‹ Madagascar au début du xxe siècleChapitre 5 sur 67 · CARTE ! MADAGASCAR · texte numérisé non relu

CARTE ! MADAGASCAR

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Fig. 4. — Carte oro-hydrographique de Madagascar, d'après les explorations de M. Alfred Grandidier.

10 G. GRAIVDIDIFJ)

tants, par suite de rimpossibilité matérielle de s'écarter de la route suivie par les troupes.

Quelques mois plus tard, il a été créé un bureau topographique dépendant de TÉtat-Major du Gouverneur général, qui a pris, à la fin de 1896, sous les auspices du général Gallieni, un grand développement et qui a rendu un service signalé en dressant une carte générale de rile; sa tâche a été lourde et compliquée, car, en outre du levé d'un pays plus grand que la France, dont la dixième partie au plus rimerina, était bien connue, et dont tout le reste avait été seulement sillonné de quelques itinéraires, il fallut créer des ateliers de dessin, de photographie, de gravure; ces différents travaux, quoique accessoires, étaient indispensables pour publier au fur et à mesure les résultats obtenus. Le général Gallieni s'est adressé aux officiers sous ses ordres, et, de même qu'il avait fait de quelques-uns de bons administrateurs ou de bons agriculteurs, il fit de plusieurs d'entre eux d'excellents topographes. Les brigades géodésiques que le service géographique de l'armée a ultérieurement envoyées de France, ont appuyé tous ces documents par des triangulations précises et ont mesuré plusieurs bases et vérifié, avec des instruments plus exacts, celles calculées jadis par mon père et par le R. P. Roblet. Elles ont relié à Tananarive, par des chaînes de triangles, la côte Est, Diego- Suarez, Majunga, Tuléar et Fort-Dauphin, établissant ainsi une vaste étoile dont l'observatoire d'Ambohidempona, qui est situé à côté de la capitale, est le point central.

Grâce à cette intelligente organisation, en trois ans, sous la direction d'abord du capitaine Merienne-Lucas, puis du capitaine Bibault, le Bureau topographique de Tananarive a publié la carte au 1/100.000 de tout rjmerina et des routes vers Majunga etTamatave, ainsi (|ue les plans des principales villes, et une carte complète de Tile au 1/500.000 en 26 feuilles. De plus, il a fait paraître de nombreux itinéraires à travers des régions peu ou pas connues, des cartes divers(»s marquant les progrès successifs de la pacification et des cartes sp<'^ciales, géologiques et autres.

Il y a eu, pendant cftte période, plusieurs utiles explorations scientifiques faites par ordre des Ministères de l'Instruction Publique et des Colonies, ou du Gouverneur général de Madagascar, notamment celles de M. JuUy dans le Nord, de M. Gautier dans le pays Sakalava et la mienne dans le Sud-Ouest; les documents géographiques que ces

GEOGRAPHIR

voyageurs ont rapportés, nous ont fait connaître des régions nouvelles, et aujourd'hui la seule partie de Madagascar, dont la carte soit encore dressée sur de simples renseignements, est le pays Mahafaly et TAndroy qui occupent Textrême Sud de l'île. Un voyageur, M. Bastard, qui y a récemment pénétré, en a commencé l'occupation scientifique et pacifique.

Description physique de Madagascar. — L'île de Madagascar est

Clicbé de M. Catat.

Fig. î». — Rocher d'Ifandana, au Sud du pays Betsiloo.

située dans Thémisphère Sud, à 10.000 kilomètres environ de la France; sa côte orientale est baignée par TOcéan Indien; elle est séparée de l'Afrique par le canal de Mozambique, dont la largeur minimum, entre le cap Saint-André et Mozambique, est de 392 kilomètres. Sa superficie totale est de 590.000 kilomètres carrés, superficie presque égale à celle de la France, de la Belgique et de la Hollande réunies. Sa plus grande longueur entre le cap d'Ambre, qui est son extrémité septentrionale, et le cap Sainte-Marie qui la termine au Sud, est d(5 1 .580 kilomètres, et sa largeur moyenne est de 450 kilomètres. Ses côtes sont en général peu découpées, aussi leur développement, qui est à peine de 5.000 kilomètres, est-il assez faible relativement à son éten-

r.RANDIDlKH

(liio, <|ui place Madagascar au troisième rang parmi les grandes îles du globe; la côte orientale en particulier est presque complètement rectiligne, surtout depuis la baie d'Antongil jusqu'à son extrême Sud; la côte Ouest, au cou traire, est découpée par de nombreux bras de mer, où poussent en abondance des Palétuviers, et la côte Nord-Ouest par des baies grandes et profondes.

(îràce à tous les travaux topographiques qui y ont été exécutés

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Cliché du R. P. Roblet.

Fig. G. — Vue (le la chaino de Vavavalo, dans lo Sud-Ouest de riitierina.

depuis 1865, nous avons aujourdluii une connaissance assez exacte de Madagascar. Cette île se divise en trois régions, distinctes tout à la lois pcir leur orographie, par leur constitution géologi(|ue et parleur climat, présentant par conséquent de très grandes difl'ércnces dans leur llore, leur faune et le mode de vie de leurs habitants. Ces trois régions principales sont le Massif ou Plate^ui central, la chaîne côtière dont le pied est baigné par TOcéan Indien, et les grandes plaines plus ou moins accidentées de l'Ouest et du Sud, qui se temrinen-ten-perrtedoueedu côté du canal de Mozambi()ue.

