‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 127 sur 194 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

passent avant Dieu, avant le souverain ; ils planent au-dessus de toute hiérarchie surnaturelle et sociale ; ils sont censés présider, après la mort, aux destinées de la famille. Tout découle de la volonté des ancêtres : succès, bonheur, mort, ruine, disette.

Croyant à leur intervention occulte, dans les moindres actes de la vie, sans cesse préoccupés du désir de se conformer à leurs ordres, et hantés par leur souvenir, ils les revoient souvent en songe et s’empressent d'obéir aux injonctions qu'ils s'imaginent en avoir recues.

Funérailles. — Lorsqu'un Malgache meurt, ses proches parents lavent son cadavre avec une décoction d’aromates ; puis, après l'avoir enseveli dans ses plus beaux lambas et paré d'amulettes et de colliers de racines, ils le placent sur une natte. Toute la journée, les autres parents, les amis, les voisins, viennent gémir, crier et débiter des louanges en son honneur. Le soir, on sacrifie un nombre de bœufs proportionné à la fortune du défunt, et tous les assistants en recoivent un morceau. Le lendemain, on met le corps en bière, après lui avoir bourré la bouche d'autant de pièces de monnaie d'argent qu’elle en peut contenir et on entasse avec lui dans le cercueil les objets les plus précieux qui lui ont appartenu de son vivant. Le troisième jour, les parents

dénouent leur chevelure — pour le deuil des souverains,

ils la coupent ; — et le cortège funèbre se dirige vers le mausolée de famille.

Arrivés au tombeau, les veuves échevelées se roulent dans la poussière, demandant à être déposées avec le mort dans le sarcophage, et les esclaves appellent ieur maitre à grands cris.

Les funérailles royales donnent lieu à un déploiement de luxe extraordinaire : nous avons eu l’occasion

de les décrire notamment à la mort de Rasohérina (p. 76). |

Les Malgaches redoutent beaucoup la mort. Malgré le respect qu'ils professent pour les tombes de leurs ancêtres, ils s'en éloignent le plus possible, et ne s'en approchent Jamais après la nuit tombée.

Tombeaux. — Les tombeaux, généralement magnifiques, affectent ordinairement la forme cubique; ils sont vides, à l’intérieur, et garnis, sur les côtés, à l’extérieur, de bancs de pierres superposés, appelés lits de morts. |

Il est des esclaves qui en possèdent de très beaux, avec caveaux et lits intérieurs.

La violation des sépultures est punie de la peine de mort.

Serments. — Chez un peuple où le culte des ancêtres est plus en honneur que celui des dieux, la plupart des serments doivent être basés sur leur souvenir. Aussi jure-t-on par leur mémoire.

Mais 1l est un serment plus solennel, qui lie d’une facon indissoluble ceux qui le contractent : c’est le serment du sang, par lequel deux personnes prennent l'engagement inéluctable de s’entr'aider, à la vie, à la mort, et de se considérer, désormais, comme issues d'une commune origine. Les deux contractants se font, chacun au-dessus du creux de l’estomac, une légère incision et imbibent du sang qui en découle un morceau de gingembre, qu'ils avalent, après l'avoir réciproquement échangé.

Il y a encore le serment du lac. Pour celui-là, on immole, sur les bords du lac qui porte son nom, un bœuf que l’on foule ensuite aux pieds; puis, l’homme désigné pour prononcer la formule sacramentelle appelle sur sa personne toutes les malédictions et une

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