‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 10 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

immense contrée, dont tous les habitants t'adorent.

Moi, Rafangour, seul survivant de Ramini, je renonce au {rône pour te déclarer son héritier légitime. Sois Ampandzaka-bé! tes sujets te défendront au péril de leur vie, contre les violences des Français, nos envahisseurs ! »

Mais, Benyowski qui attendait l'arrivée des commissaires français, MM. de Bellecombe et Chevreau, lesquels débarquèrent, le 21 septembre 1776, et repartirent précipitamment, le 27, par crainte de la fièvre, les pria d'attendre jusqu'au 10 octobre pour procéder à son intronisation.

Le 11 du même mois, Javi, roi de l'Est, Lambouine, roi du Nord, et Rafangour, roi des Sambarives, en présence de plus de cinquante mille Malgaches, lui décernèrent solennellement le titre suprême.

Cependant, Benyowski sentait bien que, sans le concours et le protectorat de quelque grande nation européenne, Madagascar ne pouvait entrer dans la voie de la civilisation. Aussi, malgré le culte fervent de ses sujets, sembarqua-t-il, deux mois après, à Louisbourg, pour la France.

Cette puissance l'ayant éconduit honorablement, après lui avoir offert une épée d'honneur, — amère dérision! — en récompense de ses services, l'Autriche et l'Angleterre ayant imité son exemple, il s’adressa, sur les conseils de Franklin, à la jeune république américaine, qui venait de voir le Jour. Ayant obtenu le concours de cette dernière, il revint à Madagascar, en 1785, dix ans après son départ, et sonretour fut salué par l'enthousiasme délirant de ses fidèles Malgaches.

Mais la France entendait faire respecter ses droits, et puisque Benyowski rompait avec elle, elle le traita en rebelle. M. de Souillac, à la tête d’un régiment in-

dien, eut lordre de le combattre. Dans un engagement avec les troupes françaises, à l'instant même où il pointait contre elles une pièce de canon chargée à mitraille, Benyowski tomba frappé d’une balle au sein droit. Son corps, abandonné parmi les cadavres, resta trois Jours sans sépulture. Ce fut un de ses anciens officiers, M. de Lassalle, qui, l'ayant découvert. lui rendit les derniers devoirs.

Après la mort de Benyowski, pendant près de deux siècles, la France fonda, à diverses reprises, des établissements qu'elle fit évacuer ou reprendre tour à tour, selon les vues et les convenances du gouvernement en vigueur. Vers l’époque de la Révolution, à Madagascar, nous n'avions plus que quelques établissements, placés sous la protection d'un petit nombre de soldats, pour assurer l’approvisionnement de nos possessions voisines.

En 1792, Daniel Lescallier fut chargé par Louis XVI . de rechercher, dans cette île, les causes de l’insuccès de nos premières tentatives de colonisation. Dans son rapport à la Convention, qui l'avait maintenu dans ses fonctions de commissaire civil, et à l’Institut, dont il était l’un des membres les plus éminents, il protesta énergiquement contre la réputation d'insalubrité qu'on avait faite à Madagascar.

En 1801, M. Bory de Saint-Vincent, savant naturaliste, recut du premier consul la mission d'explorer la grande île.

En 1804, Napoléon [°° y envoya Decaen, avec pleins pouvoirs pour organiser nos établissements dans les mers des Indes. Decaen se fixa à Tamatave et choisit Sylvain Roux pour agent général. L'administration de ce dernier, homme habile et prudent, eût certainement porté ses fruits, si, malheureusement, les îles

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