‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 9 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

covie, il est interné à Kasan; puis, impliqué dans un complot contre l’impératrice Catherine IT, il est déporté au Kamtschatka (1771). En route pour cette destination lointaine, 1l sauve du naufrage le navire qui le transporte. Le gouverneur de la forteresse lui ayant confié l'éducation de ses enfants, il profite de la liberté relative qui lui est accordée pour s'évader. Maître d’une corvette dont il s’est emparé, au moment de sa fuite, 1l touche à Formose et au Japon et atteint Macao. Là, ayant pris passage à bord d'un navire français en partance pour Bourbon, 1l gagne Madagascar. D'un coup d'œil, il se rend compte de l’immense parti que la métropole peut tirer de cette colonie naissante et se rembarque pour la France.

Présenté au duc d’Aiguillon, quil'introduit à laCour, il est fort bien accueilli à Versailles, où on lui décerne le brevet de représentant à Madagascar.

En février 1774, — Louis XVI venait alors de monter sur le trône, — Benyowski prend de nouveau possession de l'ile entière, au nom du roi de France, et devient bientôt l'idole des populations malgaches, qu'il séduit par sa bravoure chevaleresque. Se mettant à l'œuvre aussitôt, il crée ou répare les postes d’'Angentzy, de Marose, de Fénérive, de Foulepointe, de Tamatave, de Manahar, d’Antsirak et, surtout, de Louisbourg, sur la rivière Tungumbaly, où il fixe sa résidence.

Tout en ayant à lutter contre l'hostilité latente des gouverneurs de l'Ile-de-France, il eut à réprimer l'insurrection d'une des plus grandes peuplades indigènes, les Zaffi-Rabé. Un jour qu'il se voit, tout à coup, entouré étroitement par ces naturels et menacé, à bout portant, par l’un d’eux : — « Coquin! lui crie Benyowski, ton fusil ne partira pas! » Et, comme si le

hasard eût voulu justifier sa confiance, le fusil rate en effet, et tous les barbares, terrorisés, s’enfuient en hurlant: « Nous sommes perdus! c'est un ampoumchavée (sorcier)! »

A cetteheure, Madagascarnousappartenaitetne nous eût plus échappé, si tant de courage et de génie eussent élé appuyés, sérieusement, par la France, si Benyowski, lassé des tracasseries continuelles dont il était l’objet de la part des gouverneurs de l’Ile-de- France et de l’île Bourbon, n’eût déserté notre cause et rêvé de se faire proclamer roi de Madagascar.

Ce rêve, il le réalisa. En cette circonstance, le hasard, qui semble avoir été le guide de son existence, le servit à souhait, comme toujours. C'est une bonne action qui fut le point de départ de sa haute fortune.

En 1774, ému de pitié pour une vieille esclave malgache, nommée Suzanne, vendue autrefois en même temps qu'une fille de Ramini, dernier ampandzaka-bé (grand-prince), Benyowski, dont le grand cœurégalait l'esprit, l'avait ramenée dans sa patrieetluiavaitrendu la liberté. En reconnaissance d’un tel acte de générosité, cette femme voulut lui donner une couronne. Courant de villages en villages, elle répandit, dans toute l’île, l'étrange nouvelle que son libérateur etait issu du sang de Ramini. Elle souleva, sur son passage, l'enthousiasme des populations, et, le 16 septembre 1776, Rafangour, héritier légitime de Ramini, suivi des principaux chefs, proclamà, en ces termes, la souveraineté de Benyowski : « Béni soit le jour qui t'a vu naître! Bénis soient les parents qui ont pris soin de ton enfance ! Bénie soit l'heure où tu posas le pied sur le sol de notre île! Le fervent amour des chefs malgaches pour toi moblige à te révéler le secret de ta naissance et de tes droits sacrés sur cette

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