‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 167 sur 194 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La partie centrale de l'ile, bien que renfermant la capitale, offre un triste contraste avec le reste du pays. Aucune exploitation agricole ne peut y être entreprise. Ce n'est qu'à force de travail pénible et opiniâtre que les Hovas tirent quelque parti du peu de terre végétale que les pluies n'ont pas entrainée au fond des vallés. Cependant, on y trouve de beaux maïs, des cannes à sucre, des pommes de terre et des haricots. Si la nécessité a fait des Hovas des agriculteurs, rendons-leur au moins cet hommage, qu ils sont seuls, parmi les autres peuplades de Madagascar, à se donner le mal de gagner leur nourriture.

Il en est de même pour leurs rizières. C'est au prix de difficultés inouïes, vaillamment surmontées, qu'ils sont parvenus à transformer en rizières les pauvres vallées de leur domaine. Et ces rizières, si laborieusement obtenues, sont l'objet de leur constante préoccupation. Elles sont entrelenues avec un soin minutieux el entourées de palissades d'aloès, ou de massifs de cactus épineux: véritables remparts impénétrables! Du matin au soir, on les voit, la bêche en main, défoncer Îa terre, la soulever, la fumer, lâcher l'eau qu'amène un canal artificiel et que retient une digue, arracher le riz brin à brin et le repiquer, quand il est en herbe, avec une symétrie qui fait honneur à leur esprit d'ordre et de patience.

Comme on le voit, l'agriculture malgache se résume à fort peu de chose, mais le sol ne demande qu’à produire; 1l est appelé à tenir les brillantes espérances quil promet, le Jour où des colons sérieux viendront s'installer dans cette grande île, qui offre à leur initiative une surface de 60 millions d'hectares, soit 7 millions de plus que la France. Ils n'auraient pas à craindre ce qui dans beaucoup de colonies

nouvelles paralyse les efforts des colons, le manque de bras. Si certaines peuplades nomades et frivoles

refusaient de leur prêter leur concours, ils trouve-.

raient chez celles de l'intérieur, particulièrement chez les Betsimisaracs, habitués à frayer avec les blancs, autant et plus de travailleurs quils en auraient besoin.

Ne semblerait-1l pas plus doux à ces pauvres indisènes d'être engagés chez des hommes civilisés, que d'être des esclaves corvéables à merci, courbés sous le despotisme de la reine et de son premier miuistre ? |

La reine est unique propriétaire de toute la terre de Madagascar. Aucun sujet, à quelque rang quil apparlienne, ne possède un seul pouce du territoire ; il n’en a, en quelque sorte, que l'usufruit que la souveraine veut bien lui accorder conditionnellement, selon son bon plaisir. Il en est de même pour tout étranger qui, par ce fait, ne peut acquérir la moindre parcelle du sol. Il est vrai que l’article 6 du traité du 47 novembre 1885 apporte en notre faveur un correclif à cette mesure rigoureuse: il y est stipulé que tout citoyen français aura la faculté de louer des terres, par bail emphytéotique renouvelable au gré des parties. D'ici à ce que ces concessions soient expirées, les négociations de notre gouvernement auront abouti certainement à nous faire octroyer par le gouvernement hova le droit de propriété pur et simple.

Au mois de juillet 1887, une ordonnance royale à fixé la location des terres, suivant leur emplacement, à À fr. 50, ou à 2 fr. 50, par arpent et par an.

Industrie. — Nous trouvons, à Madagascar, certaines

industries spéciales aux indigènes, parmi lesquelles

les tissus et la sparterie occupent. sans contredit, le

Euryceros Prevostis.

premier rang; nous en trouvons aussi d'étrangères, importées par les blancs.

Les tissus de soie des Malgaches sont particulièrement estimés. Voici comment ils les fabriquent : après avoir retiré la chrysalide des cocons, ils font bouillir la"soie dans l'eau, pour la débarrasser de la matière visqueuse qui y adhère; puis ils la font sécher et la filent. Pour la tisser, ils se servent d'un mélier des plus primitifs, composé de pieux fichés en terre et disposés en rectangle, de facon à tendre les fils; une navette, allant et venant d'un côté à l’autre, et remplissant l'office de peigne, serre le tissu. Mais, vu l'extrême simplicité de son mécanisme, un pareil métier ne peut fournir que des pièces n'ayant guère plus de trois mètres de longueur, sur 50 centimètres de largeur. Vient ensuite la teinture, teinture très élémentaire, extraile du suc de certaines plantes, de certaines écorces d'arbres, ou de terres possédant des propriétés colorantes.

La province d Emyrne est la plus réputée pour ses soieries, qui atteignent des prix souvent très élevés.

Aux pièces de soie ainsi obtenues, de même qu'à celles de coton, on donne le nom de lamba. Les Malgaches en font leur vêlement national, dont ils se drapent non sans grâce. Suivant leur fortune, ils réservent les plus riches de ces lambas pour les sépultures, car ils considéreraient comme un déshonneur d’ensevelir ur de leurs parents sans au moins revêtir son corps d'un lamba de soie.

L'apprêt, le filage et le tissage du coton ne diffèrent que fort peu de ceux de la soie. Les Malgaches réussissent aussi dans la perfection le mélange de la soie et du coton, dans les étoffes.

Leurs tissus sont généralement de couleur unie :

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