GÉOGRAPHIl!: \'\

Orographie. — Etudions d'abord rapidement [le relier du sol dans ces trois régions.

Le centre de Madagascar ou le Plateau central, comme on dit d'ordinaire, est occupé par une masse chaotique de montagnes, qui couvre une très grande étendue du pays, tout Tlmerina et le Betsileo, soit environ le quart de Tîle, et à laquelle il faut ajouter un second massif

Fig. 7. — Rizières en Imerina.

de même origine dans le Nord de File. Cette masse de'montagnes est le noyau primordial de Madagascar, autour duquel se sont déposés subséqaemment les terrains plus récents.

Le Plateau central est limité à l'Est par la chaîne côtière, au Nord par une ligne qui rejoindrait Mandritsara à Mevatanana, à l'Ouest par la grande falaise du Bongo-lava qui en est le versant occidental, et au Sud par de hauts pics situés à peu près sur le 22« parallèle (fig. 5); ces limites, qui paraissent, au premicrabord, toutes conventionnelles et peu précises, sont en réalité parfaitement nettes. En effet, de quelque côté qu'on aborde ce plateau, en en franchissant les versants qui de tous côtés sont abrupts, on voit de suite qu'on entre dans un pays différent de celui qu'on quitte; l'aspect général, le climat, les habitants sont en effet tout autres. Vient-on de l'Ouest ou du Sud, on passe en quelques heures de plaines basses, couvertes de prairies et de l)ouquets

G. GHANDIDIEH

d'arbres, dans des [montagnes de terre rouge, nues, brûlées pendant le jour par un soleil ardent et, la nuit, glacées à l'époque de la saison sèche par un vent frais et rude. Vient-on de TEst, l'impression est encore plus vive, car d'une forêt luxuriante, comparable aux forêts vierges de Ceylan ou de l'Amérique, on débouche sans transition dans une région triste et déserte (fig. 6).

Ce plateau, qui comprend l'imerina et le Betsileo et qui est le

Fig. 8. — Rocher et village d'Ântongona (Inierina).

centre physique et moral de l'île, est extrêmement accidenté et coupé par de nombreuses vallées (lig. 7); son altitude moyenne est de 1.000 à 1.200 mètres; il est formé de roches primitives (lig. 8) et est dominé en son milieu par le grand massif volcanique de TAnkaratra, dont plusieurs sommets sont très élevés, notamment le Tsiafajavona, l'un des plus hauts de l'ile (2.680"^). Ce massif se rattache à un soulèvement relativement récent qui a fait saillie en trois points de l'ile : l'Ankaratra au centre, TAmbohitra ou montagne d'Ambre à la pointe Nord et rivohitsomby, le moins élevé, qui est près de Tsivory, à l'extrême Sud.

16 (î. GRANUIDIKR

Disons cependant que l'impression fâcheuse que Ton ressent en arrivant sur le Plateau central est exagérée et que, si ses défauts sautent immédiatement aux yeux, il a cependant des qualités qu'on découvre après une étude plus approfondie. Si, en effet, la terre, d'une manière générale, y est incomplète et, par conséquent, aride au point de vue agronomique, et si les cultures n'y réussissent guère que dans les bas-fonds humides ou irrigués par des cours d'eau, du moins le climat y est bon et les températures extrêmes y sont inconnues; les

Fi^. 10. — Environs de Tamalave.

maladies paludéennes y sont rares et généralement sans gravité; aussi est-ce la région la plus peuplée, celle où les immigrants malais, ainsi que nous le verrons en traitant de l'ethnographie, se sont réfugiés, fuyant les côtes malsaines de l'Est, celle o& de grandes villes comme Tananarive et Fianarantsoa ont pu se i'ormer, celle entin où les Européens peuvent vivre et même travailler.

Le haut plateau du Nord, que sépare du Plateau central, au nord du 16^ parallèle, une vaste coupée où coule* la Sofia, a une étendue bien moindre; il n'a d'ailleurs été signalé comme se rattachant au système orographique général qu'à la suite des études qui viennent d'y être faites ces années dernières. Ses limites sont la vallée de Mandritsara au Sud, celle de Befandriana à l'Ouest, la rivière Lokia au Nord et la chaîne côtière à l'Est. Au centre de ce plateau, il y a un vaste cirque, celui de Bealanana, dont les parois sont très abruptes au moins sur

(;ÉO<.RAPHIK

trois côtés, et qui, quoique d'une constitution géologique toute autre, ressemble, à la première vue, à un gigantesque cratère de volcan.

Le Plateau central de Madagascar occupe un peu moins de la moitié de la largeur totale de l'île (tig. 9); la longue chaîne côtière qui le sépare de l'océan Indien et (|ui forme la seconde région de Madagascar, n'en occupe que le i/o^, soit enviroi>8Q kilomètres, tandis que les

Fig. 11. — La rivière Mahela h, Arapasiinbola, à 38 kiloiuètres à l'Ouest d'Andevorante.

plaines de TOuest en wcupent à peu près les 2 5*". Cette chaine côtière, qui est orientée du N.N.E. au S.S.O., prend naissance tout près de la mer, quel(|uefois au bord même/ et s'élève par gradins successifs jusqu'à sa crête qui a une altitude moyenne de 1.000 à 1.500">. A une bande de sable plus ou moins large, souvent très étroite, tantôt marécageuse, tantôt couverte d'un gazon parsemé de petits bois, d'arbres isolés ou d'arbustes (Cycas, Filaos, Copaliers, etc., tig. 10), succèdent des collines hautes de 20 à 50 mètres qui portent souvent une végétation spéciale comprenant, surtout dans les fonds qui sont toujours humides, des Rarinala ou arbres du voyageur, des Vakoa ou Pandanus d'espèces variées et des Rafia, Palmiers aux élégants panaches (iig. 11); au

