CHAPITRE VI
date, armés de sagaies et de boucliers, hurlaient et dansaient autour des victimes, auxquelles ils crevaient les yeux, en guise d’amusement. D'autres encore furent égorgés à coups de couteau.
Enfin, ce règne fut marqué par des cruaulés inouïes. Les supplices les plus raffinés furent inventés. La féroce souveraine poussa la barbarie jusqu'à faire scier le dos à une pauvre femme qui ne voulait pas dénoncer la retraile de son mari.
Assurément, l'histoire jugera sévèrement Ranavalona I, mais ne perdons pas de vue que celte reine sauvage était conseillée par des Européens qui, jaloux d'autres Européens, ne reculaient devant aucuns moyens, même les plus sanguinaires, pour faire disparaître tous ceux qui étaient soupconnés de pactiser avec les adversaires de leur influence.
Oui, c’est à ces vertueux missionnaires anglais qu'il faut attribuer la responsabilité de toutes les horreurs commises par Ranavalona ["°; leur conscience est teinte des flots de sang répandu, quand leur rôle évangélisateur aurait pu exercer une action si bienfaisante et si humanitaire sur cette reine superslilieuse à l'excès. Eux seuls ont fait le mal, eux seuls le font encore et le feront toujours, si nous ne savons écraser la vipère qui rampe sous nos pas. |
La dernière mission malgache venue à Paris, en 1887, a été frappée lors de sa visite au Palais de Justice du calme et de la dignité qui entourent la justice francaise. À la cour d'assises, notamment, elle a établi la différence qui existe entre la justice sommaire et bruyante de son pays et la nôtre.
Les appels correctionnels, relatifs aux délits commis par des Francais à Madagascar, sont portés devant la cour de l'ile de la Réunion. Cette cour exerce les attri-
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butions conférées à la cour d’Aix, par la loi du 28 mai 1886.
Corvée royale. — La corvée royale — fanompoana — contribue largement à arrondir le trésor de la reine, qui profite de ce droit régalien pour exiger ce qu'il lui plaît de chacun de ses sujets. La souveraine n'est-elle pas maîtresse absolue du peuple et de la terre? Commande-t-elle les travaux les plus durs ? Le peuple obéit, sans se plaindre ; il se met à l’œuvre, sans rémunéraion, trop honoré de peiner à la tâche, pour le bon plaisir de sa souveraine.
On ne saurait imaginer le mal et les fatigues qu'ont eoûtés au peuple hova le palais de la reine et celui du premier minislre. Sous la conduile d'oficiers, pourvus de leurs tentes et de leurs provisions de riz, il a fallu aux uns, aller chercher jusqu'à Antsirabé, pays calcaire à une trentaine de lieues de la capitale, de la pierre et de la chaux, qu'ils rapportaient sur leur dos; à d'autres, aller chercher au loin l'ardoise qu'une autre corvée élait chargée d'extraire des carrières. |
Ceux qui essayeraient de se soustraire à la corvée royale sont rigoureusement punis. À vrai dire, aucun ne tente de s'y dérober. Quelques-uns seulement, arlistes en horlogerie, en orfèvrerie, en ébénisterie, dis- «imulent leurs aptitudes, car, le cas échéant, ils seraient réquisiionnés. Un officier viendrait les informer, de la part de Sa Majesté, que leur talent élant fort apprécié, ils doivent, pour leur fanompoana, une partie de leur temps à la reine. |
Get abus du pouvoir despotique paralyse singulièrement le développement du progrès à Madagascar; 1l entrave l'expansion du travail et annihile l'iniuative personnelle.
Indépendamment de la corvée royale proprement