MALADIES TRANSMISES PAR L'EAU
On n'ignore pas le rôle considérable que joue l'eau dans la transmission de certaines maladies. La fièvre typhoïde, le choléra, l'enti^rite et diverses formes de dysenterie sont au nombre des plus connues. La première s'observe à Madagascar, sans y présenter rien de spéricil; la seconde n'y a pas encore été signalée, mais il est à craindre qu'aile ne s'y montre quelque jour.
L'entérite et la diarrhée sont moins fréquentes que dans nos autres colonies ; la dysenterie est rare et revêt un caractère bénin : on lîi guérit facilement, sans qu'elle se complique d'abcès de foie.
En outre de ces affections qui ne méritent pas une description f><)rticulière, il en est d'autres qui sont causées, non plus par des microbes, comme les précédentes, mais bien par des parasites animaux. Elles méritent de nous arrêter plus longtemps.
Bilharziose. — Cette affection est connue ordinairement sous le nom d'hématurie d'Egypte : son principal symptôme est en effet i hématurie, mais on l'observe dans bien d'autres régions que rEgyi>ie,
Elle est causée par un petit Ver trématode, qui vit dans le sang et dont les migrations sont encore ignorées. On sait pourtant de façon certaine qu'il passe son jeune âge chez un animal aquatique, probablement chez un Mollusque, et qu'il est introduit dans l'organisme de l'Homme soit avec l'eau de boisson, soit parce qu'on avale fortuitement le Mollusque en question. Ce parasite a été découvert en Egypte par Bilharz, qui a donné son nom à la maladie qu'il détermine.
Dans les veines abdominales des individus atteints de bilharziose, particulièrement dans la veine porte et dans celles de la vessie et du rectum, on trouve des Vers filiformes, ressemblant à des Oxyures, mais présentant un aspect singulier : ils sont généralement réunis deux à deux, le corps de l'un enveloppant celui de l'autre ; le premier est le* mâle, le second est la femelle, qui se trouve ainsi logée dans une sorte de gouttière formée par son compagnon. Le mâle est long de 11 à 14°>>n; la femelle est beaucoup plus grêle, mais atteint jusqu'à 18 et 20™™. Ces animaux ont reçu le nom de Schistosomum hœmatohium ou plus simplement de Bilharzie. Par eux-mêmes, ils sont parfaitement inoffensifs, mais la femelle pond des œufs qui causent dans les tissus des dégâts considérables et produisent finalement une très grave maladif.
L'œuf est de forme ovale et mesure environ 150 v- sur 50 jx ; il porte à l'un de ses pôles un éperon acéré qui est la cause de toutes les lésions. Il perfore la paroi des capillaires, tombe dans l'intimité des tissus et y chemine peu à peu, non sans produire une certaine irritation sur son passage. C'est ainsi qu'il traverse la paroi de la vessie pour tomber dans la cavité de cet organe : à sa suite s'effectue un léger suintement de sang, d'où Thématurie caractéristique de la bilharziose. Le diagnostic de la maladie est donc basé sur la recherche des œufs du parasite dans le dépôt urinaire ; on connaît leur structure et leur dimension et il sera facile, par conséquent, de les y distinguer, à l'aide du microscope.
C'est donc avec l'urine que l'œuf de la Bilharzie esj rejeté au dehors. Son développement est alors plus ou moins avancé ; il renferme ordinairement un embryon très agile, cilié sur toute sa surface et destiné à éclore dans l'eau. Dès que, par ses mouvements, il a déchiré la coque de l'œuf, il nage activement, mais on ignore ce qu'il devient par la suite.
Quant aux lésions que l'œuf provoque dans les oi^anes, elles consistent essentiellement en une hypertrophie irritative du tissu conjonctif
à travers lequel il se fraye un chemin. Grâce à ce phénomène, on voit la prostate augmenter de volume et la muqueuse de la vessie et du rectum acquérir une épaisseur inusitée ; elle présente même à sa surface des villosités plus ou moins longues, qui proéminent dans la cavité et contribuent d'autant à la rétrécir. Bien plus, les œufs qui séjournent dans la vessie, entre les replis de la muqueuse, peuvent jouer le rôle de noyau de cristallisation autour duquel viennent se déposer les urates et autres sels urinaires :
en effet, la pierre est fréquente dans les pays où sévit la bilharziose et le centre de cette concrétion est souvent occupé par un ou plusieurs œufs.
A dire vrai, la bilharziose n'a pas encore été signalée à Madagascar, mais nous ne doutons point qu'elle ne s'y rencontre : on a décrit des formes particulières d'hématurie, qui, croyons-nous, n'ont pas d'autre origine. D'ailleurs, la maladie existe tout le long de la côte orientale d'Afrique, ainsi qu'à l'île Maurice; elle est fréquente au Cap et à Natal. Je n'insisterai donc pas davantage sur cette grave maladie ; il m'aura suffi d'attirer sur elle l'attention etde montrer qu'elle pj^. 242.- Uncinaria duodenalis: k,mk\v
résulte évidemment de l'inges- très grossi; B, femelle très grossie; .. j, . G, D, mâle et femelle grossis deux fob :
tion d eaux impures. e. œuf ; F, larve libre dans l'eau boueu^i..
