CHAPITRE V
dégoût des Arabes, qui ont essayé ainsi d'introduire à Madagascar, avec leurs mœurs, les préceptes du Coran.
Nous passerons sur les festins royaux, qui sont des
agapes monstres. Pour édifier le lecteur sur ces repas
pantagruéliques, qu’il nous suffise de relater que le diner offert à M. Le Myre de Vilers, lors de la remise de ses lettres de créance, ne dura pas moins de dix heures consécutives, et qu'il y fgura de cent cinquante à deux cents plats.
La boisson habituelle des Malgaches est l’eau bouillie au riz. Comme extra, ils boivent de l’hydromel mélangé au jus fermenté de la canne à sucre et du rhum, ou arak. Suivant les circonstances, ils sont ou très sobres, ou très gourmands.
Ils apprécient peu le tabac à fumer; ils lui préfèrent le tabac en poudre, qu'ils consomment en le mettant entre la gencive et la lèvre inférieure. L'usage de cette poudre, appelée par eux houtchouc, est général. La reine Ranavalona II en fait une grande consommalion. |
Costumes. — Le costume du Malgache, dans son enfance, est des plus simples, si simple qu'il se réduit souvent à... rien du tout. Il consiste en un morceau
de toile, passé entre les jambes et rattaché autour des reins, formant calecon, qu'il appelle sedik.
Parvenu à l’âge d'homme, il complète ce vêtement un peu sommaire, en y ajoutant, suivant sa position sociale, une pièce carrée de calicot, de toile ou de drap, dans laquelle il se drape avec aisance, et qui lui donne l'aspect d’un ancien Romain. C’est le lamba. Beaucoup, parmi les nobles et les officiers, s’habillent aujourd hui à l’européenne.
Les femmes du peuple ceignent leurs reins avec une
pièce d’étoffe dont les pans retombent en jupe, et s'emprisonnent le buste dans une camisole étriquée, sur laquelle elles jettent parfois un lamba, dont elles s'enveloppent comme les hommes. Les femmes riches ont adopté les modes européennes.
Nous avons déjà eu l’occasion de parler des uniformes de gala des ministres, des grands dignitaires et des officiers : nous n'y reviendrons pas.
Le tatouage est en usage dans quelques familles ; mais Ce n'est pas, à Madagascar, comme dans quelques iles de la Polynésie, une sorte d’armorial indiquant une origine noble.
Religion. — Quoiqu'on ait reconnu à Madagascar des indices visibles de judaïsme, de mahométisme et même de bouddhisme, remontant au septième siècle environ, on n'y a retrouvé les éléments d'aucun système religieux. Avant que le protestantisme eût été déclaré religion d’État, les indigènes croyaient à l’existence de deux esprits, le bon : Zanahary, et le mauvais : Augatch'; ils ne songeaient pas à la possibilité d'une seconde vie.
Andriamanelo laissa, le premier, l’art de la divination s'introduire dans ses États (1567). Après lui, son fils Ralambo donna asile aux idoles (ody et sampy) (1587). Mais ces idoles n’eurent n1 temples ni autels ; on ne pouvait leur donner ce que les rois n'avaient pas euxmêmes. Les fidèles leur offraient des perles, de l’encens et des sacrifices.
En 1869, Ranavalona II, élevée par des missionnaires anglicans, cédant à l'influence de ses précepteurs, décréta l'abolition de l’idolâtrie. Par son ordre, Kelimara, la fameuse idole de Ranavalona f["°, fut brülée publiquement dans un autodafé, et ses sujets eurent un délai d'un mois pour faire subir le même sort à toutes