CHAPITRE VII
de leurs plantations, ils allumaient ainsi de vastes incendies qui se propageaient à des distances considérables, ravageant des forêts entières, sans que les habitants essayassent de les circonscrire. Il en est résulté que ce pays, jadis d'un aspect si riche et si verdoyant, s'est transformé, par suite de ces gigantesques dévastations, en une terre dénudée, aride, épuisée, où quelques arbustes rachiltiques poussent, de loin en loin, comme au milieu d’un désert; et que les perturbations climatériques, qui ont été la conséquence directe de ce déplorable état de choses, ont fait de cette ile un terrain marécageux, dégageant des miasmes morbides, sauf sur les hauteurs, purifiées par les brises d'une atmosphère éthérée.
On peut donc affirmer que les richesses végétales de Madagascar dorment dans ses entrailles d’un sommeil léthargique : 1l suffirait d'une culture intelligente et expérimentée pour les faire renaitre.
Quant au labour, les Malgaches se contentent de remuer la terre avec une petite bêche; ils invoquent cette excuse que la terre, labourée comme chez nous, serait entrainée par les eaux fluviales au fond des vallées. L'ensemencement est confié aux femmes et aux filles. Elles marchent de front, à travers champs, un bâton pointu à la main; avec ce bâton, elles creusent de petits trous, où elles jettent quelques grains de riz qu elles recouvrent ensuite du pied, tout en dansant. Voilà comment se pratique, en général, la culture du riz, surtout chezles Hovas. Les Antakares s'y prennent autrement. Après la saison des pluies, ils font piétiner la terre par des bœufs, et sèment ensuite le riz. Quand il est arrivé à maturité, on le récolte par petites gerbes et on l’apporte dans une aire, au milieu de laquelle, comme chez les Hébreux, est placé un
tronc d'arbre, ou une pierre, contre laquelle on le frappe, jusqu à ce que le grain se détache de l’épi. Puis on le serre dans le toitra {grenier à riz).
Sur la côte orientale, dans la partie montagneuse comprise entre le cap d' Ambre et Tamatave, des forêts ayant été conservées, on ne voit guère de planta- Lions considérables ; autour de Vohémar, cependant, s'étendent de gros pâturages, où paissent de nombreux troupeaux. Ce n'est qu'à partir de Tamatave, en descendant vers Le sud, que se trouvent les grandes plantations : non pas le long du littoral, où le sol est sablonneux, mais en s'avançcant dans l'intérieur, où le sable, mélangé à un limon végétal, devient propre à la grande culture.
La côte ouest, où règne une sécheresse excessive. est presque stérile; la nature de son sol ne convient pas à une importante exploitation agricole Il faut avouer que les Sakalaves, qui l’habitent, s'occupent peu du travail de la terre. Le riz qu'ils récollent vient presque seul ; aussi leurs moissons sont-elles maigres, et à peine suffisantes pour leur alimentation.
Dans le sud, toujours sur la côte ouest, surtout à la hauteur de Saint-Augustin, la terre présente une teinte noirâtre, permettant de concevoir les plus brillantes espérances: on s'y livre à la culture des pois du Cap, qui à pris une très grande extension, au point de vue de l'exportation.
Pénétrons maintenant dans l'intérieur, entre 4900 et 1,209 mètres d'altitude. Le terrain silico-argileux de cette région, la fraicheur qu'une eau limpide y entretient, la rendent apte à tous les genres de culture.
Plusieurs essais, Lentés pour le blé, démontrent qu'il y germerait facilement. Le chanvre ne demande qu à ÿ pousser.