CHAPITRE PREMIER
Séduit par de telles ouvertures, Radama accepta ce pacte d'alliance, et, comme preuve de son entière : bonne foi, confia à l’ambassadeur ses deux frères, que celui-ci emmena à Maurice.
Farquhar riposta par l'envoi d'un nouvel ambassadeur, l’agent général Lesage, chargé d'élablir les bases du traité. Lesage se présenta, accompagné d'une escorte imposante, et muni de présents pour Radama. Il eut soin, lui aussi, de ne rien négliger pour flatter l'ambition de ce sauvage, lui prodiguant, à toute occasion, le titre pompeux de roi de Madagascar et de ses dépendances.
Tout naturellement, comme sy attendaient les Anglais, ces prétendues marques d'amitié, ces riches cadeaux nous valurent l'inimitié du roi hova, dont nos troubles intérieurs nous empêchaient de pénétrer les secrètes intentions.
Déjà, avant Radama, notre allié, Jean René, mulèâtre d'origine française, s'était laissé prendre aux présents des Anglais. En reconnaissance de leurs gracieux procédés, il leur avait même facilité l'accès de la capitale de Radama. Mais le roi d'Ivondrou, Fiche, frère de Jean René, voyant plus clair dans leur jeu, non seulement fit à son frère de justes observations, lui démontrant qu'il travaillait contre sa propre indépendance, mais encore refusa aux envoyés de Farquhar les pirogues et Les vivres nécessaires pour leur voyage.
Quoi qu'il en fût, après avoir surmonté beaucoup de difficultés, Lesage arriva, le 14 janvier 1817, à Tananarive, où il fut reçu avec la plus grande solenmité. Afin de s'attacher Radama par des liens indissolubles, il alla, suivant les coutumes, jusqu'à faire avec lui le serment du sang. Puis il jeta Les bases du traité secret qui le liait à l'Angleterre. Les février 1817,
enchanté de l'heureux résultat de sa mission, Lesage quittait Tananarive pour rentrer à la hâte à Maurice, laissant auprès du roi hova deux soldats chargés de procéder à l'instruction de ses troupes.
Abandonner un seul instant Radama à lui-même, c'eût été compromettre gravement le succès de l’entreprise. Aussi Farquhar, envisageant nettement la situation, dépêcha-t-il, immédiatement, un nommé Pye, pour remplacer Lesage auprès du roi. Le nouveau venu sut bientôt persuader Radama de la nécessité de posséder sur la côte un port à lui. A cet effet, il le décida à supplanter Jean René. Singulière façon de reconnaitre les services rendus par ce dernier à ia cause anglaise! Radama eut promptement raison de la résistance de Jean René; il signa avec lui un traité d'alliance offensive et défensive, et tous deux prètèrent le serment du sang, dans un grand kabar (1). Mais, d'après les clauses de ce traité, Jean René, de souverain indépendant qu'il était, devenait le vassal du monarque hova, et celui-ci, comme fiche de consolation, ne lui laissait que le titre illusoire de gouverneur général de Tamatave. |
Un peu plus tard, James Hastie, sergent anglais qui avait été chargé de l'éducation des deux jeunes frères de Radama, fut envoyé comme ambassadeur auprès de ce dernier, en compagnie de ses deux jeunes élèves. C'était un homme fin, rusé, insinuant, et, de même que ses supérieurs, peu scrupuleux en affaires. Il avait pour mission de consolider par de nouveaux gages le traité conclu avec le roi des Hovas : notamment, de spécifier les fournitures d'armes, de munitions et d'équipements militaires qui seraient faites à
(1) Kabar ou mieux Kabary : réunion publique où se discutent les affaires de l’État.