CHAPITRE PREMIER
Radama, pour réparer le préjudice que lui causerait la prohibition, dans ses États, de la traite des nègres. Cette nouvelle convention fut signée, le 23 octobre 1817. Ainsi, au moment même où l'Angleterre s’apprétait à reconnaître ouvertement nos droits sur Madagascar, en signant le traité de Paris, elle s’ingéniait, sournoisement, à saper notre autorité dans cette posses- Sion, en nous aliénant, en sous-main, les chefs indigènes. Suivant ses procédés habituels, elle faisait de la diplomatie en partie double, et nous autres, confiants dans sa loyauté, cependant si sujette à caution, nous ne soupconnions même pas Ce manège ÉqUIvOque, oubliant qu'avec elle, en matière de politique extérieure, on ne sait où elle veut en venir qu’en ne s attachant qu'au contraire de ce qu'elle affirme. Pendant que sir Farquhar nouait ainsi des rapports de bonne amitié avec Radama, en vue de nous évincer de Madagascar, que faisions-nous pour elle? Après la perte de nos colonies les plus importantes, l'Inde et le Canada, le cabinet de Paris songea à recueillir les épaves de notre empire colonial, et Madagascar fut considérée comme une compensation possible. Malheureusement, l’Europe, par les traités de 1814 et de 1815, ne s'était pas seulement contentée de nous démembrer, elle avait tenté également de nous ruiner,enimposant à la France, épuisée par vingt-cinqans de luttes, la fabuleuse rançon de deux milliards, à payer avant l'évacuation du territoire.
Néanmoins, l'Angleterre ayant reconnu nos droits sur Madagascar (1816), M. Dubouchage, alors ministre de la marine, envoya M. Forestier (1817) réconnaître par quels moyens nous parviendrions à nous réimplanter dans cette colonie déjà à moitié perdue. M. Forestier fut d'avis de nous établir d’abord à
l'île Sainte-Marie, et, ce poste une fois consolidé, de noustransporter sur la grande terre, à Tintingue. Mais, comme l'expédition devait coûter 1,200,000 francs, M. le comte Molé, successeur de M. Dubouchage, jugea prudent de l’ajourner à 1819.
Devançant l'heure fixée par le ministre, Sylvain Roux et le baron de Mackau visitèrent Tamatave et Foulepointe, en 1818, et reprirent solennellement possession de l’île. [ls retrouvèrent à Sainte-Marie les débris d'une installation française qui avait suivi la cession faite par la reine Béti, en 1755, et furent accueillis en libérateurs.
Is ramenèrent avec eux, en France, deux jeunes princes malgaches, confiés à leurs soins, pour être placés dans une maison d'éducation : Berora, neveu de Jean René, et Mandi-Tsara, petit-fils de Tsifanin, qu'ils présentèrent au baron Fou successeur du comte Molé.
À la même époque (1818), Farquhar, pendant un voyage qu il était venu faire en Angleterre, fut remplacé, à Maurice, par le général Hall. Celui-ci, par esprit de contradiction, sans doute, se häta de désapprouver le traité passé par son prédécesseur avec un roi sauvage, et rappela Hastie.
À cette nouvelle, Radama refusa, d'abord, d'y ajouter foi; puis, cédant à l'évidence, après être entré dans une colère justifiée, il rétablit dans ses États la traite des nègres et implora l'amitié des Français. Ceux-ci eurent pu, à ce moment, faire tourner à leur avantage ce revirement inespéré de la fortune. Hélas! il n’en fut rien. Farquhar, averti de ce qui se passait, revint à Maurice, d'où il députa de nouveau, en toute hâte, Hastie auprès du monarque courroucé. Après s'être entendu traiter de fourbe et de menteur, après