MADA0A8CAB. 9

(i. GRANDIDIRn

delà, commence la montagne, proprement dite, (lui est formée par de nombreux chaînons parallèles, s'étageant les uns au-dessus des autres, tous à pentes très abruptes (fig. 12). Il y a, ça et là, quelques pics isolés qui dominent la chaîne, véritables forteresses naturelles, comme celui d'ikongo, par exemple, qui est célèbre par les sièges

Fifç. 12. — Route dans la forêt d'Analamazaotra (entre Taraatave et Tananarive).

qu'y ont soutenus jadis les habitants de cette région ou Tanala contre les Hova et, tout dernièrement, contre nos soldats.

Cette chaîne côtière est adossée au Plateau central, mais l'orientation de ces deux masses de montagnes n'étant pas absolument parallèle, l'espace intermédiaire ou la grande vallée qui les sépare, et qui, au Nord, est très large, va se rétrécissant vers le Sud. Cette vallée qui était sans issue et que les eaux ont d'abord transformée en immenses lacs, a été peu à peu comblée par des apports de terre et de sable, de sorte que, tandis que le versant oriental de la chaîne côtière a une grande largeur et s'élève d'un millier de mètres et plus au-dessus [de sa base, son versant occidental est, au contraire, très court, n'ayant] pas une centaine de mètres au-dessus du niveau de la plaine d'Ankay. C'est dans

Tespace intermédiaire entre ces ^deux masses de montagnes que se trouvent le vaste bassin marécageux qui constitue le paysd'Antsihanaka et qu'occupe encore, en partie, le lac d'Alaotra en voie continue de dessèchement, ainsi que la longue plaine d*Ankay, où coule, du Nord au Sud, le Mangoro pendant près de 200 kilomètres. Ces plaines, ayant une altitude moindre que le Plateau central,onlun climat plus chaud; on y trouve des terrains propices à la culture du riz et à l'élevage dubétail.

FiR. 13.

• Plaine du pays bara, avec termitières et Lataniers.

Cliché de M. Gâtât.

Fig. 14. — Plaine du Nord-Ouest de Madagascar.

20 (i. (iRANDIDIER

La région occidentale diffère complètement des régions orientale et centrale dont nous venons de nous occuper. Au lieu d'un chaos de montagnes, où le sol rouge et compact est couvert, dans TEst, d'une végétation verdoyante et, dans le centre, de maigres et chétives Graminées, on y trouve des plaines, en général peu accidentées, calcaires ou gréseuses, avec de hautes herbes et des forêts de Palmiers ou defr lx)u-

Fig. 15. — Végétation des plaines de l'Androy (Eupliorbiacées. Didierea, Pachy podium, etc.).

quets de l)ois, moins verdoyants toutefois que dans l'Est, mais plus riants que dans le centre (lig. 13 et 14). Elles sont limitées à FEst par le versant occidental du Plateau central, le Bongolava, qui est élevé de 800 à 1.000 mètres et presque à pic. Elles occupent, comme nous l'avons dit, près des 2/5^ de la largeur totale de l'île et elles sont coupées dans presque toute leur longueur, à peu près à égale distance du massif central et de la mer, par une chaîne dirigée du Nord au Sud qui a une hauteur moyenne de 400 mètres et une largeur variable de 20 à 25 kilomètres. Partant du mont Ambohitsosy, près du cap Saint- André, cette chaîne rejoint les monts Isaloetle mont Maropapango dans le pays Mahafaly. On l'appelle Bemaraha au Nord etTsiandava au Sud. La région australe a le même aspect que la précédente et est, comme

(iÉOGRAPHIE 21

elle, plate avec de petits mouvements de terrain (fig. 15), à l'exception de sa partie orientale où se trouvent des massifs assez élevés.

Hydrographie. — La distribution des cours d'eau à Madagascar est très simple; les uns vont à l'Est et se jettent dans l'Océan Indien, les autres sont tributaires du canal de Mozambique.

Le bassin de Tiicéan Indien, dont la crête du versant oriental du

Fi^. i(i. — Andakana. sur lo Mangoro ^dans la vallée d'Ankay).

Plateau central l'orme la limite de partage, est étroit et draine seulement les eaux du quart de la largeur de Tîle. !1 en résulte que les rivières de TKst, qui sont extrêmement nombreuses, ont un cours peu étendu, moins de 100 kilomètres en moyenne, et n'ont pas de grandes sinuosités; les pentes qu'elles descendent sont très rapides, de sorte qu'elles ne reçoivent que de petits affluents et ont peu d'eau, sauf au moment des grandes pluies. Ce sont plutôt, en réalité, des torrents que des rivières; il y en a cependant trois qui ont une réelle importance : le Maningory, qui se jette presque en face l'île Sainte-Marie et qui est le déversoir du lac Alaotra, le plus gi^and lac de Madagascar; le Mangoro, qui, avant de descendre le versant de la chaîne côtière, suit pendant 200 kilomètres la plaine d'Ankay entre cette chaîne et le plateau central (iig. 16) et qui reçoit, d'autre part, un grand affluent, l'Onivé,

(;. r.RANDIDIKR

formé par une foule de petites rivières venant de la face orientale du massif volcanique de TAnkaratra; il est navigable dans son cours inférieur pendant une trentaine* de kilomètres; au-delà, il est coupé par des rapides (iig. 17); enfin, le Mananara, qui réunit plusieurs importantes rivières, venant, les unes, du versant Sud du Plateau central et, les autres, du versant Ouest de la partie méridionale de la chaîne côtière.

