CHAPITRE PREMIER
RANAVALONA [r° (4828-1861). Bien que Radama, de son vivant, eût désigné un de ses neveux comme héritier présomptif de la couronne, ce fut Ranavalona, une de ses onze femmes, la vadi-bé, ou première d’entre elles, qui fut proclamée reine. :
Elle personnifiait le parti des anciens hovas, réfractaires aux réformes introduites par le roi défunt. Ce parti, sousle règne de Radama, constituait l'opposition ; il était en hostilité sourde avec celui des jeunes, élevés dans des idées avancées, par les soins des RR. anglais. Maintenant, avec cette nouvelle reine, in- Téodée aux antiques coutumes, il revenait au pouvoir, et pourrait rendre aux hovas leurs usages et leurs croyances.
À la tête de ce parti, se trouvaient Andrian, Ambanivoula et Raïinizouare. Ils s’'emparèrent, immédiatement, de la direction des affaires et inaugurèrent le nouveau règne par le massacre de tous ceux qui étaient soupeonnés de porter ombrage à leur autorité. La mère et.la sœur de Radama, le fils de cette dernière, héritier légitime de son oncle, furent au nombre des victimes.
L'usage du fanguin qui, jusque-là, ne pouvait être administré qu'aux esclaves, fut prescrit à tous les sujets, sans distinction de caste.
Les RR. anglais, privés désormais de leur protecteur, voulurent quitter Tananarive. Mais la reine leur signifia qu elle seule était maîtresse de fixer le jour de leur départ et elle ne leur accorda l'autorisation qu ils sollicitaient de son bon plaisir qu’au bout de quelques jours, à la condition expresse qu'ils laissassent auprès d'elle leurs femmes et leurs enfants.
Le traité conclu par son époux Radama avec les Anglais fut annulé; l’agent britannique, accrédité au-
près du gouvernement hova, en remplacement de Hastie, Robert Lyall, qui n'avait pu gagner son poste qu'en novembre 1828, à cause du deuil royal, pendant lequel l’accès de Tananarive fut interdit aux étrangers, non seulement n obtint pas d'audience de la souveraine, mais encore reçut l'ordre de quitter sur-le-champ la capitale.
A l’occasion de son couronnement, célébré en grande pompe, le 11 juin 1829, la reine prononcça publiquement un grand discours, empreint de sentiments fanatiques envers les dieux nationaux, et de haine implacable à l'égard des étrangers. A l'issue de cette cérémonie, qui ne manquait pas d'un certain caractère imposant, les ministres, les grands dignitaires, les généraux, les chefs de chaque province et de chaque tribu, les Européens établis dans la capitale, prêétèrent serment entre les mains de Ranavalona.
C'est alors que la France, voulant en finir avec les mauvais traitements qu'avaient endurés ses colons, sous Radama, songea sérieusement à reprendre possession de Tintingue et des autres points dont l’influence anglaise nous avait chassés. En présence de ce nouvel état de choses, la reine se ravisa, au sujet des missionnaires anglais. Elle les pria de ne pas partir, afin de l'éclairer de leurs conseils, et leva contre nous une armée de 14,000 hommes.
Une expédition fut envoyée de l'ile Bourbon par M. Hyde de Neuville, ministre de la marine.
Ce fut le 11 octobre 1829, que M. le capitaine de vaisseau Gourbeyre commenca les hostilités. Après plusieurs succès, il aurait certainement rasé tous les postes occupés par les Hovas, au nord de Tintingue, si, manquant de munitions, il ne s'était vu contraint