CHAPITRE VI
neur, de pages, de gardes du corps, d'introducteurs des ambassadeurs, de maitres de cérémonies, de chambellans, de tous les personnages enfin qui formentune cour européenne.
Voiià en peu de mots l’organisation politique de Madagascar.
La London missionnary, voyant qu’elle ne peut parvenir à la conquête de l'île, par l'évangélisation et par ses vastes projets financiers, réduils à néant, par l’annulalion du contrat Kingdon, rêve un autre moyen d'arriver à ses fins : celui de s'emparer de l'administralion du royaume. Dans ce but, l’ex-missionnaireimprimeur Parrett, qui vient de se faire naturaliser sujet hova, a su persuader au premier ministre de faire l'essai, à Madagascar, du régime constitutionnel. Un parlement local serait prochainement créé dans ce but : des préfets, des sous-préfets ne tarderaient pas à être nommés, ainsi que toute la hiérarchie de fonctionnaires que comporte ce mode de gouvernement. La Malagazy Gazety — gezelte malgache — du 1% janvier 14887 a publié, in extenso, le texte des décrets, promulgués à celte occasion. Il va sans dire que c’est
M. Parrett qui est chargé d'appliquer le nouveau résime, etqu'en attendant que les naturels, fort ignorants
en malière de droit représentalif, en aient acquis suffisamment la pratique, ce sont les prédicants anglais, ses créatures, qui, sous sa haute direction, veilleront au fonctionnement de la machine gouvernementale.
Ce qui nous étonne, en tout ceci, c’est que le premier ministre qui, depuis quelque temps, est payé pour se méfier des intrigues brilanniques, ait donné son approbation à ce projet, tout au moins intempestif.
Les prédicants l'ont pris par son côté faible. [ls lui ont fait entrevoir quil est seul à assumer le lourd
fardeau du pouvoir, que les ministères créés en 1881 n'ont pas d'action régulière et neltement définie, qu'un seul d’entre eux possède un local et quelques archives, qu’il convient à un grand politique, comme Rainijaiarivony, de remédier à ce déplorable état de choses, en constituant une administration organisée, qui facilite les travaux des divers services de l'Élat et en assure le roulement; qu’en adoptant ce système, 1] pourra se décharger des petits détails du gouvernement, tout en conservant son autorité suprême, et, après lui, léguera à son pays une œuvre digne du rôle éminent qu'il a joué dans son histoire.
Alors, séduit par ces belles paroles, non seulement Ranilaiarivony accueillit avec empressement ces propositions, mais encore 1l se déclare prêt à abandonner son palais, pour en faire un palais législatif, où il installerait tous les ministères. Cession en serait faite à
l'État, pour la modique somme de deux cent mille francs. En vertu de celte constitution, l'Émyrne serait désormais divisée en six districts, placés, chacun, sous l'autorité d’un gouverneur choisi parmi les personnages de haute naissance, et ayant, lui-même, sous ses ordres, des fonctionnaires de tous rangs. Ces fonctionnaires, sortes de sous-préfets, administreraient les diverses circonscriptions dont serait subdivisé chaque district; ils renseigneraient leurs supérieurs sur les affaires courantes de leur ressort, et feraient connaître à la population soumise à leur juridiction les volontés de Sa Majesté. Ces circonscriplions administratüives seraient elles-mêmes autant de collèges électoraux, qui enverraient à Tananarive des représentants, chargés de défendre, individuellement, les intérêtslocaux de leurs mandataires, etde concourir, collectivement, à la bonne solution de toutes les questions d'intérêt général.