Les torrents qui sillonnent ce versant oriental de l'ile ne dél)Ou-

Fig. i7. — Un rapide dans l'Kst.

client pas tous directement dans la mer. En effet, le grand courant de r(K*éan Indien, qui vient de l'Est, bute avec une grande force contre la côte de Madagascar, amassant sans cesse du sable aux emlx)uchures des rivières et formant des barres qui les empêchent découler librement leurs eaux à la mer (fig. 18), car, sauf lorscju'il y a des crues exceptionnelles dues à des orages violents ou à de grandes chutes momentanées de pluie, le débit de ces rivières n'est pas, comme nous venons de le dire, assez fort pour briser cet obstacle, et leurs eaux, d'ordinaire peu abondantes, ne trouvant pas d'issue au dehors, s'épandent au Nord et au Sud sur la plage entre les premiers contreforts de la chaîne côtière et la mer, formant des lagunes parallèles à la côte, dont

elles ne sont séparées souvent que par une bande de sable de quelques

centaines de mètres, et, suivant les

accidents de terrain, tantôt très

étroites, tantôt au contraire s'élar-

gissant en grands lacs (lig. 19). C'est

dans ce chapelet de lagunes que

débouchent presque tous les cours

d'eau de la côte Est entre l'ile de

Sainte-Marie (17o) et le Matitanana

(25^>25'), sur une longueur de côte

de près de 600 kilomètres; entre

la bouche de Tlvondrona (i8ol6' lat.

S.) et celle du Matitanana (22«25'

lat. S.), elles sont si rapprochées

i|u'elles forment un chenal de 440 kilomètres oii arrivent plus de 50 cours

d'eau et que séparent en 22 tronçons 21 isthmes, ou Pangalanos comme

Fig. 18. — Embouchure de la rivièro de Mahanara (cùle N.-F!.).

FJg. 19. — Lagunes de la côte orientale.

on les appelle à Madagascar, ayant ensemble une longueur de 46 kilomètres; on utilise ce chenal dans une certaine mesure pour la navigation côtière. On a récemment entrepris de percer les trois langues de

2^i (i. (iRANmi)IKR

terre qui séparent les lagunes entre l'Ivondrona et Andevoranto(lig.20); ce travail, qui est sur le jK)int d'être terminé, mettra en communication facile, par voie d'eau, Tamatave avec la grande route qui va d'Andevoranto à Tananarive. !1 est à désirer qu'on le continue dans le Sud, afin que le commerce de cabotage, si dangereux le long de cette côte qui est continuellement battue par les vagues et sans ports de refuge, se fasse par ce canal que la nature a si bien préparé dans ce but. Aucun des cours d'eau de l'Est n'est navigable à quel<jue distance de la côte.

Fig. 20. — Andevoranto.

Les rivières qui se jettent dans le canal de Mozambique ont en général un cours beauccfup plus long et roulent beaucoup plus d'eau que les torrents de l'Est, mais si elles sont plus grandes et plus importantes,' leur nombre est moindre. Plusieui's sont de vrais fleuves; ils prennent leur soui'ce dans le massif central, qui envoie toutes ses eaux vers rOuest, à l'exception de celles dont nous avons parlé et qui descendent du versant oriental des pics de l'Ankaratra; or, ce massif, dont le sol argileux est imperméable et par conséquent retient bien les eaux, est sillonné en tous sens par des milliers de petits ruisseaux qui, en se réunissant, forment de grandes rivières. A voir la carte des cours d'eau qui arrosent l'Imerina et le Betsileo, on se croirait devant le dessin du cbeveiu d'une racine.

GEUN.nAPHlK

Parmi ces ileuves, nous citerons : la Mahajamba, i\m se jette dans la l)aie du même nom et qui a ses sources sur le versant Nord du plateau central; la Betsiboka et son affluent l'Ikopa, qui drainent tous les environs de ïananarive et le Nord de Tlmerina et se déversent dans la baie de Bombétoke (lig. 21); le Manambolo et surtout la Tsiribihina ou Mania, qui reçoit la plus grande partie des eaux de TOuest du plateau central, notamment du massif de TAnkaratra, et qui a son embou-

Fif;. 21. — Gluiles du Mainokoniita (afïluont de l'Ikopa).

chure à Tsimanandrafozana; le Mangoka ou Matsiatra, qui est formé par presciue tous les cours d'eau du pays Betsileo et (pii débouche au Nord du cap Saint-Vincent; enlin, TOnilaby ou Saint-Augustin, qui a aussi un gi*and développement dans la région australe ffig. 22).

