CHAPITRE VI
sans élan, et ne s’échauffe pas pendant l'action; au contraire, il envisage froidement les risques et les chances à courir, et si, au plus fort de la lulte, il reconnaît qu’il est dans des conditions trop inférieures pour avoir le dessus en bataille rangée, il prend la fuite, ou plutôt la simule et a recours à la ruse. Il essaye, alors. de surprendre l'ennemi, à la faveur de la nuit, ou tout
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Camp, aux environs de Tananarive.
au moins de le cerner, de facon à empêcher les convois de vivres et de munitions de lui parvenir. S'il réussit dans ces embuscades, il ne fait pas de prisonniers ; 1l massacre tous ceux qui tombent en son pouvoir. L'espionnage joue forcément le rôle le plus important dans celte tactique. À vrai dire, il est la seule méthode stratégique des Hovas. Aussi payent-ils généreusement leurs espions, auxquels ils attribuent une large part dans les razzias qu'ils font, d'hommes, d'esclaves et de trou-
peaux. Ge peuple est aussi fanatique que nous de son drapeau national, qui, à ses yeux comme aux nôtres, personnifie Ja patrie. Quand on arbore cet emblème sacré, 1l l’acclame avec enthousiasme et le salue frénétiquement, du chapeau, de la voix et des mains. Ce drapeau est une bande de soie blanche, de 3 ou 4 mètres ‘de long sur 2 mètres de large, brodée, tout autour, d’ornements en soie écarlate. Au milieu, se détachent, en Jettres majuscules, les deux initiales du chiffre royal : R.M (Ranavalona Manjaka — Ranavalona Reine) liées ensemble par un trait d'union, en forme de croix, et timbrées d'une couronne fermée. Elles surmontent deux fers de sagaie, tournés dos à dos et présentant censément leur pointe à tout ennemi qui approcherait. La sagaie, on le sait, est l’arme primitive des Malgaches ; elle leur est restée chère. C’est pourquoi ils en perpéluent le souvenir sur leur étendard.
Plus le gouvernement hova avancera dans la voie du progrès, plus il travaillera à augmenter l'effectif de son armée et à perfectionner son équipement. Nos bons amis ne manqueront pas de lui en fournir les moyens, dans le but de faire échec à notre politique coloniale. IL serait sage d'y veiller et de prendre des mesures préventives, pour que cette œuvre civilisatrice, qui n’est en-
core qu'à l'état d'incubation, ne s'opère pas à nos dépens; car c'est à nous, à nous seuls, qu'il appartient de diriger les efforts de ce peuple neuf et de recueillir,
plus tard, les fruits pacifiques d'une conquête si laborieusement gagnée. Ne perdons pas de vue cet objectif. Pour mener à bonne fin celte entreprise, il faut nous réserver, sans commellre l'imprudence de nous décou-
vrir. Derrière nos parlenaires déclarés se cachent des
partenaires occulles, qui, à la facon des grecs, cher-
chent à voir clair dans notre jeu, par des procédés: