CHAPITRE VI
la reine des fiefs importants, mais non héréditaires, et révocables à merci; ceux de la seconde classe, les Andriamasinavolona, possèdent des seigneuries héréditaires et ont le droit de prélever sur leurs vassaux certaines redevances. En outre, ces deux classes jJouissent, seules, du privilège de porter un vêtement rouge, et de recevoir de leurs vassaux l’offrande du vadi-hena — dos du bœuf tué sur leurs terres.
Roturiers. — Sont de caste roturière tous les sujets libres désignés sous le nom générique de Hovas. Parmi ces derniers, qui se subdivisent en sous-castes, il en est qui jouissent de certains privilèges : tels que ceux d’être exemptés d'impôts, de ne pas être mis à mort par le couteau, elc., etc.
Esclaves. — L’esclavage n'existe plus que de nom, à Madagascar. Les esclaves forment deux catégories bien distinctes : celle des serfs de la couronne, qui sont plus puissants que beaucoup d'officiers, et ne relèvent que de la souveraine; celle des esclaves proprement dits, qui forme plus de la moitié de la population de l'Émyrne. Jusqu'en 1875, ces derniers, des Mozambiques, étaient l'objet d'un honteux trafic qui constituait un Commerce très lucratif, activement exploité par les boutres de la côte d’Afrique, dont les patrons cédaient aux riches Malgaches leur cargaison de chair humaine, moyennant 3, 4 ou 5 bœufs par tête d’esclave.
En 1875, un édit de la reine affranchit tous les esclaves importés dans l’île; mais cet édit ne recut son application qu'en 1877. Et encore, les riches Hovas ayant protesté, il fut apporté à cette mesure une restriction qui la rendit partielle. Les Mozambiques introduits depuis le règne de Radama I‘, c’est-à-dire depuis 70 ans, furent seuls admis à bénéficier de l’affranchissement.
Les esclaves proprement dits sont des Malgaches vaincus par les Hovas : ce sont en partie des Betsiléos. IL est de riches Hovas qui en possèdent plus d’un millier. Leur condition correspond à celle de domestique, et non à l'expression propre du mot. L'esclave est de la famille, à un degré inférieur. Il doit à son maitre une certaine corvée, dont il peut se dispenser pour une somme d’argent. Les femmes esclaves s'occupent de l'intérieur, pient le riz, ele” ele,
Tout enfant, né d'esclaves, appartient au maître de ses parents, lesquels sont cultivateurs, manœuvres, ouvriers, domestiques, porteurs. Les porteurs gagnent quelquefois beaucoup d’argent à exercer leur métier. Les cultivateurs ont des troupeaux et possèdent, souvent, une rizière à eux, à côté de la propriété de leur maître, qui prélève sur leurs produits une redevance en nature. Quelquefois, aussi, ils vendent pour le compte de leur maitre, dont 1ls sont, en quelque sorte, les régisseurs, et étant parvenus à s'enrichir, ils acquièrent d’autres esclaves, pour se faire servir à leur tour. Si l’esclave manque à son devoir, le maitre peut le punir par les fers ou par le fouet ; mais, comme pour lui l'esclave représente un capital, il évite de le maltraiter. Un certain nombre d'esclaves, mécontents de leur sort, se sont enfuis et rassemblés dans un lieu appelé Soamady, dont nous avons déjà parlé plus haut.
Tout esclave à la faculté de se racheter, mais peu profitent de cette licence ; ils préfèrent la douce corvée du maître à la rude corvée de l’État. Quant à l’affranchissement général de tous les esclaves, il ny faut point songer, maintenant; ce serait la ruine du pays pour de longues années, car de deux choses l’une: les maîtres exigeraient du gouvernement une compensation en argent, ou bien ils se révolteraient.