves et nymphes meurent donc rapidement par asphyxie et, au bout de très peu de temps, on ne trouve pflus dans l'eau que leurs cadavres.
Comme le pétrole ne se mélange pas à Feau, mais forme une simple couche à la surface, il n'y a pas lieu de tenir compte du volume total de Teau ; il suffit d'en connaître approximativement la surface et d'y verser 10 centimètres cubes de pétrole par mètre carré.
On verse une première fois le liquide insecticide au début de la saison des Moustiques, puis on renouvelle l'opération tous les dix à quinze jours. Le liquide est répandfi de place en place, et non versé en un seul endroit, de façon à rendre sa répartition plus homogène. Une pièce d'eau qui aura été traitée de la sorte sera tout à fait inhabitable par les larves et les nymphes; les œufs qui seront déposés à sa surface ne se développeront pas, ou bien les jeunes larves seront tuées dès leur éelosion.
Voilà donc un procédé qui a le double avantage d'être très efficace et très peu coûteux. Pour les puits, citernes ou abreuvoirs, il ne saurait convenir, bien qu'on ait la ressource de puiser l'eau potable à une certaine profondeur. Il vaut mieux alors tenir l'eau constamment couverte d'une toile métallique à mailles assez serrées pour que les Moustiques ne puissent pas les traverser : on ne doit pas oublier, dans ce cas, que les Anophèles sont généralement de plus petite taille que les Culex.
Si l'habitation est voisine d'eau stagnante qu'on ne peut songer ni à dessécher ni à rendre courante, les procédés très simples que nous venons d'indiquer seront très suffisants pour mettre à l'abri des Moustiques. S'il s'agit de construire, on devra faire choix d'un versant où les eaux soient courantes ou d'un plateau balayé par le vent.
Assainissement des maisons. — Il faut proscrire absolument les tentures ou papiers de couleur, surtout ceux à fleurs ou à ramages; les murs devront être blancs, afin que tout Moustique qui viendra s'y poser puisse être vu facilement : la lutte contre le Moustique adulte est la seconde phase de cette guerre d'un nouveau genre ; elle se fait dans l'habitation même.
Les lits devront tous être pourvus de moustiquaires. Celles-ci seront à mailles assez serrées pour que les Anophèies ne puissent pas les traverser ; elles seront assez écartées du dormeur pour n'être pas en contact avec lui; elles ne seront pas pendantes, mais rentrées sous les matelas, pour que les Insectes ne trouvent aucune issue par où ils puissent s'introduire. Il est inutile de dire que l'occlusion devra en être parfaite,
que toute déchirure devra être immédiatement réparée et que, avant de s'endormir, on en inspectera soigneusement Tintérieur, pour faire la chasse à tout Insecte qui aurait pu y pénétrer.
Ces mesures générales pourront suffire dans les localités où le paludisme est rare ou peu intense, mais il faut recourir à des moyens encore plus efficaces, là où les fièvres sévissent avec plus de violence. Les précautions que Ton doit prendre alors ont été mises en lumière, ^ de la façon la plus démonstrative, par des expériences d^un haut intérêt, qui ont été accomplies en même temps par le professeur Grassi dans la région napolitaine et par les D^*' Sambon et Low, dans la campagne romaine. Ces expérimentateurs ont montré qu'on peut impunément habiter les régions les plus insalubres, même pendant la plus mauvaise saison, en se conformant à des prescriptions que Ton peut formuler ainsi :
Les Moustiques en général et les Anophèles en particulier étant des animaux nocturnes, c'est pendant les heures de la nuit que se transmet le paludisme. Tant que le soleil est au-dessus de l'horizon, on peut, sans encourir aucun danger, aller et venir dans la campagne ; toutefois, il faut savoir que les individus atteints de fièvre voient souvent leurs accès éclater avec violence quand ils séjournent au soleil. A partir du crépuscule et pendant toute la nuit, il est dangereux de sortir, puisqu'on court le risque d'être piqué par les Moustiques. On peut le faire néanmoins, mais à la condition expresse de porter des gants et d'avoir un voile en mousseline serrée, qui entoure complètement la tête, sans être an contact ni avec le visage ni avec le cou; ce voile doit être enfoncé sous les vêtemepts, pour éviter l'introduction des Insectes.
Les fenêtres, vasistas et ouvertures quelconques seront doublés extérieurement d'une toile métallique fine, qui permettra la circulation de la lumière et de l'air, mais empêchera l'arrivée des Insectes. Les cheminées seront fermées à leur sommet par une toile semblable. Les portes seront doublées d'un tambour en toile métallique; elles se fermeront automatiquement, de façon à ne rester entrebâillées que le temps très court qui est nécessaire pour la sortie ou l'entrée des personnes. Tout au moins, cette fermeture automatique est absolument indispensable pour le tambour déjà indiqué. Les vérandas ou galeries extérieures, qui ornent si fréquemment les maisons coloniales et où la famille se réunit pour goûter la fraîcheur du soir, ne présenteront de sécurité que si elles sont munies également d'une semblable protec-
tion. Les étables devront être pourvues aussi de toile métallique doublant leurs ouvertures.
Entre Naples et Pœstum, Grassi a appliqué ces mesures prophylactiques sur divers tronçons de la ligne du chemin de fer, alors qup d'autres tronçons étaient laissés dans Tétat habituel. Le résultat fut véritablement suprenant : dans les parties protégées, où les annL^es précédentes le paludisme avait sévi avec rage, on n'en observa pins aucun cas; dans les parties non protégées, la maladie frappa au contraire la totalité des habitants. De même, Sambon et Low ont pu passer trois mois d'été, aux environs d'Ostie, dans une maison de bois organisée comme je viens de l'indiquer, sans prendre le moindre acc^s de fièvre, alors que toute la population environnante était en proie aux formes les plus graves du paludisme.
Les graves affections que nous inoculent les Moustiques sont donr des maladies évitables. A Madagascar, les régions salubres sont trr'>s étendues, mais l'Européen peut vivre et s'établir même dans les régions jusqu'à ce jour réputées insalubres, s'il veut appliquer !ps règles que nous venons d'énoncer. Ainsi s'étend dans des proportions inespérées le champ de notre activité coloniale.