Ces divers fleuves, surtout la Betsil)oka, la Tsiribihina et le Mangoka, forment d'immenses deltas dont les bras, qu'envahissent les palétuviers, se modifient continuellement; ils sont navigables dans leur cours inférieur presque jusqu'au pied du Bougolava. A cause de la marée «|ui remonte jusqu'à plusieui*s lieues de leur embouchure, des bateaux' d'un petit tonnage y ont accès et les pirogues ou petites barques vont jusqu'à 25 ou 30 lieues de la côte. Il y a même un service à vapeur sur la Betsil)oka et Tlkopa entre Majunga et Mevatanana. Sur

a. GRANDIDIER

le Plateau central, il y a quelciiics biefs que le5 indigènes utilisent |)Our transporter leur riz à l'aide de pirogues. Les cours supérieurs de ces fleuves fertilisent en effet plusieurs grandes plaines que les indigènes ont transformées en belles et vastes rizières, notamment celles de Betsimitatatra dans l'Ouest de Tananarive, de Betafo dans le Sud-Ouest de TAnkaratra, de Fianarantsoa et de Fanjakana dans le Betsileo, etc. Les habitants du massif central ont en outre utilisé, ^outes les fois que la configuration du terrain s'y est prêtée, leurs

Fiç. 22. — Chutes du Sakondry (affluent de l'Onilahy).

petits affluents pour irriguer les rizières disposées le long des flancs des montagnes en gradins ou en escalier, suivant le terme consacré.

Entre tous ces grands fleuves, il y a des rivières plus petites dont les eaux, pendant la saison sèche, d'avril en octobre, n'arrivent pas toujours jus(ju'à la mer, notamment dans le Ménabé et dans les régions du Sud; en effet, quoique dans la première partie de leur cmirs, elles aient toujours de l'eau, elles sont souvent à sec dans la région côtière, où ne recevant pas d'affluents et coulant sur un sol perméable, l'évaporation est considérable.

Le massif du Nord, étant beaucoup moins étendu, ne donne naissance qu'à deux cours d'eau d'une certaine importance, la Maivarano, qui se jette dans la baie d'Analalava, et surtout la Sofia, qui le sépare

(.éo(;raphih: 27

du massif central et déverse dans la baie de Mahajamba ses eaux, dont une partie vient aussi du massif central.

Dans la région australe, il n'y a que six rivières qui arrivent jusqu'à la mer, et encore, pendant certains mois, Teau coule-t-elle sous et non, comme il convient à toute rivière digne de ce nom, sur le 3able de leur lit : ce sont Tllinta, qui débouche dans la baie des Masikoro, la Menarandra, le Manambahy, le Manambovo, le Mandrary et rOny, qui se jettent, les trois premières à TOuest, les trois autres à TEst du cap Sainte-Marie. Le Mandrary, qui est la plus importante de toutes, prend sa source sur le versant occidental de la chaîne côtière, à une altitude de 1.250 mètres environ, et, après avoir décrit un grand arc de cercle vers le Nord, s'infléchit et court droit vers le Sud.

Lacs. — Madagascar, qui a possédé autrefois beaucoup de lacs, quelques-uns énormes, n'en a plus aujourd'hui qu'un petit nombre; le lac Alaotra dans l'Antsihanaka, le lac Itasy dans Tlmerina, le lac Kinkony sur la côte Nord-Ouest entre les baies de Bombétoke et de Maroambitsy, le lac Ihotry auprès de la baie de Morombé, et le lac Tsimanampetsotsa dans le Sud-Ouest. Jadis, la grande plaine de Betsimitatatra, qui estaujourd'hui admirablement cultivée en riz, la longue et grande vallée de l'Ankay, la vaste cuvette de TAntsibanaka dont une toute petite partie est à présent o(*cupée par l'Alaotra, etc., étaient d'immenses lacs qui se sont naturellement ou ont été artificiellement desséchés. Aujourd'hui le lac Alaotra est le plus grand de tous; il occupe le coin Nord-Est d'une plaine très étendue qui est entourée de tous côtés par des montagnes et dont plus de la moitié est à sec pendant la majeure partie de Tannée, mais qui, à la saison des pluies, devient un immense marécage; ses bords sont fertiles en riz et les. prairies y sont favorables à l'élevage du bétail. L'Itasy, qui est un fort joli lac, malgré l'absence totale de végétation arborescente sur ses rives, a 43 kilomètres dans sa plus grande longueur; la profondeur moyenne de ses eaux est de 6 mètres ; il est situé en pleine région volcanique et est entouré, surtout du côté de l'Ouest, par des montagnes dont les cratères sont parfaitement nets. Ces deux lacs sont très poissonneux et la pêche est une des principales occupations des riverains; il y a malheureusement aussi beaucoup de Crocodiles. Les lacs salés d'ihotry et de Tsimanampetsotsa sont intéressants, parce qu'ils semblent être des bras de mer relégués à une certaine dislance dans les terres par l'apport continu de

G. GRANDiniER

sable que les courants ont peu à peu déposé sur les bancs de coraux qui les séparaient du canal de Mozambique.

Côtes et Ports. — Nous avons dit que le grand courant sud-équatorial venait buter contre la côte orientale de l'île, où il se divise en deux branches qui longent, Tune, la côte Nord-Est, l'autre, la côte Sud-Est. En Septembre 1884, il a déposé tout le long de la plage une masse consi-

^.««^'^ — r ^^^B^S^SÊ^ «^.1^^ J^k. T<^

Fig. 23. — Rade de Tamatave.

dérable de pierres ponces provenantde la fameuse éruption du Krakatoa, qu'il a apportées de Sumatra en un an. Sous l'action continue de ce courant, cette côte, qui est du reste toujours battue par les vents du large, éstdevenue rectil igné, inclinée comme la chaîne côtièreduN.-N.-E. au S.-S.-O.

