‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 116 sur 194 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'un anneau en argent, suspendu au milieu de la tête. Les femmes d’une condition moins aisée se contentent de la graisse de bœuf. Les unes et les autres ne se décident qu'avec un réel chagrin à couper leurs cheveux, à l'occasion de la mort d’un souverain.

À quelque caste qu’elles appartiennent, elles se parent de colliers de verroterie, et, de même que les femmes hindoues, portent des bracelets aux bras et aux Jambes. Beaucoup de femmes sakalaves ont conservé l'antique usage de se passer un anneau d'argent dans le cartilage du nez.

Plus travailleuse que l'homme, la femme malgache lui est aussi supérieure comme intelligence. Elle est dévouée et fait une excellente mère de famille ; elle met sa joie et son orgueil à avoir le plus d'enfants possible.

Dans chaque habitation, en effet, pullule une four- milière d'enfants robustes et superbes, qui croissent à la merci du climat et des circonstances. |

La génération est en honneur chez ce peuple. Le Malgache supportera, de gaieté de cœur, toutes les vicissitudes de la vie, plutôt que la stérilité de son épouse, dont il sera atterré. S'il ne parvient à faire souche de rejetons, il en adopte. Mais il ne faut pas s'illusionner sur le mobile de ce besoin de paternité; ce nest pas le sentiment de la famille qui l’inspire, cest l'intérêt, car il est édicté que tous les biens des individus morts sans postérité reviennent de droit à l'État.

Caractère. — Malgré le temps, malgré la civilisation superficielle que les méthodistes anglais ont la prétention d'avoir introduite à Madagascar, l'esprit de la population est resté tel que l’a décrit Flacourt. Les malgaches, et tout particulièrement les Hovas, ne se sont

dépouillés d'aucun des vices des anciens jours. La London missionnary Society n’a réussi qu’à leur inculquer un orgueil plus insolent, une hypocrisie plus raffinée. Capables de tous les crimes, de toutes les trahisons, ils sont dissimulés, fourbes, menteurs, roués, astucieux, flatteurs, cupides, lâches et cruels. La mauvaise foi est élevée chez eux à la hauteur d’un

principe national; elle est la règle de conduite de leurs

moindres actes, la base fondamentale de leur diplomatie. — Que de fois ne l’avons-nous pas appris à nos dépens, dans le cours des derniers événements! — En un mot, ils l’honorent presque comme une vertu civique. :

En revanche, ils sont sobres, durs au travail, économes, peut-être avec trop d’âpreté. Ils acceptent courageusement toute espèce de métier; 1ls ont le respect inné de l'autorité, l'habitude passive d’une discipline rigoureuse, un dévouement sans bornes enxers leurs chefs, un amour invétéré pour le village qui les a vus naître, et dont ils emportent toujours sur eux un peu de terre dans leurs lointains voyages.

Assez fins dans la conversation, spirituels même dans

la critique, ils aiment beaucoup à jaser et à rire. La

dominante de leur caractère est une prétention exagérée, d'une naïveté souvent grotesque. Comme exemple de la haute idée qu'ils se font d'eux-mêmes, nous relevons les paroles suivantes, que Rainilaiarivony pro-

nonça dans un kabar, le 25 mai 1886 : « N'imitons pas

les Français, qui nousont attaqués comme des sauvages ; montrons-leur que c’est nous qui sommes la nation civilisée. »

Anthropophagie. — Ge mot n’a jamais eu à Madagascar la signification qui lui est ordinairement donnée par les étymologistes. À une époque déjà reculée, l’an-

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