‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 15 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

oublier les injures de nos ennemis, lorsque l’adversité les livre à notre merci.

Par reconnaissance, Radäma signifia de nouveau à ce trop confiant gouverneur, le 23 août 1895, qu'il était le souverain exclusif de Madagascar. Si, au lieu de croire aussi naïvement en la loyauté de nos ennemis, M. de Freycinet eûtsu profiter de ce soulèvement général contre les Hovas et l’appuyer de toutes nos forces disponibles, on n’eût pas eu de peine à obliger Radama à capituler, et l’année 1895 eut marqué l’ère de notre souveraineté absolue sur Madagascar.

L'année suivante, au mois de mars, mourut Jean René; il avait désigné pour son successeur son neveu Berora. Comme ce dernier était à Paris, où il achevait ses études, le titre de prince de Tamatave fut provisoirement décerné par Radama à un de ses généraux, nommé Coroller, neveu par sa mère de Jean René et fils d'un blanc de Bourbon.

Au mois d'octobre 1826, mourut, à son tour, Hastie. Malgré le respect dû à la tombe, nous avouons que la mort de cet homme fut pour nos compatriotes un véritable bienfait. Nous perdions en lui le plus acharné, le plus implacable de nos ennemis, qui n’avait cessé d’exciter contre nous le farouche monarque.

Jean René, lui, malgré les liens qui l’attachaient à Radama, et les obligations qu’il avait contractées visà-vis des Anglais, n'avait pas tardé à regretter ses vénales compromissions. Il les avait rachetées, en témoignant, dans la suite, quelque bienveillance à l'égard des Français. Sa mort rendit notre situation, déjà critique, tout à fait insoutenable.

De même que, à Tahiti, Pomaré I‘ était mort en septembre 1803, et Pomaré Il, en décembre 1821, de l'abus des liqueurs fortes, importées par les RR.

anglais, de même Radama, déjà souffrant, lors de son voyage à Tamatave, expirait, le 27 juillet 1898, à l’âge de trente-sept ans, emporté en peu de jours, lui aussi, par l'usage immodéré des boissons alcooliques que lui fournissaient les Anglais de Madagascar et dont ils le saturaient intentionnellement. Car c'est là un des procédés de la politique coloniale anglaise d’idiotiser ceux qu'elle entreprend, ceux dont elle veut capter la confiance, de façon à leur ôter la faculté de penser et, conséquemment, à agir librement sous leur couvert.

Singulière méthode de civilisation ! Étrange moyen de propager la foi chrétienne !

La mort de Radama fut, pendant quelques jours, soigneusement cachée au peuple. On ne l’apprit quele 11 août, dans un kabar solennel, en même temps que l'avènement au trône de sa femme Ranavalona.

Un deuil national fut alors décrété, et la peine de mort édictée contre tous ceux qui, pendant la durée de ce deuil, chanteraient, danseraient, monteraient à cheval, et coucheraient ailleurs que sur la terre nue. Pendant deux jours, le canon retentit, de minule en minute, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Des funérailles somptueuses, dont la pompe égalait celle dont on entoure lesobsèques d’un souverain européen, eurent lieu, à Tranouvola, et le corps du monarque hova fut enseveli dans un cercueil fait en piastres fondues, sur lequel fut gravée cette inscription :

TANANARIVO,

1er août 1898.

& RADAMA MANJAKA, SANS ÉGAL PARMI LES PRINCES, SOU- VERAIN ABSOLU DE TOUTE LILE DE MADAGASCAR. »

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