Elle ne présente presc|u'aucune anfractuosité, surtout au Sud de l'île Sainte-Marie, et les ports où mouillent les navires sont plutôt des rades foraines que protègent plus ou moins bien quelques récifs de coraux : tels sont Vohémar, Sahambavany, Tintingue, Fénérive, Foulepointe, Tamatave lui-même, qui est le plus important de Madagascar et qui est loin d'être sûr et commode (fig. 23). On fait cependant dans la plupart de ces ports un commerce assez important de riz et de bœufs vivants pour les îles de la Réunion et de Maurice, de cire, de caoutchouc, etc. La baie d'Antongil, au fond de laquelle sontMaroantsetrana

(>éO(>RAPHIE

et Port-Choiseul et (jiii, du temps de Benyowski, a eu une grande renommée, n'offre plus maintenant qu'un intérêt médiocre, son commence d'exportation ne consistant guère qu'en bois d'ébénisterie et autres qui sont, il est vrai, abondants sur ses bords. Le mouillage n'y est pas mauvais, mais le climat, <|ui y est très chaud et très humide, est malsain.

A Andevoranto, Vatomandry, Mahanoro, Mananjary et Farafangana,

Gichi de M. Sikora.

Fi^. 24. — Rade de Fort-Dauphin.

qui sont autant de points de départ pour le centre de Tîle, c'est-à-dire pour rFmerina et le Betsileo, on mouille en pleine mer, exposé à la grande houle du large et aux coups de vent si nombreux sur ces côtes, et le débarquement des marchandises y est toujours difficile, quelquefois impossible pendant des semaines. La rade de Fort-Dauphin, où Pronis, en 1643, et Flacourt, en 16'48, ont fondé notre premier établissement à Madagascar, tour à tour occupé et abandonné, est meilleure, mais elle n'offre pas encore toute sécurité, étant ouverte aux vents d'Est (fig. 24). Au-delà, vers le Sud-Ouest, on trouve la baie dite des Galions ou Ranofotsy qui a été fréquentée aux xvi« et xvn« siècles par les Portugais, et où peuvent entrer des navires d'un tonnage moyen.

30 <;. (iRANDlDIEH

Le seul beau et bon port dans l'Est est celui de Diego-Suarez, Tun des plus grands et des meilleurs que Ton connaisse. On l'a souvent comparé, non sans raison, aux rades de Rio-Janeiro, de Sidney et de Brest. Il y a bien un courant violent (jui contourne la pointe Nord-Est de Madagascar et qui en rend l'entrée difficile pour les navires à voiles, mais il n'en est pas de même pour des bateaux à vapeur; la sortie n*en est pourtant pas facile pendant la mousson de Sud-Est. Des feux placés sur Tilot des Aigrettes et à Moronjia permettent d'y entrer la nuit. Le goulet par le<|uel on pénètre dans la rade est étroit; aussitôt qu'on l'a franchi, on se trouve dans une baie immense où plusieurs escadres pourraient évoluer à l'aise, et dont les bords sont découpés en sept golfes ou anses assez profondes (jui forment autant de ports; c'est dans l'une d'elles, connue sous le nom de baie de la Nièvre, qu'atterrissent les navires; la ville d'Antsirana, où sont cantonnées les troupes et où habitent les agents des diverses compagnies de navigation, ainsi que les négociants et les marchands, est bâtie sur la rive Sud-Est, tandis <|ue la ville de Diego-Suarez proprement dite, où se trouvent l'hôpital et les docks militaires, est sur la rive Nord. Cette magnifique rade, à cause de sa situation à l'extrémité septentrionale de l'île qui rend toutes communications avec le centre longues et difficiles, n'est appelée à jouer qu'un rôle stratégique, mais elle est admirablement placée pour ce but. *

Au Sud et tout près de la baie de Diego-Suarez, il y en a quel(|ues autres, notamment les baies de Rigny et de Lokia, où les navires peuvent mouiller en sûreté, mais qui n'ont pas grande importance.

Après avoir doublé le cap d'Ambre, ce qui est facile en venant de l'Est parce que les courants portent vers l'Ouest avec force, on trouve une côte dont la configuration et l'aspect diffèrent de celle dont nous venons de parler, quoiqu'elle soit encore montagneuse jusqu'à la baie de Narendry ; toute la partie entre les caps d'Ambre et de Saint-André, qui est inclinée du N.-E. au S.-O., est parsemée, surtout au Nord, de nombreux ilôts, pâtés de coraux et hauts-fonds et est fortement échancrée par une foule de baies, quelques-unes énormes, comme la baie d'Ampasindava, à l'entrée de laquelle est placée l'île de Nosy bo. et celles d'Ambavatoby (fig. 25), de Radama, de Narendry, de Mahajamba, de Bombétoke, de Maroambitsy et de Baly, qui, toutes, sont d'excellents ports, mais qui, à l'exception de celle de Bombétoke où se trouve Majunga et d'où part la route de l'Ouest vers Tananarive, ne

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sont Iréquentées i|iie par peu de navires, le commerce n'y étant pas encore très développé.

Au-delà du cap Saint-André, le rivage de la mer a une direction générale Nord-Sud, avec sa partie centrale concave; la côte est basse, sablonneuse; elle n'est pas comme celle du Nord-Ouest découpée par de grandes baies, mais par de nombreux bras de mer, bordés de

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Biiie d'Anibavatoby.

