CHAPITRE V
I n’y a pas de différence entre les enfants légitimes ou adoptés ; tous sont admis au même titre d'égalité dans la famille ; seul, l’aîné a droit au respect des autres. Ceux-ci appliquent en tous points les théories phalanstériennes du fouriérisme, en contribuant à la prospérité du chef de la communauté, prospérité à laquelle ils sont associés. Au demeurant, ils s’en trouvent bien.
Avant 1861, il était loisible au père de vendre ses enfants ; puis, une loi a abrogé cette faculté barbare. Dans un but tout à fait politique, lors de la conquête de Madagascar, les Hovas interdisaient à leurs prisonniers de guerre tout mariage entre gens d'une même tribu; ainsi ceux du nord ne devaient épouser que des femmes venant du sud, et vice versa. De ces unions naquirent des individus soumis, qu'ils traitèrent avec douceur; et ceux-ci prirent leurs vainqueurs en telle vénération qu'ils ont refusé, lors de la dernière guerre, la liberté qu’on leur offrait.
De nos jours, les esclaves ne peuvent contracter mariage qu'entre eux, et après avoir obtenu l’autorisation de leurs maitres.
Langue. — Comme la langue maorie, avec laquelle elle a d’ailleurs plusieurs points de contact, la langue malgache se distingue par la douceur de sa prononciation. Gette similitude de langage ne tend-elle pas, une fois de plus, à prouver que les deux races sont issues de la même origine ? Il est à remarquer, en effet, qu'aucun de ses mots ne se termine par une consonne; ce qui prête à l'agencement de ses phrases une grande euphonie, et à l’indigène qui la parle une éloquence naturelle intarissable.
Actuellement, la langue malgache est constituée d'après une méthode rationnelle, à laquelle ont contribué pour une large part les missionnaires catholiques
francais et, en particulier, le révérend père Albinal ; elle possède sa grammaire, son dictionnaire, et est couramment parlée et écrite par presque tous les indigènes.
Elle comprend les voyelles : à, e, 1, o, u; l'o se prononce où; l’e est ordinairement fermé, comme en latin: l'ise place au commencement et au milieu des mots; l’y se met à la fin.
Les syllabes finales sont généralement muettes et prennent le son de notre e muet; c'est-à-dire qu'on ne les prononce pas : Tananarivo, Tananarive; Kabary, Kabar.
Quelques-unes de nôs consonnes : le €, le q, l’æ, ont été rejetées de l'alphabet malgache, comme étant jugées probablement trop rudes pour les oreilles des indigènes.
Pour toutes ces raisons, cette langue est agréable et harmonieuse. De plus, n'ayant, comme l'anglais, ni genre, ni nombre, ni déclinaison, ni conjugaison, ne comportant pas une syntaxe compliquée d’une quantité infinie de règles, d'exceptions, de variations; n’employant que les termes indispensables : nom, article, adjectif, pronom, verbe, participes, adverbe, préposition, conjonction, interjection, elle est des plus simples, et des plus faciles à apprendre. Ainsi, pour désigner le genre, on termine le mot par la désinence : /aly pour le masculin, et vavy pour le féminin.
L'article ny: le, la, les, est toujours invariable. Le pluriel s'obtient par l’adjonction d’un pronom ayant le sens de la pluralité, ou d'adjectifs collectifs : betsaka, beaucoup ; maro, nombreux; sasany, quelques-uns.
Les verbes sont actifs, passifs ou neutres ; ils possédent, en outre, un causatif actif, et un causatif passif. Pour les former, 1l suffit de prendre le mot racine et dy préposer un des préfixes : man, manpan, manpi, maha.