Uncinariose. — Aucune observation certaine ne permet d'affirm rr la présence de l'uncinariose à Madagascar, mais je pense qu'on 1 y
observera, tout au moins dans les parties septentrionales; sa distribution géographique autorise une pareille opinion.
L'uncinariose ou anémie intertropicale, est très répandue à la surface du globe. Elle est causée par un petit Ver nématode, VUncinaria duodenalis^ qui vit dans l'intestin grMe (fig. 242). Sa longueur est d'environ 10 n»™; il présente dans les deux sexes, à l'extrémité antérieure une forte capsule chitineuse, armée de quatre crochets très pointus, à l'aide desquels il s'attache à la muqueuse et déchire les vaisseaux capillaires (fig. 243).
Le mâle, plus petit que la femelle, se reconnaît à ce que son corps se termine en arrière par une sorte de pavillon dont les bords s'écartent ou se rapprochent par le jeu de muscles qui rayonnent dans son Les parasites sont ils pro-
Fig. 243. — Exirêmitc antérieure d'Uncinaria duodenalis, vue par la face dorsale : a, denl interne ; b, épaisseur (fig. 244) dent externe ; c, dent co- , , , ^ . ,
nique du bord dorsal. généralement très nombreux;
duisent de petites hémorragies qui, par leur persistance, ne tardent pas à anémier considérablement le malade.
Les parasites en question pondent des œufs, qui sont rejetés au dehors avec les déjections et éclosent dans l'eau boueuse.
L'embryon reste dans ce milieu; il y passe à l'état de larve, et celle-ci continue d'y vivre en attendant des circonstances favorables. Amenée dans l'intestin de l'Homme avec des eaux de mauvaise qualité ou avec des aliments souillés par la boue elle y devient adulte et peut y séjourner fort longtemps.
Telle est en peu de mots l'histoire de cet Helminthe, que Ton connaît encore sous le nom d^Ankylostome. Il joue un rôle considérable dans la pathologie des pays chauds et s'observe également dans les climats tempérés, mais alors il est particulier à certains corps de
Fig. 244. — Bourse caudale d'Uncinaria duodenalis : figure demi-schématique.
métiers, par exemple, aux mineurs, aux briquetiers et aux ouvriers des rizières. La culture du Riz étant très répandue \ Madagascar, nous croYOns utile de signaler d'une façon toute spéciale i'Uncinaire à l'attention des médecins. Chez les individus atteints d'anémie progressive, on devra examiner avec soin les déjections, et on aura grande chance d'y trouver ce parasite, qui est bien visible à Tœil nu et qui cède facilement aux divers anthelminthiques, en particulier au thymol.
Prophylaxie. — Nous devrions encore signaler ici, au nombre des parasites introduits par Teau dans Toi^anisme, l'Ascaride, l'Oxyure, le Trichocéphale et quelques autres; mais ce sont là des parasites bien connus, qui se comportent à Madagascar comme partout ailleurs. Bornons-nous donc à indiquer quelles mesures doivent être prises en vue d'éviter les maladies d'origine hydrique.
Dans les régions montagneuses, l'eau de source est assez abondante et est généralement d'excellente qualité; en toute autre contrée, on devra se méfier des eaux, qui sont souvent insalubres. Sur la côte Est, par exemple, on ne trouve guère que des eaux souterraines plus ou moins chargées de matières organiques. Les indigènes savent par expérience qu'elles ne peuvent être consommées impunément; aussi ont-ils l'habitude de ne boire jamais que de Teau bouillie dans la marmite même qui leur a servi à cuire le riz : un tel breuvage s'appelle rano-ampanga.
Le colon se trouvera bien d'adopter un pareil usage, c'est-à-dire de ne boire que de l'eau bouillie. La boisson la plus hygiénique et la plus agréable sera du thé léger, qui est tout à la fois aromatique, tonique, astringent et aseptique. La théine ou alcaloïde du thé est un excitant non moins actif que la caféine; le tannin, qui se dissout en petites proportions, a une heureuse action sur l'intestin; l'ébullition tue, du moins en grande partie, les germes de diverses maladies infectieuses ou parasitaires. Comme on sait, ces germes sont ordinairement microscopiques : ils peuvent exister dans Teau dont l'aspect est le meilleur, en sorte qu'il y a un danger constant à faire usage de celle-ci sans la filtrer, ce qui est une complication peu praticable, ou sans la faire bouillir, précaution qui peut être prise en toutes circonstances.
Puisque nous sommes amenés à parler des boissons, nous ne saurions trop répéter qu'on ne doit faire usage en aucun cas d'alcool sous aucune forme (cognac, rhum, absinthe, etc.). Le colon qui sera assez
iûge pour s aï>stonir (le ces liquides meurtriers échappera de ce fait à la plupart des maladies ijui s'attaquent de préférence aux oi^anismes
dtibilîlés.