Palétuviers qui pénètrent assez loin dans l'intérieur et où les boutres et les bâtiments de petit tonnage peuvent entrer, mais, pour les grands navires, il n'y a entre les caps Saint-André et Saint- Vincent que des rades foraines, qui sont toutefois moins battues par la houle et les vents que dans l'Est. A partir du cap Saint-Vincent, la côte est bordée, jusqu'à l'extrémité méridionale de l'île, par un mur do coraux délimitant un chenal où les barques et pirogues naviguent et mouillent en toute sûreté. Les ports de Tuléar et de Saint-Augustin, (jue protègent aussi des récifs de coraux, sont parmi lesmeilleui's de lilo. I^ baie des

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Masikoro, à la pointe S.-O. de Tile, est bonne aussi pour des bateaux d'un tonnage moyen.

La navigation demande du reste sur les côtes Nord-Ouest et Sud- Ouest une grande vigilance à cause des îlots, récifs et bancs qui y sont nombreux, quel(iuelbisjus(|u'à une assez grande distance en mer.

Des. — Il y a beaucoup de petites îles parsemées le long des côtes de Madagascar, mais deux seules sont importantes, Nosy-Bé sur la côte N.-O. et Sainte-Marie sur la côte Est; toutes deux étaient des colonies françaises longtemps avant la conquête de Madagascar, la première depuis 1841 et la seconde depuis 1750.

Nosy-Bé, qui est, comme nous l'avons dit, situé à rentrée de la baie d*Ampasindava, est assez montagneux et jouit d'un climat favorable à la végétation; aussi plusieurs colons français y ont-ils cultivé avec un certain succès le café, la vanille, la canne à sucre, etc.; malheureusement les terres ont été vite épuisées et les maladies se sont mises dans les plantations, si bien qu'aujourd'hui la situation y est moins prospère qu'autrefois. Il y a un bon port à Hellville, où relâchent chaque mois les bateaux des Messageries Maritimes.

L'ile de Sainte-Marie, qui est placée à peu près à égale distance de la baie d'Antongil et de Tamatave, est allongée du Nord au Sud et mesure environ 45 kilomètres de long sur 3 à 4 seulement de large; elle est séparée de la terre ferme, de la Pointe à Larrée, par un chenal de 7 kilomètres. Son climat est extrêmement humide et j^ar suite très malsain. Les cultures qu'on y a tentées n ont pas donné de produits très satisfaisants; les girofliers seuls y ont bien réussi. Il y a un port avec un mouillage sûr à Filot Madame, dans le Sud-Ouest de lile.

Distribution des forêts et Climat. — Après avoir indiqué la distribution générale des montagnes et des cours d'eau à Madagascar, nous allons maintenant donner celle des forêts, qui est tout à fait remarquable (lig. 26). En effet, une bande de forêts, plus ou moins large et plus ou moins éloignée de la mer, entoure presifue complètement, l'enfermant comme dans un cadre, le centre de l'île, qui au contraire est nu, presque complètement dépourvu d'arbres et même d'arbustes et couvert seulement d'un mauvais gazon.

Sur le versant oriental de la chaîne côtière, il y a de nombreux bois (fig. 27), qui étaient encore plus abondants autrefois avant que

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Fig. 26. - Carte montrant la distribution des forêts à Madagascar.

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l«s indigènes n'en aient incendié de grandes (étendues, [et, tout à fait en haut, au dessous de sa crête, est accrochée la bande de forêts dont nous venons de parler et qui s'étend tout le long de Tile, du N. au S., et où abondent les essences précieuses, éhbne. bois de rose, palissandre el acajou malgaches, ainsi que des Palmiers d'espaces diverses, des Fougores en arbre et des Orchidées (lig. 28); uneVconde^bande paral-

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lèle à la précédente, mais plus étroite, revêt le versant oriental du Plateau central. Le climat de cette région, qui est chaud et humide, est en effet propice à une végétation luxuriante; la température moyenne de Tannée y est à peu près constante et atteint 24<>; à Tamatave, qui peut être pris comme type du climat du centre de la côte Est, les variations thermométriques ont peu d'amplitude. Néanmoins, cette température, qMi n'a en somme rien d'excessif, est pénible, parce que Tair est très humide, comparable à celui de nos serres à orchidées; son état hygrométrique atteint souvent 85 p^ 100 d'humidité relative, et la chute d'eau annuelle y dépasse 3 mètres, triple de celle qu'on

GéOGRAPHifi

Cliché de M. Perrot.

Fig. 28. — La grande forêt de l'Est.

constate à Brest, Tun des points les plus pluvieux de la France. L'air étant presque saturé de vapeur d'eau, l'évaporation se fait mal dans cette région où tous les vallons et les moindres dépressions du sol sont transformés en marécages (fig. 29). Il s'ensuit tout naturellement que le climat y est malsain et débilitant et que les fièvres paludéennes y sont fréquentes, quelquefois graves; mais, d'autre part, il est favorable

Fig. 29. -

Vue de la région littorale, près de Tamatave.

aux cultures tropicales, telles que celles du café, de la vanille, du cacao, de la canne à sucre, etc., surtout dans la partie comprise entre la baie d'Antongil, au Nord, et Mananjary, au Sud, qui est soumise au régime pluvial à outrance dont je viens de parler, et où il y a, comme disait un ancien colon, la saison des pluies et la saison où il pleut. Au Nord d'Antongil et au Sud de Mananjary, les saisons sont plus tranchées et le climat y est relativement plus sec; à Fort-Dauphin, par exemple, la chute d'eau n'est que de 1 mètre en moyenne, et, à Diego-Suarez, elle ne dépasse pas 0^700; aussi la végétation y est-elle moins vigoureuse. La petite partie de la région Nord-Ouest comprise entre les massifs d'Ambre et la baie de Narendry, par son aspect, par son climat, par sa

végétation, ressemble beaucoup à la côte Est; pendant la saison chaude, Thumidité y est grande et Tair assez pénible à respirer.

