‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 14 sur 194 · CHAPITRE PREMIER. CA · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. CA

avoir essuyé bien des humiliations, Hastie parvint à obtenir son pardon. Grâce à la souplesse de son échine, il rentra en cour et reprit toute son influence, dont il usa, plus que jamais, pour nous évincer.

En 1819, M. Albrand s'installa à Fort-Dauphin et à Sainte-Luce, ne voyant pas Tintingue et Sainte-Marie sous un jour aussi favorable que M. Sylvain Roux et M. de Mackau.

Cependant, après avoir cessé de faire flotter le pavillon français sur Madagascar, il convenait, maintenant, d'étudier quel parti on en pourrait tirer.Une expédition fut organisée dans le but de résoudre la question.

Par une sorte de fatalité, Sylvain Roux, placé par ordonnance royale (1821) à la tête de l'expédition, n aborda à Sainte-Marie qu'en janvier 1822, au moment de l'hivernage, c'est-à-dire à l’époque de la saison des fièvres, et rencontra, lors de son débarquement, nos ennemis qui l’attendaient.

À peine eut-il mis pied à terre, que le capitaine de la corvette anglaise le Manai vint lui demander en vertu de quels droits il s'installait à Sainte-Marie, et quelles étaient ses vues sur Madagascar. Visiblement embarrassé par la réponse catégorique de Sylvain Roux, qui lui objectait les termes formels du traité de Paris, forcé de reconnaître que ce traité, en cédant l’île de France à l'Angleterre, n'avait pas compris Madagascar dans ses dépendances, le capitaine anglais, se plaçant sur un autre terrain et se basant alors sur le traité secret conclu avec Radama, contesta effrontément la validité de nos droits sur l’île, la prétendit indépendante, et déclara que l'Angleterre ne pouvait admettre nos empiétements sur le territoire des Hovas, ses fidèles alliés.

Rappelé à la pudeur par une note diplomatique

sévère, le cabinet de Londres fut contraint de désavouer cette tentative, due à l'inspiration de Farquhar.

Changeant alors de tactique, le gauverneur de l'ile Maurice ne se tint pas pour battu. Il se fit le champion de l’indépendance malgache et fournit au roitelet hova les armes et les munitions nécessaires pour nous combattre.

Le 43 avril 1822, sous la direction de Hastie, d'un officier du génie anglais et de deux soldats de cette nation, Rafaralah, général de Radama, poussa l’insolence jusqu à attaquer nos anciens protégés, à Foulepointe, et à dresser son camp sur la pierre même où était inscrite la constatation des droits de la France.

Immédiatement, les chefs sakalaves, réunis en grand Æabar, se placèrent sous notre protectorat.

Sylvain Roux mourut, le 2 avril 1823, et M. de Freycinet, gouverneur de Bourbon, lui désigna comme successeur le capitaine du génie Blevec.

Impuissant à défendre Tintingue et Pointe à Larrée, celui-ci dut se borner à préserver Sainte-Marie. Les Hovas s'emparèrent de Pointe à Larrée, de Fondaraze et de Tintingue sans défense, qu'ils DA et incendièrent (juillet 1823).

Réduit à protester, Blevec le fit d'une façon énergique et comminatoire. Radama répondit qu'il ne contestait pas à la France la possession de l'ile Sainte-Marie, qui lui avait été vendue autrefois par les naturels, mais qu'il ne reconnaissait, ni à la France, ni à aucune autre puissance étrangère, des droits sur aucune partie de la grande île, et que, quant au titre de roi de Madagascar, il le conservait pour lui-même parce que, seul, il était capable de Île porter et d'en soutenir le prestige. |

Force nous fut de dévorer l’outrage et de l'enregistrer

entrèrent, le 14 mars 1895, dans Fort-Dauphin, et arra-

CHAPITRE PREMIER. p au nombre de ceux qui nous avaient déjà été infligés. Comme on vient de le voir, Hastie était complètement rentré en faveur. Il avait fait signer à Radama un nouveau traité, d'après lequel vingt jeunes Hovas seraient élevés aux frais du gouvernement anglais, dix à Maurice, dix à Londres. À Hastie s'était adjoint le R. D' Jones, qui, profitant des excellentes dispositions du roi, s'était empressé d'ouvrir une école à Tananarive (8 décembre 1820). :

Ainsi donc, Hastie se chargeait de l'éducation militaire, et Jones de l'éducation politique, ayant tous deux pour objectif de ruiner notre influence et d’inspirer aux Hovas la haine des Francais.

Radama, cet ambitieux monarque, à qui les agents anglais répétaient à satiété quil était le roi des rois, etc., humait avec délices les fumées de cet encensement perpétuel et prenait pour argent comptant les flagorneries intéressées de ses adulateurs.

Et nous, pendant ce temps-là, nous n'avions tou-

jours, à Fort-Dauphin, qu’un officier et cinq soldats.

Or, il fallait Fort-Dauphin à Radama. Il voulait régner, en maître absolu, sur tout Madagascar.

Vers la fin de février 1895, un général, à la tête d’un corps de troupes hovas, vint notifier à l'officier français que le roi l’envoyait prendre possession du fort. Sa demande fut naturellement repoussée; mais il fut convenu qu aucun acte d’hostilité ne commencerait avant un délai de deux mois, afin de laisser à l’officier français le temps nécessaire pour recevoir des ordres du gouverneur de Bourbon. Le général hova, poussé par les Anglais, dont cet atermoiement contrariait les visées, ne tint pas sa parole. Ses troupes

chèrent le pavillon francais qu’elles remplacèrent par

celui de Radama. Elles accomplirent cet acte déloyal sans, toutefois, faire aucun mal à notre faible garnison, qui se réfugia à Sainte-Luce.

Ce n'était pas assez!

Un décret officiel de Radama, publié par la da. zette de Maurice, déclarait les ports de Madagascar ouverts aux navires anglais et fermés au commerce français.

Malheureusement, le caractère hésitant de M.de Freycinet n’était pas fait pour endiguer ces menées envahissantes. En revanche, si ce gouverneur n’opposait à l’activité de nos ennemis que la force d'inertie, le commandant de Sainte-Marie était loin de lui ressembler. Il était parvenu à soulever les Betsimsaracs contre les Hovas (juillet 1825), dans les environs de Foulepointe, pendant que d’autres peupiades les attaquaient dans la province d’Anossy, du côté de Fort-Dauphin. Les premiers échouèrent dans leur tentative ; les Anglais ayant prêté leurs navires à Radama pour transporter ses armées sur divers points de la côte, Hastie réussit à replacer les Betsimsaracs sous la domination du monarque hova. Les seconds furent plus favorisés ; renforcés par les Antavartes, leurs voisins, formant ensemble un contingent de 10,000 hommes, ils accablèrent les Hovas, enfermés à Fort-Dauphin. Jugeant la situation désespérée et ne voyant qu'un seul moyen d'en sortir, le général hova écrivit au gouverneur de Bourbon, pour le prier de faire parvenir une dépêche à Radama et une autre à Jean René. À sa place, les Hastie, Jones and C°, n'eussent pas hésité à intercepter ces deux missives. M. de Freycinet n'en fit rien; il se hâta d'envoyer à destination les paquets du général, montrant par là la générosité du caractère français et la magnanimité avec laquelle nous savons

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