‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 105 sur 194 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pierres-portes des supplications et des vœux. En allant

au bazar (marché) ils se passaient la main dans les

cheveux et sur la cuisse et disaient à la pierre : « Voici une petite onction, donne-moi bon profit, et, ce soir, en rentrant, je t'oindrai plus largement. » Si leur journée avait été heureuse, ils tenaient parole et s’inclinaient respectueusement devant la pierre. Si, au contraire, ils nerapportaient que de petits bénéfices, 1ls frappaient du pied la pierre, lui tournaient le dos et sifflaient, ce qui chez les Malgaches est la marque du plus profond mépris.

Villes principales. — Tananarive. Perchée comme un nid d’aigle, au sommet de la montagne d’Analamanga, Tananarive, ou Antananarivo, en 1607, sous le règne d’Andrianjaka, n’était qu'un modeste village. Les Vazimbas, qui s'étaient rendus à ce souverain, comme ils l'avaient déjà fait, en 1507, à son aïeul Andriamanela, composaient la majeure partie de sa population.

À cette époque lointaine, le village d’Analamanga ne grimpait pas jusqu'au plateau supérieur de la montagne, que couvrait alors une forêt; ses quelques cases s'échelonnaient en contre-bas. Jugeant que cette position inexpugnable. était l'emplacement naturel d'une grande capitale, Andrianjaka monta jusqu’au plateau. Après avoir fait raser les arbres qui le couronnaient, il y construisit sa demeure royale, et y fonda, tout autour, une colonie de 1,000 hommes. Dès lors, l’ancien village, berceau de la cité naissante, perdit son nom primitif pour adopter celui de son rival, dans lequel il se trouvait englobé : celui-ci fut appelé Antanana, r1VO — {anana : guerriers, arivo : mille (village des mille guerriers).

Depuis Andrianjaka, Tananarive ne cessa d’être le

lieu de résidence des rois hovas, mais ce fut surtout sous ie rêgne de Radama I° qu’elle acquit son maximum d'extension et devint véritablement la capitale de toute l’île de Madagascar. Radama surmonta tous les obstacles qui s’opposaient à son développement, en faisant exécuter des travaux gigantesques, entre autres : le nivellement d'une partie de la montagne, pour y asseoir un faubourg.

Telle est, couvrant trois collines qui se suivent, allongées du nord au sud, la situation de Tananarive, dont le point culminant, 1,500 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer, permet à l'œil de plonger, à 200 mètres en dessous, sur la vaste plaine de Bétsimitatatra, arrosée par l'Ikopa, parsemée d'habitations, de rizières et de canaux, et bornée, au delà, par la ligne sombre des montagnes environnantes. |

Quand on l’apercoit, de 3 ou 4 lieues, bâtie en amphithéâtre et couronnée par deux majestueux palais, elle présente un aspect à la fois imposant et original.

À l'intérieur, ses nombreux portiques, qu'on rencontre de distance en distance, ses édifices élevés suivant les notions d’une architecture rudimentaire, ses places publiques, ses marchés, ses 20,000 maisons ou cases, à toits aigus, entassées pêle-mêle les unes sur les autres, et renfermant environ cent mille habitants, ses murs d'enceinte en boue pétrie et durcie au soleil, lui prêtent le caractère bizarre d’une cité orientale.

Une seule rue, extrêmement accidentée, la traverse du nord au sud ; toutes les autres voies de communication, qui la sillonnent en tous sens, ne sont que des sentiers tortueux, bordés de ravines et de précipices, d’étroits raidillons, le plus souvent impraticables et inextricables,

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