Tandis que le climat de la région orientale est, pendant toute Tannée, chaud et humide, celui du plateau central est tout différent. L'année comprend deux saisons très distinctes, qni ont à peu près une égale durée, la saison froide ou sèche, la saison chaude ou pluvieuse. La première dure d'avril à novembre et est caractérisée par une notable abaissement de température qui coïncide avec une sécheresse presque absolue; la température moyenne de cette saison est de 15^, mais le thermomètre ne marque quelquefois dans la nuit que + S®. Au contraire, la seconde, qui dure de novembre à avril, est caractérisée par la chute de pluies assez abondantes et par l'élévation de la température, dont la moyenne monte à 19^; la hauteur d'eau qui tombe annuellement ne dépasse pas cependant 1^50 et il n'y a guère en tout plus de 100 jours pluvieux. La végétation n'est active qu'à l'époque de la saison chaude; c'est aussi le moment oii le paludisme se fait sentir, autant à cause des marécages qui se forment dans tous les fonds de vallée, qu'à cause du travail qui s'opère dans les rizières, qu'on bêche pour y faire les semailles.

Si Ton considère, d'une part, la nature du sol du Plateau central qui est compact et argileux et qui ne contient naturellement pas tous les éléments nécessaires à la vie des plantes, d'autre part son climat si sec pendant de nombreux mois et à certaines époques relativement frais, on ne peut réellement pas s'étonner que les arbres et mêmes les arbustes n'y trouvent pas les conditions nécessaires à leur développement. Le sol de la région côtière de l'Est, il est vrai, n'est guère meilleur dans son ensemble, au point de vue physique et minéralogique, que celui du centre de l'Ile, mais les conditions de chaleur et d'humidité, comme nous l'avons déjà dit, sont autrement favorables. L'humidité presque constante qui caractérise le climat de cette région est due à ce que les courants aériens les plus fréquents, venant de l'Est* comme les courants marins, par conséquent ayant balayé une immense étendue de mer, apportent un air presque saturé de vapeur d'eau, qui se trouve obligé, pour franchir la grande muraille que lui oppose Madagascar, de s'élever vite et haut et, par suite, de déposer constamment, sous forme de pluies, de brouillards ou de rosées, le trop plein de vapeur d'eau qu'il ne peut plus contenir à cause de la dilatation et du refroidissement auquel il est soumis. Mais, une fois la crête la plus élevée

passée, il reprend son équilibre et, comme la pente générale du Plateau central descend vers l'Ouest, sa capacité hygrométrique augmente et il ne dépose plus d'eau. C'est pourquoi les forêts du côté de l'Est s'arrêtent brusquement au faite même de la chaîne, rejetant la face orientale de beaux arbres et de toutes sortes tle plantes, tandis que l'autre face et tout le pays vers l'Ouest est absolument nu.

L'absence presque totale de végétation arborescente dans le centre de l'île est due par conséquent à la nature du sol, ainsi qu'à la sécheresse et à la dureté du climat qui y régnent pendant 6 à 7 mois de Tannée. On en trouve la preuve en allant vers l'Ouest, où toutes les rivières, coulant dans des vallées d'une largeur moyenne, qui ne sont ni trop plates parce qu'alors elles se transforment en marécages, ni trop encaissées parce que le sol des pentes est trop sec, sont bordées d'une rangée d'arbres; ces avenues, qui se détachent au milieu d'un pays entièrement découvert où il n'y a même pas d'arbrisseaux, ni de broussailles, et qui semblent plantées par la main de Thomme, y poussent parce que, le long même de la rive, la terre est ameublie et humectée constamment par l'infiltration des eaux et amendée par les apports des crues de l'hivernage.

Depuis la baie de Narendry jusqu'au delà de la baie de Saint- Augustin, la bande de forêts, d'un aspect moins verdoyant que celle de l'Est, mais également riche en essences précieuses, longe la côte en pays plat. Le climat y est d'autant plus sec qu'on avance davantage vers le Sud. En allant de la mer vers l'Ouest, on trouve de grandes prairies, coupées de nombreux petits bois et parsemées d'une masse d'arbres isolés, qui donnent assez souvent à ces plaines l'aspect de vergers. Il en est de même dans la région australe, où la brousse comprend des arbres très curieux par leur forme et leur adaptation aux conditions de vie dans lesquelles ils se trouvent (voir la fig. 15), car la sécheresse y est presque continuelle pendant toute l'année.

En résumé, on voit d'après la description sommaire que je viens de domier des montagnes, des cours d'eau et des forêts de Madagascar, que leur distribution est remarquablement régulière. Un noyau primordial au centre, qui domine tout le reste de Tile comme une immense forteresse, et à l'Est, une longue chaîne qui borde l'Océan Indien et qui est adossée au massif central et est aussi assez élevée, "tous deux formés de roches anciennes ; au Nord, à l'Ouest et au Sud,

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des plaines calcaires ou de grès plus ou moins accidentées; des rivières nombreuses et torrentueuses se jetant dans TOcéan Indien ; des fleuves plus importants, à cours beaucoup plus long, mais en moindre nombre, allant au canal de Mozambique; Des forêts suivant les côtes à une distance plus ou moins rapprochée et encadrant le centre de rUe qui est nu et dépourvu de végétation arborescente : tels sont, en quelques mots, les grands traits physiques de Madagascar.

PAR

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