CHAPITRE V
fixée, Sa Majesté paraît dans la grande salle du Trône, revêtue de ses plus riches vêtements, parée des insignes de la royauté, et prend le bain traditionnel, sous une Lente, dressée pour la circonstance, au fond de la salle.
Au sortir du bain, quand la reine reparaït dans la salle, elle s’écrie par trois fois: « Masina aho ! — je suis purifiée ! » — Puis, avec une corne de bœuf remplie de l’eau qui a servi à ses ablutions, elle asperge les assistants. Heureux celui qui aura été le plus trempé ! c'est un élu. Qu'il se garde de se secouer, ce serait irrévérencieux et maladroit, car plus la douche est abondante, plus le principal arrosé semble être désigné à l'attention de Sa Majesté, comme le plus digne de ses bonnes grâces.
Ce devoir accompli, la reine rentre dans ses appartements privés. Aussitôt, le canon tonne, annonçant au loin que la souveraine de Madagascar jouit de la plus parfaite santé et que son peuple est le plus heureux des peuples. Les mauvaises langues affirment que ce bain officiel est le seul que prenne la Reine, de toute l'année. S'il en est ainsi, nous plaignons sincèrement ceux qui recoivent le baptème de l’eau lustrale, malgré l'insigne honneur attaché à cette aspersion solennelle. Mais, ce qui mélange cette joyeuse ondée de quelques gouttes d'amertume, c'est que la Reine chgsit ce jour béni comme date du paiement des droits de capitation.
Somme toute, l'étude des mœurs de ce peuple dénote un amalgame assez hétéroclite de sauVagerie et de civilisation. À vrai dire, il n’est encore qu’apprivoisé, son apprentissage reste à faire ; mais avec les aptitudes qui le caractérisent, s'il veut bien se faconner à notre école, il est à même, dans l'avenir, de pouvoir prendre un rang honorable parmi les puissances qui marchent avec le siècle.