CHAPITRE VI
équivoques. Nous avons en main les atouts; sachons les conserver, et n’abatlons notre carte que quand nous tiendrons Île point.
Instruction publique. — Autrefois, dans la vieille Europe, les ministres du culle employaient tout leur zèle à étouffer le développement du niveau intellectuel sous l'éteignoir de l'ignorance. Les missionnaires anglais usent, dans les colonies, de la méthode inverse. Dans tous les pays sauvages où, sous le couvert de la foi, ils propagent l'influence anglaise, tout en faisant prospérer leur pelit commerce, ils enseignent la lecture et l'écriture, et assurent leur domination, à l’aide de la Bible. Aussi n est-il pas surprenant de voir ce livre dans toutes les mains, à Madagascar.
C'est à la suite d’une réunion appelée congregational union meeling, tenue à Tananarive par les Indépendants, que, le 16 décembre 1868, un édit royal enjoignait à chaque localité de construire une école. Cependant, beaucoup d'enfants n'allaient pas à l’école, ou continuaient à fréquenter celle ouverte par les missionnaires catholiques francais. Les Indépendants ne se tüinrent pas pour battus; peu leur importait d'attenter à la liberté de l'enseignement et de violer la liberté religieuse, garantie par les traités ! N'ayant aucun scrupule sur le choix de leurs moyens d'action, ils demandèrent et oblinrent l'instruction obligatoire, au proltit de leur culte, bien entendu. Le décret qui leur octroyait ce monopole fut proclamé par Rainilaiarivony lui-même, le 14 juillet 1878, à la suite d'une revue, et sanctionné à nouveau, le 29 mars 1881. Dès lors, les enfants des deux sexes, âgés de huit ans, furent contraints de fréquenter les écc'es protestantes du royaume, jusqu'à seize ans inclusivement, à moins qu'avant cette limite ils n’eussent acquis une somme d instruction jugée suffisante.
Si l'instruction est obligatoire pour les enfants libres, elle ne l’est pas pour les esclaves ; ceux-ci peuvent, néanmoins, suivre les cours, s'ils y sont autorisés par leurs maitres.
À partir de ce jour-là, les écoles protestantes furent donc considérées comme écoles nationales, bien que les jésuites français, eux aussi, en possédassent plusieurs, qu'ils avaient fondées à grands frais. Pour arracher à . nos missionnaires les quelques élèves qu'ils avaient conservés, les Indépendants ne reculèrent devant aucun mensonge, devant aucune violence. A l'office du dimanche, ils déclaraient publiquement, dans leurs temples, que la reine leur avait accordé l'autorisation d'amener chez eux, de gré ou de force, tous les élèves qui ne suivaient pas leurs écoles, quand, au contraire, l’article 270 du Code hova laisse les parents libres de choisir, pour leurs enfants, l’école qui leur convient ; quand Ranavalona, elle-même, à formellement garanti la liberté de l’enseignement, dans l’article 7 du traité conclu avec la France, le 8 août 1868; quand cette clause a élé expressément confirmée par l'article 7 . notre dernier traité.
Non contents de menacer, ils en venaient aux volés de fait et envoyaient leurs élèves les plus robustes saisir, au nom du gouvernement, et enlever, sur leur chemin, les élèves se rendant à l’école française. La plupart du temps, ce racolage provoquait des rixes sanglantes. Il arrivait alors que, de crainte de se faire des ennemis irréconciliables de ces sectaires redoutés, dont l'esprit despotique pesait sur le pouvoir, la plupart des parents meltaient leurs enfants dans les écoles anglaises, où, èn guise d'instruction pratique, on les abrutissait à apprendre la Bible par cœur. Et il fallait que l’ascendant des missionnaires anglais eût, dans le