‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 17 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d'interrompre le cours de sa brillante campagne.

A cette heure, on avait tout lieu d'espérer que Charles X, après la glorieuse conquête d'Alger, allait ordonner l'occupation de Madagascar. Cet espoir fut déçu, comme tant d’autres. Le roi fit tout simplement proposer à Ranavalona l'occupation de certains points de l’île ou la garantie d’un protectorat, proposition qui n'obtint pas de réponse catégorique. Toutefois, notre établissement de Tintingue fut rebâti, et la reine demanda la paix.

Quand éclata la révolution de 1830, les négociations engagées n'avaient encore abouti à aucune solution. Le gouvernement de juillet, par crainte d’indisposer l'Angleterre, seule nation dont le régime libéral lui permit de compter sur elle, abandonna toute politique offensive, etne conserva que l’île de Sainte-Marie, qui continua à être occupée militairement.

Louis-Philippe, par ces concessions, avait en vue d'assurer la conclusion de l'entente cordiale, dont il avait chargé son ministre à Londres, M. de Talleyrand, de jeter les premières bases.

Cette situation paraissait donc devoir se maintenir, lorsque, vers le milieu de l’année 1832, M. de Rigny, ministre de la marine, considérant, à juste titre, qu'il était humiliant pour notre amour-propre de céder aux prétentions de l'Angleterre et de ratifier ses empiètements sur nos droits acquis, sans au moins nous ménager une compensation suffisante, résolut de faire flotter à nouveau le pavillon français à Madagascar. Soutenu par l'approbation chaleureuse des chambres et de la presse, il chargea, en 1833, le commandant de la Nièvre d'explorer la baie de Diégo-Suarez, avec mission de déterminer si nous pouvions avantagseusement l’occuper. Celui-ei adressa au ministre un

rapport favorable, déclarant cette baie sûre etsalubre, et tout à fait propre à y établir une station.

A l’île Bourbon, cette nouvelle futaccueillie avec joie par les colons. Mais un obstacle ne tarda pas à se présenter. Nous ne pouvions occuper ce point de la côte que par la force, et non par des négocialions. Or, devant les dépenses que devait entrainer une telle expédition, le gouvernement de la paix à tout prix décida qu’il était sage d’ajourner notre action dans ces parages.

Jamais, cependant, l’occasion n'avait été aussi propice, car l'influence de Farquhar et de ses acolytes était à son déclin. Quoiquils fussent rusés et insinuants, Ranavalona était clairvoyante et ne se laissait pas mener facilement. Elle avait subi ces étransers obséquieux, tant qu'elle avait pensé que son peuple pût gagner à leur contact, mais, au fond, elle était édifiée sur la sincérité de leurs manœuvres.

Ceux-ci, trop zélés, avaient outrepassé la mesure. A force de répéter Journellement à la reine que le culte des idoles était faux, qu'il n’y avait de vrai que l’évangile, Ranavalona, très attachée aux anciennes institutions, conseillée par ses ombhiaches (prêtres), dont les oracles exerçaient une pression toute-puissante sur son esprit superstitieux, voyait d’un mauvais œil ces intrigants prétendre, par tous les moyens, imposer à son peuple une religion étrangère. De plus, irritée de ce quils s'’immisçcaient dans toutes les affaires, elle résolut d'en finir avec leurs agissements, dût-elle, pour atteindre son but, faire massacrer tous ceux qui avaient embrassé la religion nouvelle.

En cette circonstance, ellese conduisitenreine.Avant de frapper, Ranavalona tint à les prévenir, par un message, qu'ils eussent, dorénavant, à respecter les cou-

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