MARCEL LIN BOULE
Docteur Is sciences^ Assistant de Paléontologie du Muséum.
Le sujet dont je vais avoir l'honneur de vous entretenir est encore trH peu connu. Nous n'avons que des notions très imparfaites, pour certains points même tout à fait vagues, sur la géologie de Madagascar. Cela tient évidemment à ce que les premiers explorateurs de notre nouvelle colonie n'avaient pas les connaissances spéciales qu'exigent les recherches géologiques. Jusqu'à ces dernières années nous ne pouvions utiliser que les récits des géographes ou des prospecteurs, récits généralement fort pittoresques, parfois très intéressants à d'autres égards, mais à peu près complètement dépourvus de renseignements géologiques.
Depuis la conquête, nous sommes en possession de données plus nombreuses et surtout plus précises. Des voyageurs, des officiers, des explorateurs naturalistes, formés par l'enseignement spécial du Muséum, ont recueilli des collections de roches et de fossiles, dont la plupart ont été étudiées dans nos divers laboratoires de Géologie, de Minéralogie et de Paléontologie.
J'ai eu, pour ma part, la bonne fortune d'examiner un grand nombre de fossiles provenant des régions les plus diverses du territoire malgache. Grâce à ces documents j'ai pu dresser l'esquisse géologique de File que je place sous vos yeux et j'ai le plaisir de vous faire une conférence sur un pays où je ne suis pas allé.
C'est un naturaliste anglais, Buckland, qui s'est occupé le premier de la géologie de Madagascar. En 1821, l'étude de quelques fossiles provenant du Nord-Est l'amena à comparer les formations gréseuses dont je parlerai tout à l'heure à celles du Cap.
Entre 1858 et 1866, divers officiers de marine et des ingénieurs
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français firent connaître les dépôts charbonneux de la région de Nossi- Bé, sur Tàge desquels nous venons seulement d'être fixés.
De 1867 à 1872, les explorations, si importantes à tous les points de vue, de M. Alfred Grandidier fournirent les premières notions précises sur la constitution géologique de l'île. Grâce à quelques fossiles rapportés par l'éminent explorateur et déterminés par mon regretté prédécesseur, le D"" Paul Fischer, M. Grandidier put diviser Tile en deux grandes régions : 1° la région orientale, de nature cristalline; 2* la région occidentale, de nature sédimentaire. 11 fit connaître à Madagascar la présence des terrains primaires, secondaires et tertiaires.
De 1875 à 1892, ce sont des étrangers, surtout des Anglais, qui étudient Madagascar : MuUens, Richardson, Sibree, Deans, Gowen, Baroiu Last, Forsyth-Major, Cortese, etc. Les renseignements les plus précieux pour la géologie ont été fournis par le Rév. Baron, dont les récolter paléontologiques furent étudiées par M. R.-B. Newton. Les explorateurs français de cette époque, sous l'impulsion de notre regretté directeur, A. Mil ne-Edwards, étudiaient de préférence la zoologie; ils s'attachaient à rapporter des animaux vivants ou à recueillir les débris des grands Oiseaux fossiles.
Depuis 1895, de nombreux voyageurs français ont exploré l'île dans tous les sens. MM. Catat, Alluaud, E. Gautier, Bastard, Coridon, Mager, le D"" Joly, les capitaines de Bouvié, Ardouin, Condamy, le lieutenant M. Grillo. MM. Schneebli, Villiaume nous ont envoyé des échantillons de toutes sortes. En repérant exactement les divers points où ont été faites ces découvertes, et en m'aidant des renseignements épars dans diverses relations de voyages, j'ai pu dresser une esquisse de carte géologique de Madagascar (flg. 30). Elle est évidemmeiit très imparfaite et ne représente qu'une première approximation, mais qu'on veuille bien réfléchir que notre nouvelle possession est aussi grande que la France !