‹ Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos joursChapitre 19 sur 194 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

accepta leur proposition el signa avec eux plusieurs traités (1840-1841), où il revendiquait hautement nos droits de souveraineté sur Madagascar. Ces conventions furent ratifiées par le gouvernement français et Mayotte, Nossi-Bé, Nossi-Mitsiou, Nossi-Cumba, ainsi | que la côte occidentale de la grande ile, depuis la baie de Passandava jusqu'au cap Saint-Vincent, furent déclarées possessions francaises.

En vertu de ces traités, M. de Helle vint à Mourousang signifier l’ordre au gouverneur de cette place de s'abstenir, sous peine du châtiment le plus sévère, de toute vexation envers nos nouveaux protégés.

Les Hovas ripostèrent par de nouvelles persécutions contre les traitants européens de la côte occidentale; les soldats de la reine pillèrent et saccagèrent leurs propriétés (1849).

Apprenant ces mauvais traitements, M. Romain Desfossés, commandant dela station francaise des côtes orientales d'Afrique, donna l'ordre au capitaine de vaisseau Fiereck de partir aussitôt pour Tamatave, avec la corvette la Zélée, afin de porter aide et protection à tous les Européens, quelle que füt leur nationalité. Ces prescriptions furent ponctuellement exécutées. Déjà, traitants français el anglais avaient trouvé refuge à bord de la Zélée, quand arriva la corvette anglaise le Conway.

Après avoir, de part et d'autre, essayé vainement de parlementer avec le gouverneur hova, qui avait prétexté une indisposition pour ne pas les recevoir, les deux commandants, dont la cause était commune, rédigèrent et signèrent ensemble une protestation très énergique, à l'adresse de Ranavalona.

Cette protestation n'ayant produit aucun effet, ils résolurent de châtier ces insolents hovas. Des

moyens d'action insuffisants, des forces trop disproportionnées firent échouer leur tentative, et Ranavalona, dont l'orgueil ne connut plus de bornes, se vanta d’avoir vaincu les Français et les Anglais coalisés. Dans sa férocité, afin de nous donner une leçon terrifiante, elle fit planter, au bout de sagayes fichées dans le sable de la plage de Tamatave, les têtes des infortunés soldats dont nous avions été obligés d’abandonner les cadavres.

Une expédition considérable, ayant à sa tête des officiers généraux de l’armée d'Afrique, était prête à partir pour venger cet acte de sauvagerie, mais les Chambres, hostiles à toute expédition lointaine, suivant en cela l'exemple de Louis-Philippe, qui avait montré, récemment, une faiblesse déplorable dans l'affaire Pritchard, à Tahiti, s'opposèrent à son départ (1846). Et, pendant une dizaine d'années, ce triste trophée, dont les Hovas étaient fiers, resta exposé à leurs insultes, Jusqu'au jour où un créole de Bourbon, M. Ch. Jeannette, vint courageusement enlever ces restes et leur donner la sépulture.

Le conseil colonial de Bourbon eut beau envoyer une adresse à Louis-Philippe, pour réclamer une intervention militaire, rien ne put secouer la torpeur de ce souverain, plus soucieux de sa tranquillité personnelle que de l'honneur national.

Les choses en étaient là, quand la Révolution de 1848 renversa Louis-Philippe. Le nouveau régime était trop préoccupé de se consolider à l'intérieur, pour songer à la question de Madagascar. Il en ajJourna la solution à des temps moins troublés.

Malgré tous ces atermoiements, les Français n avaient pas tardé à rentrer dans l'île. Ici, nous devons une mention toute spéciale aux braves colons qui,

Page 1