CHAPITRE V
mort plus violente que celle du bœuf immolé, au cas où 1l deviendrait parjure; enfin, pour raüfier le pacte conclu, l’homme en question boit quelques gorgées de l’eau du lac.
Métamorphose. Métempsycose. — Les Malgaches croient à la métempsycose. Beaucoup d’entre eux, se trouvant, sans s’en douter, en communion de principes avec certains grands auteurs, prétendent descendre du singe : d’autres font remonter leur première origine au caïman, d’autres au chien, d'autres au sanglier, d’autres enfin se glorifient de dériver du mouton.
Les Betsiléos, renversant ce système de métamorphose, sont persuadés que l’âme des nobles s’incarne, après la mort, dans le corps du serpent, celle des roturiers dans celui du caïman et celle des esclaves dans la peau des anguilles. D'après leur théorie en pareille matière, aucun animal ne recoit l'âme des malfaiteurs.
Bien loin, dans le sud de leur pays, existe une haute montagne, couronnée par un rocher abrupt, qui domine l'immense forêt environnante des Tamalas. Les sangliers et les makes osent seuls s'aventurer dans ces fourrés inextricables. C'est la montagne d’Ambondrombé, pays où les roseaux abondent. Cette montagne inspire aux Malgaches une terreur superstitieuse. À leurs yeux la forêt est sacrée; ses arbres donneraient aussitôt la mort au téméraire qui oserait y pénétrer, qui aurait l'audace d'y porter le feu ou la cognée.
Au-dessus des gorges inaccessibles, des forêts humides et des marais pestilentiels, qui, semblables au Styx des anciens, l'enceignent d’une zone infranchissable aux humains, s élèvent les vapeurs malignes des environs, qui sy condensent en brouillards épais, en un amas de nuages sombres. Là est, d’après eux, le sé-
jour des âmes des hommes, des animaux, des plantes, des rivières, des maisons, de tout ce qui a existé! Ces âmes ne doivent parvenir en ce lieu qu'un an après leur séparation d'avec leur enveloppe charnelle, végétale ou minérale. La première année, elles sont classées dans la zone inférieure; de zone en zone elles atteignent, en quatre ans, la région supérieure, où réside le souverain maitre et seigneur de ce triste séjour des ombres.
Cependant, les âmes ne résident pas à poste fixe dans leur retraite, elles accourent à l'appel de ceux qui les évoquent. Les âmes des pères viennent conseiller leurs enfants; celles des maris consoler leurs épouses, les féconder même. Dans l'espoir de revoir ses enfants, ne serait-ce qu'en rêve, la mère leur sert, la nuit, du miel et du riz, afin d'attirer leurs mânes dans sa maison. On conjure la colère des morts, en répandant à leur intention une pluie de haricots et de tessons de pots cassés ; au besoin, quand leur courroux menace de se prolonger, on leur sacrifie un coq, un mouton ou un bœuf.
Le christianisme aura beau faire entendre à ces populations le langage de la raison ou de la bastonnade, il ne parviendra pas à déraciner ces vieilles superstitions, quisont l'essence même deleur esprit. Le spiritisme qui fleurit chez nous, en pleine civilisation, n’attire-t-1l pas à lui, par le mirage de sa fantasmagorie, des intelligences cultivées, avides de surnaturel et d’inconnu? Et ces superslitions, que nous traitons d'enfantines, ne sont-elles pas sœurs de ce spiritisme dont nous faisons, nous autres, esprits éclairés, une science métaphysique?
Fêtes. Jeux. — Chez les Malgaches tout donne prétexte aux fêtes et aux Jeux: première coupe de cheveux des enfants; fitokantrano, ou dédicace d’une nouvelle demeure; mamadika, où repas des funérailles ; circoncision, etc., etc.