CHAPITRE PREMIER
ces diverses industries, ilexploitait des plantations de cannes, des usines à sucre, des distilleries de rhum. Il est merveilleux qu'un seul homme ait pu concevoir et mener à bien des entreprises si importantes et si multiples. La reine, qui l’admirait et lui portait une profonde affection, le pria de lui faire élever un palais. Il dépassa son désir, en y ajoutant un trône splendide, digne de la demeure royale qu'elle avait rêvée.
Non content d'avoir tout fait pour le présent, il voulut aussi préparer l'avenir. A cet effet, il donna, lui-même, au fils de Ranavalona, le prince Rakout, les notions d'une instruction morale. Il fut écouté avec respect. Malheureusement, la reine était dominée par les Ombiaches et surtout par un chef favori, son premier ministre. Sans l'influence pernicieuse de ces farouches conseillers, M. Laborde, soutenu par le prince Rakout, eût pu éviter à nos compatriotes bien des malheurs, bien des cruautés.
A l’île Maurice, se trouvait également un négociant français, M. Lambert, qui avait, autrefois, rendu un grand service aux armées de Radama, bloquées à Fort-Dauphin, en les ravitaillant. En souvenir de ce bon procédé, il fut facile à M. Laborde de le recommander à la reine, qui lui accorda la faveur de lui présenter son protégé.
Né à Regon, M. Lambert, venu de bonne heure à l'ile Maurice, où 1l avait épousé une riche créole, avait alors trente ans. C'était un homme séduisant, agréable de sa personne, de manières distinguées. Son langage de courtisan lui valut tout de suite les bonnes grâces de la souveraine.
L’entente la plus cordiale ne cessa de régner entre nos deux compatriotes. D'ailleurs, M. Lambert, plein d'égards pour l’âge et l’expérience de M. Laborde, ne
manquait Jamais de le consulter, en toute occasion.
C'était surtout avec le Jeune prince Rakout qu'il s'était lié; il avait avec lui fait le serment du sang. Initié aux plus secrètes pensées du prince, dont le but unique était de sortir son peuple de l’état sauvage, il conçut avec lui le projet de conquérir l’île Hire sans moyens violents. |
Déjà, en 1847, n'ayant alors que dix-huit ans, Rakout avait écrit à l'amiral Cécile, commandant la Cléopätre, pour lui offrir son concours, en vue d'arrêter le cours du règne sanguinaire de sa mère, puis, en 1852, à M. Hubert Delisle, gouverneur de Bourbon, pour réitérer sa proposition, et, en 1854, à Napoléon IIT, pour lui demander aide et protection, lui rappelant le traité d'alliance conclu avec son père, Radama.
M. Lambert, dont la faveur croissait avec le temps, à la cour d'Emyrne, obtint facilement de la reine qu'un missionnaire catholique püt résider à Tananarive. Et, le 8 août 1855, le père Finaz célébra la première messe dans la capitale. Ce jour-là fut un jour de triomphe pour nos compatriotes, éconduits pendant si longtemps par l'influence des missionnaires anglais.
Cependant le prince, pousuivant son projet, supplia M. Lambert de partir pour la France, et d'exposer, en son nom, à l'empereur les atrocités que commettait sa mère. Il lui remit une lettre autographe, dans laquelle il implorait le protectorat. A cette lettre était jointe une pétition, signée des principaux chefs hovas.
Au moment de quitter Tamatave, M. Lambert apprit la nouvelle que son établissement de Bavatoubé venait d’être détruit (49 novembre 1855), et que son représentant, M. d'Orvoy, ancien consul de France